Trotteur russe

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Trotteur métis

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Trotteur russe
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Trotteur russe noir au sulky.
Trotteur russe noir au sulky.

Région d’origine
Région Drapeau de l'URSS Union soviétique
Région d'élevage Principalement Drapeau de la Russie Russie, Drapeau de la Biélorussie Biélorussie et Drapeau de l'Ukraine Ukraine
Caractéristiques
Morphologie Cheval carrossier
Taille 1,61 m à 1,63 m en moyenne
Robe Baie, alezane, noire ou plus rarement grise
Tête Légère et ordinaire
Autre
Utilisation Trot attelé

Le trotteur russe, ou trotteur métis (Русский рысак, soit Rouski ryssak, en russe), est une race de trotteur originaire de Russie. Moins connu que le trotteur Orlov, il en descend par métissage avec le trotteur américain, dit Standardbred. La race est reconnue depuis 1927, mais reste en formation durant une bonne partie du XXe siècle. Malgré les nombreux croisements effectués, le trotteur russe est moins rapide que les races européennes et américaines. Ce cheval carrossier est musclé et bien proportionné, mais présente encore des défauts de conformation, tels que des jarrets clos. Essentiellement destiné au trot attelé, il s'est parfois imposé sur les hippodromes internationaux. Il est très répandu en Russie, avec 280 000 sujets répertoriés en 1980 dans l'URSS. En plus de la Russie, la race reste très présente en Biélorussie.

Dénomination[modifier | modifier le code]

Le trotteur russe est connu sous plusieurs noms. La FAO considère que le russe ру́сский рыса́к (rouski ryssak) est le nom international le plus commun, mais on trouve aussi le nom ру́сская рыси́стая (rousskaïa ryssistaïa), dans la même langue. En anglais, ce cheval est connu sous le nom désormais obsolète de Russo-American Trotter (« trotteur russo-américain »), et celui de Orlov-American Trotter (« trotteur Orlov-américain »)[1]. En français, en plus du nom de « trotteur russe », il arrive que la race soit référencée sous celui de « trotteur métis »[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le trotteur Orlov règne sur les hippodromes russes durant tout le XIXe siècle, puis les premiers trotteurs américains dits « Standardbred » gagnent la Russie à la fin du siècle. Découvrant ce cheval plus rapide que les leurs, les Russes décident de créer une nouvelle race[3]. Développé pour être plus rapide que le classique trotteur Orlov, le trotteur russe descend de 156 étalons Standardbred et 220 juments américaines importés des États-Unis entre 1890 et 1914[4],[5],[6], les importations étant stoppées avec la Première Guerre mondiale et reprises beaucoup plus récemment[7]. Trotteur le plus rapide du monde, le Standardbred est métissé avec le trotteur Orlov, produisant de premiers animaux plus rapides que l'Orlov[7] mais de piètre qualité, les trotteurs américains importés n'étant pas parmi les meilleurs sujets de la race[4]. Au fil des années, les métis sont croisés entre eux et l'élevage produit un animal plus grand et de meilleure qualité[8].

Le , le fameux trotteur russe Krepysh (ru) est fusillé par les bolcheviks à la gare de Simbirsk, au motif qu'il s'agit d'un « cheval bourgeois »[9].

Le stud-book de la race est créé en 1927[1]. Après une période de déclin durant la Seconde Guerre mondiale, le trotteur russe est reconnu officiellement en 1945[10] et retrouve le chemin des hippodromes l'année suivante, un grand show de la race étant organisé en 1946[11]. Les caractéristiques sont fixées en 1950. En 1960, une section pour les croisements avec le Standardbred est créée pour augmenter la vitesse de la race[4]. Des infusions supplémentaires de sang Standardbred et Orlov sont ajoutés chez les meilleurs descendants du métissage depuis cette époque. Ces croisements périodiques se poursuivent[12]. Au début des années 1980, le trotteur russe est présent dans plusieurs haras d'État, et compte plus de 20 000 représentants en race pure[13].

Description[modifier | modifier le code]

Trotteur russe travaillé sur le plat.

La taille se situe entre 1,61 m et 1,63 m en moyenne[14]. Les mesures réalisées en 1989 pour la FAO donnent une moyenne de 1,61 m pour les mâles et 1,59 m pour les femelles[1]. La longueur du corps est de 1,63 m et le tour de poitrine de 1,85 m, pour un tour de canon de 20,5 cm chez le mâle. Chez la femelle, ces mesures sont de 1,59 m, 1,62 m et 19,8 cm, respectivement[13].

Le trotteur russe est morphologiquement très proche du Standarbred[15]. Plus efficace que le trotteur Orlov, il manque toutefois du raffinement et des qualités de ce dernier. Il présente des défauts de conformation, malgré sa morphologie typique de cheval carrossier. La race reste bien proportionnée et dotée d'une bonne musculature[4]. Il possède une tête assez ordinaire, légère, et dotée d'un profil rectiligne. L'encolure est longue et musclée, les épaules sont longues et tombantes. La poitrine est large et profonde. Les jambes sont solides avec des tendons bien définis, mais ont souvent une conformation cagneuse et des jarrets clos, causant un mouvement de pieds vers l'extérieur. Bien que ce soit techniquement un défaut, il permet d'allonger plus facilement les foulées, et peut être un avantage pour des animaux de course. Les métacarpes sont assez droits, et l'os est généralement trop léger[4].

La robe est le plus souvent baie, elle peut aussi être alezane, noire, ou plus rarement grise[1],[16].

Tempérament et entretien[modifier | modifier le code]

Les animaux sont faciles à former et calmes, mais énergiques en cas de besoin. Le trotteur russe présente une bonne adaptation à des conditions climatiques parfois rudes, puisqu'il est présent de l'Ouest de la Sibérie jusqu'aux pays baltes. la fertilité des juments est d'environ 75 %, l'espérance de vie moyenne de 15 à 17 ans. Le record de longévité de la race appartient à l'étalon Podarok (1935-1964), qui a reproduit jusqu'à l'âge de 28 ans un an avant sa mort. La jument Mazurka, née en 1954, mourut en 1980 après avoir donné seize poulains[13].

Sélection[modifier | modifier le code]

Les Russes ont mis en place certaines normes générales, y compris une taille minimale de 1,60 m pour les juments et de 1,62 m pour les étalons. Douze lignées différentes ont été identifiées. La gestion des croisements a parfois entraîné des problèmes, tels qu'une réduction de la fertilité et des retards de croissances chez les chevaux trop marqués d'ascendances Standardbred. Un autre problème marque l'histoire du trotteur russe, celui de la consanguinité, qui est montée jusqu'à des taux de 12 % chez certains sujets[13]. En 1973, les recherches s'orientent sur l'augmentation de la vitesse moyenne de la race[17]. En 1980, l'héritabilité des performances fait l'objet d'une autre étude[18]. Les analyses génétiques révèlent que de nombreux animaux sont très éloignés géographiquement de leur région d'origine, une particularité due à la sélection artificielle dont la race fait l'objet[19].

Timbre kirghiz (en) montrant un trotteur russe, 1995.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Il est essentiellement destiné au trot attelé. Certains trotteurs russes servent d'améliorateurs pour d'autres races. Ils ont participé à la formation du trotteur italien[20]. Il reste globalement moins rapide que les trotteurs européens et américains[4],[15], bien que certains représentants de la race aient couru avec succès en Europe[21]. En 1980, il court les 1 600 m en une minute et 59,6 secondes[13]. Une fois réformés des courses, les trotteurs russes peuvent servir de chevaux d'équitation polyvalents.

Diffusion de l'élevage[modifier | modifier le code]

Le trotteur russe est considéré par l'étude de l'université d'Uppsala (2010)[22] et par l'évaluation de la FAO de 2007[23] comme une race transfrontière à diffusion internationale. Malgré sa vaste répartition, il est moins connu que son ancêtre, le trotteur Orlov[24]. La race est commune, elle s'élève dans la majorité des régions de l'ex-URSS. Le haras de Dubrovski en Ukraine, celui de Gomeiski en Biélorussie, celui d'Oufa dans l'Oural et celui d'Omsk en Sibérie, entre autres, produisent du trotteur russe[4],[13].

En 1980, le recensement effectué par l'URSS fait état de la présence de 287 267 trotteurs russes, dont 26 803 de pure race. Les animaux sont élevés dans au moins 27 haras[12]. Le recensement de 2003 en Biélorussie donne un chiffre de 134 767 têtes[25]. Le Kirghizistan en compte moins de 100 représentants en 2004[26], la Lettonie seulement 70 en 2013[27]. Les effectifs de la Lituanie ne sont pas connus[28]. En Ukraine, où le stud-book de la race est reconnu, un comptage très précis est effectué chaque année. De 1 239 en 2009, le cheptel est passé à 629 en 2013, avec une tendance à la baisse[29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d « Russkii Rysak/Russian Federation », DAD-IS (consulté le 3 janvier 2016).
  2. C'est notamment le cas dans l'encyclopédie de référence éditée chez Larousse : Dr Jacques Sevestre et Nicole Agathe Rosier (préf. Pierre Jonquères d'Oriola), Le Cheval, Larousse,‎ (1re éd. 1983), 380 p. (ISBN 9782035171184 et 2-03-517118-0), p. 139.
  3. (en) Corinne Clark, A pocket guide to horses and ponies, Parragon,‎ (ISBN 1405488050 et 9781405488051), p. 107.
  4. a, b, c, d, e, f et g Hendricks 2007, p. 361.
  5. Bauer 2011, p. 357.
  6. Pickeral 2003, p. 355.
  7. a et b Draper 2006, p. 101.
  8. Hendricks 2007, p. 360.
  9. M. Oldfield Howey, The Horse in Magic and Myth, Courier Corporation,‎ , 256 p. (ISBN 0486120473 et 9780486120478, lire en ligne), p. 216.
  10. Emmanuelle Hubrecht (dir.), Les plus beaux chevaux du monde, Éditions Atlas, coll. « Atlas nature »,‎ (ISBN 9782723451406), p. 59.
  11. (en) Charles Evelyn Graham Hope et Noel Jackson, The encyclopedia of the horse, Ebury Press,‎ (ISBN 0720705991 et 9780720705997), p. 283.
  12. a et b Kosharov, Pern et Rozhdestvenskaya 1989.
  13. a, b, c, d, e et f (ru) (en) I︠U︡riĭ Nikolaevich Barmint︠s︡ev, Ûrij Nikolaevič Barmincev et Evgeniĭ Valentinovich Kozhevnikov, Konevodstvo v SSSR / Horse breedings in the USS, Kolos,‎ , 159 p., p. 61.
  14. Frowen 1999, p. 63.
  15. a et b (en) Moira C. Reeve et Sharon Biggs, The Original Horse Bible: The Definitive Source for All Things Horse, i5 Publishing,‎ , 544 p. (ISBN 1937049256 et 9781937049256), p. 123.
  16. Bauer 2011, p. 358
  17. (en) A. Fomin, « Ways of improving the Russian Trotter. 3. Improving the performance. », Konevodstvo i Konnyi Sport, vol. 3, no 12,‎ , p. 12-13
  18. (en) Richard L. Hintz, « Genetics of Performance in the Horse », American Society of Animal Science,‎ (DOI 10.2134/jas1980.513582x, lire en ligne)
  19. (en) S. P. Knyazev et al, « Genetic structure of populations of the horse trotter breed on alleles of system D of blood groups », Sel'skohozâjstvennaâ biologiâ, no 4,‎ , p. 31-35 (ISSN 0131-6397, lire en ligne)
  20. (en) Kenneth W. Hinchcliff, Andris J. Kaneps et Raymond J. Geor, Equine Sports Medicine and Surgery, Elsevier Health Sciences,‎ , 2, révisée éd., 1320 p. (ISBN 0702054224 et 9780702054228), p. 1038.
  21. (en) Sir Richard Hamilton Glyn (Bart.), The world's finest horses and ponies, G. G. Harrap,‎ (ISBN 0245592679 et 9780245592676), p. 129.
  22. (en) Rupak Khadka, « Global Horse Population with respect to Breeds and Risk Status », Uppsala, Faculty of Veterinary Medicine and Animal Science - Department of Animal Breeding and Genetics,‎ , p. 63.
  23. (en) « Breeds Currently Recorded In The Global Databank For Animal Genetic Resources » [PDF], Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture,‎ , p. 150.
  24. Elwyn Hartley Edwards, Les chevaux, De Borée,‎ (ISBN 9782844944498), p. 136.
  25. « Russian Trotter/Belarus », DAD-IS (consulté le 4 janvier 2016).
  26. « Russian Trotter/Kyrgyzstan », DAD-IS (consulté le 4 janvier 2016).
  27. « Russian Trotter/Latvia », DAD-IS (consulté le 4 janvier 2016).
  28. « Russian Trotter/Lithuania », DAD-IS (consulté le 4 janvier 2016).
  29. « Russian Trotter/Ukraine », DAD-IS (consulté le 4 janvier 2016).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Bauer 2011] (en) Mary Ellen Bauer, « Russian Trotters », dans Which Horse Of Course, Xlibris Corporation,‎ , 440 p. (ISBN 1462866212 et 9781462866212)
  • [Draper 2006] Judith Draper, Le grand guide du cheval : Les races, les aptitudes, les soins, Éditions de Borée,‎ , 256 p. (ISBN 9782844944207, lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • [Frowen 1999] (en) Deborah Frowen, « Russian trotter », dans The Complete Guide to the Horse, Barron's Educational Series, Incorporated, coll. « Complete Animal Guide Series »,‎ , 183 p. (ISBN 0764152068 et 9780764152061)
  • [Hendricks 2007] (en) Bonnie Lou Hendricks (préf. Anthony Austen Dent), International Encyclopedia of Horse Breeds, Norman, University of Oklahoma Press,‎ , 2e éd., 486  p. (ISBN 0-8061-3884-X, OCLC 154690199, lire en ligne), « Russian Trotter », p. 360-361 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'articleVoir et modifier les données sur Wikidata
  • [Kosharov, Pern et Rozhdestvenskaya 1989] (en) A. N. Kosharov, E. M. Pern et G. A. Rozhdestvenskaya, « Horses », dans Animal Genetic Resources of the USSR. Animal Production and Health Paper Publ., Rome, FAO,‎ , 517 p. (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Pickeral 2003] (en) Tamsin Pickeral, The encyclopedia of horses & ponies, New York, Barnes & Noble,‎ , 384  p. (ISBN 0-7607-3457-7, OCLC 51516515), « Russian trotter », p. 355 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'articleVoir et modifier les données sur Wikidata
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