Raïssa Maritain

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Raïssa Maritain (1883-1960), née Raïssa Oumançoff, était l'épouse de Jacques Maritain. En tant que telle, elle a été avec lui, pendant plus d'un demi-siècle, au centre d'un cénacle d'intellectuels catholiques français. Son livre de souvenirs, Les Grandes Amitiés, en relate la chronique. Ce livre a obtenu le prix du Renouveau français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle est née dans l'empire russe, à Rostov-sur-Don, dans une famille juive. Ses parents venaient de familles juives très pieuses et pratiquantes. Son père dirigeait un atelier de couture, sa mère accomplissait toutes sortes de tâches domestiques. Quand Raïssa a deux ans, sa famille s'installe à Marioupol, au bord de la mer d’Azov. Très tôt, elle manifeste une grande envie d'apprendre. A l’âge de 7 ans, elle est admise au lycée malgré les quotas très limités pour les juifs. Elle admire tout ce qui est lié à l'école et au savoir et réussit très bien ses études. Quand elle a dix ans, ses parents décident d’émigrer. Ils veulent assurer l’avenir de leurs deux filles, Raïssa et Vera, ce qui semble difficile en Russie à cause des discriminations antisémites. Le projet initial de leur père était d'aller jusqu'à New-York, mais un ami le persuada de s'établir à Paris. La famille émigre en France où Raïssa continue sa scolarité dans une école communale du Passage de la Bonne Graine. En 15 jours, elle réussit à apprendre le français suffisamment bien pour comprendre les leçons et être classée deuxième de la classe. Deux ans plus tard, elle change d’établissement et se prépare à entrer à l'université. Elle s'inscrit à la Faculté des Sciences de la Sorbonne, où elle rencontre Jacques Maritain qui était licencié en philosophie et préparait une licence ès sciences. Tous deux se sentent vides et désespérés. Ils apprécient la qualité de l'enseignement qu'ils reçoivent, mais les idées de leurs professeurs ne correspondent pas à leurs aspirations et à leurs questionnements les plus profonds.

" Nous décidâmes donc de faire pendant quelque temps encore confiance à l’inconnu ; nous allions faire crédit à l’existence, comme à une expérience à faire, dans l’espoir qu’à notre appel véhément le sens de la vie se dévoilerait, que de nouvelles valeurs se révéleraient si clairement qu’elles entraîneraient notre adhésion totale, et nous délivreraient du cauchemar d’un monde sinistre et inutile. Que si cette expérience n’aboutissait pas, la solution serait le suicide ; le suicide avant que les années n’aient accumulé leur poussière, avant que nos jeunes forces ne soient usées. Nous voulions mourir par un libre refus s’il était impossible de vivre selon la vérité "[1]

En 1904, elle passe ses vacances dans un village du Loiret avec sa famille et Jacques Maritain. Les normes de l'hygiène n'étant pas respectées à l'auberge où ils logent, Raïssa souffre d'un mal de gorge. On diagnostique un phlegmon rétro-pharyngien, maladie qui fut à l'origine des problèmes de santé qu'elle éprouva jusqu'à la fin sa vie et qui l'empêcheront d'avoir une occupation régulière.

Les cours d'Henri Bergson au Collège de France, que Maritain et Raïssa commencent à fréquenter sur le conseil de leur grand ami, Charles Péguy, les aident à sortir de ce désespoir en leur permettant de pressentir l'existence de la vérité objective et une " possibilité même du travail métaphysique "[1]

Quelque temps après leurs fiançailles en 1904, ils rencontrent Léon Bloy qui deviendra leur grand ami, et se convertissent au catholicisme. Leur baptême, ainsi que celui de sa sœur Véra, a lieu 11 juin 1906 à l’Église Saint-Jean de Montmartre, et Bloy devient leur parrain.

Jacques et Raïssa Maritain choisissent le Père Humbert Clérissac, dominicain, comme leur premier directeur spirituel. Ensuite, après la mort de celui-ci, un autre dominicain, le Père Garrigou-Lagrange, devient leur père spirituel et leur ami.


Raïssa et Jacques Maritain noueront une grande amitié avec Jean Bourgoint, cistercien qui ira soigner les lépreux. Ils ont laissé une correspondance très intéressante et Jean Bourgoin sera très affecté par la mort de Raïssa le 4 novembre 1960.

Jacques Maritain, Raïssa et sa sœur Vera forment ce que l'on a appelé « les trois Maritain ».

Publications[modifier | modifier le code]

Essais
  • De mœurs divines, Librairie de l’Art catholique, Paris 1921.
  • De la vie d’oraison, À l’Art catholique, Paris 1925.
  • Le Prince de ce monde, Plon, Paris 1929.
  • L’Ange de l’École, ou saint Thomas d’Aquin raconté aux enfants, Alsatia, Paris 1957.
  • Marc Chagall, Éditions de la Maison française, New York 1943.
  • Léon Bloy, Pilgrim of the Absolute, Pantheon Books, New York-London 1947.
  • Les Grandes Amitiés, coll. « Livre de vie », Desclée de Brouwer, 1949.
  • Liturgie et contemplation, Desclée de Brouwer, Paris 1959.
  • Journal de Raïssa, Desclée de Brouwer, Paris 1962.
Poésie
  • La Vie donnée, Labergerie, Paris 1935.
  • Lettre de nuit, Desclée de Brouwer, Paris 1939.
  • Portes de l’horizon, Monastère Regina Laudis, Bethlehem (Connecticut) 1952.
  • Poèmes et essais, Desclée de Brouwer, Paris 1968.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Luc Barré, Jacques et Raïssa Maritain, Les Mendiants du ciel, Stock, 1996
  • Nora Possenti Ghiglia, Les Trois Maritain, Parole et silence, 2006
  • Jean Bourgoint, Le Retour de l'enfant terrible : Lettres 1923-1966, Desclée de Brouwer, (ISBN 2-220-02010-X)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Les Grandes Amitiés, coll. « Livre de vie », Desclée de Brouwer, 1949.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]