Charaka Samhita

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La Charaka Samhita (IAST: Carakasaṃhitā)[1] est un traité médical de l’antiquité, considéré comme un des textes fondateurs de l’Āyurveda qui a été commenté ou glosé par Cakrapāṇidatta au XIe siècle. On estime qu’il s’agit du plus ancien des trois antiques traités de l'Ayurveda. Il est au cœur de la pratique actuelle de la médecine ayurvédique, et, avec la Suśruta Saṃhitā, cet ouvrage est maintenant identifié dans le monde entier comme une importante source de connaissance des premières connaissances en médecine et de leur mise en pratique, indépendamment de la Grèce antique[2].

Ce texte est une « saṃhitā », c’est-à-dire une « collection qui forme un ensemble ». La datation de l’ouvrage est incertaine, il s’agit d’un texte ancien (entre 175 av. J.-C. et 120 apr. J.-C.), attribué à Charaka, maintes fois remanié et affiné.

Origines[modifier | modifier le code]

Le texte, écrit en sanskrit, est l’œuvre de plusieurs auteurs et représente sans doute les travaux d'une école de pensée. Le terme de Charaka (Caraka) désigne les sages errants ou les médecins ambulants et Saṃhitā signifie compilation ou recueil. La source originelle est identifiée comme étant le Tantra Agniveśa sur la base des enseignements de Punar-Vasu; Charaka est réputé avoir rédigé cet ouvrage, et plus tard Dridhabala, un autre érudit, l’aurait développé. La date de rédaction correspond à la période de l’Empire Maurya (vers le IIIe siècle avant notre ère).

La forme du texte[modifier | modifier le code]

Le texte est principalement rédigé en vers (śloka) de 32 syllabes. Cette versification est courante, elle est également celle d’autres textes traditionnels comme le Mahābhārata et le Rāmāyaṇa.

Tous les textes en sanskrit qui font autorité sont insérés dans une tradition, plus ou moins objective mais dont le rappel introduit le corps de chaque ouvrage. Du dieu jusqu’à l’humain qui a transcrit le texte, toute la lignée est traditionnellement listée en avant-propos. Il s’agit du maṅgala ou « paragraphe de bon augure » jugé indispensable pour que l’œuvre puisse être menée à son terme sans obstacle et pour qu’elle soit dite complète.

Le maṅgala contient le nom de l’auteur, le sujet de l’ouvrage (vishaya), la motivation de l’ouvrage (prayojana), la méthode d’exposition (samgati) et le public ciblé (adhikarin).

Dans le cas de la Caraka Saṃhitā, la lignée commence avec Brahmā, le créateur et se termine par l’auteur Cakrapāṇidatta. Ce dernier ne se considérant pas véritablement comme « auteur » mais comme « rapporteur » d’une connaissance qui existe depuis toujours. Même les grands philosophes, comme Śaṅkara, ne se présentaient jamais comme des novateurs, mais comme des commentateurs d’une connaissance éternelle.

Le cadre du texte est une sorte de colloque de sages (Rishi) sur un flanc de l’Himalaya.

Contenu[modifier | modifier le code]

À l’origine de l’Āyurveda, la science médicale, on trouve l’Atharvaveda, texte plus ancien, dans lequel sont réunis des hymnes curatifs. La médecine était alors « vocale », c’était par la voix que l’on soignait[3]

La Caraka samhitā offre, elle, un second type de médecine, plus récente et plus proche de ce que nous entendons par ce terme aujourd’hui (même si cette médecine était associée à la quête du bonheur et de la délivrance spirituelle, ce qui est absent de la médecine moderne occidentale).

Le texte comprend 8 sections, soit un total de 120 chapitres, en commençant par Sutrasthan qui traite des principes fondamentaux et des principes de base de la pratique Ayurvédique. Les avancées scientifiques originales portées au crédit de la Caraka Samhitā sont:

  • Une approche rationnelle de la cause et du traitement des maladies
  • L’introduction de méthodes objectives d’examen clinique
"L'observation directe est la caractéristique la plus remarquable de l’Ayurveda, même si parfois elle est mélangée avec des considérations métaphysiques. La Samhitā souligne que parmi tous les types d'éléments de preuve qu’on peut recueillir, les plus fiables sont ceux qui sont directement observés par les yeux. Dans la médecine ayurvédique le traitement dépend de quatre facteurs: du médecin, des substances utilisées (médicaments ou diététique), du personnel infirmier et du patient. Les qualités du médecin sont les suivantes: bonne maîtrise des données théoriques de la science, une grande expérience, des compétences pratiques et le respect de la propreté; les qualités des médicaments ou substances utilisées sont: l’abondance, la facilité de mise en œuvre, la multiplicité des usages et la puissance de son action; les qualités du personnel infirmiers sont: une bonne connaissance des techniques de soins infirmiers, la compétence, le dévouement envers le patient et la propreté et les qualités essentielles des patients sont les suivantes: une bonne mémoire, le respect des prescriptions des médecins, le courage et la capacité à bien décrire les symptômes ressentis. "[4]

Soins infirmiers[modifier | modifier le code]

"Le Caraka (Vol I, section XV) indique que les infirmiers devraient avoir, une bonne conduite, être d’une pureté remarquable, dotés d'un haut degré d’intelligence et de compétence, habités par la bonté, de personnel qualifié pour tous les soins qu’un patient peut exiger, savoir cuire les aliments, donner le bain et laver le patient, frictionner et masser les membres, le lever du lit et l'aider à marcher, savoir faire les lits et les nettoyer, préparer le patient et habile à deviner les attentes du malade et ne jamais refuser de faire quoi que ce soit qui lui soit ordonné. "

Les principes de l’ayurvéda[modifier | modifier le code]

Quelques axes principaux évoqués par la Charaka samhita et que l’on retrouve plus ou moins dans l’Ayur-Véda tel qu’il est compris aujourd’hui :

  • La vie vécue normalement est un état de bonheur
  • L’hygiène de vie permet de restaurer l’harmonie de l’homme avec son environnement
  • L’alimentation, la digestion et l’assimilation sont des questions essentielles pour la santé
  • Les médicaments sont de nature végétale (341 recensés dans l’ouvrage), animale (177 recensés) ou minérale (64 recensés)
  • La parole comme méthode de soin, présente dans l’Atharva-Véda, est associée à ces médicaments (Rasayana).
  • La médecine est plus préventive que curative
  • La maladie est considérée comme la conséquence d’une erreur alimentaire et d’une mauvaise compréhension de l’univers, ainsi que d’une mauvaise harmonie entre le corps et l’esprit.

Le yoga tel qu’on le connaît en Occident, c’est-à-dire le yoga des postures, était également mentionné comme un médicament.

Le diagnostic médical par la prise du pouls (nadipariksha) est un autre élément important de la médecine (bien que plus tardif) décrit dans la Charaka Samhita. On y mesure l’équilibre ou le déséquilibre des trois doshas dans le corps (vata, pitta et kapha, parfois traduits par « humeurs ») qui sont associés aux trois divinités (Shiva, Vishnu et Brahma respectivement).

L’Ayurveda croit en l’existence de cinq grands éléments (en devanāgarī: पञ्चतत्त्व; la terre, l’eau, le feu, l’air et l’espace), formant l'univers, y compris le corps humain[5]. Le sang, la chair, le gras, os, la moelle, le chyle et le sperme sont les sept principaux éléments constitutifs (en devanāgarī : सप्तधातु) de l'organisme[6]. L’Ayurveda croit en l’équilibre de trois "humeurs" : le vent/l’esprit/l’air, le phlegme et la bile, chacune représentant les forces divines[6]. La doctrine des trois dosha, (en devanāgarī : त्रिदॊश) -Vata (vent/esprit/air), Pitta (la bile) et Kapha (mucus) est primordiale[7]. C’est à partir d'elles que l'Ayur-Véda fait principalement son diagnostic de l'équilibre du corps et de son harmonie avec l'univers. Les croyances traditionnelles professent que l'homme possède une constellation unique de Dosas[7]. Dans l'Ayurveda, le corps humain présente 20 guṇa (en devanāgarī : गुण, ce qui signifie qualités)[8]. La chirurgie et les instruments chirurgicaux sont utilisés[8]. Il existe une croyance, selon laquelle, la construction d'un métabolisme sain, le bon déroulement de la digestion et de l’excrétion apportent la vitalité[8]. L’Ayurveda met également l’accent sur l'exercice, le yoga, la méditation et les massages[9].

L’homme, l’univers et le Soi[modifier | modifier le code]

L'utilisation du mot Veda, qui signifie Connaissance, indique l'importance de l'Āyurveda en Inde. L'Āyurveda propose un bien-être durable dans la vie, tant individuelle que familiale et sociale. Elle replace l'homme dans sa dimension à la fois physique et spirituelle.

Selon la Caraka Saṃhitā et la philosophie védique en général, l'homme est comme l’univers, il est structuré comme lui et constitué des mêmes éléments. (« je suis fait de l’univers et l’univers est fait de moi ») On parle par exemple du feu en l’homme, comme on le fait aujourd’hui, par l’inflammation, la fièvre brûlante, ou le feu digestif. Ce dernier étant le plus important dans la perspective de la santé. Mais de manière plus fondamentale encore, le corps est considéré comme un ensemble d’éléments matériels périssables qui constituent un vêtement provisoire pour l’ātman (le Soi) qui, lui, est éternel.

Références[modifier | modifier le code]

  1. The Sanskrit Heritage Dictionary de Gérard Huet
  2. Valiathan, M.S. (2003) The Legacy of Caraka Orient Longman ISBN 81-250-2505-7 reviewed in Current Science, Vol.85 No.7 Oct 2003, Indian Academy of Sciences seen at [1] June 1, 2006
  3. Voir, par exemple, l’hymne pour se soigner des vers intestinaux Atharva-Véda II 31
  4. Chattopadhyaya, D. (1982) Case for a critical analysis of the Charak Samhita In Studies in the History of Science in India (Ed. D. Chattopadhyaya). Vol. 1. New Delhi: Editorial Enterprises. p. 209-236. cited in Tiwari, Lalit “A Summary of the Late D. Chattopadhyaya's Critique of Charaka Samhita” seen at [2] June 1, 2006
  5. Chopra, page 75
  6. a et b Underwood & Rhodes(2008)
  7. a et b Chopra, page 77
  8. a, b et c Chopra, page 76
  9. encarta-ayurveda

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Angot, Caraka-Samhita - Traité d'Ayurveda : Volume 1 : Le Livre des Principes (Sutrasthana) & Le Livre du corps (Sarirasthana), vol. 1, BELLES LETTRES,‎ 2011, 768 p. (ISBN 2251720529 et 978-2251720524)
  • (en) Kaviratna, A.C. and P. Sharma, tr., The Caraka Samhita 5 Vols., Indian Medical Science Series. Sri Satguru Publications, a division of Indian Books Centre, Delhi 81-7030-471-7
  • Menon, I A and H F Haberman, Dermatological writings of ancient India Medical History. 1969 October; 13(4): 387–392. seen at The Wellcome Trust Centre for the History of Medicine at University College London [3] June 1, 2006
  • Traduction de Jean Papin (en 3 tomes), Paris, Éditions Almora, 2006 (tome I), 2009 (tome II)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]