Sybaris

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Restes archéologiques du port

Sybaris (en grec ancien Σύβαρις, Subaris) était une colonie grecque du sud de l'Italie (en Calabre actuelle), fondée au VIIIe siècle av. J.-C. dans le cadre du mouvement d'établissement et d'essaimage des Grecs vers l'Occident, particulièrement en Grande Grèce. Réputée dès l'Antiquité pour sa richesse proverbiale, son « empire » sur les peuples voisins et différentes cités grecques de son voisinage, elle fut détruite à l'issue d'un conflit qui l'opposa à Crotone à la fin du VIe siècle av. J.-C., et enfouie sous les eaux du fleuve Crathis, avant de voir son site réoccupé par la colonie athénienne de Thourioi. Ensevelie sous près d'une dizaine de mètres de sédiments alluviaux, le site archaïque de Sybaris reste encore aujourd'hui largement inexploré du fait de l'inondabilité de la plaine où elle se situe.

Fondation et premiers temps[modifier | modifier le code]

Fondée par des Achéens du Péloponnèse vers 720 av. J.-C., Sybaris est située sur le golfe de Tarente, dans un site protégé par les embouchures de deux fleuves : le Crathis (actuel Crati) et le Sybaris (actuel Coscile). D'après Théophraste, à Thurioi - en pays « sybarite » - l'eau du fleuve Crathis blanchit, et celle du Sybaris noircit les bestiaux qui en boivent. Ces eaux opèrent aussi sur les hommes : les eaux du Sybaris rendent les cheveux crépus ; les consommateurs des eaux du Crathis ont, à l'inverse les cheveux pendants[1].

Monnaie incuse de Sybaris, nomos d'argent (550-510)

À l'arrivée des colons, il existait une population d'indigènes qui fut massacrée par les Achéens réputés belliqueux ; elle devint la cité la plus puissante de la Grande-Grèce. Elle aurait regroupé jusqu'à 300 000 habitants, ce qui était considérable à l'époque, autour d'un centre urbain estimé à environ 600 hectares, soit plus de deux fois la superficie de la ville d'Athènes au Ve siècle av. J.-C. En 680, elle fonde Métaponte et Poseidonia (Paestum) en 675. Elle domina, selon les auteurs anciens, jusqu'à quatre peuples et vingt-cinq cités et déborda donc largement le territoire de la Calabre actuelle, constituant ainsi un empire plus ou moins territorial sur une partie du sud de l'Italie, assis sur un solide réseau d'échanges garantissant à la cité une économie profitable.

Un « empire » achéen en Grande Grèce[modifier | modifier le code]

Vers le milieu du VIe siècle, Sybaris à la tête d'une ligue de cités d'origine achéenne, dont Crotone et Métaponte, détruisit Siris, qui était une colonie fondée par les Ioniens originaires de Colophon. La légende raconte qu'ils égorgèrent cinquante jeunes gens qui, pendant l'attaque de la ville, étreignaient la statue de Minerve. Ils égorgèrent aussi la prêtresse de la déesse, couverte de ses voiles rituels, au milieu des autels.

En 511, elle déclara la guerre à Crotone qui avait refusé d'extrader et de lui remettre des oligarques sybarites qu'elle avait bannis. Crotone prit alors la tête d'une ligue de cités et vainquit Sybaris en 510 après avoir dispersé la cavalerie sybarite à l'aide d'une ruse : les chevaux sybarites étaient en effet réputés pour être dressés à obéir et à danser au son de la flute, les Crotoniates se servirent donc eux-aussi de musique pour la retourner contre le contingent de Sybaris.. La ville fut prise, détruite et rasée par les Crotoniates, qui détournèrent le cours du fleuve Crathis pour qu'il passe sur les ruines de la cité,

Les rescapés trouvèrent vraisemblablement refuge à Skidros et à Laos, cité qu'ils fondèrent probablement vers 510 - 509 av. J.-C., si l'on en croit Hérodote (VI, 21). D’autres sources antiques supposent quant à elles une fondation antérieure, hors du contexte de la destruction de Sybaris, ayant pour but d'affermir le contrôle sur les circulations permettant de joindre côtes ioniennes et tyrrhéniennes[2]. Au XXe siècle, dans les années 1960, le site archéologique de Sybaris fut fouillé à la suite de travaux d’assainissement que le gouvernement finança le long de l'embouchure du fleuve Crati, en assainissant la plaine de Sibari, la plus grande de la Calabre. La ville actuelle de Sibari a une population d'environ 5 000 habitants et est toujours une località de la commune de Cassano all'Ionio, malgré ses tentatives sans résultat pour obtenir une existence communale distincte. Sibari connaît un important développement touristique balnéaire et culturel. Son agriculture produit des agrumes, des olives et du riz.

Réputation des Sybarites[modifier | modifier le code]

Le luxe des Sybarites était proverbial. Leur richesse était assurée par la vaste plaine alluviale et fertile que la ville dominait, par le rôle stratégique qu'elle tenait dans le commerce méditerranéen de l'époque archaïque, et par les liens étroits qu'elle conservait avec la cité de Milet. Sybaris était réputée pour sa somptuosité, ses lieux de plaisirs, et la mollesse de ses habitants :

  • Les gourmets de Sybaris inventèrent une assiette à poissons, plate et large avec des poissons peints sur le fond, pour mieux déguster les vrais.
  • La légende raconte qu'un riche citoyen de Sybaris, du nom de Smindyrides, se rendit en voyage à Athènes avec une suite de 1 000 personnes.
  • Aristote rapporte, dans ses Récits merveilleux, qu'un Sybarite nommé Alcisthène, voulant montrer le plus grand faste, se fit faire un manteau si riche qu'on l'exposa le jour de la fête de Junon, à laquelle on se rend de tous cotés de la grande Grèce, et que, parmi tout ce qu'on y avait exposé, ce fut ce manteau qui causa le plus d'admiration. Denys le Vieux, en étant devenu propriétaire, le vendit au Carthaginois 120 talents (600,000 francs environ)[3].

Dans son ouvrage Les Deipnosophistes, Athénée de Naucratis s'étend longuement[4] sur le luxe et la mollesse supposée des habitants. Il cite un fragment d'un historien grec, Phylarque de Naucratis : « si un cuisinier inventait de nouvelles et succulentes recettes, nul autre de ses confrères n'était autorisé à les mettre en pratique pendant une année, lui seul ayant le privilège de confectionner librement son plat : le but avoué de la chose était d'encourager les autres cuisiniers à se concurrencer dans la confection de mets toujours plus raffinés » (Livre 12, chapitre 20)[5].

Vestiges archéologiques de la cité[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, Livre XXXI (Chapitre 9-10)
  2. Gregorio Aversa, Alain Duplouy, Valentino Nizzo et Alessia Zambon, « Recherches archéologiques à Laos-Marcellina (Calabre, CS) », Mélanges de l'École française de Rome - Antiquité, no 122-1,‎ , p. 310–320 (ISSN 0223-5102, lire en ligne)
  3. Athenaeus (Naucratites), Banquet des savans - Tome 4éme, De l'Imprimerie de Monsieur, , 565 p. (lire en ligne), p. 505
  4. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne], Livre 12, 15-20
  5. http://www.sybarius.net/le-nom-Sybarius

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Le Jour des Grâces, conte de Charles Maurras ayant pour thème la destruction de Sybaris.