Affaire Yves Dandonneau

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Affaire Dandonneau
Nature du crime Homicide
Type de crime Assassinat
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville Joncels
Type d'arme empoisonnement
Date du crime
Nombre de victimes 1 : Joël Hipeau
Jugement
Statut Affaire jugée
Tribunal cour d'assises de Montpellier
Date du jugement

L'affaire Yves Dandonneau est une histoire d'escroquerie à l'assurance-vie, qui a eu lieu le soir du au lieu-dit « Le col de l'homme mort », dans l'Hérault. Certains pensaient qu'elle pourrait être le sujet d'un roman policier et la suite prouva qu'un roman policier américain avait déjà parfaitement décrit ce scénario et que Dandonneau s'en était largement inspiré.[réf. nécessaire]

Les faits[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 6 au , sur une petite route vers Ceilhes-et-Rocozels, les pompiers sont appelés pour intervenir sur un accident de voiture. Une Austin Metro rouge a percuté un rocher sur le bas-côté. Le conducteur Daniel Blouard, indemne, est allé chercher des secours. Il est tendu, son ami Yves Dandonneau, blessé sur le siège passager, s'est évanoui. Il ne cesse de répéter qu'il craint que la voiture ne prenne feu. Lorsque les pompiers arrivent sur place, la voiture est en flammes. Sur le siège passager il y a un corps totalement carbonisé[1].

Après la délivrance du certificat de décès, Marie-Thérèse Héraut, la compagne de Dandonneau, et Danièle Simonin, la secrétaire de ce dernier, viennent reconnaître le corps. Très prévoyant, Dandonneau avait contracté, en avril 1987, huit contrats d'assurance-vie, au bénéfice de sa compagne, pour un total de 11.900.000 FF (1.800,000 ). Il avait aussi manifesté la volonté que sa dépouille funèbre soit incinérée. Aucune autopsie n'ayant été ordonnée, le corps est donc rapidement incinéré. Ancien assureur de Montmorency, Dandonneau a opportunément besoin de 10 millions de francs pour monter une école accueillant des enfants ayant subi des violences familiales comme lui[2].

L'enquête[modifier | modifier le code]

Les premières constatations font état d'un accident mortel résultant du choc du véhicule contre un obstacle, la cause de l'incendie serait un court-circuit des phares. Blouard, interrogé par les gendarmes, raconte les raisons qui l'ont amené à circuler sur ce chemin sinueux. Les gendarmes concluent à un banal accident de la route.

Le plan rencontre alors un obstacle imprévu : en effet, parmi les huit compagnies d'assurance, une société britannique avait été directement sollicitée à son bureau de Paris par Dandonneau afin d'établir un contrat limité au risque de décès accidentel, avec triplement de la garantie en cas d'accident de la circulation.

Informée du sinistre, cette Compagnie remarque que le souscripteur a omis de déclarer le cumul des assurances préalablement contractées auprès d'autres Compagnies. Saisis de soupçons, les assureurs britanniques dépêchent un détective privé, Jean Porcer, afin de faire un complément d'enquête.

Porcer procède à ses propres investigations. Il relève les éléments suivants :

  • la voiture roulait en seconde, ce qui implique que la vitesse était basse (confirmé par Blouard dans sa déposition)
  • il n'y a qu'un seul obstacle sur le chemin, et le conducteur l'a percuté (manque de chance ?)
  • la voiture est entièrement calcinée, il ne reste plus que l'ossature métallique, ainsi que des os, calcinés eux aussi.

À la suite de cette première intervention, l'épave du véhicule incendié fait l'objet d'un dépôt dans un garage à des fins d'expertise : cette mesure conservatoire est l'élément fondamental de la résolution de l'affaire Dandonneau puisque le corps a été incinéré. Puis une compagnie française, parmi les huit assureurs, mandate la cellule Anti-Fraude (ALFA) relevant de la Fédération Professionnelle des Assureurs.

L'inspecteur de cet organisme relève les éléments suivants:

  • le chemin est en ligne droite, le rocher est disposé de telle manière qu'à moins de se "jeter dessus", il parait impensable qu'un conducteur ne puisse pas l'éviter,
  • aucune trace de freinage n'est présente,
  • il existe une route bien dégagée et beaucoup plus facile d'accès que le chemin emprunté.

Sur le rapport circonstancié de l'inspecteur ALFA, une plainte est déposée le 12 août 1987 auprès du tribunal de grande instance de Montpellier. Sur commission rogatoire du juge d'instruction de Montpellier Claudine Laporte, le commandant Albert Malé, chef de la section de recherche de la gendarmerie pour la région Languedoc-Roussillon, reprend l'enquête[1].

Malgré cette enquête, cinq des huit compagnies d'assurance vont régler le sinistre. Les trois autres suspendent leur règlement en attendant le résultat de la procédure. Les résultats confirment qu'il faut écarter la thèse de l'accident et que Dandonneau n'est pas le mort brûlé dans l'Austin : un ingénieur du CARME (centre d'application et de recherche en microscopie électronique), laboratoire privé de la police, parvient à récupérer 3,7 grammes d'os qui permettent de reconstituer une partie d'une mâchoire à laquelle il manque deux dents de sagesse. Elle ne correspond pas à la radiographie de l'empreinte dentaire conservée par le dentiste de Dandonneau.

L'escroquerie avérée, il reste à retrouver la trace de Dandonneau pour le confondre et à déterminer l'identité du cadavre. La police intervient inopinément dans l'enquête de la gendarmerie : à Paris, deux jours après l'ouverture de l'enquête à Montpellier, Marie-Thérèse Hérault, la secrétaire et maîtresse de Dandonneau, Danielle Simonin, et le mari de cette dernière viennent retirer 2,4 millions de francs en espèces à la poste dans le 15e arrondissement. Intrigués, les employés de la poste préviennent la police qui les place en garde à vue. Sur ordre du juge Claudine Laporte, la police les relâche. Des mises sur écoute permettent de localiser sa cache dans le département des Alpes-Maritimes et les gendarmes procèdent à son interpellation dans une villa du Rouret près de Cannes le 15 janvier 1988. Dandonneau, après plusieurs opérations de chirurgie esthétique, tente de se faire passer pour un certain Bernard Depenne, puis pour François Meunier. Rapidement confondu, il avoue son identité et dénonce ses complices restés en île-de-France. En quelques heures, tous sont sous les verrous[3].

Une escroquerie finement montée[modifier | modifier le code]

La première idée était de subtiliser un cadavre à la morgue de l'hôpital où travaillait Blouard (homme dépressif et ayant besoin d'argent) comme infirmier, mais l'opération s'avèra impossible. Dandonneau sollicite alors un autre ami, François Meunier, un cuisinier auquel il promet un emploi dans son école, afin de trouver un SDF alcoolique pour prendre place dans l'accident. Ce dernier est un dénommé Joël Hipeau (homme brillant, plus jeune bachelier de France, licencié en droit mais brisé par un divorce) que Dandonneau et Daniel Blouard emmènent en voiture à Sète (ville où est enterré Georges Brassens, fan de Joël Hipeau) et font boire. Lorsqu'il a sombré dans un coma éthylique, ils le placent dans la voiture, la précipitent contre un rocher, l'arrosent d'essence et y mettent le feu[2]. La compagne de Dandonneau n'a plus qu'à identifier le corps et encaisser l'argent.

Le procès[modifier | modifier le code]

Le procès de l'affaire Dandonneau s'ouvre le devant la cour d'assises de Montpellier mais Alain Furbury, l'avocat de Dandonneau, obtient son renvoi au , le président de la Cour ayant donné avant le procès une interview à la presse qui condamne par avance Dandonneau. Maître Éric Dupond-Moretti, avocat de la dernière compagne de Joël Hipeau s'attache, durant sa plaidoirie à faire revivre la mémoire d'un homme qui n'était pas « qu'un déchet humain » selon l'expression de Dandonneau.

Les peines prononcées le 16 octobre sont les suivantes[4] :

  • 20 ans de réclusion criminelle pour Yves Dandonneau,
  • 14 ans de réclusion criminelle pour Daniel Blouard,
  • 9 ans de prison pour François Meunier,
  • 4 ans avec sursis pour Marie-Thérèse Héraut et Danielle Simonin, pour complicité d'escroquerie.

Yves Dandonneau est libéré de prison en novembre 2001.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alias, livre de Christophe Naudin, éditions de la Table ronde, 2005. - Prix Akropolis du ministère de l'Intérieur.
  • Pascal Michel, 40 ans d'affaires Criminelles 1969-2009 (chapitre : L'affaire Yves Dandonneau, Le mort vivant) pages 65 à 69, 17 avril 2009, 208 pages, (ISBN 978-1-4092-7263-2)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pascal Michel, 40 ans d'affaires Criminelles 1969-2009, P. Michel, , p. 66
  2. a et b Pascal Michel, 40 ans d'affaires Criminelles 1969-2009, P. Michel, , p. 65
  3. Pascal Michel, 40 ans d'affaires criminelles, P. Michel, , p. 68.
  4. Pascal Michel, 40 ans d'affaires Criminelles 1969-2009, P. Michel, , p. 69

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]