Pomaks

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Pomaks
Помаци
Πομάκοι
Pomaklar
Description de cette image, également commentée ci-après
Pomaks du début du XXe siècle

Populations significatives par région
Drapeau de la Turquie Turquie entre 350 000 à 600 000
Drapeau de la Bulgarie Bulgarie 67 000 ceux qui se déclarent Bulgares musulmans; plus de 250 000 si on inclut ceux qui se déclarent Turcs ou qui ne déclarent pas leur ethnicité
Drapeau de la Macédoine Macédoine 40 000
Drapeau de la Grèce Grèce 50 000 en Thrace occidentale
Population totale environ 1 million
Autres
Langues bulgare
Religions Islam sunnite
Ethnies liées Bulgares, Macédoniens, Slaves musulmans

Les Pomaks (en français Pomaques, en bulgare : Помаци, en grec moderne : Πομάκοι et en turc : Pomaklar) est un terme utilisé pour désigner les Slaves musulmans, habitant en Bulgarie, au nord-est de la Grèce et au nord-ouest de la Turquie[1]. Ce terme fait principalement référence aux 200 000[2] Bulgares musulmans[3], mais sert aussi à désigner les populations slaves musulmanes en Macédoine du Nord et en Albanie[4],[5]. Leur langue est un dialecte bulgare et est appelé en Grèce et en Turquie le pomak[6].

L'origine des Pomaks est incertaine. Mais selon certaines sources, ce seraient des Bulgares[7],[8],[9],[10],[11], pour partie pauliciens (« Bogomiles ») dans le passé[12],[13], islamisés durant l'occupation ottomane.

Officiellement, il n'y a pas de peuple connu sous l'ethnonyme Pomaks.

En Bulgarie[modifier | modifier le code]

La question de la « bulgarité » des Pomaks hante depuis longtemps les débats touchant à l'identité nationale, tant des Bulgares eux-mêmes que des Turcs de Bulgarie : pour certains Bulgares, les Pomaks ne sont pas des Bulgares, car ceux-ci ne peuvent être que chrétiens ; pour d'autres, les Pomaks sont bien des Bulgares, forcés de renier leur foi et « hérités des crimes commis par l'Empire ottoman contre le peuple bulgare ». En fait la principale cause de conversion à l'islam des chrétiens des Balkans et d'Anatolie au fil des siècles est la charia appliquée dans l'Empire ottoman, aux termes de laquelle ils étaient soumis au haraç (double imposition sur les non-musulmans) et au devchirmé (enlèvement des garçons pour devenir des janissaires).

Dans les années 1970 et 1980, le régime communiste de Todor Jivkov a voulu effacer l'identité des Turcs de Bulgarie en les proclamant « Pomaks » et en les forçant à reprendre des prénoms et des patronymes « typiquement bulgares » ou à quitter le pays pour aller s'installer en Turquie.

Aujourd'hui, il existe un mouvement religieux chrétien-ultra-orthodoxe et nationaliste qui tente de convertir les Pomaks.

Il existe des Pomaks qui s'orientent vers les protestants évangélistes, un courant religieux surtout apporté par des missionnaires américains, ou par des Pomaks convertis, car ils entretiennent des relations historiquement tendues avec les autres Bulgares orthodoxes.

En Grèce[modifier | modifier le code]

Les Pomaques de Grèce sont musulmans, sunnites ou chiites (« bektaši »). Depuis le Traité de Lausanne (1923), l'État grec propose un enseignement primaire bilingue turc-grec à la minorité musulmane, suivi donc par les Pomaques, les Turcs et les Roms musulmans de Thrace. Parallèlement, les élèves suivent un enseignement religieux à la mosquée, en turc et en arabe. Aujourd'hui, la situation est diverse sur le plan linguistique : une minorité de Pomaques transmettent encore leur langue maternelle slave pomaque, qui est presque identique aux dialectes bulgares du Sud-Ouest, et maîtrisent aussi le turc et le grec, alors qu'une grande partie transmet le turc comme langue première et apprend le grec comme deuxième langue. Leur principal centre culturel est la ville de Xánthi.

En Turquie[modifier | modifier le code]

Les Pomaques de Turquie habitent principalement :

  • en Thrace orientale, leur terroir d'origine ; leur nombre a augmenté après le Traité de Constantinople de 1913, aux termes duquel l'Empire ottoman récupéra sur la Bulgarie Andrinople, Kirk-Kilissé et Démotika : d'une part certains habitants bulgares chrétiens préférèrent devenir Pomaques et conserver leurs propriétés, d'autre part il y eut échange de population entre les autres Bulgares chrétiens, qui rejoignirent la Bulgarie, et des Pomaques du Rhodope venus s'installer ici ;
  • à Istanbul, de par l'exode vers les villes (Belgrad, le village bulgarophone le plus proche d'Istanbul, se trouvait à moins de quinze kilomètres de la ville) ;
  • par diaspora à l'intérieur de la Turquie, en Anatolie, dans les villes de Çanakkale, Bursa, Balıkesir, Samsun et Ankara.

Villages pomaques et frontière sensible[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la fin des années 1990, les départements frontaliers de Grèce, dont le nome de l'Évros dans lequel vivent beaucoup de Pomaques de Grèce, étaient sous surveillance militaire, en totalité ou en partie, en raison du « Rideau de fer » (la Grèce était dans l'OTAN, la Bulgarie dans le Pacte de Varsovie). Ce régime appelé en grec epitirumeni zoni « zone surveillée » suspendait en fait le droit commun des citoyens et de l'administration civile dans toute une série de domaines (résidence, citoyenneté, déplacement, possession de biens immobiliers...). Du côté bulgare, sous la dictature communiste, c'est dans tout le pays que le droit commun des citoyens était restreint, mais la zone frontalière avec la Grèce et la Turquie, où vivent les Pomaques de Bulgarie, était particulièrement surveillée, les musulmans étant en outre suspects de sympathie envers la Turquie, « État impérialiste » lui aussi membre de l'OTAN.

Autres musulmans des Balkans[modifier | modifier le code]

Dans plusieurs pays des Balkans, il reste des groupes ethniques musulmans slavophones auxquels diverses dénominations sont accolées : Torbèches en Macédoine du Nord, Goranes au Kosovo, Bosniaques en Bosnie-Herzégovine et dans les pays voisins. Beaucoup ont émigré en Turquie à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Carl Waldman et Catherine Mason, Encyclopedia of European Peoples, Infobase Publishing, , 607– p. (ISBN 978-1-4381-2918-1, lire en ligne) :

    « living in the Rhodope Mountains in Thrace in southern Bulgaria, northeastern Greece, and northwestern Turkey. »

  2. Thomas M. Wilson et Hastings Donnan, Culture and Power at the Edges of the State: National Support and Subversion in European Border Regions, LIT Verlag Münster, , 158–159 p. (ISBN 978-3-8258-7569-5, lire en ligne) :

    « The name ... refers to about 220,000 people in Bulgaria ... Pomaks inhabit borderlands ... between Bulgaria and Greece »

  3. Hugh Poulton et Suha Taji-Farouki, Muslim Identity and the Balkan State, Hurst, , 33– p. (ISBN 978-1-85065-276-2, lire en ligne) :

    « The Pomaks, known officially in Bulgaria as Bulgarian Muhammadans or Bulgarian Muslims, are an ethno-confessional minority at present numbering about 220,000 people. »

  4. Kristen Ghodsee, Muslim Lives in Eastern Europe: Gender, Ethnicity, and the Transformation of Islam in Postsocialist Bulgaria, Princeton University Press, (ISBN 1-4008-3135-0, lire en ligne), p. 38
  5. P. H. Liotta, Dismembering the State: The Death of Yugoslavia and why it Matters, Lexington Books, , 246– p. (ISBN 978-0-7391-0212-1, lire en ligne)
  6. Ömer Turan, « Pomaks, Their Past and Present », Routledge, vol. 19, no 1,‎ , p. 69–83 (DOI 10.1080/13602009908716425)
  7. (en) The Balkans, Minorities and States in Conflict (1993), Minority Rights Publication, by Hugh Poulton, p. 111.
  8. (en) Richard V. Weekes, Muslim peoples: a world ethnographic survey, Volume 1; 1984; p.612
  9. (en) Raju G. C. Thomas; Yugoslavia unraveled: sovereignty, self-determination, intervention; 2003, p.105
  10. R. J. Crampton, Bulgaria, 2007, p.8
  11. (en) Janusz Bugajski, Ethnic politics in Eastern Europe: a guide to nationality policies, organizations, and parties; 1995, p.237
  12. (en) Edwin Pears. Turkey and its People. New York, George H. Doran Comp., 1912, p. 151 - 152
  13. Selian, Edouard (2009). The Pomaks: an Islamized People of Europe.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Evangelia Adamou (éd.), Le nom des langues II : Le patrimoine plurilingue de la Grèce, Louvain-la-Neuve, Peeters, coll. « Bibliothèque des cahiers de l'Institut de linguistique de Louvain » (no 121), (ISBN 978-2-7584-0020-2), p. 107-132.
  • Fehim Bajraktarevic, « Pomaks », dans Encyclopédie de l'Islam, t. III : R-L, Paris, Picard, , p. 1148-1150.
  • Xavier Bougarel (dir.) et Nathalie Clayer (dir.), Le nouvel islam balkanique : Les musulmans, acteurs du post-communisme, 1990-2000, Paris, Maisonneuve et Larose, , 509 p..
  • Emile Condurachi, « L’ethnogenèse des peuples balkaniques : les sources écrites », dans Symposium international sur l'ethnogenèse des peuples balkanigues, Sofia, Académie bulgare des sciences, , p. 243-246.
  • Jean Cuisenier, Les noces de Marko : le rite et le mythe en pays bulgare, Paris, P.U.F., , 294 p., p. 153-156.
  • (en) Ali Eminov, Turkish and other Muslim minorities in Bulgaria, Londres, Hurst and Co, .
  • Research Centre of Multilingualism, « Euromosaic - Le Pomak (Bulgare) en Grèce » (consulté le 14 mars 2019).
  • (bg) Iva Filipova-Kyurkchieva, « Родствена мрежа и солидарност при българите мюсюлмани от Тетевенско » [« Kinship Network and Solidarity of Bulgarian Muslims in the Region of Teteven »], Българска етнология (Ethnologia bulgarica), no 2,‎ , p. 149-179.
  • Mona Foscolo, « Un second regard sur l’islam bulgare », Musulmans des Balkans, musulmans d’Europe, N°34, sur Regards sur l’Est, .
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  • (en) Tsvetana Georgieva, « Pomaks : Muslim Bulgarians », Islam and Christian-Muslim Relations, vol. 12, no 3,‎ , p. 303-316.
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  • Nadège Ragaru, « Recompositions identitaires chez les musulmans de Bulgarie : entre marqueurs ethniques et religieux », Balkanologie, vol. III, no 1,‎ (lire en ligne).
  • Nadège Ragaru, « Islam et coexistences intercommunautaire en Bulgarie post-communiste », dans Xavier Bougarel et Nathalie Clayer, Le nouvel islam balkanique : Les musulmans, acteurs du post-communisme, 1990-2000, Paris, Maisonneuve et Larose, , p. 241-288.
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  • Fotini Tsimbiridou, Les pomaks dans la Thrace grecque : Discours ethnique et pratiques socio-culturelles, Paris et Montréal, L’Harmattan, , 395 p..
  • Galia Valtchinova, « Communisme « orthodoxe » et changement religieux : leçons du terrain bulgare », Ethnologia Balkanica, no 5,‎ , p. 59-77.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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