Temples grecs de Syracuse

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Les funérailles de Timoléon, en -337. Reconstruction d'artiste (1874).

Trois temples doriques de la cité grecque de Syracuse (Grande-Grèce), en Sicile, sont parvenus jusqu'à nous, en des états de conservation très variables.

  • dans l'île d'Ortygie, les deux temples d'Apollon et d'Athéna ;
  • à l'ouest, face à la mer, le temple de Zeus.

Ces trois temples, comme ailleurs en Sicile, sont doriques, de style archaïque. Leur construction s'échelonne du début du -VIe siècle au début du -Ve siècle.

Temple d'Apollon[modifier | modifier le code]

Reconstitution du temple d'Apollon
Plan du temple d'Apollon

37° 03′ 50″ N, 15° 17′ 35″ E

Le temple d'Apollon présente d'importants vestiges dans un îlot de verdure complètement dégagé en 1933 et 1945, à l'entrée d'Ortygie, juste à l'est des ponts permettant l'accès à la vieille ville.

Construit vers -565[1], c'est le plus ancien de tous les temples doriques périptères de Sicile — et presque aussi de manière absolue —, qui ne peut être comparé qu'au temple d'Apollon à Corinthe.

L'identification est certaine, reposant sur une inscription trouvée sur l'une des marches. Au regard du témoignage de Cicéron , il a pu être dédié à Artémis en même temps qu'à Apollon, la déesse étant honorée comme Angélos, Lyaia et Chitonia[1].

Description

C'est un temple dorique périptère hexastyle, en grès, présentant un plan allongé (caractéristique commune à tous les temples de Sicile) de 58 × 24 m, à 6 colonnes sur 17. Ces colonnes sont monolithes, de 8 m de hauteur et 2 m de diamètre, et supportent un entablement très haut (2,15 m), qui était complété par des éléments en bois, comme souvent dans les temples archaïques. Des figures et éléments de terre cuite décoraient l'ensemble : Gorgones, sphinx et acrotères, à l'exception de l'acrotère central, en pierre.

Une seconde rangée de colonnes, allongeant encore le plan et distinguant bien l'entrée, donnait accès à un pronaos à deux colonnes in antis, puis à une cella et un adyton[1]. Nulle place pour un opisthodome dans une telle configuration.

Sur les côtés sud et est sont conservés des murets qui marquaient les limites du téménos[2].

Inscription

L'inscription qui figurant sur la marche supérieure de la façade Est du temple indique que « Cléomède, fils de Cnidieidas, le fit pour Apollon, il éleva les colonnes, ce qui est un beau travail ». Il est exceptionnel de connaître ainsi le nom de l'architecte d'un temple archaïque : il est clair que la construction de colonnes de pierre a été reconnue comme un exploit par ses contemporains accoutumés aux colonnades de bois.

Temple de Zeus (Olympiéion)[modifier | modifier le code]

37° 03′ 06″ N, 15° 15′ 26″ E

Deux colonnes émergent d'un rectangle de verdure, sur la baie, à l'ouest d'Ortygie : ce sont les vestiges du temple de Zeus. Juché sur une colline, il servait d'amer pour les marins.

Sa conception est assez semblable à celle du temple d'Apollon, mais il lui est probablement un peu postérieur : sa construction doit se situer dans les premières décennies du -VIe siècle.

On retrouve le plan d'un temple dorique hexastyle périptère décoré de terres cuites, à 6 × 17 colonnes monolithes de 8 m de haut, 1,84 m de diamètre, à pronaos et adyton, dépourvu d'opisthodome[3]. Sa façade possède un double rang de colonnes[1].

Temple d'Athéna (cathédrale de Syracuse)[modifier | modifier le code]

Façade baroque du Dôme de Syracuse

37° 03′ 35″ N, 15° 17′ 37″ E

Un premier temple dédié à Athéna est élevé dès les premières années de la colonie au sommet de la butte d’Ortygie, reconnu lors des fouilles de 1912 au niveau de la piazza Minerva. On peut voir au Musée de Syracuse des restes de l’Athénaion archaïque : l'entablement d’argile et une tête double de Sphinx de la première moitié du VIe siècle sont exposés au musée archéologique Paolo Orsi[1].

Après la victoire d'Himère (-480), Gélon en construit un nouveau[1]. Il est dorique périptère, à 6 × 14 colonnes, de 22 × 55 m. Les colonnes à 20 cannelures, de 8,70 m de haut, ont un diamètre inférieur d'1,90 m ; elles présentent encore un léger renflement. Le conflit d'angles est résolu classiquement par la contraction des entrecolonnements d'extrémités. Cet édifice en calcaire local allié à du marbre des Cyclades.

Le plan, cette fois, est canonique, avec pronaos et opisthodome distyles in antis disposés symétriquement. L'entrée était à l'est.

Transformé en église chrétienne, le temple devient la cathédrale en 640[1], puis convertie en mosquée au VIIe siècle, et rechristianisé au XIe siècle, avec l'entrée passant à l'ouest. Il est aujourd'hui incorporé au bâtiment de la cathédrale (Duomo di Siracusa), dont il forme la nef (anciens murs de la cella percés de baies) et les bas-côtés (ancien péristyle). Les colonnes doriques peuvent être observées aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de la cathédrale, surtout depuis le démontage des ornements baroques intérieurs, réalisé en 1925. Cette transformation est très semblable à celle subie par le temple de la Concorde à Agrigente[4].

Autres temples grecs[modifier | modifier le code]

D'autres temples grecs ont été reconnus à Syracuse :

  • un Artémision, temple ionique (rare en Sicile) de 29 mètres sur 55, et 6 sur 14 colonnes avec double rangée de colonnes en façade, commencé vers 525 et resté inachevé, est découvert à partir de 1964, adjacent au temple d'Athéna, sous le Palazzo del Municipio[1] ;
  • un temple d'Héra, sous le château fort commandé par Frédéric II au bout de l'île d'Ortygie[5] ;
  • un temple de la Victoire d'Himère ;
  • un temple à Déméter et un autre à Coré élevés par Gélon, détruits par les Carthaginois et reconstruits sur Neapolis, où l'on offrait aux déesses lors des Thesmophories des mylloi, gâteaux au sésame et au miel figurant le sexe féminin[1]. Il s'agit peut-être du sanctuaire du IVe siècle découvert lors de la construction de la Basilique-sanctuaire Madonna delle Lacrime, Piazza della Vittoria, qui semble consacré deux déesses associées à Artémis[1].

Un sanctuaire est également dédié à Apollon Téménitès à l’ouest du théâtre, avec des autels dont le plus ancien date du VIIe siècle av. J.-C., et une statue colossale, évoquée par Cicéron et transportée à Rome par Tibère[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j et k Pierre Lévêque, « Syracuse : les monuments », La Sicile, Presses universitaires de France, « Nous partons pour », 1989, p. 219-242. [lire en ligne]
  2. Il tempio di Apollo, galleriaroma.it
  3. Il tempio di Giove, galleriaroma.it
  4. Il tempio di Athena, galleriaroma.it
  5. Histoire de Syracuse

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