Épire du Nord

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L'Épire du Nord (grec : Βόρειος Ήπειρος, albanais : Epiri i Veriut) est le nom par lequel les Grecs appellent la région de l'Albanie du Sud où habite une minorité nationale grecque. Elle fut longtemps disputée entre les deux pays. Elle a fait l'objet d'un irrédentisme de la part de la Grèce, dans le cadre de la Grande Idée.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les guerres balkaniques[modifier | modifier le code]

La région appartenait à l'Empire ottoman jusqu'aux guerres balkaniques. Après la conquête de Ioannina le 5 mars (20 février julien) 1913, l'armée grecque d'Épire se divisa et continua vers le nord. La IIIe Division marcha vers l'Épire du nord et s'empara de Leskovik (qui fut rétrocédé à l'Albanie nouveau-née au traité de Florence) le 23 février (julien) puis du défilé et de la ville de Kleisoura le 3 mars. La Ve division prit Kónitsa le lendemain et le détachement de l'Achéron s'empara de Neochori et Philiates le 25 février (julien) puis de Aghioi Saranta le 4 mars (julien). La VIIIe division prit Argyrokastro et Delvino le 3 mars (julien), puis, soutenue par le régiment de cavalerie, entra le 5 mars (julien) dans Tepelen où elle s'empara de l'artillerie de campagne (cinq batteries) abandonnée par les Ottomans dans leur fuite[1].

L'armée d'Épire s'arrêta le 2 avril (21 mars julien), n'allant pas plus loin qu'Argyrokastro. L'Italie et l'Autriche-Hongrie avaient fait connaître leur opposition à la prise d'Avlona par la Grèce qui aurait alors contrôlé l'entrée en Adriatique[2].

Le Traité de Florence[modifier | modifier le code]

Le Traité de Florence, signé le 17 décembre 1913 céda la région à l'Albanie. Il constitue un codicille au Traité de Londres de la même année. Un comité international pour fixer les frontières entre la Grèce et l'Albanie avait été nommé lors de la conférence à Londres. Ce comité réuni à Florence mit au point un texte qui donna l'Épire du nord à l'Albanie. La Grèce protesta vivement, mais finit par céder. Elle accepta de retirer ses troupes[3].

La guerre civile[modifier | modifier le code]

L'évacuation grecque commença en février 1914. Au même moment, un gouvernement provisoire autonomiste grec, dirigé par Georgios Christakis-Zographos fut créé. Le mois suivant, l'Albanie tenta de reprendre le contrôle de la région. Sept cents hommes tentèrent de s'emparer de Vouno, près de Cheimarra le premier mars 1914 (julien). L'armée du gouvernement provisoire autonomiste les repoussa. Les combats durèrent jusqu'au 17 mai 1914 (julien) et la signature du Protocole de Corfou qui reconnaissait l'autonomie de la région. Les troupes du gouvernement autonomiste continuèrent cependant le combat. Le 23 juin (julien) elle prirent Korytsa, puis Moschopolis le lendemain. Le 23 septembre, 170 hommes de l'armée du gouvernement autonomiste entrèrent, contre les ordres de leur gouvernement dans Berat. Une contre-attaque de 2 000 soldats albanais reprit la ville. Les pertes des troupes autonomistes furent lourdes. Ses chefs le lieutenant Antonios Leontokianakis et l'irrégulier Georgios Stephanakos furent fusillés[4].

Première guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le 14 octobre (julien) 1914, l'armée grecque réoccupa la région, après accord de l'Entente. Cette dernière promit la région à la Grèce si elle entrait en guerre à ses côtés. En réponse, l'Italie occupa Valona le 18 octobre (julien)[4].

Le 26 avril 1915, un accord secret entre l'Entente et l'Italie prévoyait de donner Valona à l'Italie et l'Épire du nord à la Grèce. Élus le 19 décembre (julien) 1915, des députés d'Épire du nord furent accueillis triomphalement lors de l'ouverture de la session du Parlement hellénique le 11 janvier (julien) 1916. Cependant, l'armée grecque entama son retrait de la région la même année. Elle fut remplacée par l'armée italienne qui abolit les institutions du gouvernement autonomiste en octobre 1916[5].

Les négociations à Versailles[modifier | modifier le code]

Le 29 juillet 1919, un accord secret fut signé entre le Premier ministre grec Elefthérios Venizélos et le Ministre des Affaires étrangères italien Tommaso Tittoni. Il réglait les problèmes entre les deux pays à propos du Dodécanèse, de l'Asie mineure et il cédait l'Épire du nord à la Grèce. Le 14 janvier 1920, la session de la conférence, présidée par Georges Clemenceau, entérina l'accord Tittoni-Venizélos, en précisant que son application était suspendue au règlement du conflit entre l'Italie et la Yougoslavie. Le 17 mai 1920, le Sénat des États-Unis reconnut les droits de la Grèce sur la région[5].

Le 28 mai 1920, l'accord provisoire de Kapesthtitsa réglait le fonctionnement de la région, en attendant l'application de l'accord Tittoni-Venizélos. L'armée grecque y acceptait aussi de ne plus avancer dans la région[6].

Le 22 juillet 1920, le nouveau Ministre italien des Affaires étrangères, Carlo Sforza dénonça l'accord Tittoni-Venizélos. Il signa ensuite le Traité de Rapallo (1920) qui aurait dû mettre en œuvre l'accord Tittoni-Venizélos. Cependant, la conférence de la paix, devant l'hostilité italienne, renvoya le problème devant la Conférence des Ambassadeurs. Celle-ci accorda la région à l'Albanie le 9 novembre 1920[6].

Situation actuelle[modifier | modifier le code]

La taille de toutes les minorités nationales en Albanie est contestée, pourtant un recensement satisfaisant des minorités ethniques est un des engagements de l'Albanie à l'Union européenne. Selon l'évaluation du gouvernement grec à la conférence de paix de Paris de 1919, le nombre des membres de la minorité grecque était 120 000 et le dernier recensement qui a compté les minorités nationales (en 1989) a trouvé seulement 58 785 Grecs, quoique la population totale de l'Albanie avait triplé pendant ce temps. Selon l'Organisation des nations et des peuples non représentés il y a approximativement 70 000 Grecs en Albanie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) An Index of events in the military history of the greek nation., Hellenic Army General Staff, Army History Directorate, Athènes, 1998. (ISBN 960-7897-27-7)
  • (fr) Apostolos Vacalopoulos, Histoire de la Grèce moderne., Horvath, 1975. (ISBN 2-7171-0057-1)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Index., p. 98-99.
  2. A. Vacalopoulos, op. cit., p. 216.
  3. Index., p. 103.
  4. a et b Index., p. 104.
  5. a et b Index., p. 105.
  6. a et b Index., p. 106.