Métaponte

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Circle-icons-calendar.svg Sauf précision contraire, les dates de cette page sont sous-entendues « avant Jésus-Christ ».
Métaponte, dans le golfe de Tarente.

Métaponte ou Metapontion ou Metapontum, aujourd'hui Metaponto / Bernalda, dans la province de Matera, en Basilicate, était un cité grecque du sud de l’Italie antique, aux confins orientaux du golfe de Tarente. Il s'agissait d'une des plus importantes colonies grecques de la Grande Grèce, fondée vers la fin du VIIIe siècle av. J.-C. Florissante et parée de nombreux monuments (temples urbains et extra-urbains, théâtre / ecclesiastérion), Métaponte fut à la pointe des relations entre Grecs et Indigène d'Italie méridionale, notamment avec les Oenotres, puis les Lucaniens à la suite de leur formation au Ve siècle.

Les Romains s’emparèrent de la ville en 270, après avoir conquis toute l'Italie méridionale au cours des guerres l'opposant à Pyrrhus d'Epire et la prise de Tarente en 272 av. J.-C. Pendant la deuxième guerre punique, elle se rallia à Hannibal en 215, et fut de nouveau prise par les Romains en 207. Les esclaves révoltés dirigés par Spartacus la saccagèrent en 73 ou 72 av. J.-C.[1].

La ville et son organisation territoriale sont connus par les nombreuses fouilles réalisées aux XIXe et XXe siècles. Son plus célèbre temple est le temple d'Héra, aussi couramment appelé les Tables Palatines (Tavole Palatine). On connait par ailleurs de nombreuses nécropoles péri-urbaines et rurales (Pantanello, fouillée par diverses équipes américaines dans la seconde moitié du XXe siècle), attestant d'une organisation cadastrale de la chôra de la cité, en lien avec le plan hippodaméen du centre urbain.

Fondation[modifier | modifier le code]

Le temple d'Héra à Métaponte. Milieu du VIe siècle av. J.-C..

Métaponte fut probablement fondée autour de 700/690 av. J.-C.[2] par des Grecs provenant de Crotone et de Sybaris. Cette date reste toutefois discutée. Les chercheurs ont aussi évoqué une création de la cité aux alentours de 650/640 av. J.-C.[3] ou encore vers 630 av. J.-C.[4] La création de cette colonie répond à une demande de Sybaris, inquiète devant l'expansion du territoire de Tarente[5]. Il est probable que Métaponte fut fondée à la suite de conflits avec les Grecs de Tarente ainsi qu'avec le peuple italique des Œnotriens. Cette installation des achéens et la création de Métaponte va également entrainer la destruction brutale du site "emporique" de l'Incoronata. Un traité venant sceller la paix aurait attribué la cité de Métaponte aux Grecs de Crotone et de Sybaris[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

Grâce à son territoire fertile, Métaponte s'enrichit rapidement. La cité était l'alliée naturelle de ses fondatrices, Crotone et Sybaris. La première référence historique nous décrit Métaponte comme l'alliée de ces deux cités au sein d'une ligue militaire dirigée contre Siris afin d'en expulser les Grecs d'Ionie - ce conflit est daté entre 570 et 540 av. J.-C.[7]

Un centre de la vie philosophique de Grande Grèce[modifier | modifier le code]

Les principes de la cité sont grandement influencés par l'école de pensée de Pythagore. Son influence dans la pensée de la cité est durable et se maintient même lorsque les pythagoriciens sont expulsés de Crotone[8]. Ceux-ci peuvent d'ailleurs se réfugier à Métaponte, et le philosophe y meurt probablement à l'âge de 90 ans. La maison de Pythagore est consacrée à Cérès et sa sépulture y était encore visible du temps de Cicéron.

Une situation géopolitique complexe[modifier | modifier le code]

Comme beaucoup de cités de Grande-Grèce, Métaponte s'efforce de rester strictement neutre. Cependant, lors de l'expédition athénienne en Sicile en 415, Métaponte est forcée de fournir une petite force auxiliaire placée sous les commandements des stratèges Démosthène et de Eurymédon. Du fait de sa position et de sa neutralité, Métaponte échappe aux destructions de Denys de Syracuse et à celle des Lucaniens. En 332, Alexandre, roi d'Épire, vient à l'invitation de Tarente lutter contre la puissance grandissante des peuples italiques, Lucaniens et Brettiens. Métaponte est libérée des peuples italiques et la ville conclut alors un traité d'alliance avec Alexandre. Après sa défaite à Pandosia en 326, sa dépouille est ramenée à Métaponte. En 303, pour les mêmes raisons, Tarente sollicite l'intervention de Cléonymos de Sparte, mais Métaponte ne conclut aucune alliance avec elle. Cléonymos tourne alors ses armes contre Métaponte et est rapidement invité à se rendre dans la cité en ami. Il extorque un important tribut à la cité. La prospérité et la faiblesse militaire de la cité caractérisent ainsi son histoire au cours des siècles.

Après sa cuisante défaite en 321 aux Fourches Caudines face aux Samnites, Rome cherche à se venger de Tarente, accusée d'avoir aidé les Samnites. Tarente appelle alors le roi d'Épire Pyrrhus à son secours. Celui-ci traverse l'Adriatique avec des éléphants de guerre et défait les Romains à la bataille d'Héraclée. Il poursuit son avancée le long de la côte ionienne et libère les cités grecques de la menace italique tout en prélevant un lourd tribut pour ses services. Après un passage en Sicile, un retour sur la côte adriatique et des victoires coûteuses en hommes et sans lendemain (d'où l'expression « victoire à la Pyrrhus »), Pyrrhus rentre en Épire. Durant toute cette période, il est probable que Métaponte lui a fourni un soutien actif.

Lors de la deuxième guerre punique entre Rome et Carthage, Métaponte est l'une des premières cités à se déclarer en faveur d'Hannibal après la bataille de Cannes. Occupée par une garnison romaine, la cité se libère de la présence romaine pour épouser la cause de Carthage lorsque Hannibal capture Tarente en 212. Hannibal installe une garnison à Métaponte et semble en avoir fait un de ses principaux entrepôts. En 207, sa défaite à la bataille du Métaure le force à retirer ses troupes de Métaponte, en prenant soin d'évacuer la population pour la soustraire à la vengeance romaine.

Vestiges archéologiques[modifier | modifier le code]

De ce point de vue, ce que nous connaissons certainement le mieux, est le centre sacré de la cité. On y a découvert un gigantesque espace public disposant entre autre de temples, autels, agora, etc.[9]

L'édifice le plus ancien, construit à la fin du VIIe siècle est le sacellum ou temple C. Il reste peu de traces du monument qui apparaît comme un simple oikos rectangulaire. A partir du deuxième quart du VIe siècle, on constate la construction, dans la zone sacrée, du temple d'Apollon, le plus importants des temples de la cité. Malheureusement, de ce premier temple périptère ne subsiste que les tranchées de fondation. Cet édifice semble toutefois n'avoir jamais été terminé. Un nouvel édifice verra le jour au même endroit mais avec une orientation différente, aux alentours de 530 av. J.-C.[10]. C'est également durant cette période que les Métapontins font construire le temple d'Héra[11].

Les grands temples urbains[modifier | modifier le code]

Les sanctuaires ruraux[modifier | modifier le code]

Les nécropoles[modifier | modifier le code]

Monnaies[modifier | modifier le code]

Zones archéologiques ouvertes au public[modifier | modifier le code]

Actuellement[modifier | modifier le code]

Image du lido de Metaponte
Le lido de Métaponte.

Aujourd'hui, l'ancienne ville grecque est une florissante station balnéaire. Son territoire accueille plus d'une vingtaine de campings et de villages touristiques, une douzaine d'hôtels et surtout son lido qui attire des touristes aussi bien le jour qu'en soirée avec des discothèques à ciel ouvert.

Pour le futur, il est prévu la création d'une université dédiée à la conservation des biens artistiques et archéologiques ainsi qu'une école internationale de cinéma dirigée par le metteur en scène américain, d’origine bernaldese, Francis Ford Coppola.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Florus, Abrégé d'Histoire romaine, Livre III, XXI
  2. Sakellariou, Les met..., , p. 183
  3. Lamboley, Les Grecs d'Occident..., (ISBN 2718193441), p. 79
  4. Greco, La Grande-Grèce, (ISBN 201235212X), p. 34
  5. Lamboley, Les Grecs d'Occident..., , p. 133
  6. Strabon, Géographie, VI, p. 264-265.
  7. Lamboley, Les Grecs d'Occident..., p. 186
  8. Porphyre, Vie de Pythagore, 57.
  9. Greco, La Grande-Grèce..., p. 95
  10. Greco, La Grande-Grèce, p. 96
  11. Greco, La Grande-Grèce..., p. 97

Sources[modifier | modifier le code]

  • GRECO E. (1996) - La Grande-Grèce, Paris, Hachette Livre.
  • LAMBOLEY J. L. (1996) - Les Grecs d'Occident. La période archaïque, Paris, Sedes.
  • Pier Giovanni Guzzo, Magna Grecia, les colonies grecques dans l'Italie antique. Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard/Histoire » (no 324), 1997 (ISBN 2-07-053418-9)
  • SAKELLARIOU M. (1996) - Les métropoles des colonies grecques d'Occident, in G. Pugliese Carratelli dir., Grecs en Occident, Milan, Bompiani, p. 177-188.
  • Tite-Live, Histoire de Rome depuis sa fondation, livres II-X.
  • (en) Michael J. Bennett, Aaron J. Paul, Mario Iozzo et Bruce M. White, Magna Graecia: Greek Art from South Italy and Sicily, Cleveland, Ohio, Cleveland Museum of Art, , 98–119 p. (ISBN 978-0-940-71771-8), chap. Sanctuaries of Magna Graecia and Sicily.