Université de Bourges

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Université de Bourges
Histoire et statut
Fondation
Dissolution
Type
Fondateur
Ordonnance du roi Louis XI
Localisation
Localisation
Pays

L'université de Bourges est une ancienne université française créée en 1463 et supprimée au moment de la Révolution française.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'université de Bourges a été créée par une ordonnance du roi Louis XI à la demande de son frère Charles, duc de Berry[1]. Cette création a été autorisée le 12 décembre 1464 par le pape Paul II[2],[3]. Après que les lettres patentes ont été expédiées de Montilz-lèz-Tours le 6 décembre 1469[4], Louis de Laval-Châtillon, alors gouverneur de Champagne, intervient en février-mars 1470, sur l'ordre du roi, pour la création de l'Université de Bourges[5]. Il servit dans cette affaire d'intermédiaire entre les Berruyers, le roi et le Parlement de Paris, qui se refusait à entériner les lettres de privilèges accordées à la nouvelle université[6]. L'université s'installe initialement dans les anciens locaux de l'Hôtel-Dieu, près de la cathédrale, libérés par la construction d'un nouvel Hôtel-Dieu de Bourges édifié à l'autre bout de la ville à la suite de l'incendie de la Madeleine de 1487.

Les premières années sont assez difficiles, notamment à cause du manque de sérieux des enseignants[3].

La princesse Marguerite d'Angoulême, sœur du roi François Ier, manifeste son intérêt pour la jeune université. Puis Marguerite de France, fille de François Ier et sœur de Henri II, intéressée par les idées nouvelles, soutiendra à son tour l'université sur le conseil de Michel de l'Hospital. Elles vont inciter notamment la municipalité à engager des professeurs de renom, tels qu'Andrea Alciato dit Alciat (arrivé à Bourges en 1529) ou Jacques Cujas (mort à Bourges en 1590).

En 1529, des locaux sont ouverts à proximité de la cathédrale[3].

Même si elle dispose de cinq facultés (arts, théologie, médecine, droit canon et droit civil), l'université de Bourges se spécialise surtout dans l'enseignement du droit romain, qui n'est alors pas assuré par l'université de Paris[7]. Sous l'influence d'André Alciat se met en place une autre manière d'enseigner le droit romain, celle de l'humanisme juridique, qui emprunte plusieurs méthodes à la philologie (nécessité de lire le latin et le grec), à l'épigraphie archivistique, ainsi qu'à l'histoire et à l'étude rationnelle du droit. Parmi les principaux enjeux de l'humanisme juridique on trouve : l'établissement des textes du droit canon, les gloses, l'interprétation du corpus du droit civil et du droit canon à la lumière du renouveau des études de la littérature grecque et latine (ainsi que de leur traduction en français). La confrontation de ces travaux aux textes anciens, y compris les textes des pères de l'Église va ouvrir le champ au gallicanisme moderne[8].

Après André Alciat viennent enseigner à Bourges Éguiner Baron, François Douaren, François Baudouin, Hugues Doneau et enfin Jacques Cujas[7]. Cujas se brouille avec François Douaren, qui le voyait arriver à Bourges d'un mauvais œil. C'est seulement après la mort de François Douaren que Jacques Cujas reprendra ses cours à Bourges, où il finira ses jours.

Il est à noter que les protections initiales de Marguerite d'Angoulême et la bienveillance du chancelier Michel de l'Hospital vont favoriser la présence d'un courant intellectuel formé à Bourges entre les professeurs et les étudiants, y compris dans d'autres disciplines que le droit. L'atmosphère intellectuelle va permettre de nouer des affinités proches du courant de la pré-Réforme : on sait que certains enseignants comme Melchior Wolmar — qui enseignera à Bourges le grec ancien et le latin à Jean Calvin et à Théodore de Bèze —, faisaient partie de ce courant et l'ont diffusé auprès de leurs étudiants. De même, un natif de La Châtre, Germain Colladon, étudiant à Bourges de 1527 à 1531, jouera un rôle éminent auprès de Jean Calvin et produira une synthèse juridique du droit civil genevois à partir du droit coutumier du Berry et du droit romain[9].

L'université de Bourges comprenait au départ quatre nations : France, Berry, Aquitaine, Touraine. Des étudiants allemands viennent nombreux étudier à Bourges durant le XVIe siècle, mais c'est seulement en 1621 qu'est créée la nation germanique[7].

L'université de Bourges décline fortement au XVIIe siècle, à la suite de la guerre de la Ligue d'Augsbourg qui dissuade les étudiants allemands de venir étudier en France[10].

Professeurs au XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Étudiants au XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Certains étudiants ont pu devenir professeurs à Bourges après avoir soutenu leur thèse. Concernant les étudiants écossais à Bourges au XVIe siècle, voir l'ouvrage de Marie-Claude Tucker cité dans les sources.

L'Université de Bourges aux XXe et XXIe siècles[modifier | modifier le code]

Au XXe siècle, une certaine renaissance est en cours avec la création d'établissements d'enseignement supérieur dont :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. https://books.google.fr/books?id=FZfHoyI8BKwC&pg=PA150, Ordonnances des rois de France, tome XVI p. 150, vraisemblablement expédiée le 31 décembre 1463
  2. https://books.google.fr/books?id=UI0-AQAAIAAJ&pg=PA513 La bulle que donna le pape Paul II le 12 décembre 1464
  3. a b et c Ribault, p. 23.
  4. https://books.google.fr/books?id=OJ-b2-CLz7EC&pg=PA264 Lettres patentes de Louis XI, Montilz-lèz-Tours, le 6 décembre 1469
  5. Il était mécène actif de l'enlumineur Jean Colombe.
  6. Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome IV, lettre datée du 22 février 1470 d'Amboise (p. 82-84) ainsi que celle du 20 mars 1470 d'Amboise (p. 89-90). Publiées par la société de l'histoire de France et Librairie Renouard, Paris 1890.
  7. a b et c Ribault, p. 24.
  8. Cf. Frédéric Gabriel. « De statu primitivae Ecclesiae : histoire, chrétienté et réforme chez les civilistes de l’école de Bourges (Douaren, Bauduin, Hotman) » in S. Geonget, Bourges à la Renaissance : hommes de lettres, hommes de lois. Paris, Klincksieck, 2010. Cité dans la bibliographie
  9. Voir la notice de Germain Colladon dans le Dictionnaire Historique de la Suisse
  10. Ribault, p. 25.
  11. Sur les deux graphies du nom, consulter E. Haag, La France protestante, 10 volumes. Fischacher, 1877-1874. Volume II, page 400. D'après Jacques-Antoine de Thou, il est envoyé par l’Électeur Palatin au Colloque de Poissy. Professeur d'hébreu à Bourges, pensionné par Marguerite de Valois en 1548. Voir Dictionnaire de Pierre Bayle, article "BOUQUIN Pierre", page 631.
  12. Jurisconsulte de Bourges et official du chapitre de Paris. Éditeur et commentateur de la Pragmatique Sanction de Bourges en 1554. Éditeur de Cosme Guymier et de Arnould Ruzé (Arnolphus Ruzae), auteur du Tractacus Juris Regaliae
  13. Jurisconsulte français né au Baillargues (Montpellier) en 1487 et mort à Paris en 1557. Il enseigna à Montpellier, à l'université de Cahors de 1532 à 1537, Toulouse, Bourges et Paris

Sources[modifier | modifier le code]

  • Pierre Bayle, Dictionnaire. Consultable en ligne sur le site de l'ARTFL.
  • Nicolas Catherinot, La Calvinisme de Berry. Bourges, [1684].
  • Louis RAYNAL (Louis-Hector Chaudru de Raynal), Histoire du Berry depuis les temps anciens jusqu'en 1789. Bourges, Librairie de Vermeil, 1845, 1844, 1844, 1847; 4 Volumes in-8.
  • Pierquin de Gembloux, Notices historiques, philologiques et archéologiques de Bourges. Bourges, Just-Bernard, 1840.
  • J.-Y. Ribault, « L'Ancienne université de Bourges », dans Académie d'Orléans, Guide de l'étudiant, année 1964-1965, p. 23-25.
  • Sylvie Charton-Le-Clech, Chancellerie et culture au XVIe siècle (les notaires et secrétaires du roi de 1515 à 1547). Toulouse, Presses universitaires du Mirail. 1993, 352 pages.
  • Marie-Madeleine Fontaine, « Barthélémy Aneau et la Jurisprudentia » in Jean Dupède et alii, Esculape et Dionysos: mélanges en l'honneur de Jean Céard. Genève, Droz, 2008. 10180 pages.
  • Colette Nativel (éd.), Centuriae Latinae : cent une figures de la Renaissance. Hommage offert à Jean Chomarat. Paris, Droz. 1997. 828 pages.
  • E. Haag, La France protestante : ou Vies des protestants français qui se sont fait un nom dans l’histoire depuis les premiers temps de la réformation jusqu’à la reconnaissance du principe de la liberté des cultes par l’Assemblée nationale, t. 6, Joël Cherbuliez, , 560 p., T. I, T. II, T. III, T. IV, T. V, T. VI disponibles sur le site d’Internet Archive.
  • E. Dupré-Lasale, Michel de l'Hospital avant son élévation au poste de chancelier de France. Paris, Ernest Thorin, 1875.
  • Stéphan Geonget (éd.), Bourges à la Renaissance, hommes de lettres, hommes de lois. Paris, Klincksiek, 2011. 528 pages.
  • Marie-Claude Tucker, Maîtres et étudiants écossais à la Faculté de droit de l'Université de Bourges (1480-1703). Paris, Champion, 2001. 495 pages.
  • Paul-Émile Viard, André Alciat, 1492-1550. Paris, Sirey, 1926.
  • Loris Petris, La plume et la tribune. Michel de l'Hospital et ses discours. Genève, Droz, 2002.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]