Serge Jacques

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Serge Jacques
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (94 ans)
ToulouseVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Serge Ruettard
Pseudonyme
Serge JacquesVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Autres informations
A travaillé pour

Serge Ruettard, dit Serge Jacques, né à Toulouse le , est un photographe français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né de Cécile Aenessman et d’André Ruettard. En secondes noces, sa mère épouse Raymond Jacques, un musicien de variété qui offrira à Serge l’usage de son patronyme. Pendant l’occupation, la famille se livre à une longue itinérance au travers de la zone occupée et réussira à échapper aux lois allemandes jusqu’à la libération. De retour à Paris en 1945, il a dix-huit ans.

Sa famille est propriétaire de plusieurs salles de cinéma-variétés. À cette époque, les projections étaient toujours précédées d’attractions : comiques, chanteurs, danseurs, illusionnistes prolongeaient la tradition du cinéma comme art forain. C’est dans cet environnement artistique et populaire qu’il développe son goût pour le cinéma et plus particulièrement la mise en scène. Il se rapproche de l’univers de l’image en devenant l’assistant du photographe de mode Max Ottoni qui l’initie aux fondamentaux de la prise de vue et au tirage à la chambre noire.

Travaux de jeunesse[modifier | modifier le code]

Assistant le jour, il s’immerge le soir dans les nuits et les caves de Saint-Germain des Prés, où il côtoie écrivains, artistes et jazzmen qui écriront la légende du quartier. Les cafés, le Flore en tête, deviennent les nouvelles agoras du débat intellectuel tandis qu’à quelques pas de là, les caves agrègent une jeunesse avide de nouvelles sensations et de liberté.

À la façon d’un auto-reportage, il réalise ses clichés sur le vif dans les lieux qu’il fréquente habituellement : Le Bar Vert, Le Caveau des Lorientais, Le Tabou, puis le club Saint-Germain.

Témoignage de ce temps, il publie en 1950 La Légende de Saint-Germain-des-Prés, un livre de photographies accompagnées de textes de Michel Tavriger (en)[n 1] imprimés en français et en anglais[1],[2].

De Django Reinhardt à Miles Davis, en passant par Louis Armstrong, Don Byas, Lionel Hampton et Duke Ellington, il couvre les concerts des artistes français et américains qui se produisent à Paris entre 1953 et 1958, mais le mouvement avait été initié dès les années vingt avec la Revue nègre, puis dans les années trente avec la légendaire visite du saxophoniste Coleman Hawkins.

Ses photos illustreront des pochettes de disques, des communiqués de presse ou des affiches[3], mais resteront inconnues du grand public[4].

Années 1950-1960[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Malgré une législation des mœurs très rigide, une multitude de parutions dites « de charme » voit le jour : Paris Hollywood, Venus, Paris Tabou, Enquêtes, Frou-frou, Régal, Sensations, garnissent les kiosques Parisiens bien qu’elles soient interdites à l’affichage et à la consultation.

Ce nouveau marché est porté par l’aspiration à la liberté qui se manifeste dès la Libération et durera de longues années après. La demande est forte, les photographes peu nombreux : Serge de Sazo, Marcel Véronese[n 2], puis plus tard André Bellorgey[n 3] et Rolland Carré seront les autres photographes de charme qui se partageront l’essentiel de la production française pendant une vingtaine d’années.

Censure[modifier | modifier le code]

Une escapade amoureuse sur la côte normande sera l’occasion de ses premières études de nu. Ce reportage rapidement publié par la revue V Magazine l’encouragera à poursuivre cette activité. De nature plutôt académique, ses premiers travaux restent classiques, mais il évolue rapidement vers un style plus naturel et narratif. En studio, il fait réaliser des décors peints par l’illustrateur Maurice Pinault, conférant à ses séries un caractère de légèreté et de futilité toute parisienne qui s’imposera comme sa marque de fabrique.

Serge Jacques entamera alors une régulière collaboration avec la revue Paris-Hollywood, rebaptisée Folies de Paris et Hollywood en 1953[n 4] ; elle restera la publication française de charme de référence jusqu’à la moitié des années soixante.

Destinées à un public plus exigeant que celui des magazines, on voit apparaître des collections d’albums de nus académiques, de format in-quarto et de qualité d’impression plus fine, publiées entre autres par les éditions Veronese[n 5]. Jusqu’en 1968, la législation française reste très contraignante à l’égard de la diffusion d’images considérées comme licencieuses. Les publications sont étroitement surveillées par une censure qui proscrit absolument la représentation du sexe et de la pilosité.

Les publications où figurent des nus sont interdites à la vente aux mineurs, à la consultation et à l’affichage, même lorsqu’elles s’abritent derrière le naturisme, dont certains éditeurs se feront une spécialité. Pour déjouer ces contraintes, les photographes et les éditeurs retouchent systématiquement les clichés, tantôt en lissant à l’aérographe les parties intimes, tantôt en y ajoutant des sous-vêtements au pinceau retouche.

Années 1960-1970[modifier | modifier le code]

Sa connaissance de l’allemand et de l’anglais lui permet de présenter son travail aux revues étrangères en Europe et de l’autre coté de l’Atlantique. Ce réseau ouvrira sa production aux magazines étrangers des la fin des années cinquante. Cette notoriété acquise à l’export lui permettra de réaliser ses prises de vues à l’étranger et notamment dans l’ouest américain.

Les techniques d’impression évoluant vers l’offset et la couleur, il abandonne progressivement le noir et blanc et son activité de développement et de tirage. Le matériel photographique se modifie également, le 24x36, plus léger, plus maniable, mais imposant de nouvelles contraintes de cadrage, succède progressivement au format historique du 6x6. Ce virage technologique est accompagné par l’évolution de la législation et marquera aussi la fin de la carrière d’un bon nombre de ses concurrents de l’époque des Folies Paris-Hollywood. Le journal lui même n’y survivra pas.

Années 1970-1990[modifier | modifier le code]

Une génération de nouveaux éditeurs et l’émergence de jeunes photographes réactualisent la vision de la photo de charme par une nouvelle approche[n 6]. Il en sera pour certains un contributeur assidu, mais c’est pour le groupe de presse britannique Paul Raymond qu’il concentre l’essentiel de son travail[n 7], produisant massivement le contenu photographique de ses magazines.

Afin de ne pas lasser son public ni ses éditeurs, il s’entoure de nombreux assistants qui alimentent sa capacité de production.

De Rita Renoir à Brigitte Lahaie, les égéries de plusieurs générations passeront devant son objectif. Cette longévité prendra fin à l’aube des années quatre-vingt-dix. Avec l’essor de la vidéo puis l’apparition d’Internet, les frontières entre érotisme et pornographie s’estompent et sonneront le glas de la photographie de charme à l’ancienne.


Publications[modifier | modifier le code]

  • Ondine , Serge Jacques et Pierre Varenne , Ed. Mistra circa 1950
  • Études plastiques, album N°3, Ed. Renaud circa 1950
  • Nus Académiques, album N°5[5], Serge Jacques, Marcel Veronese et Corsaint Ed.Véronès circa 1950
  • Nus, album N°6[6] Serge Jacques et Dorvyne[7],Société Parisienne d’éditions Artistiques, 1951
  • Nus, album N°7 Serge Jacques, Paul Facchetti, André de Diènes (en), Serge de Sazo et Marcel Véronese, Ed. Société Parisienne d’éditions Artistiques, Paris, circa 1950'
  • Nus, album N°8 , Serge Jacques, Ed. Société Parisienne d’éditions Artistiques, Paris, circa 1950'
  • Eves Serge Jacques et Del Solar, Ed. Mistral circa 1950
  • Modèles d'Artistes n°1 [8]Paris  : [s.n.], v. 1959
  • Akt 61 Fotobildverlag Wolfgang Jarschke, Hambourg, 1960
  • Silhouettes Serge Jacques et André De Diennes [9] Ed Ercole 1962
  • Figure Photo Ideas, Number 60, 1965
  • Continental nudist No. 7, Mon fils l’artiste, Californie, 1965
  • Akt 67, Fotobildverlag Wolfgang Jarschke, Hambourg, 1967

Expositions[modifier | modifier le code]

  • Jazz 1950, Espace Culturel Gingko’Art, [13],[4]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Textes de Michel Tavriger, pseudonyme d'Edward Michael Mendelson, plus connu comme poète sous le pseudonyme Nathaniel Tarn
  2. Marcel Véronese, photographe français
  3. André Belorgey (1925-2009), photographe français
  4. Paris-Hollywood, revue successivement rebaptisée Les Beautés de Paris et de Hollywood et Folies de Paris et de Hollywood en 1953
  5. Véronèse, maison d'édition française
  6. Avec les magazines Photo, Lui, Emmanuel, Privé et New look
  7. Groupe de presse propriétaire des magazines Men Only (en), Club International, Mayfair (en), Razzle (en) et Escort (en)

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Beatrice Behlen, « Le Noir Étant la Dominante de Notre Vêture… The Many Meanings of the Color Black in Post-War Paris », dans Jonathan Faiers et Mary Westerman Bulgarella (dir.), Colors in Fashion, Londres, New York, Bloomsbury Publishing, , 227 p. (ISBN 9781474273688, OCLC 952470499, notice BnF no FRBNF45289431, lire en ligne), p. 177
  2. (nl-BE) Œuvre Collective, Henri Storck Memoreren, Bruxelle, Vubpress, , 348 p. (ISBN 978-90-5487-437-9, lire en ligne), p. 151-153
  3. « Lionel Hampton par SergeJacques », sur www.artnet.fr (consulté le 8 août 2019)
  4. a et b Denis Olivier (photogr. Serge Jacques), « Serge Jacques : Le Jazz dans tous ses états », sur Art Limited, Espace Gingko'Art, Pontoise, France, (consulté le 9 août 2019)
  5. « BnF Catalogue général », sur catalogue.bnf.fr (consulté le 8 août 2019)
  6. Serge Jacques et Dorvyne (photographe), « Photos / de Serge Jacques, et Dorvyne », sur catalogue.bnf.fr, (consulté le 8 août 2019)
  7. « bnf data », sur https://www.bnf.fr/fr
  8. Serge Jacques, « Modèles d'Artistes [Périodique] bimestriel / Photographies de Serge Jacques », sur catalogue.bnf.fr, (consulté le 8 août 2019)
  9. Silhouettes, Monte carlo, édition Ercole, 30.avr 1962
  10. ouvrage collectif, divers auteurs, Les dessous du porte jarretelle, Daniel Braiant- Robert Laffont, (ISBN 2-903716-07-2)
  11. Anonyme, « L'usine du charme », Photo,‎ , de 72 à 81 et de 142-146 (lire en ligne)
  12. gilles neret, Les photios interdites de Paris Hollywood, Daniel Briand (ISBN 978-2-903716-09-7 et 2-903716-09-9), crédit photographique au Sommaire
  13. Gingko'Art (photogr. Serge Jacques), « Grand succès pour Monsieur Serge Jacques, Photographe », Espace Culturel à Pontoise, (consulté le 9 août 2019)

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]