Áris Velouchiótis

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Áris Velouchiótis (en grec Άρης Βελουχιώτης ; né le 27 août 1905 à Lamia, mort le 16 juin 1945 à Mesounda) de son vrai nom Thanássis Kláras (Θανάσης Κλάρας) a été le dirigeant principal de l'Armée populaire de libération nationale de Grèce (Εθνικός Λαϊκός Απελευθερωτικός Στρατός, ELAS). De 1942 à 1945, ELAS, la branche militaire du Front de Libération Nationale (Εθνικό Απελευθερωτικό Μέτωπο, EAM), est de loin la plus importante organisation du mouvement des partisans grecs durant la Seconde Guerre mondiale[1]. Le Parti communiste grec détient la majorité du Comité central de l'EAM[2]. Áris est également un des fondateurs de l'EAM.

Velouchiótis est une des figures les plus tragiques et les plus controversées de l'histoire grecque du XXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et études[modifier | modifier le code]

Thanássis Kláras est né à Lamia le 27 août 1905. Son père, Dimitri, est avocat. Il étudie l'agrononomie à Larissa.

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Dans les années 1920, son ami, Takis Fitsios, l'initie aux idées de la Révolution d'Octobre[3]. Il se lance dans la lutte révolutionnaire. En 1922, il devient membre de la jeunesse communiste (OKNE) et en 1925, un membre du Parti communiste (KKE)[4].

En 1929, il adhère au Parti communiste et prend le surnom de Misère (Μιζέριας). Il fait la connaissance de Níkos Zachariádis[5].

Pendant la dictature de Métaxas (1936–1941), il est arrêté et emprisonné dans la prison d'Égine. Pendant son procès, il s'enfuit.

Il est arrêté à nouveau en 1939. En juin, il est transféré à la prison de Corfou où est enfermé Zachariádis. Il y est torturé mais ne donne aucune information. Il est libéré après avoir signé une « déclaration de renonciation » au Parti communiste[6].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est enrôlé comme officier de réserve de l'armée grecque. En raison de son comportement indiscipliné, il est dégradé et envoyé pour servir en tant que caporal d'artillerie sur le front albanais (1940-1941). L'invasion allemande en avril 1941 aboutit à la capitulation de la Grèce et à son occupation.

Le KKE envoie Klaras en Grèce Centrale (Roumélie) pour évaluer le potentiel de développement d'un mouvement de partisans contre les forces d'occupation. Ses propositions sont adoptées par le parti et en janvier 1942, Klaras commence à établir des groupes de guérilleros dans les montagnes. En mai 1942, il crée le premier groupe de partisans armés grecs qui fut le noyau de l'ELAS. Kláras choisit comme nom de guerre Áris Velouchiótis: Áris en référence au dieu de la guerre Arès (le Mars des romains), et Velouchiótis, le sommet le plus élevé de la vallée du Sperchios.

Les troupes allemandes se retirent et Athènes est libérée le 12 octobre 1944, bien avant l'arrivée des troupes britanniques. EAM/ELAS ne s'empare pas du pouvoir et fête la libération[7]. La thèse de Churchill est de fait démentie[8].

Le 17 novembre 1944, les principaux commandants d'ELAS se retrouvent à Lamia pour leur première et dernière réunion. Áris s'attend au pire, il prévient que le général Scobie prépare une attaque anticipée que l'ELAS devrait anticiper. Sa proposition est rejetée par la majorité qui pense que « les Britanniques et les réactionnaires n'ont pas assez de forces pour mener à bien un coup d’État[9]. »

En décembre 1944, le gouvernement d'unité nationale (el) est dissous. Les ministres de l'EAM démissionnent du gouvernement de Georges Papandréou le 2 décembre. Le 3 décembre, la police ouvre le feu contre des manifestants non armés. À nouveau, Athènes entre en guerre : les unités d'ELAS s'opposent aux troupes anglaises pour le contrôle de la capitale[10]. Ces événements de décembre 1944 gardent le nom de Dekemvrianá (el).

La fin[modifier | modifier le code]

En février 1945, le KKE participe aux accords de Varkiza (en) (signés le 12 février 1945) qui devaient mettre fin à la première phase de la guerre civile grecque et voir la réconciliation du peuple grec, ainsi que la libération de milliers de prisonniers politiques et le désarmement d'EAM/ELAS. Áris rejette ses accords et reprend la lutte armée après le désarmement d'EAM/ELAS. En conséquence, il entre en conflit avec la direction du Parti communiste grec (KKE, en grec moderne Κομμουνιστικό Κόμμα Ελλάδος) pour non-respect du centralisme démocratique. En avril 1945, le Comité central du KKE décide de désavouer Kláras. Rizospastis, l'organe de presse du KKE, annonce publiquement cette exclusion du KKE le 16 juin 1945. Selon le Rizospastis, le même jour, Áris et un petit groupe de partisans sont piégés par des groupes para-militaires et le 118e bataillon de la Garde nationale. Áris se suicide avec une grenade. Aris et son second Léon Tzavélas sont alors minutieusement décapités, afin d'exposer leur tête dans les rues de Trikala. La tête d'Áris est ensuite acheminée vers Athènes. Elle disparaîtra en route[11] et la main du NKVD fut évoquée : Velouchiotis fut-il « donné » sur ordre de Staline parce qu'il refusait d'obéir ? Dans une controverse du même ordre que celle concernant la mort du polonais Władysław Sikorski le doute plane sur cette mort si opportune pour l'entente anglo-soviétique du moment[12].

Le 19 juin 1945, le Rizospastis lui rend hommage : « La mort si tragique d'Áris Velouchiótis provoque la douleur chez les vrais patriotes, militants de l'idée nationale. Parce que quelle que soit la position qu'il a prise après les accord de Varkiza, une position objectivement facilitée par la réaction, on ne peut pas et ne doit pas oublier qu'Áris Velouchiótis était l'un des pionniers de la lutte de la Résistance et un des champions dans l'organisation de la guérilla[13],[14]... »

Réhabilitation politique[modifier | modifier le code]

Monument à Áris Velouchiótis à Kaloskopi (en), village de Phocide

Le 18 juin 2006, 61 ans après sa mort, un monument est inauguré par la Fédération Panhellénique de l'Organisation de Résistance (Πανελλήνια Ομοσπονδία Αντιστασιακών Οργανώσεων)[15].

Le 16 juillet 2011, la Conférence Nationale du KKE se prononce en faveur de la réintégration politique d'Áris Velouchiótis, commandant d'ELAS[16],[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mark Mazower, 2002. Dans la Grèce d'Hitler, 1941-1944, page 17.
  2. John Melior Stevens, Christopher Montague Woodhouse, David John Wallace. British reports on Greece 1943-1944, page 50.
  3. Dionysis Charitopoulos, 2009. Aris le leader des résistants (en grec: Άρης, ο αρχηγός των ατάκτων), page 39
  4. ΚΟΜΕΠ, 2011. ΓΙΑ ΤΗΝ ΠΟΛΙΤΙΚΗ ΑΠΟΚΑΤΑΣΤΑΣΗ ΤΟΥ ΑΡΗ ΒΕΛΟΥΧΙΩΤΗ
  5. Dionysis Charitopoulos, 2009. Aris, le leader des résistants (en grec: Άρης, ο αρχηγός των ατάκτων), page 40
  6. Dionysis Charitopoulos, 2009. Aris, le leader des résistants (en grec: Άρης, ο αρχηγός των ατάκτων), page 41
  7. Mark Mazower, 2002. Dans la Grèce d'Hitler, 1941-1944, pages 546-548.
  8. Mark Mazower, 2002. Dans la Grèce d'Hitler, 1941-1944, pages 553 et 559.
  9. Mark Mazower, 2002. Dans la Grèce d'Hitler, 1941-1944, pages 553.
  10. Mark Mazower, 2002. Dans la Grèce d'Hitler, 1941-1944, pages 550-557.
  11. Qu'est-il arrivé à la tête d'Áris?, Τι απέγινε το κεφάλι του Αρη;.
  12. Nikos Apostolou :"Ο Άρης Βελουχιώτης όπως τον γνώρισα", εκδόσεις Φιλίστωρ, 2004 ; To Vima du 15 juin 2005: "Σάν σήμερα: Το τέλος του Αρη Βελουχιώτη" et Charalambos Gouvas : Η Ιστορία του Νομού Πρέβεζας, έκδοση 2009.
  13. Réintégration «tronquée» d'Áris Velouchiótis par le KKE, «Κολοβή» αποκατάσταση του Άρη Βελουχιώτη από το ΚΚΕ.
  14. Áris Velouchiótis: le dilemme, «Αρης Βελουχιώτης: το δίλημμα».
  15. Στα 61 χρόνια από το θάνατό του.
  16. Pour la réintégration politique d'Áris Velouchiótis (Thanássis Kláras), Για την πολιτική αποκατάσταση του Αρη Βελουχιώτη (Θανάση Κλάρα)
  17. Exposition pour la réintégration politique d'Áris Velouchiótis, Εκδήλωση για την πολιτική αποκατάσταση του Αρη Βελουχιώτη

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dionysis Charitopoulos, 2009. Aris, le leader des résistants (en grec: Άρης, ο αρχηγός των ατάκτων).
  • Mark Mazower, 2002. Dans la Grèce d'Hitler, 1941-1944.