Cinéma turc

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Le cinéma turc fait partie intégrante de la culture populaire turque, au point que, dans les années 1960 et 1970, la Turquie est le cinquième plus grand producteur mondial de films (environ 300 films produits par année). Ces films populaires sont pour la plupart produits dans les studios de Yeşilçam (signifiant « Pin vert ») à Istanbul.

Depuis la Palme d'or de Yılmaz Güney pour Yol au Festival de Cannes en 1982, le cinéma turc navigue entre un cinéma d’auteur reconnu à l’étranger et un cinéma commercial à succès vu essentiellement en Turquie.


Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Les premières projections des films Lumières ont lieu en Turquie à la cour ottomane en 1896[1].

En 1911, les Frères Manákis filment un documentaire intitulé La Visite du sultan Mehmet V Reşat à Monastir, dans les Balkans encore sous domination ottomane[2]. D'autres films documentaires sont réalisés en Turquie dans les années 1910 et 1920 par Fuat Uzkınay (en), considéré comme le premier réalisateur turc.

Les « Gens de théâtre » (tiyatrocular) et les « Cinéastes » (sinemacilar)[modifier | modifier le code]

Le 29 novembre 1923, la République de Turquie est proclamée. Mustafa Kemal, élu président, déplace la capitale d’Istanbul à Ankara. Il sécularise, occidentalise et modernise également le pays à travers plusieurs réformes.

Dans les années 1920 et 1930, le seul réalisateur de Turquie est Muhsin Ertuğrul. Il tourne une trentaine de films jusqu'en 1953, essentiellement des adaptations théâtrales. Il a également tourné en Allemagne et au studio d'Odessa en URSS[1].

La période de Yeşilçam[modifier | modifier le code]

Yeşilçam (« Pin vert ») est une métonymie pour l'industrie turque du film, à l'instar de Hollywood aux États-Unis ou Pinewood au Royaume-Uni. Le nom de Yeşilçam provient de la rue Yeşilçam dans le district Beyoğlu à Istanbul, sur la rive européenne du Bosphore.

Durant l’âge d’or du cinéma turc qui a duré des années 1950 au début des années 1980, les studios de Yeşilçam à Istanbul produisaient jusqu’à trois cents long-métrages chaque année, ce qui en a fait le cinquième producteur mondial de films dans les années 1970[1]. Tournés très rapidement avec de petits budgets, ces films très populaires auprès d’un public turcophone, s’inspiraient principalement du genre mélodramatique, mais aussi des films d’action et d’aventures, des comédies romantiques et des westerns « kebab ». Outre par un budget modique, une bande-son iconoclaste et des intrigues absurdes, les productions de Yeşilçam se caractérisent par une productivité du tonnerre et un star-système digne d’Hollywood.

Dès les années 1950 et 1960, le système a ses pinups et ses play-boys gominés, surnommés les « jön » (se prononçant exactement comme le mot français « jeune »). Ces acteurs ne sont pas formés au métier – ils peuvent être embauchés à la suite de concours dans des magazines –, apportent leurs propres costumes sur le tournage et font eux-mêmes les éventuelles cascades des films d’action. De même, le son n’est pas enregistré en direct et les dialogues sont doublés par des comédiens de théâtre.

La vague érotique des années 1970[3][modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, à la suite de l’apparition de la télévision publique et à la baisse de la fréquentation des salles de cinéma, les studios de Yeşilçam réagissent à cette nouvelle concurrence en produisant des films à caractère sexuel imitant les comédies érotiques italiennes : le Yeşilçam porno ou Seks furyası est né[4],[5]. Ces films érotiques, qui ressemblent beaucoup aux autres productions de Yeşilçam, suivent souvent les codes des genres populaires de l’époque: la comédie, la romance, l’aventure, le policier et même le western. À ceci près que des séquences « chaudes » sont insérées dans la trame du film et qu’elles peuvent être coupées à la demande du distributeur.

Parmi ces films, citons : Parçala Behçet (1972) de Melih Gülgen, premier film turc considéré comme érotique et premier d’une longue série avec l’acteur Behçet Nacar, Beş Tavuk Bir Horoz (Cinq poules un coq, 1974) qui « turquifie » le film italien Homo Eroticus (1971) de Marco Vicario, Ah Deme Oh De (Ne dis pas Ah, dis Oh, 1974), Muz sever misin? (Aimes-tu la banane ?, 1975), Bekaret Kemeri – Sevişme Tekniği (Ceinture de chasteté – Techniques pour faire l’amour, 1975), Biyonik Ali futbolcu (Ali le footballeur bionique, 1978), Karpuzcu (Le vendeur de pastèques, 1979) ou Gece Yaşayan Kadın (Les femmes de la nuit, 1979)[6].

Vu le succès grandissant de ces productions, même les réalisateurs et les acteurs célèbres du cinéma traditionnel délaissent les amourettes ou les combats virils qui ne font plus autant recette pour se tourner vers le genre érotique, à l'instar du réalisateur Şerif Gören dans Taksi Şoförü (Le chauffeur de taxi, 1976), interprétés par le play-boy Kadir İnanır et la débutante Banu Alkan. Le film est entrecoupé de scènes érotiques suggestives et d’une séquence plus explicite et très sensuelle qui mêle des images d’une voiture en train de déraper avec des gros plans d’un couple s’embrassant. Sorti la même année que le Taxi Driver de Martin Scorsese, Taksi Şoförü est l’un des premiers films de Şerif Gören. Six ans plus tard, le réalisateur recevra avec Yılmaz Güney la Palme d’or du Festival de Cannes pour Yol (La permission, 1982).

En 1975, la moitié des 225 films produits en Turquie sont érotiques et cette proportion augmente même à deux tiers en 1979[7] ! 1979 ouvre aussi une deuxième phase de films érotiques avec le premier long-métrage turc vraiment pornographique : Öyle Bir Kadın Ki (Une femme comme ça, 1979) de Naki Yurter. Alors qu’auparavant, quand les réalisateurs souhaitaient ajouter des scènes de sexe explicites à leurs œuvres, soit les acteurs les simulaient, soit les cinéastes s’occupaient d’emprunter ces séquences à des œuvres étrangères, dans ce film rien n’est simulé. Si certains de ces films banalisent une certaine violence inculquée aux femmes (enlèvements, viols et autres agressions), d’autres ridiculisent ouvertement la domination masculine comme Sekreter (La secrétaire, 1985) de Temel Gürsü, ou alors donnent le rôle principal à des femmes fortes et indépendantes comme l’actrice Türkân Şoray dans Metres (La maîtresse, 1983) d’Orhan Elmas.

En 1980, le coup d’État militaire jugule Yeşilçam et cette intense Seks furyası − même si des films érotiques seront encore produits et diffusés par la suite. Porté par une censure sévère et une idéologie « islamique-nationaliste », le nouveau pouvoir conservateur et autoritaire interdit les séquences pornos dans les salles, interdictions qu’encore récemment le parti AKP a renforcées et étendues. Malgré tout, le marché du film érotique est relancé dès les années 1980 grâce à la cassette vidéo. Encore actuellement, les Turcs resteraient des grands consommateurs de films pornos et érotiques sur cassettes VHS, chaînes satellites et internet[8].

Mais il faudra attendre Ömer Lütfi Akad pour voir un réalisateur se faire connaître à l'international. D'autres réalisateurs suivront sa voie tels que Metin Erksan ou Atıf Yılmaz (en).

Après Yeşilçam[modifier | modifier le code]

Nuri Bilge Ceylan


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Savaş Arslan, Cinema in Turkey: A New Critical History, Oxford University Press, 2011, p. 25
  2. Dictionnaire du cinéma, Larousse, sous la direction de Jean-Loup Passek
  3. Kern Gilliane, « La vague érotique turque des années 1970 », dans Images du désir, La Revue du Ciné-club universitaire, 2013, no 1, p. 11-13.
  4. Girardot Clément, « Erotik Sinema Boom, An Internet Archeology », Mashallah News, 10 janvier 2011.
  5. Goban Tanju, « Porno alla Turca », Euromed Cafè, 7 avril 2008.
  6. Ces films sont très populaires auprès des jeunes hommes qui ont dû quitter leur famille à la suite de l’exode rural des années 1950 ou l’immigration en Allemagne dès les années 1960. Ces spectateurs se rendaient au cinéma sans leur famille, comme c’était la coutume généralement.
  7. Sur 193 productions en 1979, 131 (en très grande majorité en 16 mm) sont des films érotiques. Au total, certains auteurs estiment que, sur les 7000 films produits en Turquie, près de 600 peuvent être considérés comme érotiques.
  8. Selon un documentaire diffusé sur la chaîne turque Kanal D (cité dans l’article de Girardot), 20 % des internautes turcs se connecteraient pour visiter des sites classés X et le pays se situerait au deuxième rang mondial de la consommation pornographique après le Japon. Une ancienne actrice turque de la période Seks furyası commente avec nostalgie dans le documentaire : « Dans les anciens films érotiques, il y avait une histoire » (cité dans Girardot, op. cit.).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Listes et catégories[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]