Sainte Philomène

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Sainte Philomène

Sainte Philomène est le nom d'une sainte, vierge et martyre de l'Église catholique, qui a fait l'objet d'un culte de 1805 à 1961, culte qui provient des restes trouvées en 1802 dans la catacombe de Priscille, à Rome. Une inscription « Filumena » (transcrite en Philomène) fut prise pour le nom de la personne enterrée là.

Les restes sont apportés à Mugnano del Cardinale en 1805 et font l'objet d'une vénération importante. Plusieurs miracles leur sont attribués, comme la guérison de Pauline Jaricot en 1835, qui reçut une large publicité. Saint Jean-Marie Vianney attribue à son intercession des guérisons miraculeuses, que d'autres attribuent à son intervention à lui.

En 1833, une religieuse napolitaine assure qu'elle a eu une vision lui révélant que sainte Philomène était une princesse grecque martyrisée à l'âge de 13 ans, sous Dioclétien.

De 1837 à 1861, une fête liturgique est célébrée en son honneur en certains endroits, mais elle n'est pas incluse dans le calendrier catholique universel. Dans l'édition typique 1920 du Missel romain on en introduit une mention (sous la date de 11 août) dans la section Missae pro aliquibus locis (messes en certains endroits), avec l'indication qu'on célèbre la messe commune des vierges martyres, sans textes propres à la sainte[1].

Le 14 février 1961, le Saint-Siège ordonne que le nom de sainte Philomène soit retiré de tous les calendriers liturgiques[2],[3] Par conséquent, le Missel romain de 1962 (toujours en usage selon le motu proprio Summorum Pontificum dans la forme extraordinaire de la messe de rite romain, ne la mentionne pas[4]. Autrefois elle était fêtée le 10 août, 11 août ou 14 novembre selon les régions[5].

Néanmoins, ses reliques à Mugnano del Cardinale font encore l'objet de pèlerinages de nombreux pays; il existe une archiconfrérie en son honneur, et elle fait l'objet de dévotion en différents endroits dans le monde. Dans le diocèse de Nantes, le nom de la sainte est attachée à plusieurs établissements privés catholiques (sous contrat) dont le collège sainte Philomène de Couëron et l'école Sainte-Philomène de Saint-Omer de Blain.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le , alors qu’on recherchait des tombes de martyrs romains dans les Catacombes de Priscilla, on découvrit un tombeau[6]. On l’ouvrit le 25 mai.

Trois dalles en terre cuite avaient été placées devant le tombeau. Elles comportaient des inscriptions peintes en rouge dans l'ordre suivant : LUMENA - PAXTE - CUM FI. Par ailleurs sur ces trois dalles, étaient également peints en rouge plusieurs emblèmes : une ancre (symbole d'espérance et de martyre), une palme (symbole du triomphe des martyrs), deux flèches, orientées vers le haut et le bas, ainsi qu'une lance et un lys (symbole de pureté).

Le tombeau ouvert, on découvrit des restes humains ainsi qu'une ampoule de verre contenant du sang desséché. Les médecins présents constatèrent que le crâne avait été fracturé et que les restes étaient ceux d'une jeune fille âgée entre 12 et 15 ans. En raison des emblèmes et de la fiole de sang on crut qu’il pouvait s’agir de la tombe d'un martyr.

Sainte Philomène dans l'église Saint-Sulpice d'Heudicourt (Eure)

Le 10 août 1805, les reliques furent transférées à l'église de Mugnano del Cardinale, dans le diocèse de Nola (près de Naples) et conservées sous un des autels. Le 4 août 1827 Léon XII fit présent à l'église des trois dalles en argile, avec l'inscription que l'on peut voir dans l'église encore aujourd'hui. En se fondant sur des révélations privées faites à une religieuse de Naples et sur une explication possible des emblèmes peints sur les blocs à côté de l'inscription, Francisco Di Lucia, l'humble chanoine de l'église de Mugnano, qui avait rapporté les reliques de Rome, composa le récit du martyre supposé de sainte Philomène. Voici la charte des dévots de sainte Philomène:

À la suite de merveilleuses faveurs (guérisons, miracles de toute sorte) obtenues après des prières devant les reliques de la sainte à Mugnano, sa dévotion se diffusa rapidement et le pape Grégoire XVI, lui-même témoin de la guérison miraculeuse de Pauline Jaricot, mais après avoir prudemment fait mener des enquêtes sur la question, finit par autoriser le culte de la sainte in honorem s. Philumenae virginis et martyris. Initialement fixée au 10 août la fête de Sainte Philomène fut déplacée au 11 août sous Léon XIII.

En 1961, l'Eglise supprime la fête de Philomène des calendriers liturgiques. Car d'elle on ne sait finalement pas grand-chose avec certitude, à commencer par l'ordre des trois dalles devant son tombeau qui a jeté une certaine suspicion. La première dalle aurait dû être placée en dernier de manière à donner : "Pax tecum Filumena" (La paix soit avec toi, Philomène). Philomène a-t-elle été enterrée à la hâte, comme certains le soutiennent, ou bien les dalles ne correspondent tout simplement pas avec le corps enterré, comme d'autres le prétendent, et conclure au martyre dans de telles conditions serait impossible ?

Mais c'est surtout le nom de Philomène, qui a posé problème : on retrouva quelque temps plus tard une autre plaque qui donnait filomena theou, aimée de Dieu. Philomène n'apparaissait plus comme un nom propre, mais seulement un qualificatif.

Saint Pie X, pape, disait d'elle le 6 juin 1907 : « Ah ! Sainte Philomène ! Je suis bien attristé par ce que l’on écrit à son sujet. Est-ce possible de voir de telles choses ? Comment ne voient-ils pas que le grand argument en faveur du culte de sainte Philomène, c’est le Curé d’Ars ? Par elle, en son nom, au moyen de son intercession, il a obtenu d’innombrables grâces, de continuels prodiges. Sa dévotion envers elle était bien connue de tous, il la recommandait sans cesse. On lut ce nom Filumena sur sa tombe. Que ce soit son propre nom ou qu’elle en portât un autre [...] peu importe. Il reste, il est acquis que l’âme qui informait ces restes sacrés était une âme pure et sainte que l’Église a déclarée l’âme d’une vierge martyre. Cette âme a été si aimée de Dieu, si agréable à l’Esprit-Saint, qu’elle a obtenu les grâces les plus merveilleuses pour ceux qui eurent recours à son intercession… ».

En tout état de cause, Philomène est le nom que l'Église catholique continue de donner à la jeune fille dont les restes sont vénérés à Mugnano. Et malgré sa disparition du calendrier liturgique, sainte Philomène reste une sainte officielle de l'Église catholique. Elle est la sainte patronne du Rosaire Vivant et des Enfants de Marie Immaculée.

Hagiographie[modifier | modifier le code]

Martyre de l’empereur Dioclétien qui la désirait. Se refusant à lui, elle a d’abord été flagellée, puis jetée dans le Tibre attachée à une ancre. Sauvée par les anges, elle sera rattrapée et criblée de flèches mais restera vivante. Elle mourra décapitée.

Controverse[modifier | modifier le code]

L'existence de sainte Philomène en tant que martyre a été mise en doute à partir du début du XXe siècle. La publication par l'archéologue Oracio Marucchi de ses découvertes archéologiques[7] fut le point de départ de la controverse, ce qui attrista Saint Pie X. Mais l'idée fit son chemin: L'encyclopédie catholique [8] n'hésitait pas à écrire dans son édition de 1911 : « En se fondant sur de prétendues révélations faites à une religieuse de Naples et sur une explication fantaisiste et indéfendable des peintures allégoriques trouvées sur les blocs à côté de l'inscription, Di Lucia, un chanoine de l'église de Mugnano, composa dans le goût romantique un récit purement imaginaire du martyre supposé de sainte Philomène, qui n'est mentionné dans aucune source antique. » Peu à peu, l'idée que les restes de Mugnano n'étaient peut-être pas ceux d'une martyre remporta de plus en plus d'adhésion au sein même de l'Eglise catholique, même si l'infaillibilité pontificale est normalement engagée dans une canonisation.

Jusqu'au pape Jean XXIII, le culte de la sainte continua, même s'il était de plus en plus sujet à caution.

En 1961, la sainte fut rayée du calendrier par la Sacrée Congrégation des Rites. Cette instruction était une directive liturgique qui n'interdit en aucune manière la dévotion privée envers elle.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Missel romain, p. [214]: "Die 11 Augusti. S. Philumenae Virginis et Martyris. Missa Loquebar de Communi Virginum, 1 loco"
  2. Acta Apostolicae Sedis, 1961, p. 174.Texte
  3. Cf. Instruction De calendariis particularibus (1961), 33
  4. Missel romain, édition de 1962
  5. Paul Guérin, Simon Martin, François Giry, Les petits bollandistes : vies des saints de l'Ancien et du Nouveau Testament, des martyrs, des pères, des auteurs sacrés et ecclésiastiques, Bloud et Barral, , p. 508
  6. Delooz Pierre. Pour une étude sociologique de la sainteté canonisée dans l'Eglise catholique. In: Archives des sciences sociales des religions. N. 13, 1962. pp. 17-43.
  7. 'Osservazioni archeologiche sulla Iscrizione di S. Filomena dans Miscellanea di Storia Ecclesiastica, Vol. 2, 1904, pp. 365-386
  8. Catholic Encyclopedia

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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