Théorie du Nudge

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La théorie du Nudge (ou théorie du paternalisme libéral) est un concept des sciences du comportement, de la théorie politique et d'économie, qui fait valoir que des suggestions indirectes peuvent, sans forcer, influencer les motivations, les incitations et la prise de décision des groupes et des individus, au moins de manière aussi efficace sinon plus efficacement que l'instruction directe, la législation, ou l'exécution.

Définition[modifier | modifier le code]

Nudge, ou « coup de pouce » en français est une technique pour inciter des personnes ou une population ciblée à changer leurs comportements ou à faire certains choix sans être sous la contrainte ni obligations et n'implique aucune sanction. Cette méthode d’influence est qualifiée de “paternalisme libertarien” car elle permet de faire ses choix sans coercition, elle a été mis en lumière, en 2008, par Richard Thaler et Cass Sunstein grâce à leur livre “Nudge: Améliorer les décisions concernant la santé, la richesse et le bonheur”. D’ailleurs ces derniers le définissent de la façon suivante :

“Le nudge, le terme que nous utiliserons, est un aspect de l'architecture du choix qui modifie le comportement des gens d'une manière prévisible sans leur interdire aucune option ou modifier de manière significative leurs motivations économiques. Pour ressembler à un simple “coup de pouce”, l'intervention doit être simple et facile à esquiver. Les 'coups de pouce' ne sont pas des règles à appliquer. Mettre l’évidence directement sous les yeux est considéré comme un coup de pouce. Interdire uniquement ce qu’il ne faut pas faire ou choisir ne fonctionne pas.”

Paternalisme libéral ou Paternalisme libertaire ?[modifier | modifier le code]

La traduction de Marie-France Pavillet de l'ouvrage de Thaler et Sunstein traduit l'expression des auteurs libertarian paternalism par paternalisme libertaire. Ce choix de traduction est toutefois critiqué en raison des différences d'acceptions des termes entre l'anglais et le français[1]. En anglais, en effet, l'adjectif liberal renvoie à une doctrine politique soucieuse de redistribution et de droits des minorités, tandis que libertarian renvoie à une doctrine politique qui fait de la liberté individuelle un principe fondateur du droit.

Applications de la théorie[modifier | modifier le code]

Le Premier ministre David Cameron et l'ancien président Barack Obama ont tous deux cherché à utiliser la théorie du "coup de pouce" pour faire avancer leurs objectifs de politique intérieure pendant leurs mandats, tous deux enthousiasmés pour les idées issues de l’économie comportementale, ils ont créé chacun leur unité «Nudge Unit», respectivement en 2010 et en 2013 afin d'étudier les moyens de pousser les citoyens à prendre les "bonnes décisions" pour lutter contre l’obésité, favoriser le recyclage, réguler la consommation d’énergie, etc.[2],[3].

Par exemple, en 2011, à Stockholm, pour inciter la population à utiliser des escaliers dans le métro plutôt que l'escalator, a mis en place des «escaliers musicaux». Les usagers, emballés par l'installation ont alors délaissé l'escalator et de cette manière à faire un effort physique[4].

La théorie est également appliquée à la gestion d'entreprise et à la culture d'entreprise, notamment en matière de santé, sécurité et environnement (HSE) et de ressources humaines.

“Imaginons qu’à la fin de chaque mois, on vous attribue des points en fonction de ce que vous avez mangé, et que vous puissiez comparer avec vos collègues de bureau. Selon la théorie du nudge, vous serez incités à lever le pied sur les aliments gras.” [5]

Elle peut aussi être appliquée dans les espaces publics afin de faire respecter les règles de savoir vivre et de civisme:

À l’aéroport d’Amsterdam, des fausses mouches ont été apposé au fond des urinoirs afin d'inciter leurs utilisateurs a bien viser et ainsi réduire de 80 % ses dépenses de nettoyage des toilettes[5],[4].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Erik Angner, A course in behavioral economics, Palgrave Macmillan, Basingstoke, Hampshire, 2016 (2e éd.), 310 p. (ISBN 9781137512925)
  • Richard Thaler et Cass Sunstein, Nudge : la méthode douce pour inspirer la bonne décision (traduit de l'américain par Marie-France Pavillet), Vuibert, Paris, 2012, 469 p. (ISBN 978-2-266-22799-5)
  • (en) OCDE, Behavioural Insights and Public Policy : Lessons from Around the World (Rapport), OECD Publishing, , 404 p. (ISBN 9789264270480, présentation en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « « Nudge » ou le « paternalisme libéral » », L'Obs,‎ (lire en ligne)

    « « To nudge », c’est pousser du coude, remettre sur le droit chemin par une petite impulsion. « Nudge » propose d’analyser nos choix à la lumière de la psychologie sociale et de les guider doucement, sans contrainte, en utilisant les techniques découvertes par les nouveaux « comportementalistes ». Les auteurs appellent cette philosophie le paternalisme libéral (« libertarian paternalism », mal traduit dans le livre français par paternalisme libertaire). A noter que le mot américain « liberal » est également mal traduit (page 14 de l’édition française) par « libéral » au lieu de gauche ou libertaire. »

    Samuel Ferey, « Paternalisme libéral et pluralité du moi, Libertarian paternalism and multiple-selves », Revue économique, vol. 62, no 4,‎ , p. 737–750 (ISSN 0035-2764, DOI 10.3917/reco.624.0737, lire en ligne), note 1 :

    « Nous avons choisi de traduire libertarian paternalism par « paternalisme libéral » et non par « paternalisme libertarien ». En effet, il nous semble que, autant dans la tradition politique américaine, le terme liberal ne doit pas être confondu avec celui de libertarian ; autant en français, le risque de confusion est moindre, et le terme libéral renvoie bien à une doctrine politique et économique qui fait du choix libre individuel le critère de l’efficacité et de la justice de l’intervention publique. »

  2. Rémi Sussan, « Le Nudge : Comment la théorie du coup de coude a pris un méchant coup de pied », sur www.lesinfluences.fr,
  3. Alexandre Delaigue, « Faut-il créer une "nudge unit" en France? », sur blog.francetvinfo.fr,
  4. a et b Pierre Rondeau, « Le prix Nobel décerné à Richard Thaler est la meilleure chose qui puisse arriver à l'économie », sur www.slate.fr,
  5. a et b Hervé Gardette, « Du Grain à moudre », sur www.franceculture.fr,