Bernard-Raymond Fabré-Palaprat

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Bernard-Raymond Fabré-Palaprat (29 mai 1773 – 18 février 1838) est créateur en 1804 d'un Ordre du Temple et d’une Église johannite. En 1972, l'excellent Laurent Dailliez[1] dénombrait dans le monde quarante-sept groupements néo-templiers (Serge Caillet). Fabré-Palaprat institua le premier.

Biographie[modifier | modifier le code]

Bernard Raymond Fabré-Palaprat est né à Cordes, dans le Tarn, le 29 mai 1773. Il entra au séminaire de Cahors, sans, semble-t-il, être ordonné prêtre, car la Révolution française interrompit cette carrière sacerdotale[2]. » Fils d’un maître en chirurgie, il devint « docteur en médecine de l’École de Caen, ancien élève de celle de Montpellier et de l’École pratique de médecine de Paris ». Une fois médecin (avril 1798 à Caen, sept. 1803 à Paris), podologue, il s’établit à Paris dès 1803.

Toujours à Paris, il joignit la franc-maçonnerie, dans la loge des Chevaliers de la Croix. Cette loge relevait du Grand Orient de France mais fut exclue en 1841. Son Vénérable, le docteur Philippe Ledru (1754-1832), persuada Fabré-Palaprat d'une filiation templière de 22 Grands Maîtres de l’Ordre du Temple depuis Hugues de Payns (n° 1, 1129), jusqu’à Jacques de Molay (n° 22, 1292), et de 22 autres après Jean-Marc Larmenius (1314 ou 1324, commandeur de Jérusalem). Fabré-Palaprat soutint avoir trouvé (en 1804 ?) une « Charte de transmission », dite « Charte de Larmenius », datée de 1324, continuée, qui donne des successeurs à Jacques de Molay. Il admit alors une filiation néotemplière de Grands Maîtres du Temple, dont : Jean-Marc Larmenius (n° 23, 1324, inconnu par ailleurs), Thomas-Théobald d’Alexandrie (n° 24, 1324), Bertrand du Guesclin (n° 27, 1357), Philippe duc d’Orléans (n° 39, 1705), Timoléon de Cossé-Brissac (n° 43, 1776), Claude-Matthieu Radix de Chevillon (n° 44, 1792), et lui, Bernard-Raymond Fabré-Palaprat (n° 45, 1804)[3],[4],[5]. Cette charte, rédigée en latin, est un apocryphe[6], datant sans doute du XVIIIe siècle[7]. Fabré-Palaprat fut nommé Grand Maître de l’Ordre du Temple en 1812 par Guillaume Mauviel (1757-1814), évêque constitutionnel (1800) des Cayes à Saint-Domingue. Le 18 mars 1808, pour l’anniversaire de la mort de Jacques de Molay, « à son apogée, les Chevaliers de l'Ordre du Temple, au nombre d'à peu près 200, feront une procession remarquée, à cheval et avec l'habit blanc frappé d'une croix rouge, en direction de l'église Saint-Paul de Paris. Ce sera la plus grande - et l'unique - grande manifestation de l'Ordre du Temple restauré" (J.-Laurent Turbet)[8]. « Bernard Raymond Fabré-Palaprat, qui cherchait à concilier Illuminisme ésotérique et science, entra un jour [jour de l’An 1804 ?] en possession d'un texte écrit en grec intitulé Levitikon. Ce livre anonyme contenait une version modifiée de l'Évangile de Jean, laquelle présentait le Christ comme un grand initié aux Mystères d'Égypte et un détenteur d'enseignements secrets transmis jusqu'aux auteurs du Lévitikon en passant par les Templiers médiévaux. Fabré-Palaprat créa alors un Ordre du Temple, associé à une loge maçonnique dite Les Chevaliers de la Croix (elle-même affiliée au Grand Orient). L'Ordre prit en 1828 le nom d'Église des Chrétiens primitifs. L'abbé Ferdinand Châtel fit siennes les idées contenues dans le Lévitikon et établit en 1831 un nouveau culte, l'Église Catholique Universelle, ou Église Johannite Templière. »[9] Il est mort à Pau le 18 février 1838.

Par ailleurs, Fabré-Palaprat se révéla un médecin novateur, un officier de santé dévoué. Il fut directeur général de la Société médico-philanthropique. En 1813, il fut chargé de la surveillance des maladies contagieuses. Il intervint à ce titre mais aussi en soldat face aux forces européennes alliées contre l'Empire de Napoléon pendant la Bataille de Paris de 1814 (ce qui lui valut la légion d’honneur). Il lutta aussi contre l’épidémie de choléra-morbus de fév.-oct. 1832. Il fut « membre de l'Athénée des arts, dont il fut le président en 1829 et a créé la première Académie de médecine dès 1805 (les actes de cette création sont conservés). Il a contribué à la vulgarisation de nombreuses découvertes médicales et scientifiques dont il fut le fidèle rapporteur auprès de l'Athénée des arts. Il a contribué à la vulgarisation de l'utilisation de l'électricité dans le traitement des maladies mentales, il a obtenu la légion d'honneur ainsi que la médaille d'or de la ville de Paris et a écrit un opuscule vendu au profit des victimes des insurrections de 1830... Il fut, bien sûr, le Grand Maître de l'Ordre du Temple sous Napoléon à partir de la loge des Chevaliers de la Croix... À partir de cet Ordre, il a créé un Hospice et un service d'entraide aux personnes en difficulté. »[10].

Histoire[modifier | modifier le code]

Serge Caillet (2007) résume ainsi quelques moments. « Au tout début du XIXe siècle, en France, la légende templière commence à se répandre en marge de la franc-maçonnerie, dans le cadre d’un Ordre d’Orient et de la loge parisienne des chevaliers de la Croix, dirigée par un certain Dr Ledru, qui prétend détenir la succession magistrale du dernier Grand Maître secret de l’Ordre du Temple, le duc Timoléon de Cossé-Brissac (1734-1792) . Élu Grand Maître en 1804 [le 4 nov.], Bernard Raymond Fabré-Palaprat (1773-1838), un ancien séminariste devenu médecin, propage véritablement ce nouvel Ordre du Temple, sous le patronage de l'empereur Napoléon 1er, ce qui lui vaut d’attirer quelques personnages de renom. Fabré-Palaprat revendique en ligne directe la succession de Jacques de Molay, et, pour attester son lignage, produit même une charte, portant la signature de tous les Grands Maîtres depuis le Moyen Âge... C’est un faux, qui sera vite reconnu et dénoncé comme tel. Il n’empêche que l’Ordre eut en France sa période faste, ses notables, son clergé. (…) Peladan passe aussi pour avoir été Grand Maître, de 1892 à 1894 dit-on, de la lignée templière de Fabré-Palaprat. Je ne puis le garantir. (…) Le 19 janvier 1932, des Templiers de la lignée de Fabré-Palaprat (Joseph Cleeremans, Gustave Jonckbloedt et Théodore Covias) fondent à Bruxelles l'Ordre souverain et militaire du Temple, dont l'enregistrement paraît au Moniteur belge, le 20 janvier 1933. (…) En 1934, un Conseil de régence de ce qu’il reste de l’Ordre de Fabré-Palaprat place à sa tête Émile Vandenberg – avec un intermède par un certain Théodore Covias, de 1935 à 1942 – qui, le 23 décembre 1942, transmet ses pouvoirs au Portugais Antonio Campello Pinto de Sousa Fontes (1878-1960). En 1945, celui-ci fonde l’Ordre Souverain et Militaire du Temple de Jérusalem (OSMTJ) »[11], qui a son siège à Paris. L’OSMTJ s’est divisé en 1970, quand Fernando Campello Pinto de Sousa Fontes, fils d’Antonio Campello Pinto, a fondé l’Ordo Supremus Militaris Templi Hierosolymitani (OSMTH), qui a son siège à Porto. Nouvelle scission en 1996 quand naît « l’Ordre Suprême Militaire du Temple de Jérusalem, dont les membres souhaitent servir, tout comme les chevaliers des origines ont servi. La devise de l’ordre Non nobis, Domine, non nobis, sed Nomini Tuo da Gloriam est tirée du Psaume 115, verset 1 ‘Pas à nous, Seigneur, pas à nous, mais à Ton Nom seul donne la Gloire’ »[12].

L’Église Johannite des Chrétiens Primitifs, du Patriarche Fabré-Palaprat, est également nommée Sainte Église du Christ. Selon Serge Caillet, « Fabré-Palaprat, consacré Grand Maître par l’évêque constitutionnel Guillaume Mauviel, en 1812 [?], a également associé son Ordre du Temple à une Église Johannite des Chrétiens Primitifs, dont il s’est déclaré le 115e souverain pontife. Il fit même consacrer l’abbé François-Ferdinand Châtel comme ‘primat coadjuteur des Gaules’ [le 4 mai 1831], avant que celui-ci ne se sépare de l’Ordre pour se consacrer à l’Église catholique française, qu’il a fondée en 1831 [le 12 juin]. L’Église johannite a publié cette année-là le Levitikon, une version tronquée de l’Évangile de Jean, présentée comme le ‘statut fondamental de la Sainte Église du Christ’ et l’exposé des ‘principes fondamentaux de la doctrine des chrétiens-catholiques primitifs’. » En 1834, Fabré-Palaprat célébra publiquement une messe johannique. L’année 1836 vit naître un schisme, conduit par Claude-Antoine-Gabriel de Choiseul (1760-1838), duc et pair de France, qui voulait revenir à l’orthodoxie catholique et romaine. Fabré-Palaprat admit alors comme successeur, « Régent », sir Sidney Smith (1764-1840), amiral britannique, qui avait fondé la Société des chevaliers libérateurs, templière, plus tard (1838) Grand Maître de l’Ordre du Temple. Le successeur suivant fut Auguste-Frédéric duc de Sussex (1773-1843), Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre de 1813 à 1843[13]. James Forster, en 2000, a fondé l’Apostolic Johannite Church, qui se réclame de Fabré-Palaprat[14].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Considérations générales sur la péripneumonie (1803). Thèse de médecine. Rééd. Orphica.
  • « Une foule de renseignements sur l'Ordre des Néo-Templiers : le décret du Pape Clément V contre l'Ordre, la charte de Transmission du Grand Maître Jean-Marc Larmenius du 13 février 1324, statuts, liste des Grands Maîtres, décrets, etc. On y trouve aussi la liste des Chevaliers qui composent le gouvernement de l'Ordre du Temple de Fabré-Palaprat, ainsi que les règlements, une bibliographie des ouvrages sur le Temple, et le calendrier luni-solaire à l'usage du même ordre. » Manuel des Chevaliers de l’Ordre du Temple (1811), VIII-401 p. Publication des membres de l’Ordre du Temple, Guillaume Mauviel, Fabré-Palaprat, etc.
  • Du Galvanisme appliqué à la médecine et de son efficacité dans le traitement des affections nerveuses de l'asthme, des paralysies, des douleurs rhumatismales, des maladies chroniques en général et particulièrement des maladies chroniques de l'estomac, des intestins, du foie, etc., avec des notes sur quelques remèdes auxiliaires, par La Beaume, ouvrage traduit de l'anglais et précédé de remarques, de considérations physiologiques et d'observations pratiques sur le galvanisme, par B.-R. Fabré-Palaprat, 1828
  • Esquisse du mouvement héroïque du peuple de Paris dans les journées... des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, ou Lettre adressée au lieutenant-colonel Boyer, 1830
  • « L'auteur y donne une liste de pontifes johannistes depuis le Christ jusqu'au début du XIX° siècle en passant par Saint Jean et les Grands Maîtres de l'Ordre des Templiers, le dernier étant Fabré-Palaprat de Spolète sous le vocable de Bernard Raymond d'Amérique. On y trouve aussi une version dite authentique de l'évangile selon Saint Jean, avec en regard le même évangile d'après la Vulgate, celui-ci comprend 21 chapitres au lieu de 19. » Lévitikon ou Exposé des principes fondamentaux de la doctrine des chrétiens-catholiques-primitifs, suivi de leurs évangiles, d'un extrait de la Table d'or... et précédé du statut sur le gouvernement de l'Église et la hiérarchie lévitique, Paris, Librairie des Chrétiens-primitifs J. Machault, 1831. Rééd. Le Bord de la vie, 2006, 316 p.
  • Épître du souverain pontife et patriarche de la religion chrétienne catholique primitive, 1831, 31 p.
  • De l'Église chrétienne-primitive et du catholicisme romain de nos jours, par une réunion d'ecclésiastiques, Houdaille, 1833, 240 p.
  • Jérusalem et Rome. Débats entre les journalistes protecteurs du catholicisme romain de nos jours et les conservateurs du christianisme de l'Église primitive, pour faire suite au livre : « De l'Église chrétienne-primitive et du catholicisme romain de nos jours », 1834
  • Recherches historiques sur les Templiers et sur leurs croyances religieuses, Paris, Dentu, 1835, 70 p.
  • Ordre du Temple. A la plus grande gloire de Dieu. Bernard-Raymond Fabré-Palaprat, par la grâce de Dieu et le suffrage des Frères, Grand Maître de l’Ordre du Temple et patriarche, 1837

Études[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Laurent Dailliez, Les Templiers, ces inconnus, Perrin, 1972.
  2. Selon Jean-Pierre Chantin, « il aurait été ordonné prêtre par Mgr Gausserand, évêque constitutionnel du Tarn (1749-1820) ou par Mgr Danglars, évêque du Lot (1739-1814) » en 1793 (Les marges du christianisme, Beauchesne, 2001).
  3. Carta transmissionis, in Ordre des Chevaliers du Temple, Bruxelles, Imprimerie de l’Ordre du Temple, 722 (1840), p. 55-57.
  4. « L’Ordre du Temple – Légendes sur la Survivance du Temple » (consulté le 22 janvier 2012)
  5. « La Survivance de l'OSMTH / l'OSMTJ » (consulté le 22 janvier 2012)
  6. Albert Lantoine, La Franc-maçonnerie dans l’État, 1935, rééd., Slatkine, 1982, p. 403-408.
  7. (en) Christopher Hodapp et Alice von Kannon, The Templar Code for the Dummies, Indianapolis, Wiley, 2007, p. 177.
  8. « Documents exceptionnels sur l'Ordre du Temple de Fabré-Palaprat » (consulté le 22 janvier 2012)
  9. Antoine Faivre, in Jean Servier (dir.), Dictionnaire critique de l'ésotérisme, PUF, 1998, p. 921-922.
  10. « Vrais Maçons et faux Templiers »,‎ Vendredi 30 novembre 2007 (consulté le 22 janvier 2012)
  11. « Trois siècles de résurgences templières »,‎ Lundi 7 mai 2007 (consulté le 22 janvier 2012)
  12. « GRAND PRIEURE DE FRANCE DU TEMPLE », sur OSMTH (consulté le 22 janvier 2012)
  13. « Bernard-Raymond Fabre-Palaprat +1838 » (consulté le 22 janvier 2012)
  14. [PDF] « http://pelagios.net/succession.pdf » (consulté le 22 janvier 2012)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]