Ernest Hello

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Hello.
Portrait d'Ernest Hello
par Félix Valloton
paru dans Le Livre des masques
de Remy de Gourmont (vol. II, 1898).

Ernest Hello, né le 4 novembre 1828 à Lorient et mort le 14 juillet 1885 à Keroman, près de Lorient, est un écrivain et critique littéraire français, apologiste chrétien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Écrivain mystique, quasiment sans relations extérieures, il consacra toute son existence à l'écriture. Le 12 novembre 1857, il épousa Zoé Berthier, écrivain elle aussi sous le pseudonyme de Jean Lander. Elle sera non seulement sa femme mais aussi sa principale collaboratrice. Après leur mariage, ils vécurent au manoir de Keroman près de Lorient, aujourd'hui détruit. D'après Raïssa Maritain, la conversion de Léon Bloy doit beaucoup à Ernest Hello[1]. On trouve de nettes traces de son influence dans le Journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos et dans l'exégèse biblique de Paul Claudel. Henri Michaux le reconnaît également comme l'une de ses sources.

Outre ses traductions qui ont fait connaître en France les mystiques rhénans, ses œuvres majeures sont L'Homme, Physionomies de saints et Paroles de Dieu.

Les éditions posthumes de L'Homme (chez Perrin, reconnaissables à l'ajout d'un sous-titre « La Vie - La Science - L'Art ») ont été expurgées de certains passages qui choquaient le public catholique de l'époque - mais sans que ces coupes soient signalées. Les éditions de ce livre doivent avoir été établies sur l’édition originale (Victor Palmé, Paris, 1872).

La principale source d'influence de Hello fut Joseph de Maistre et, bien sûr, la Bible, source de sa réflexion sur le style.

Ernest Hello est mentionné par Joris-Karl Huysmans dans son roman Là-bas en ces termes: « Le véritable psychologue du siècle, se disait Durtal, ce n'est pas leur Stendhal, mais bien cet étonnant Hello dont l'inexpugnable insuccès tient du prodige. ». Léon Bloy a publié une importante étude sur Hello dans Un Brelan d’Excommuniés, publié par Albert Savine en 1889. Il l’a reprise dans Belluaires et Porchers, ouvrage édité par Stock en 1905, en la faisant suivre d’un texte inédit, également consacré à Hello et daté de 1894 – soit dix ans après la mort de l’écrivain –, intitulé Ici on assassine les Grands Hommes. Il écrit : « Je ne vois guère d’analogue à cet écrivain désorbité que le solitaire Pascal. Ils sont, en effet, tous deux, surtout des poètes et l’étonnement du lecteur est infiniment plus déterminé par leur accent que par leurs pensées. »

Citations[modifier | modifier le code]

« De quelque ridicule qu'on se soit plu à l'accabler, Ernest Hello fut, au moins cette merveilleuse rareté qu'on appelle une âme, et, certes, l'une des plus vivantes, vibrantes et intensément passionnées qui se soient rencontrées sur notre planète. Il fut, en même temps, un écrivain d'un art étrange et mystérieux. Mais, pour comprendre cet art et pour en jouir, il faut un sens esthétique assez indépendant pour se supposer chrétien dès l'instant qu'on ouvre ses livres. Difficile effort, j'en conviens, pour des intelligences aussi jetées que les nôtres aux murènes affamées du rationalisme. Ce catholique a précisément, au suprême degré, ce qui horripile plus que tout les toléranciers du monde : je veux dire la haine de l'erreur. [...] Cette haine de l'erreur qui ne vise que les doctrines sans toucher aux personnes est si brûlante qu'elle pénètre profondément son style et le colore de teintes violentes et orageuses, qu'il n'aurait, sans doute, jamais obtenues sans cela. Sans ce que Joseph de Maistre appelle la "colère de l'amour", il n'aurait peut-être été qu'un dialecticien quelconque, un apologiste religieux après tant d'autres, armé tout au plus d'une ironie très douce et très bénigne, et l'inattention universelle l'aurait très silencieusement enseveli dans le recoin le plus obscur de ses catacombes. Mais ce sentiment seul lui donne une personnalité inouïe, un accent littéraire tellement à part qu'il est impossible, avec la meilleure volonté d'être injuste, de ne pas en être frappé. » - Léon Bloy[2]

« Une des particularités d'Hello, c'est que ce n'est pas un écrivain, c'est pour ça d'ailleurs à mon avis qu'il a influencé d'autres écrivains, évidemment en premier lieu Bloy, qui est un très grand styliste. Chez Hello, il n'y a pas de style. Hello n'est pas une main avec un stylo dedans, c'est avant tout une oreille et un œil, il donne la préférence au savoir-lire plutôt qu'au savoir-écrire. Il a dit aussi « il faut restituer aux mots leur gloire ». C'est-à-dire la gloire de leur sens finalement, c'est quelqu'un qui donne, qui redonne aux mots tout leur sens et toute la profondeur de leur sens. On dirait même que savoir écrire - je ne parle même pas du "bien écrire" - mais simplement savoir écrire et avoir le goût d'écrire, la passion artistique pure de travailler le style, est quelque chose qui aurait fait obstacle à la pensée d'Hello, à la fulgurance "inégale" - comme disent les mauvais critiques - d'un tel personnage. C'est-à-dire qu'il est à la fois lumineux et plat, voilà. Son non-style travaille sur la luminosité et la platitude. Alors ça devient comique aujourd'hui de voir comment les critiques croient descendre en flammes des écrivains alors qu'ils perdent toute leur crédibilité puisqu'ils en encensent d'autres qui ne le méritent pas, évidemment. Hello a vu tout ça, un des premiers avec une justesse et une clarté, et sans faire de pathétisme, ni de psychologie. Lui ce qu'il veut, c'est que la critique (il le dit) se fasse « assez grande pour devenir consolatrice, il faut qu'elle entre dans le chemin de la vie, il faut qu'elle prenne d'une main la main froide de celui qui marche seul (c'est-à-dire l'artiste) et que, de l'autre main, elle le désigne au regard des hommes. En fait, il faut qu'elle soit capable d'oser assez pour admirer et flétrir librement ». Je répète cette phrase qui devrait être écrite au fronton de tous les journaux pseudo-littéraires d'aujourd'hui  : « Il faut que la critique soit capable d'oser assez pour admirer », car il faut vraiment oser admirer, et aujourd'hui plus que jamais. » - Marc-Edouard Nabe[3]

Principales publications[modifier | modifier le code]

Traductions

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les grandes amitiés - Desclée de Brouwer -collection Livre de Vie - 1966 p.182
  2. Un Brelan d'Excommuniés - Carnets des éditions de L'Herne - 2012 p.42.43.44
  3. "Une vie, une oeuvre : Ernest Hello", France-Culture, 24 juin 1993 - propos retranscris dans le recueil "Coups d'épée dans l'eau" - 1999 p.223.224
  4. Les rééditions postérieures à la mort d'Ernest Hello ont été expurgées de plusieurs passages. Pour une édition récente établie sur l'original, voir celle réalisée par L'Écritoire : L'homme. La Vie - La science - L'art