Projection de Mercator

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Planisphère du monde selon la projection de Mercator.
La projection de Mercator est une représentation plane de la Terre de type cylindrique.

La projection de Mercator ou projection Mercator est une projection cartographique de la Terre, dite «cylindrique», tangente à l'équateur du globe terrestre sur une carte plane formalisée par le géographe flamand Gerardus Mercator, en 1569. Elle s'est imposée comme le planisphère de référence dans le monde grâce à sa précision pour les voyages marins. Ce n'est pas, stricto sensu, une projection centrale : le point de latitude φ n'est pas envoyé, comme on pourrait s'y attendre, sur un point d'ordonnée proportionnelle à tan(φ) mais sur un point d'ordonnée proportionnelle à ln[tan(φ/2 + π/4)].

La projection de Mercator est une projection conforme, c’est-à-dire qu'elle conserve les angles. Elle a cependant pour effet des déformations sur les distances et les aires[1]. En effet, une distorsion s’accroît au fur et à mesure de l'éloignement de l'équateur vers les pôles. Une carte de Mercator ne peut ainsi couvrir les pôles : ils seraient infiniment grands. Cela a par exemple pour conséquence la vision d'une égalité de surface entre le Groenland et l'Afrique alors que cette dernière est 14 fois plus grande.

Motivation et constructions[modifier | modifier le code]

Le principe de représentation sur un canevas orthogonal avait été esquissé par Dicéarque, Strabon[2] et utilisé par Marinos de Tyr. Il était également connu des Chinois au Xe siècle.

Route loxodromique à cap constant

Le souhait des navigateurs du XVIe siècle était de connaitre la route à suivre à cap constant pour se rendre d'un point du globe à l'autre. Ce système de navigation ne fait pas prendre le chemin le plus court (soit l'orthodromie) mais permet de naviguer à la boussole. Un compromis entre l'orthodromie (chemin le plus court) et la loxodromie (chemin à cap constant) est une trajectoire permettant de relier plusieurs points d'une orthodromie par une loxodromie[3]. Pour ce faire, une carte permettant de conserver les angles et permettant donc de tracer facilement des loxodromies était souhaitable. il y avait bien depuis l'antiquité des projections de la sphère terrestre qui conservaient les angles : les projections stéréographiques, mais elles ne transformaient pas les méridiens en droites parallèles et rendaient donc difficile la construction d'une loxodromie. Les navigateurs souhaitaient donc une représentation cartographique de la sphère terrestre dans laquelle les méridiens seraient représentés par des droites parallèles équidistantes et les parallèles par des droites perpendiculaires aux méridiens (soit une projection cylindrique directe[4]). Ils voulaient de plus que cette projection soit conforme, c'est-à-dire qu'elle conserve les angles.

La projection de Mercator de 1569.

Mercator s'attèle à la tâche et fournit en 1569 une carte qui satisfait presque les deux exigences des navigateurs. On ne connait pas exactement son raisonnement mais on peut le reconstituer[5]. Il n'utilise pas de cylindre tangent à la sphère et ne tente pas de faire une projection centrale[6], mais construit une carte quadrillée dans laquelle tous les méridiens sont parallèles et équidistants, et tous les parallèles perpendiculaires aux méridiens. À la latitude φ, il y a déformation du parallèle - en effet, sur la Terre, la longueur du parallèle à la latitude φ est plus petite d'un facteur cos(φ) que celle de l'équateur alors que sur la carte, par construction, tous les parallèles ont même longueur. Cette déformation en abscisse de 1/cos(φ) doit être reproduite en ordonnée, si l'on souhaite la conservation des angles. Cela conduit à l'égalité

Cette équation différentielle a pour solution, lorsque les angles sont exprimés en radians:

Cependant au XVIe siècle, le calcul infinitésimal n'est pas encore né et la fonction logarithme népérien n'est pas encore étudiée. C'est donc par sommation discrète[5] que Mercator établit la place des différents parallèles avec un pas de 5° : si le parallèle de latitude φi se place sur la carte à une distance yi de l'équateur, le parallèle de φi+5 se place sur la carte à une distance yi+5cos(φi).

Sa carte, publiée en 1569, malgré ses imprécisions, rencontre un succès certain. Son modèle est ensuite amélioré par Edward Wright en 1599 dans son Certaine errors in navigation[7] en prenant un pas plus fin[8] de 1'.

Ce n'est qu'après l'invention des logarithmes que le lien est fait entre le calcul de Wright et les tables de logarithmes (Henry Bond vers 1645[9]) et que la formule exacte est établie. Celle-ci est démontrée mathématiquement par James Gregory en 1668[8] et Edmund Halley en 1696[9].

Propriétés[modifier | modifier le code]

Intérêt pour la navigation[modifier | modifier le code]

La plupart des cartes marines utilisent la projection de Mercator. Cette projection conforme conserve les angles (ce qui permet de reporter directement sur la carte les angles mesurés au compas, et vice-versa) mais pas les distances (l'échelle de la carte variant avec la latitude) ni les surfaces (contrairement aux projections équivalentes). Toute ligne droite sur une carte de Mercator est une ligne d'azimut constant, c'est-à-dire une loxodromie. Cela la rend particulièrement utile aux marins, même si le trajet ainsi défini n'est généralement pas sur un grand cercle et n'est donc pas le chemin le plus court. Quand celui-ci s’impose de par la longueur du trajet (San Francisco - Yokohama par exemple) l’orthodromie peut être portée sur la carte de Mercator. On en déduit les caps à suivre.


Déformations[modifier | modifier le code]

La projection de Mercator avec les indicatrices de déformation de Tissot.
Projection transverse de Mercator du monde (bandes de 20°) centrée sur 0°E, 0°N.


Les cartes traditionnelles inspirées des travaux de Mercator destinés à la navigation ont pour principal défaut de donner une idée erronée des surfaces occupées par les différentes régions du monde, et donc des rapports entre les peuples. Ainsi :

  • L’Amérique du Sud semble plus petite que le Groenland ; en réalité, elle est huit fois plus grande : 17,84 millions de kilomètres carrés contre 2,16 millions.
  • L’Inde (3,3 millions de kilomètres carrés) semble de taille identique à la Scandinavie (878 258 kilomètres carrés).
  • L’Europe (9,7 millions de kilomètres carrés) semble plus étendue que l’Amérique du Sud, pourtant près de deux fois plus grande (17,8 millions de kilomètres carrés).
  • La Russie (17 millions de kilomètres carrés) semble beaucoup plus étendue que l'Afrique (30 millions de kilomètres carrés) alors que cette dernière est plus grande que l'Inde, la Chine, les États-Unis, l'Europe et le Japon réunis[10].
  • L'Alaska apparaît aussi grand que le Brésil qui est pourtant 5 fois plus étendu.
  • L'Antarctique apparaît comme le plus grand continent, alors qu'il n'est en réalité que le cinquième par sa superficie.
  • L'Afrique apparaît de taille équivalente au Groenland alors qu'elle est de 14 à 15 fois plus étendue[10].

Pour pallier ces déformations, Arno Peters proposa une projection cylindrique (comme celle de Mercator) qui préserve les superficies relatives : la projection de Peters. Elle n'est en revanche plus conforme, c'est-à-dire qu'elle ne préserve pas les angles et donc la forme des continents.

Formules mathématiques[modifier | modifier le code]

La projection de Mercator est une projection cartographique de type cylindrique directe c'est-à-dire que les coordonnées x et y d'un point sur une carte de Mercator se déterminent à partir de sa latitude φ et de sa longitude λ (avec λ0 au centre de la carte) par des équations de la forme

Modélisation sphérique[modifier | modifier le code]

Si la Terre est modélisée par une sphère, les équations sont:

où les longitudes et latitudes sont exprimées en radians. Lorsque celles-ci sont exprimées en degrés, une conversion par multiplication par π/180 est nécessaire [11].

La fonction , connue sous le nom de fonction de Mercator ou fonction des latitudes croissantes[5], correspond à l'inverse de la fonction de Gudermann.

Modélisation par un ellipsoïde[modifier | modifier le code]

Si l'on tient compte du fait que Terre est plutôt de forme ellipsoïde d'excentricité e, une correction doit être apportée et les équations sont alors[13]:

Mises en œuvre pratiques[modifier | modifier le code]

Sur le planisphère terrestre 0101H, la carte est à l'échelle 1/40 000 000 et est centrée sur 65° ouest[14]. L'échelle précise donc, en prenant pour circonférence de la terre 40 000 km, que 100 cm représentent 2 π radians, la valeur de n est donc de 50/π , soit environ 15,9. La valeur de λ0 est 65°. Le parallèle de latitude 45° sera donc situé à 15,9×ln(tan(67,5°)) cm soit environ 139 mm de l'équateur. Une légère différence existe car il faudrait prendre en compte la correction du modèle elliptique.

Soit la carte illustrant cet article (ayant, en pixels, une hauteur h = 724 et une largeur w = 679). La carte est centrée sur le point de latitude et longitude 0. Le pixel (0,0) est en haut à gauche.

Pour obtenir la position du pixel horizontal représentant la longitude λ (en degrés), il suffit d'appliquer la formule donnée précédemment :

.

Pour obtenir la position du pixel vertical de la latitude φ (en radians) :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Un site prouve que la majorité des cartes du monde sont fausses », Franceinfo,‎ (lire en ligne, consulté le 2 août 2018)
  2. « Il est, en effet, assez indifférent qu'en place des cercles qui nous servent à déterminer sur la sphère les climats, les directions des vents et en général à distinguer les différentes parties de la Terre et à leur assigner leur vraie position géographique et astronomique, nous tracions des lignes droites (lignes parallèles en place des cercles perpendiculaires à l'équateur, lignes perpendiculaires en place des cercles perpendiculaires aux parallèles), la pensée pouvant toujours aisément transporter à une surface circulaire et sphérique les figures et les dimensions que les yeux voient représentées sur une surface plane. », Strabon, Géographie, L.II, chap. 5,10.
  3. Picouet 2019, p. 95.
  4. Patrick Sillard, « Les projections et référentiels cartographiques », sur Ecole nationale des sciences géographiques, p. 26
  5. a b et c Picouet 2019, p. 96.
  6. Deetz Ch. & Adams, O., Elements of Map Projection, 5th ed, 1945, p; 35, « In this mathematical transformation, Mercator did not employ a tangent cylinder nor is it ever employed in this projection. This conception did not originate with him, but is a later invention. »
  7. Lire en ligne
  8. a et b Picouet 2019.
  9. a et b Monmonier 2010.
  10. a et b « La vraie carte de l'Afrique n'est pas celle que vous connaissez » publié le sur SlateAfrique.
  11. Voir le traité Vagnon de navigation
  12. Hugues Masy, Mercator, les marins et les mathématiciens, Société Belge des Professeurs de Mathématique d'expression française, p.6
  13. Françoise Duquenne, Géodésie Les représentations planes cylindriques de la Terre, Association française de topographie, pp. 45-46
  14. Planisphère terrestre 0101H sur librairie maritime.com

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]