Étienne de Flacourt

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Portrait d'Étienne de Flacourt.

Étienne de Flacourt, baptisé le 21 février 1607 à Sainte-Catherine d'Orléans et mort en mer le 10 juin 1660 au large de Lisbonne, est un administrateur colonial français qui exerça le rôle de chef de colonie à Madagascar. Les historiens[Qui ?] lui attribuent la deuxième ou troisième prise de possession par la France de l'île de La Réunion, dans l'océan Indien. Durant son mandat, il écrit un ouvrage de présentation pour lequel il se fait tantôt naturaliste et tantôt géographe.

Sa famille[modifier | modifier le code]

Il est le sixième enfant né du mariage entre Étienne de Flacourt, marchand bourgeois d'Orléans, et Élisabeth de Loynes. Marie de Flacourt, sa sœur aînée a épousé Jean Corneille, également marchand à Orléans. Celui-ci est le frère du peintre Michel Corneille (1603-1664) qui réalisera le portrait connu d’Étienne de Flacourt. Étienne fait de solides études qui lui permettent de s'établir apothicaire à Paris en 1635. En 1641, il épouse à Orléans, Marguerite Rousseau dont une sœur Claude avait épousé en 1634, Guillaume de Flacourt, frère cadet d’Étienne. Le mariage de 1641 ne laisse aucune descendance au couple et est même un échec qui peut avoir motivé Étienne de Flacourt à quitter Paris.

En effet, en 1642, Richelieu crée la première la Compagnie des Indes orientales. Parmi les associés figurent le capitaine Rigault, Étienne Fouquet, et deux parents d’Étienne : son oncle, Julius de Loynes, secrétaire général de la marine, et son demi-frère, Pierre de Beausse intéressé pour 3/24e.

La compagnie décide de relever Pronis gouverneur de l'établissement de Fort-Dauphin, et de le remplacer par Étienne de Flacourt.

C'est durant son séjour à Madagascar, oublié par la France, en guerre civile, que se situe l'épisode malheureux de sa vie. Sa femme donne naissance à deux enfants dont Étienne n'a aucune connaissance, faute de nouvelles échangées entre Paris et Fort-Dauphin. Il n'apprend leur existence qu'à son retour en France. Un procès est intenté contre sa femme qui réplique par un procès en impuissance du mari. Pour y échapper, il laisse à son frère, Charles de Flacourt, le soin de régler par une transaction avec Marguerite Rousseau, pour éteindre cette pénible affaire. Il décide alors de repartir mais il périt en mer.

Arrivée à Madagascar[modifier | modifier le code]

Parti de La Rochelle à bord du Saint-Laurent, un vaisseau effectuant son troisième voyage vers Madagascar dont le capitaine est Roger Le Bourg, il arrive au Fort-Dauphin le 3 décembre 1648 pour y exercer les fonctions de chef de la colonie. Quelques mois plus tôt, celle-ci lui a été décrite par Le Bourg comme étant en désordre. Il prend donc la place de Jacques Pronis, prédécesseur contre lequel il reçoit vingt-huit plaintes alors même qu'il n'a pas encore débarqué. Hébergé chez ce dernier même, il mène une enquête à son sujet pendant plus d'une année et doit finalement l'inviter à rentrer en France en février 1650.

Ayant appris l'exil imposé par cet homme à douze mutins en 1646, il a auparavant l'occasion de l'envoyer avec Le Bourg les chercher là où il les a relégués, sur une île que l'on appelle alors Mascareigne. Le Saint-Laurent n'ayant pu toucher terre à cause de vents contraires, une barque est mise à l'eau pour aller les récupérer et les retrouve en parfaite santé, contre toute attente. Elle arrive à Fort-Dauphin deux jours après le navire le 7 septembre 1649. L'état de santé des passagers impressionne le nouveau gouverneur, resté à Madagascar, et l'incite à envisager la colonisation pure et simple de cette terre qui est aujourd'hui La Réunion et qu'il mandate Le Bourg pour qu'il la renomme « île Bourbon ».

Celui-ci procède à ce baptême en novembre 1649 dans le cadre d'un voyage très éprouvant pour l'équipage malade. On pense alors qu'il s'agit de la seconde prise de possession de l'île par la France après celle d'Alonse Goubert dix ans plus tôt. Les historiens estiment aujourd'hui qu'il pourrait s'agir de la troisième.

Gouvernement[modifier | modifier le code]

Schéma de Fort-Dauphin réalisé par Flacourt en 1650.

Le Saint-Laurent rentré au pays Pronis à son bord, les prêtres débarqués à Fort-Dauphin en même temps que lui achevés par la maladie, Étienne de Flacourt se retrouve seul à la tête de la colonie au milieu de l'année 1650. L'oisiveté qui s'y développe rapidement se transforme en une gigantesque révolte d'insurgés appuyés par des guerriers de la région impliquant peut-être 10 000 personnes, selon le chevalier lui-même. Pour la première fois dans l'histoire de la colonie, il demande que l'on fasse usage des canons et ceux-ci ont effectivement raison de la foule armée de flèches.

Sans nouvelles du Saint-Laurent, le temps commençant à se faire long, Flacourt fait entreprendre la construction d'un chantier naval et s'embarque par ailleurs dans une expédition à la recherche de nourriture jusqu'à l'île Sainte-Marie. Celle-ci voit la mort de nombreux membres de l'équipage, emportés par la maladie, mais le petit vaisseau commandé est fini dès le 10 septembre 1652. Flacourt prend en décembre de l'année suivante la décision de quitter Madagascar et de regagner l'Europe à son bord.

Pressentant une nouvelle révolte à l'annonce de son départ, il fait convoquer le chef des insurgés en personne et lui fait part dans le plus grand secret de son projet de retour au pays, probablement pour lui faire espérer sagement le poste de chef de la colonie à sa suite. Puis, prétextant un voyage jusqu'à Manghabé seulement, Flacourt met les voiles à bord de son nouveau Sainte-Marie le 27 décembre 1653. Mais les voies d'eau se révèlent bien vite très importantes et le navire de fortune doit rentrer dans la colonie après avoir abandonné l'idée d'une escale technique à l'« Isle de France » (actuelle île Maurice).

Marovoule, le Malgache autrefois insurgé et désormais gouverneur, se sent trahi par le retour de Flacourt. Lorsque celui-ci annonce l'envoi d'hommes au Mozambique dans le cadre d'une nouvelle expédition, il exige que ce soit le Chevalier qui y prenne part, mais celui-ci parvient à s'y soustraire. Il est dès lors l'objet de pétitions négatives et de vols qui l'incitent à faire arrêter Marovoule le 13 avril 1654, ce qui lui vaut d'échapper à une tentative d'assassinat sur sa personne programmée par ce dernier pour le surlendemain. L'arrestation de son opposant permet par ailleurs à Flacourt d'asseoir enfin son autorité.

Départ de Madagascar[modifier | modifier le code]

Les navires français le Saint-Georges et l'Ours abordent à 80 kilomètres de la colonie. Pensant y trouver un moyen de rentrer en France, Étienne de Flacourt interpelle les commandants pour mieux découvrir que celui du second vaisseau n'est autre que Jacques Pronis revenu dans la Grande Île, où il avait laissé un enfant. Le commandant du premier l'invite quant à lui durant le mois d'août à se mettre à son service dans une autre colonie après lui avoir annoncé qu'aucune relève n'avait été prévue pour lui par sa Compagnie, dont la direction a changé.

Outré par les changements survenus, Étienne de Flacourt n'en parvient pas moins à obtenir de Pronis l'exil de Marovoule accompagné de quelques Français volontaires à Bourbon par le biais de l'Ours. Le navire y arrive le 22 septembre 1654 et ses passagers y débarquent près de l'étang de Saint-Paul, sur la côte Ouest de l'île. À son retour à Madagascar, Pronis accepte par ailleurs de laisser à Flacourt son navire chargé de marchandises précieuses pour rentrer en France chercher de l'aide. Il s'agirait peut-être d'une récompense pour son enquête sur lui sagement menée à son arrivée dans la colonie.

Flacourt quitte Madagascar le 12 février 1655 et arrive en France rapidement, au début du mois de juin.

Affaires en France[modifier | modifier le code]

Couverture de l'ouvrage 'Histoire de la Grande Isle Madagascar

Étienne de Flacourt est rapidement confronté à de nombreuses tracasseries administratives, notamment de la part des marins du Saint-Laurent revenus en 1650 et qui attendent toujours leur solde. Flacourt honore la dette en liquidant le fret de l'Ours. Flacourt est par ailleurs attaqué en justice à trois reprises par des gens de la Compagnie dont il tente pourtant de défendre le monopole contre les velléités de certains membres d'armer des navires concurrents.

En 1661, il publie Histoire de la Grande Isle Madagascar pour rallier des personnages haut placés à la cause de l'île abandonnée et en faveur de son projet de faire armer pour cette destination de nouveaux navires par la Compagnie. Il publie aussi pour que l'expédition qu'il monte comprenne des prêtres, un catéchisme en langue malgache, une langue que personne ne sait lire, mais qui remporte un franc succès.

Peu de temps avant son retour dans la colonie, il croise Marovoule, qu'il pensait à Bourbon, dans les couloirs de la Compagnie, à Nantes. Malgré leur opposition passée, ils parviennent à converser et Marovoule apprend à Flacourt la rapide mort par maladie du gouverneur Pronis après son départ, à l'âge de 35 ans. Flacourt s'embarque tout de même pour l'océan Indien à bord de la Vierge le 20 mai 1660 à Dieppe.

Son bateau est attaqué au large de Lisbonne par trois pirates barbaresques qui le pillent puis le font sauter. C'est ainsi qu'il meurt le 10 juin 1660.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Conférence d'Enis Rockel à l'Université de La Réunion.
  • Flacourt Étienne de, 1661 - Histoire de la grande isle Madagascar, composée par le sieur de Flacourt,... avec une relation de ce qui s'est passé ès années 1655, 1656 et 1657... Éd. N. Oudot (Troyes) et G. Clouzier (Paris) sur Gallica : description générale de la vie sur l'île au XVIIe siècle
  • Flacourt Etienne de, 1661, Histoire de la Grande Isle Madagascar, Nouvelle édition annotée, augmentée et présentée par Claude Allibert, 2007, Paris, Karthala, 712 pages

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Gérard Héau, Généalogie et histoire de la famille de Flacourt, Donnery, 2009.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]