Pyramidologie

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La pyramidologie est un terme qui réfère aux diverses spéculations pseudo-scientifiques concernant les pyramides, le plus souvent concernant la nécropole de Gizeh et sa Grande pyramide.

Les interrogations des « pyramidologues », qualifiés d'« obsédés du merveilleux » par l'égyptologue Pascal Vernus, portent le plus souvent sur les modes de construction, mettant en doute les capacités des Egyptiens à effectivement édifier ces monuments, ainsi que sur les propriétés et fonctions du monument, qui donnent lieux à toutes sortes de théories ésotériques .

Ces mauvaises appréciations se portent également sur différentes structures monumentales, depuis les monuments mégalithiques de Stonehenge jusqu'aux statues de l'île de Pâques en passant par les murailles de Machu Picchu[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, il existe une légende selon laquelle les pyramides auraient été des greniers à blé édifiés à la suite de prévisions de Joseph concernant les sept années de disette qui allaient s'abattre sur l'Égypte ; elles sont appelées « greniers de Joseph » ou « greniers du pharaon »[2]. Les géographes et écrivains du Moyen Âge évoquent dans leurs récits amulettes et talismans, trésors cachés et statues de pierres précieuses[2]. C'est le cas d'Ibrahim Ibn Wasif Shah qui, au XIIe évoque « 30 magasins en granit regorgeant de toutes sortes de pierres précieuses » dans la pyramide de Khéphren[2]. L'historien Al-Massoudi lui aussi, mêlant imaginaire et réalité, rappelle que le calife Al-Ma'moun a fait ouvrir vers 820 une grande brèche dans la pyramide de Khéops et y a trouvé un trésor dont la valeur égale la somme qui a été requise pour le récupérer[2].

Plusieurs auteurs arabes ont attribués la cause de la constructions des deux grandes pyramides à un songe qu'aurait fait Kheops annonçant déluge et cataclysmes[3]. Elles auraient permises d'abriter le roi et ses trésors et de préserver l'ensemble de la science et des connaissances de l'époque, qui y auraient été enregistrés[3].

Questionnements récurrents[modifier | modifier le code]

La Description de l'Égypte, compte-rendu de la campagne d'Égypte menée par Napoléon Bonaparte, a apporté au monde occidental la richesse et la variété de la civilisation égyptienne. Elle permit de lever de nombreux voiles : les grandes pyramides s'avéraient être des tombeaux et les nombreuses expéditions qui suivirent confirmèrent cette analyse. Cependant, les particularités de la grande pyramide de Khéops laissent certains auteurs[Lesquels ?] s'interroger :

  • la démesure et la précision obtenues pour la grande pyramide de Khéops seraient incompatibles avec les connaissances et les moyens rudimentaires que l'on attribue communément au peuple qui l'érigea[1] ;
  • l'étroitesse et la précision dans la réalisation des couloirs descendants et « conduits d'aération » ne paraîtraient pas en cohérence avec les fonctions qui leur sont attribuées ;
  • les faibles moyens techniques et la qualité des outils retrouvés, comparés à la complexité et à la précision de la réalisation[4] ;
  • l'hétérogénéité des formes et dimensions des blocs, volontaire car souvent réalisée en symétrie, rendant leur réalisation et ajustement beaucoup plus complexes ;
  • l'absence de texte ou de plans restants décrivant la construction de la pyramide ;
  • les connaissance mathématiques requises[5] ;
  • La durée de construction elle-même. Pour certains « pyramidologues », il semble irréaliste que les Égyptiens aient pu construire cet édifice en une vingtaine d'années avec les méthodes et moyens techniques de l'époque.

Les thèses religieuses ou mystiques[modifier | modifier le code]

Position géographique de la grande pyramide
Selon Charles Piazzi Smyth

En 1859 John Taylor fut le premier à avancer que la grande pyramide ne fut pas construite par la civilisation égyptienne mais par une race élue de Dieu antérieure à Abraham, arguant qu'un monument aussi grandiose n'aurait pu être l'œuvre d'un peuple idolâtre. L'astronome de la cour d'Écosse, Charles Piazzi Smyth s'en inspira largement quelques années plus tard afin de développer l'œuvre qui inspirera, à partir de cette époque, tous les tenants de la thèse mystique et biblique, Our inheritance in the great pyramid paru en 1864 et se fondant sur des mesures souvent approximatives voire inexactes. Piazzi Smyth démontra, entre autres, que la grande pyramide était un repère géodésique, une horloge astronomique et une sorte de bibliothèque des connaissances de l'époque. Connaissances très avancées qui ne peuvent être déchiffrées qu'à l'aide de l'introduction de deux unités de mesure arbitraires, le pouce pyramidal valant 1,001 pouce anglais et la coudée sacrée (différente de la coudée royale égyptienne) valant 25,025 pouces anglais, toutes deux créées par l'astronome. Ces affirmations ont eu un retentissement énorme de par la notoriété de l'auteur. Elles furent reprises et complétées à maintes reprises jusqu'à nos jours, en particulier par Morton Edgar, l'abbé Théophile Moreux, David Davidson et Georges Barbarin, ce dernier avançant que la pyramide était une Bible de pierre, construction prophétique contenant les dates clefs de l'histoire de l'humanité passées et futures.

Edgar Cayce est parfois considéré comme le « prophète dormant » et l'un des « plus grands mystiques » des États-Unis[Par qui ?]. Partisan d'une civilisation prédynastique se composant des réfugiés atlantes, dont il aurait été lui-même prêtre, et qui aurait construit des monuments sur le plateau de Gizeh, dont la grande pyramide, laissant des enregistrements de l'Atlantide dans une salle réservée à cet effet situés quelque part sous le sphinx de Gizeh.[réf. nécessaire]

Des pyramidologues considèrent que les pyramides sont l'œuvre d'extraterrestres. Cela leur vaut le qualificatif de « pyramidiot » de la part des certains égyptologues[6]. Selon la théorie des anciens astronautes, elles leur servaient de balises délimitant un couloir d'atterrissage aboutissant à une base spatiale dans le désert du Sinaï. Les spécialistes Jean-Pierre Adam et Pascal Vernus balayent ces hypothèses en déclarant que la construction des pyramides égyptiennes repose non pas sur un savoir étranger à l'espèce humaine mais bien sur les techniques de l'époque[7],[8].

Les théories pseudo-scientifiques à tendance New Age sur le pouvoir des pyramides trouvent de nombreux échos dans la littérature ésotérique. Donnant pour explication la concentration dans la pyramide d'un « champ d'ondes de forme généré par l'énergie cosmique », elles ne reposent sur aucun fondement scientifique[9].

Les thèses techniques[modifier | modifier le code]

Plusieurs auteurs du XIXe siècle ont avancé que les pyramides d'Égypte et de Nubie auraient servi de protection contre les irruptions sablonneuses du désert. Le problème à résoudre était sans doute d'arrêter les sables entraînés par les vents du désert sans les mettre à l'abri des vents opposés qui doivent les renvoyer au désert ce qui dicta la forme pyramidale de l'obstacle : le Nil, génie du bien contre le désert, génie du mal[10].

La « corrélation d'Orion » est une théorie proposée par certains égyptologues (comme Selim Hassan) ou archéoastronomes (comme Robert Bauval), selon laquelle il existerait une corrélation entre la position des pyramides d'Égypte et la position des étoiles, notamment entre les trois pyramides de la nécropole de Gizeh et les trois étoiles centrales de la constellation d'Orion. Si ces théories visent uniquement à démontrer que les Égyptiens de l'Antiquité auraient utilisé la position des étoiles pour choisir l'emplacement de leur pyramide, d'autres théories pseudo-scientifiques y voient un élément en faveur d'une origine atlante ou extraterrestre des pyramides d'Égypte, ou encore (Georges Vermard), comme un condensé d'une « connaissance primordiale ».

Le film documentaire pseudo-scientifique La Révélation des Pyramides (basé sur des recherches de Jacques Grimault, dont la méthodologie est douteuse[11]) affirme que les pyramides de Gizeh seraient alignées avec un certain nombre d'autres sites archéologiques comme l'île de Pâques, Machu Pichu, Ollantaytambo, le chandelier de Paracas, le pays dogon et Mohenjo-daro[12], reprenant en cela la théorie de l'alignement de sites.

Selon Christopher Dunn (en), les anciens Égyptiens auraient eu des connaissances technologiques bien plus avancées que celles qui leur sont habituellement reconnues[13]. La Grande Pyramide aurait été une centrale énergétique utilisant les Résonances de Schumann, qui grâce à ses dimensions proportionnelles à celle de la Terre, permettait par mise en résonance acoustique, la production d'énergie vibratoire, l'utilisation de machines de découpes et d'usinage des blocs de granite par ultra-son, voire la production d'énergie piézoélectrique et enfin une explosion d'hydrogène à l'intérieur même de la pyramide qui aurait mis fin à son utilisation initiale, comme en témoigneraient des traces mécaniques et chimiques retrouvées dans la pyramide, et jamais expliquées par ailleurs[14],[15],[16].

À la suite d'observations menées sur l'érosion des chambres et couloirs souterrains, puis grâce à des simulations à échelle réduite, certains auteurs comme John Cadman [17] ou Edward Kunkel dans son livre "Pharaoh's Pump", défendent l'hypothèse de l'utilisation de la Grande Pyramide comme d'une pompe géante du type Bélier hydraulique.

Cette hypothèse a été relancée lorsqu'en février 2000, la découverte et l'exploration par des égyptologues d'un réseau de galeries, chambres et puits inondés ont été révélées par Zahi Hawass [18],[19]. Néanmoins, cet égyptologue est décrié pour son manque de rigueur scientifique[20].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Ces théories sont présentées à Jungfrau Park, un parc d'attractions situé à Interlaken (canton de Berne) qui présente des énigmes archéologiques en vogue chez les partisans de la théorie des anciens astronautes et les ufologues.

Dans Stargate SG-1, le docteur Daniel Jackson émet la théorie selon laquelle la grande pyramide de Kheops a servi de base d'atterrissage pour des vaisseaux spatiaux alien de grande taille, dont la concavité répond à la convexité des pyramides[21].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Vernus, p. 804.
  2. a, b, c et d Massicot 2010, p. 75.
  3. a et b Massicot 2010, p. 76.
  4. Vernus, p. 804-805.
  5. Vernus, p. 807.
  6. (en) Flora S. Clancy, Pyramids, St. Remy Press, , p. 18
  7. Adam 1988, p. 154.
  8. Vernus 2009, p. 804-805.
  9. Annie Hasch, Le pouvoir des pyramides, Marabout, , 146 p.
  10. De la destination et de l'utilité permanente des pyramides d'Égypte et de Nubie contre les irruptions sablonneuses du désert : développements du mémoire adressé a l'Académie royale des sciences, le 14 juillet 1844, suivis d'une nouvelle interprétation de la fable d'Osiris et d'Isis, Paulin, 1845
  11. La Tronche en Biais, « Les Pyramides, l'Univers et le Reste - TeL#19 (Jacques Grimault) », (consulté le 18 juillet 2017)
  12. Nexus (revue), n° 85, mars-avril 2013, entrevue avec Patrice Pooyard et Jacques Grimault, Nous n'attaquons pas l'égyptologie mais son dogmatisme, propos recueillis par Oriane Faisandier, p.25
  13. Dunn 1998 chap.4:"Advanced Machining in Ancient Egypte"
  14. Dunn 1998 chap.8-"The Giza Power Plant"
  15. (en) Gizapower:le site officiel de Christopher Dunn
  16. (en) détails des observations, mesures et théories de Christopher Dunn sur www.gizapower.com
  17. (en) article et photos sur la thèse de John Cadman, consultés le 03/08/13
  18. (en)« Ancient sarcophagus discovered », sur BBC,
  19. récit et photographies par Robert Mingam, égyptologue et historien, de la découverte du "PUITS d'OSIRIS", consulté le 05/08/13
  20. Le pharaon business de Zahi Hawass
  21. Massicot 2010, p. 78.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]