Octavie la Jeune

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Octavie la Jeune, ou simplement Octavie (en latin Octavia Thurina Minor, 69 - 11 av. J.-C.), est la sœur du premier empereur romain, Auguste et la demi-sœur d'Octavie l'Aînée. Elle est la fille de Gaius Octavius et d'Atia Balba, la nièce de Jules César. Elle a été l'une des femmes les plus en vue de l’histoire romaine, respectée et admirée par ses contemporains pour sa fidélité, sa noblesse et son humanité. De plus, Octavia a survécu dans une période de la Rome antique où beaucoup ont succombé aux trahisons et aux intrigues.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son enfance[modifier | modifier le code]

Octavie naît à Nola en Italie. C'est la deuxième fille de Gaius Octavius, mais la seule de son second mariage avec la nièce de Jules César, Atia Balba Caesonia. De ce second mariage naît également Octave, qui deviendra par la suite le premier empereur romain sous le nom d’Auguste.

Son père, gouverneur et sénateur romain, meurt en 59 av. J.-C. de causes naturelles. Par la suite, sa mère se remarie avec le consul Lucius Marcius Philippus.

Son premier mariage[modifier | modifier le code]

Vers 54 av. J.-C., son beau-père s’arrange pour la marier à Gaius Claudius Marcellus Minor. Ce dernier est un homme de haut rang qui deviendra d’ailleurs consul en 50 av. J.-C. et qui appartient à une branche de la puissante famille plébéienne des Claudii Marcelli, branche de la gens Claudii, et qui descend de Marcus Claudius Marcellus, un grand général qui s’est illustré lors de la Deuxième Guerre punique[1].

En 54 av. J.-C., son grand-oncle César est impatient qu'elle divorce de son mari, afin qu'elle puisse se marier avec Pompée, qui vient juste de perdre son épouse Julia (fille de Jules César)[2]. Cependant, Pompée a apparemment décliné courtoisement la proposition, et le mari d'Octavie continue à s'opposer à César, notamment pendant son année de consul en 50 av. J.-C.

Ami de Cicéron, Marcellus est déjà un opposant de Jules César quand celui-ci envahit l'Italie, mais il ne prend pas les armes contre le grand-oncle de son épouse à la Bataille de Pharsale. Il sera par la suite pardonné par celui-ci. Dès lors, Octavia continue vraisemblablement de vivre avec son mari jusqu’à la mort de celui-ci en 40 av. J.-C.. Elle a alors 29 ans — elle en avait environ 15 quand ils se sont mariés.

Ils ont trois enfants : deux filles Claudia Marcella Major et Claudia Marcella Minor, ainsi qu’un fils Marcus Claudius Marcellus.

Son mariage avec Marc Antoine[modifier | modifier le code]

Par un décret sénatorial, Octavie se marie avec Marc Antoine en octobre 40 av. J.-C., et devient ainsi sa quatrième épouse — sa troisième épouse Fulvie étant morte peu avant. Ce mariage a dû être approuvé par le sénat car elle était enceinte de son premier mari, récemment décédé. De plus, il s'agissait d’un mariage politique permettant de cimenter une alliance instable entre son frère Octave et Marc Antoine lors de la Paix de Brindes. Malgré cela, Octavie semble avoir été une épouse fidèle et loyale.

Entre 40 et 36 av. J.-C., Octavie et Marc Antoine vivent ensemble à Athènes. Elle élève les enfants de son premier mariage avec Marcellus, les deux fils du premier mariage de Marc Antoine ainsi que les deux filles qu’ils ont eues ensemble, Antonia Major et Antonia Minor. Durant cette période elle voyage avec son mari à travers les diverses provinces de l’Empire.

Alors que les relations entre Auguste et Marc Antoine se dégradent de plus en plus, ce dernier abandonne son épouse et ses enfants pour rejoindre son ancien amour, la reine Cléopâtre VII d'Égypte — ils s'étaient déjà rencontrés en 41 av. J.-C. et avaient eu des jumeaux. En 36 av. J.-C., Octavie rentre à Rome avec ses enfants. À plusieurs occasions, elle joue le rôle de conseillère et de négociatrice politiques entre son mari et son frère.

Par la suite, Marc Antoine divorce d’Octavie en 32 av. J.-C., puis meurt en 30 av. J.-C. après avoir été défait par Auguste. Octavie vit alors tranquillement en élevant ses cinq enfants, ainsi que les enfants de Marc Antoine : Iullus Antonius, Alexandre Hélios, Cléopâtre Séléné et Ptolémée Philadelphe.

La fin de sa vie[modifier | modifier le code]

Auguste avait adopté son fils Marcus Claudius Marcellus en tant qu’héritier, mais celui-ci meurt de maladie en 23 av. J.-C.. Octavie crée la Bibliothèque de Marcellus en sa mémoire, alors que son frère Auguste érige un théâtre, le Théâtre de Marcellus, en son honneur. Ne parvenant pas à se remettre de sa mort, elle se retire de la vie publique et passe ses dernières années dans l'obscurité en portant le deuil de son fils.

Octavie décède en 11 av. J.-C.. Son enterrement public a lieu la même année, avec ses beaux-fils qui portent le cercueil. Bien que son frère, l’empereur Auguste ait proclamé le discours solennel funéraire et lui ait donné les honneurs posthumes les plus élevés (par exemple en édifiant la Porte d'Octavie et le Portique d'Octavie en sa mémoire, ou encore en la proclamant déesse et en construisant des temples en son honneur), il a cependant refusé, pour des raisons inconnues, plusieurs des honneurs décrétés pour elle par le sénat.

Octavie était l'une des premières femmes romaines à avoir des pièces de monnaie frappées à son effigie. Son portrait de profil accompagne celui de Marc Antoine sur des émissions datées de la période 39-36 av. J.-C.[3].

Octavie, vue par Plutarque[modifier | modifier le code]

Le mariage avec Marc-Antoine[modifier | modifier le code]

« Il (Octavien) aimait singulièrement sa sœur, qui était devenue, dit-on, une merveille de femme [...] Tout le monde donc préconisait ce mariage (avec Marc-Antoine), dans l'espoir qu'Octavie, qui joignait à une très grande beauté le sérieux et l'intelligence, une fois unie à Antoine et fixant sa tendresse comme on pouvait l'attendre d'une telle femme, sauverait complètement la situation en assurant l'harmonie des deux rivaux (le projet approuvé, le mariage est célébré à Rome). »

— Plutarque, Vie d'Antoine, 31 passim

Les accords de Tarente[modifier | modifier le code]

« (La flotte d'Antoine mouille devant Tarente) Là, Octavie lui demanda de l'envoyer auprès de son frère, ce qu'il fit ; après lui avoir donné une seconde fille, elle était de nouveau enceinte. Elle alla au-devant de César sur la route, ayant avec elle deux des amis de son frère, Agrippa et Mécène, et, dans l'entrevue qu'elle eut avec lui le conjura instamment de ne pas la laisser devenir, elle la plus heureuse des femmes, la plus malheureuse de toutes : " En ce moment, disait-elle, le monde entier a les yeux fixés sur moi, femme de l'un des maîtres de l'univers et sœur de l'autre. Si le pire l'emporte et si la guerre éclate, on ne sait à qui, de vous deux, le destin réserve la victoire ou la défaite, mais pour moi, dans un cas comme dans l'autre, c'est le malheur. " César se laissa fléchir par ces prières et gagna Tarente avec des dispositions pacifiques. »

— Plutarque, Vie d'Antoine, 35, 2-5

Cléopâtre et Octavie[modifier | modifier le code]

« Cléopâtre, voyant en elle une ennemie et craignant que, si elle joignait à la noblesse de son caractère et à la puissance de César les charmes de sa conversation et de son intimité, elle ne devînt ainsi invincible et ne s'emparât entièrement de son mari, feignit d'éprouver elle-même pour lui de la passion et affaiblit son corps en ne prenant que peu de nourriture. Quand il entrait chez elle, ses yeux laissaient entrevoir le ravissement et quand il s'en allait, l'affliction et l'abattement. Elle faisait en sorte qu'il la vît souvent pleurer, et elle se hâtait d'essuyer et de cacher ses larmes, comme si elle voulait qu'il ne les aperçût pas. C'est ainsi qu'elle se comportait au moment où il s'apprêtait à quitter la Syrie pour monter chez le Mède. Ses flatteurs, empressés à la servir, accusaient Antoine d'être dur, insensible et de laisser mourir une pauvre femme qui ne respirait que pour lui seul : "Octavie, disaient-ils, ne s'était unie à Antoine que pour des raisons politiques, à cause de son frère, et elle jouissait du titre d'épouse, tandis que Cléopâtre, souveraine d'un si grand royaume, était appelée la maîtresse d'Antoine, nom qu'elle ne refusait pas et ne jugeait pas indigne d'elle, pourvu qu'il lui fût permis de le voir et de vivre avec lui ; séparée de lui, elle ne survivrait pas." À la fin, Antoine fut tellement bouleversé et attendri par de tels propos que, craignant que Cléopâtre ne renonçât à la vie, il retourna à Alexandrie.

Plutarque, Vie d'Antoine, 53, 5-11 »

L'amour inconditionnel d'Octavie[modifier | modifier le code]

« César voyant l'outrage que semblait avoir subi Octavie, lui donna l'ordre, quand elle fut revenue d'Athènes, d'habiter une maison à elle. Mais elle déclara qu'elle n'abandonnerait pas la maison de son mari, et elle dit à son frère lui-même que, s'il n'avait pas d'autres motifs pour faire la guerre à Antoine, elle le conjurait de ne pas tenir compte de ses affaires à elle, car il serait même honteux d'entendre dire que les deux plus grands chefs plongeaient les Romains dans la guerre civile, l'un pour l'amour d'une femme et l'autre par jalousie. Sa conduite fut encore plus ferme que ses paroles : elle continua d'habiter la maison de son mari, comme s'il était là, et elle éleva avec soin et magnificence non seulement ses propres enfants, mais encore ceux de Fulvia, et, lorsqu'Antoine envoyait certains de ses amis briguer des charges ou suivre des affaires, elle les recevait et les aidait à obtenir de César ce qu'ils souhaitaient. En agissant ainsi, elle causait sans le vouloir du tort à Antoine, que ses injustices envers une telle femme faisaient détester. »

— Plutarque, Vie d'Antoine, 54, 1-5

Représentation[modifier | modifier le code]

  • Dans Cléopâtre de Kamel Ouali, elle est interprétée par Amélie Piovoso. Octavie est montrée par son amour inconditionnel pour Marc-Antoine.
  • Dans Rome, elle est interprétée par Kerry Condon et est dépeinte comme mélancolique.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. M.E. Albertini, La clientèle des Claudii, Mélanges d'histoire et d'archéologie, 1904, 24, p. 251. [1]
  2. Suétone, César, 27
  3. Henry Cohen, Description historique des monnaies frappées sous l'Empire Romain, Paris, 1892, tome 1, p 52-56