Whodunit

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Le whodunit ou whodunnit (de l'anglais « Who [has] done it ? » c’est-à-dire « qui l’a fait ? ») « est devenu synonyme du roman d'énigme classique du début du XXe siècle, appelé aussi roman problème ou roman jeu »[1]. Ce roman de détection est une forme complexe du roman policier dans laquelle la structure de l’énigme et sa résolution sont les facteurs prédominants. Au cours du récit, des indices sont fournis au lecteur qui est invité à déduire l’identité du criminel avant que la solution ne soit révélée dans les dernières pages. L’enquête est fréquemment menée par un détective amateur plus ou moins excentrique, par un détective semi-professionnel, voire par un inspecteur de la police officielle. Le roman de type « mystère en chambre close » est une forme particulière de « whodunit » et renvoie à une énigme où la victime aurait été tuée ou agressée dans un local apparemment étanche dont le coupable se serait échappé de façon irrationnelle. En principe, le lecteur doit disposer des mêmes indices que l'enquêteur et donc des mêmes chances que lui de résoudre l'énigme, l'intérêt principal de ce genre de romans étant de pouvoir y parvenir avant le héros de l'histoire.

Définition[modifier | modifier le code]

Cette forme de roman s’est tout particulièrement illustrée dans les pays anglo-saxons durant l’« âge d’or » de la fiction policière, les années 1920, 1930 et 1940. Parmi les meilleurs auteurs de cette période figurent de nombreux écrivains britanniques : Agatha Christie, Dorothy L. Sayers, Margery Allingham, Gladys Mitchell, Josephine Tey, G. K. Chesterton, Michael Innes, Nicholas Blake, Christianna Brand et Edmund Crispin. D’autres sont américains — S. S. Van Dine, John Dickson Carr, Ellery Queen — et imitent le style anglais. D’autres encore, comme Rex Stout, Clayton Rawson et Earl Derr Biggers, cherchent à donner au « whodunit » un style résolument américain.

Avec le temps, certaines conventions et clichés se sont développés, notamment sur les types des différents suspects possibles et le cadre du récit, limitant la possibilité de surprise pour le lecteur quant aux retournements et rebondissements de l’intrigue et quant à l’identité du meurtrier. Certains auteurs ont obtenu de grandes réussites en entraînant les lecteurs sur une fausse piste avant de désigner comme coupable le personnage considéré comme le moins suspect. Le « whodunit » utilise souvent des personnages devenus stéréotypés (la jeune femme moderne, l'homme d'affaires ombrageux, le vindicatif militaire à la retraite, le débonnaire ou distrait professeur, la vieille bigote, le maître d'hôtel parfaitement stylé...) et des décors parmi lesquels la maison de campagne isolée dans la campagne anglaise occupe la première place devant le lieu de villégiature huppé ou exotique, la riche demeure bourgeoise donnant sur un square ou l'appartement du célibataire londonien.

En réaction au côté confortablement conventionnel du « whodunit » anglais s’est élaborée l’école du roman policier « hard-boiled » (dur-à-cuire), essentiellement américain, et représenté par des écrivains comme Raymond Chandler, Dashiell Hammett, Jonathan Latimer et Mickey Spillane. Bien que se démarquant du whodunit, le roman noir américain, qui se développe pendant la même période, utilise souvent les mêmes ressorts dans le développement de ses intrigues, surtout avant la Deuxième Guerre mondiale. Le hard-boiled tente toutefois de mieux rendre compte de la réalité sociale au lieu de s'enfermer, comme le whodunit anglais, dans une sorte de monde imaginaire sans rapport avec le monde réel.

Quelques exemples de whodunits[modifier | modifier le code]

Des contributions plus récentes à ce genre comprennent les romans de Simon Brett, la série Thackery Phin de John Sladek, The Burglar in the Library (1997) de Lawrence Block, Road Kill de Kinky Friedman (1997), et Dead Famous de Ben Elton (2001).

Un nouvel auteur français (résident en Tunisie), Erich Alauzen, a également écrit un whodunit publié en 2013, Double nœud (1- Les Meurtres de Brandys Bay) qui rayonne l'atmosphère très british chère aux whodunits.

Une variante importante du whodunit, qui constitue un sous-genre en soi, est le roman de méthode d'investigation inversée, dans lequel le coupable est révélé ouvertement au lecteur ou spectateur dès le début du récit, tandis que l’histoire suit les efforts de l’enquêteur pour découvrir la vérité et ceux du criminel pour l’en empêcher. Un exemple classique de cette structure est constitué par la série télévisée Columbo. Cette technique remonte toutefois aux romans policiers de R. Austin Freeman et atteint son point culminant avec Préméditation (Malice Aforethought, 1932) de Francis Iles (pseudonyme de Anthony Berkeley). Aujourd'hui, ce type de roman est considéré comme précurseur du roman policier psychologique et du thriller.

L’humour dans les whodunits[modifier | modifier le code]

Les whodunits – quel que soit leur contenu, leur auteur ou leur époque – font fréquemment usage d'une bonne dose d'humour : un trait déjà présent dans les aventures de Sherlock Holmes qui constituent une suite de récits criminels dont les premiers précèdent de plusieurs décennies le genre proprement dit du whodunit. Même lorsque les auteurs refusent de le reconnaître, ils répondent à des règles du jeu, qui se joue entre l’auteur et le lecteur, ou même entre plusieurs auteurs. La fonction de l'humour est surtout d'évacuer une part du sordide de la situation : le lecteur doit frissonner plaisamment devant une mort violente exécutée souvent avec cruauté au lieu de s'en désoler ou d'en être bouleversé.

Dans les « whodunits », l’élément humoristique se présente sous diverses formes. Dans certains, il s’agit d’un personnage à la Watson qui procède maladroitement à des déductions fausses ; dans les premiers romans « dur-à-cuire » qui utilisent les ficelles du whodunit, le détective privé se livre à des plaisanteries de son cru ou fait preuve d'un cynisme plus ou moins grinçant ; dans des romans plus récents, la part humoristique vient surtout de situations nouvelles suscitées par la création de personnages peu fréquents en littérature policière et qui remettent en question les stéréotypes établis : par exemple, la description de vie amoureuse compliquée d’une femme détective lesbienne dans un milieu conservateur ou réactionnaire.

Dans ce contexte, le récit se veut surtout ludique, car, en arrière-plan, il suggère au lecteur qu’il n’est là que pour se distraire, ce qui permet néanmoins de rendre certains sujets délicats plus acceptables. Ainsi, dans la première moitié du XXe siècle, certaines romancières, comme Agatha Christie et Dorothy Sayers, adoptent une vision du statut de la femme qui se rapproche sensiblement des thèses féministes en les insérant avec humour dans le whodunit. Grâce à ce ton léger, le monde de la fiction policière n’a pas grand-chose de commun avec le monde réel qui l’entoure sans en être totalement déconnecté. Enfin, certains whodunits mettent en œuvre des parodies ou pastiches d'œuvres classiques du genre, telle la suite de meurtres des suspects dans un lieu isolé qui à la base de l'intrigue de Dix petits nègres d'Agatha Christie.

Films[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire des littératures policières, volume 2, p. 1022.

Sources[modifier | modifier le code]

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