Prise en otage de Denis Allex

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Combat de Buulo Mareer
Description de cette image, également commentée ci-après
Le Mistral de la Marine nationale en 2012. C'est de ce navire que sont partis les hélicoptères engagés pour la tentative de libération de Denis Allex.
Informations générales
Date
Lieu Buulo Mareer, Somalie
Issue Échec de l'opération
Belligérants
Drapeau de la France FranceShababFlag.svg Harakat al-Shabab al-Mujahedin
Commandants
François Hollande
Jean-Yves Le Drian
Édouard Guillaud (CEMA)
Erard Corbin de Mangoux (DGSE)
• Christophe Gomart (COS)
Forces en présence
50 hommes du Service Action
6 hélicoptères (2 Tigre, 4 Caracal) du COS
Inconnues
Pertes
2 morts17 morts
8 civils tués (selon témoins)
Otage français exécuté

Guerre civile somalienne

Coordonnées 1° 38′ nord, 44° 32′ est

Géolocalisation sur la carte : Somalie

(Voir situation sur carte : Somalie)
Combat de Buulo Mareer

La prise en otage de Denis Allex est l'enlèvement par le Harakat al-Shabab al-Mujahedin en 2009 de Denis Allex, un agent de la DGSE envoyé en Somalie afin d'entraîner les troupes du gouvernement fédéral de transition. L'affaire se termine par une opération militaire de l'armée française menée à Buulo Mareer le afin de libérer l'otage, opération qui a échoué.

Denis Allex[modifier | modifier le code]

Denis Allex était le pseudonyme de Denis A.[1], un agent français de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), membre du Service Action au Centre parachutiste d’instruction spécialisée (CPIS) de Perpignan, anciennement appelé 11e Choc[2]. Originaire de Trélon, dans le département du Nord et installé dans les Pyrénées-Orientales, son lieu d'affectation, Denis Allex était marié et père de trois enfants[3],[2],[4],[5]. Durant sa carrière militaire, il a été nageur de combat au Centre parachutiste d'entraînement aux opérations maritimes (CPEOM)[1] et a servi vingt années dans l'armée de terre en tant qu'adjudant dans l'infanterie[3]. En 2005, il est cité et décoré de la médaille militaire après 18 années de service[6]. En novembre 2009, il est fait chevalier de l'ordre national du Mérite après 23 années de service[3],[7].

Il était en mission dans la capitale somalienne pour former la police et la garde présidentielle du gouvernement fédéral de transition lorsqu'il a été capturé par des islamistes du Harakat al-Shabab al-Mujahedin le [4]. Son identité n'a pas été révélée, par mesure de sécurité et par tradition, ce qui a sans doute considérablement affaibli la médiatisation de sa capture et de sa détention[réf. nécessaire].

Enlèvement et détention de Denis Allex[modifier | modifier le code]

Le à Mogadiscio, Denis Allex est capturé en pleine ville avec un autre agent français, Marc Aubrière, par des miliciens qu’ils encadraient pourtant. Si Marc Aubrière s'échappe ou est libéré une quarantaine de jours plus tard, Denis Allex, lui, est détenu par les miliciens du Harakat al-Shabab al-Mujahedin pendant trois ans et demi[4],[8],[9],[10].

Tentative de libération[modifier | modifier le code]

Opération militaire[modifier | modifier le code]

Le à 2 heures du matin (heure locale), 50 commandos français du Service Action de la DGSE, soutenus par six hélicoptères (quatre hélicoptères d'assaut EC-725 Caracal et deux hélicoptères de combat EC-665 Tigre du commandement des opérations spéciales) partent du Mistral. Ils sont débarqués à plusieurs kilomètres du lieu présumé de détention de Denis Allex[11]. Selon un habitant, les islamistes auraient été prévenus du débarquement des troupes françaises par la population civile, et auraient eu le temps de se préparer avant que les commandos français ne les atteignent[12]. La version française diffère : les hélicoptères se seraient posés dans un champ isolé, et le commando aurait progressé sans incident jusqu'aux abords du lieu de détention. Ce n'est qu'au dernier moment qu'un homme qui n'avait pas été repéré aurait surpris le commando[13].

Des échanges de tirs ont eu lieu pendant 45 minutes, entraînant la mort de 17 islamistes et d'un soldat français, le capitaine Patrice Rebout, chef du commando[14]. Un autre soldat français est porté disparu lors de l'opération. Ses camarades ont la certitude qu'il n'a pas été capturé vivant[15], mais les shebabs affirment le détenir. Deux jours plus tard, son décès est confirmé par les islamistes qui prétendent avoir tenté de le soigner alors qu'il était grièvement blessé[16]. La photo du corps de ce second soldat français est ensuite mise en ligne sur Internet par les shebabs, avec l'information selon laquelle il s'agirait du capitaine Rebout[17]. Toutefois, la photo du corps n'est pas celle du capitaine Rebout, dont le corps a pu être rapatrié en France[18], mais bien celle du second soldat français, un sergent-chef âgé de 40 ans[19], et dont l'identité n'a jamais été révélée par le gouvernement français.

Quatre civils auraient été tués lors de la progression des troupes françaises, et quatre autres lors des échanges de tirs avec les islamistes[20]. D'autres sources évoquent plusieurs dizaines de civils victimes d'un "nettoyage" effectué par les commandos français pour préserver l'effet de surprise de l'opération, sur la dizaine de kilomètres de leur parcours[21].

L'armée française, par la voix du ministre de la Défense, estime que l'otage a été exécuté lors de l'opération[22], les commandos français ayant entendu une rafale d'arme automatique juste après avoir vu Denis Allex emmené dans une pièce par ses ravisseurs[23]. Les shebabs prétendent que l'otage est toujours en vie ; ils déclarent vouloir l'exécuter[24] et annoncent son assassinat le [25].

Réactions[modifier | modifier le code]

Le gouvernement fédéral de transition somalien tient une conférence de presse le 13 janvier 2013, dans laquelle il condamne le raid, au motif qu'il avait été mené sans le consentement et la connaissance des autorités somaliennes, et exprime par ailleurs ses condoléances aux victimes[26].

Le 14 janvier 2013, le président américain Barack Obama indique dans une lettre au Congrès que les avions de l'US Air Force sont brièvement entrés dans l'espace aérien somalien et ont fourni un support limité à l'opération française, mais qu'ils n'ont pas participé directement au raid[27].

Le 16 janvier 2013, le président français François Hollande confirme la mort de Denis Allex, la qualifiant d'« assassinat » lors de la présentation de ses vœux à la presse[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Patrick Forestier, « Opération Denis Allex », Paris-Match,‎ (ISSN 0397-1635, lire en ligne)
  2. a et b Corine Sabouraud, « Perpignan : L'otage et agent de la DGSE Denis Allex était originaire des P.-O. », L'Indépendant,‎ (lire en ligne).
  3. a, b et c « L'otage et agent secret tué en Somalie était originaire de Trélon, près de Fourmies », La Voix du Nord,‎ (lire en ligne).
  4. a, b et c « EXCLU - "En espérant que tu m’entendes" », sur europe1.fr, .
  5. Fabien Soyez, « Denis Allex, plus ancien otage français, est toujours en vie », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  6. Décret du 27 avril 2005 portant concession de la médaille militaire (lire en ligne)
  7. Décret du 6 novembre 2009 portant promotion et nomination (lire en ligne)
  8. « Somalie : l'otage Denis Allex « sans doute assassiné » », sur leparisien.fr, .
  9. « Le récit de l’agent français qui a échappé aux islamistes », sur rfi.fr, .
  10. « Denis Allex entame sa troisième année de détention en Somalie », sur lemonde.fr, .
  11. Jean Guisnel, « EXCLUSIF. Somalie : le raid pour libérer Denis Allex a été conduit depuis le Mistral », sur lepoint.fr, .
  12. « Somalie : comment les commandos ont échoué à libérer Denis Allex », sur liberation.fr, .
  13. Thomas Hofnung et Stéphanie Braquehais, « Somalie : le raid vu du côté français », Libération,‎ (lire en ligne).
  14. « Tué en Somalie le Capitaine Patrice Rebout était agent de la DGSE au 11e Choc de Perpignan », sur Lindependant.fr (consulté le 2 juillet 2016)
  15. Somalie : l'échec de Bullo Mareer (actualisé), Marianne
  16. Le soldat français porté disparu en Somalie est mort, Le Figaro, 14 janvier 2013.
  17. « Somalie: les shebab occupent le terrain... de la com' » (consulté le 2 juillet 2016)
  18. « Les obsèques du militaire français tué en Somalie ont eu lieu à Perpignan - France 3 Languedoc-Roussillon » (consulté le 2 juillet 2016)
  19. « La malchance du commando qui a tenté de libérer Denis Allex en Somalie », sur Zone Militaire (consulté le 2 juillet 2016)
  20. « Échec de l'opération commando en Somalie : le film des événements », France info, 13 janvier 2013.
  21. Vincent Nouzille, Les Tueurs de la République, Éditions Fayard, 2015
  22. [1], Le Parisien, 12 janvier 2013.
  23. Nathalie Guibert, « Paris reconnait l'échec de l'opération visant à libérer Denis Allex, en Somalie », publié dans le quotidien Le Monde daté du mardi 15 janvier 2013 p. 6
  24. « Somalie. Les islamistes annoncent avoir condamné Denis Allex à mort », Ouest-France, 13 janvier 2013.
  25. LCI, 17 janvier 2013.
  26. (en) « Federal govt condemns France military operation in Somalia », GAROWE ONLINE, 13 janvier 2013.
  27. (en) « US admits role in French mission in Somalia », Al Jazeera, 14 janvier 2013.
  28. « Otage en Somalie : Hollande confirme la mort de Denis Allex », Direct Matin, 16 janvier 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]