Crypto AG

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Crypto

Site web http://www.crypto.ch/

Crypto Aktiengesellschaft (Crypto AG) est une entreprise suisse spécialisée dans les télécommunications et la cryptographie. Basée à Zoug, l'entreprise a une grande expérience en tant que constructeur de dispositifs de chiffrement.

Histoire[modifier | modifier le code]

Elle fut fondée en 1952 par le Suédois Boris Hagelin. Celui-ci avait hérité de l'entreprise de Arvid Gerhard Damm qui construisait des machines de chiffrement à partir d'un brevet suédois déposé en 1919. Après la mort de Damm et peu avant la Seconde Guerre mondiale, Hagelin qui avait initialement investi dans la firme, prit sa direction. Durant la guerre, elle fut dirigée depuis les États-Unis et à la fin du conflit, les activités furent transférées de la Suède vers la Suisse. Le gouvernement suédois voulait en effet s'approprier les technologies militaires et Hagelin préféra expatrier l'entreprise.

Plusieurs machines célèbres sortiront des ateliers de Crypto AG :

Accusations de collaboration avec la NSA[modifier | modifier le code]

Crypto AG fut accusée d'avoir volontairement introduit des failles dans ses machines pour permettre un déchiffrement des messages par des agences gouvernementales dont la NSA. À l'époque, Crypto AG était la référence en la matière et produisait des machines pour les pays du monde entier. La NSA s'inquiétait de ne pouvoir déchiffrer des messages étrangers et entreprit alors des démarchages auprès des fabricants européens dont Crypto AG. Selon le journaliste Duncan Campbell, auteur d'un rapport pour le Parlement européen concernant le renseignement d'origine électromagnétique, « La NSA s'arrangea pour trafiquer les systèmes de cryptage vendus par Crypto AG, permettant ainsi aux agences UKUSA de lire le flux de messages diplomatiques et militaires codés de plus de cent trente pays. L'intervention secrète de la NSA se fit par l'intermédiaire du propriétaire-fondateur de la compagnie, Boris Hagelin, et consistait en visites périodiques de "consultants" américains travaillant pour la NSA », dont Nora L. Mackebee[1].

Hagelin aurait alors rencontré le célèbre cryptanalyste de la NSA, William Friedman, qui lui aurait proposé un marché dont la teneur reste un sujet de spéculation. Il est probable que la NSA demanda à Hagelin les plans et les modifications apportées sur les machines livrées à des pays étrangers et plus particulièrement les membres importants des Nations unies.

Ces accusations furent balayées par Crypto AG qui, en tant qu'entreprise basée en Suisse, un pays neutre, affirma avoir toujours résisté aux pressions extérieures.

Il est à noter que deux affaires sont liées aux soupçons concernant Crypto AG.

La première concerne l'attentat ayant eu lieu le 5 avril 1986 dans une discothèque de Berlin-Ouest. Ronald Reagan affirma aux médias que les services américaines avaient intercepté un câble diplomatique entre Tripoli et l'ambassade libyenne à Berlin-Est. Le contenu de ce câble laissait entendre l'implication de la Libye dans l'attentat. Or la Libye utilisait les machines de Crypto AG pour ses câbles diplomatiques.

La deuxième affaire concerne l'assassinat de l'ancien premier ministre iranien Shahpour Bakhtiar en 1991. En effet, le 7 août 1991, un jour avant que le corps de Bakhtiar ne soit découvert, les services secrets iraniens transmirent un message codé aux ambassades iraniennes, demandant « Bakhtiar est-il mort ? ». Les gouvernements occidentaux ayant pu déchiffrer cette transmission, les soupçons iraniens se portèrent donc sur leur équipement de chiffrement provenant de Crypto AG. L'Iran arrêta Hans Bühler, le représentant commercial en Iran de Crypto AG[2]. En 1995, Crypto AG attaqua en justice Hans Bühler, qui avait relaté des faits d'espionnage remontant à 1957.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Duncan Campbell, Surveillance électronique planétaire, éd. Allia, 2001 (traduction du rapport IC 2000 pour le STOA), §257, p.148
  2. Éric Filiol, Philippe Richard, Cybercriminalité : Enquête sur les mafias qui envahissent le web, Paris, Dunod, coll. « Quai des sciences »,‎ 17 octobre 2006, 224 p. (ISBN 2-10-050278-6)
    Ce livre aborde l'affaire Crypto AG et la question de la neutralité de la Suisse. Il cite entre autres sources le livre-témoignage de Hans Bühler : Res Strehle, « Verschlüsselt – Der Fall Hans Bühler », Werd Verlag, 1998 (ISBN 3-85932-141-2).