Shirk

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le shirk, ou chirk en transcription française, (arabe : شرك associé, d'où l'appellation associationnisme) se réfère en islam au seul péché, s'il n'est pas suivi d'un repentir terrestre, impardonnable par Dieu. Il consiste à associer d'autres dieux ou d'autres êtres à Dieu, en leur accordant l'adoration qui ne devraient être dus qu'à Dieu seul. Ce mot est généralement rendu par les termes « idolâtrie », « polythéisme » ou « association religieuse » en français. Ceux qui associent des créatures au Créateur sont appelés mouchrikoun (مشركون) (associateurs).

Définition du shirk[modifier | modifier le code]

D'après la tradition musulmane, l'islam apparait au cours du VIIe siècle dans le Hedjaz après une série de révélations de Dieu faites à Mahomet, considéré comme le dernier prophète. Le contexte dans lequel le prophète de l'islam vit et répand son message est connu sous le terme de jāhiliyya (جاهِليّة, « âge ou condition de l'ignorance »)[1]. La jāhiliyya est principalement caractérisée dans la tradition musulmane par une religion polythéiste et idolâtre, ainsi que par l'« immoralité » de la société préislamique en Arabie. Il convient ici de signaler que si la tradition musulmane est pratiquement la seule source d'informations sur la formation de l'islam, elle est assez riche pour ouvrir la voie à d'autres interprétations, et que les recherches actuelles sur le texte même du Coran font apparaître un contexte monothéiste (chrétien et judaïque) plutôt que polythéiste pour l'émergence de l'islam[2].

Selon les croyances musulmanes, Mahomet est envoyé en tant que prophète par Dieu au genre humain. Dans la littérature islamique (vie du prophète ou commentaires du Coran), c'est ce peuple qui est le plus souvent désigné comme mouchrik et qui semble être le destinataire du message du Coran. Néanmoins, il faut préciser que cette association est faite à partir de l'exégèse musulmane du Coran, et que les Arabes païens ne sont pas désignés explicitement dans le Coran[1]. L'exégèse orientaliste du Coran permet de comprendre l'apparition de l'islam comme une double polémique contre le christianisme, accusé d'associer à Dieu un fils ou une mère, et le judaïsme, accusé de couvrir (base étymologique kfr[3]) la loi divine avec les écrits rabbiniques[4].

Typologie du shirk[modifier | modifier le code]

Le chirk majeur est considéré comme un péché mortel en islam. Différentes catégories de shirk sont distinguées, permettant de nuancer la gravité de l'offense et la punition associée.

Des théologiens sunnites hiérarchisent le chirk en chirk akbar ou majeur et chirk asghar ou mineur. Les deux catégories de chirk peuvent être apparentes ou visibles, dans ce cas on parle de chirk daher, pour le chirk caché on parle de chirk khafi. Pratiquer le polythéisme, des sacrifices par exemple est un chirk majeur visible. Avoir peur du pouvoir d'un mort est un chirk majeur caché. Le chirk mineur n'est pas une violation ouverte du tawhid. L'ostentation, la possession d'amulette sont considérées comme chirk mineur.

Divergences sur le shirk[modifier | modifier le code]

Interprétations salafistes[modifier | modifier le code]

Pour les salafistes considèrent que le nationalisme constitue un péché d'association[5]. De même, pour eux, qui ont fait du tawhid un principe central de leur croyance, toute prière ou lieu de prière qui n'est pas consacré à leur déité (présence de statues, de croix...) constitue également un shirk. Ce péché est donc considéré particulièrement grave par les salafistes, et des exemples historiques attestent de leur sévérité à le punir. Les lieux saints des chiites en Irak ont été détruits par les Saoudiens au XIXe siècle ; les juifs et les chrétiens, traditionnellement considérés comme « gens du Livre », se sont vu retirer leur protection en Arabie saoudite[6].

Interprétations wahhabites[modifier | modifier le code]

ibn Wahhab considère que toute prière destinée à un objet ou une personne autre que son dieu unique représenterait une forme de shirk de par l'élévation de prophètes, de saints, ou de clerc, à un statut qu'il réserve à sa déité unique. Cette définition du monothéisme plus stricte que les définitions usuelles conduit à considérer les autres religions monothéistes juifs, chrétiens, musulmans chiites, et musulmans sunnites barelvi, comme étant polythéistes.

L’interprétation wahhabi de la notion de shirk, apprise dans les écoles saoudiennes qui consomment 30% du budget du Royaume — que ce soit dans le royaume ou à l'étranger — est devenue une argumentation centrale pour la réalisation d'actes violents, et du djihad international (notamment au travers de l'emploi de moyens terroristes). Al-Zawahiri, un ancien associé d'Osama bin Ladens a ainsi engagé au tawhid (l'opposé au shirk) déclenchant une étincelle qui alluma une révolte/révolution islamique contre les ennemis supposés de l'Islam, à la fois au niveau domestique et au niveau international[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Hawting, The Idea of Idolatry and the Emergence of Islam : From Polemic to History
  2. Édouard-Marie Gallez, Le Messie et son prophète, 2 vol., éditions de Paris, 2005
  3. http://www.lemessieetsonprophete.com/annexes/kfr.htm
  4. Édouard-Marie Gallez, Le Messie et son prophète, 2 vol., éditions de Paris, 2005
  5. (en) Michael Scott Doran, « Somebody's else civil war », Foreign Affairs, vol. 81, no 1, janvier-février 2002, p. 35
  6. (en) Andrew Coulson,« Education and Indoctrination in the Muslim World. Is There a Problem? What Can We Do about It? », Policy Analysis, no 511, 11 mars 2004, p. 8
  7. Policy Analysis no 511 11 mars 2004 Education and Indoctrination in the Muslim World Is There a Problem? What Can We Do about It? by Andrew Coulson object.cato.org/sites/cato.org/files/pubs/pdf/pa511.pdf

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]