Ngaoundéré

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

N'gaoundéré
Ngaoundéré
Rue de Ngaoundéré
Administration
Pays Drapeau du Cameroun Cameroun
Région Adamaoua
Département Vina
Démographie
Population 230 000 hab. (2020)
Géographie
Coordonnées 7° 19′ nord, 13° 35′ est
Localisation
Géolocalisation sur la carte : Cameroun
Voir sur la carte topographique du Cameroun
N'gaoundéré
Géolocalisation sur la carte : Cameroun
Voir sur la carte administrative du Cameroun
N'gaoundéré
Géolocalisation sur la carte : région de l'Adamaoua
Voir sur la carte administrative de région de l'Adamaoua
N'gaoundéré

N'gaoundéré est une ville du Cameroun, chef-lieu de la région de l'Adamaoua. Elle a été érigée en communauté urbaine de N'gaoundéré en 2008[1].

Géographie[modifier | modifier le code]

Mont N'gaoundéré
Vue de la falaise de N'gaoundéré
Le lac de cratère de Tizon à N'gaoundéré

La ville se situe au nord de la région dans le plateau de l'Adamaoua. Elle se démarque par un mont sur lequel est assis un rocher arrondi, ce qui fait dire aux gens que N'gaoundéré est le nombril de l'Adamaoua. Ngaou signifie "montagne" et Ndéré "nombril" en langue M'boum, la langue des premiers habitants. C'est un carrefour important du commerce régional, puisque c'est un passage obligé du transport routier entre les villes du sud du pays et les villes du grand nord. Le chemin de fer venant de Douala a son terminus dans cette ville.

Le lac de N'Gaoundaba près de N'gaoundéré

Climat[modifier | modifier le code]

Le climat est relativement tempéré, puisque cette zone de savane arborée est située en hauteur. Les variations de température sont assez importantes en saison sèche. L'année est divisée en deux saisons, l'une sèche et l'autre pluvieuse. La saison sèche est marquée par un vent sec venant du nord, l'harmattan, qui se transforme en un vent sec et chaud. La saison des pluies est marquée par des pluies parfois violentes et discontinues.

La falaise de Ngaoundéré

Organisation administrative[modifier | modifier le code]

N'gaoundéré compte en son sein 3 arrondissements. Elle est aussi le chef-lieu du département de la Vina[2].

Chefferie de N'gaoundéré

Le , la communauté urbaine de N'gaoundéré a été fondée. Elle comprend les villages suivants :

N'gaoundéré Ier[3]
N'gaoundéré IIe[4]
N'gaoundéré IIIe[5]

Population[modifier | modifier le code]

L'évolution démographique est relevée par les recensements de la population[6].

Évolution démographique
1976 1987 2005
38 80078 000189 800

Influences foulbé, allemande et française[modifier | modifier le code]

Les Foulbés (on dit un « Peul », déformation française du mot « Poullo », des « Foulbé ») constituent l'un des groupes ethniques des plus importants dont la langue est le fulfulde (prononcer foulfouldé). En réalité, on dit un Peul, des Foulbés, le mot peul étant une déformation française de Poullo, comme se nomme tout Peul. Les Foulbés sont présents dans toute l'Afrique de l'Ouest, au Cameroun, au Tchad, au Soudan, un peu en Centrafrique, au Congo et plus rarement au Congo RDC. En effet, ce peuple a vécu essentiellement de l'élevage jusqu'à la colonisation. À ce moment, ils avaient fondé deux grands empires : l'empire peul du Macina[7] et l'empire peul de Sokoto. On ne peut parler des Foulbé de l'Adamaoua Cameroun sans parler des Foulbé de l'État d'Adamawa au Nigeria. La quasi-totalité des familles foulbé de l'Adamaoua Cameroun viennent de l'État d'Adamawa au Nigeria. La région de l'Adamaoua Cameroun est traditionnellement et islamiquement dépendante de Yola, la capitale de l'État d'Adamawa. Malgré la frontière des Colons, la tradition est maintenue. Il est vrai aussi que le premier Président du Cameroun, Ahmadou Ahidjo (un Peul), a tôt fait d'affaiblir ces relations au profit d'un Cameroun républicain et souverain.

La langue principale dans tout le grand nord Cameroun reste le Fulfulde, qui s'étend peu à peu dans tout le Cameroun en raison d'un fort taux de natalité des Foulbé et d'un nomadisme très avancé. En moins de vingt ans, des années 1980 à 2000, la moitié de la population peule de N'gaoundéré a émigré vers Bertoua, la région de l'Est Cameroun. Les enfants foulbés sont tous musulmans et l'Islam y est enseigné. Dès le bas âge, tout le monde passe par l'école coranique, puis par l'école francophone ou anglophone. L'influence du Nigeria aidant, la plupart des enfants foulbés sont bilingues ou trilingues, car le fulfuldé est d'origine presque arabe. La langue française domine comme langue d'enseignement dans les écoles. Il y existe encore quelques bâtiments, anciens témoins du colonialisme allemand et de la présence française. Les seuls bâtiments imposants restent ceux des Allemands. C'est le cas du bureau du Gouverneur, de sa maison et de la plupart des maisons éparpillées dans le quartier administratif.

À l'origine, la ville s'appelait Ndelbe ou Garoua. Elle appartenait aux Mboum, les vrais autochtones. Les Foulbés sont venus grâce au djihad initié par Modibbo Adama qui reçut l'Étendard pour le djihad des mains du vénérable Ousman bi Fodoué (en Haoussa, Usman dan Fodio), alors empereur de l'Empire peul de Sokoto (Nord Nigeria). Le Premier Lamido de la ville fut Ardo Djobdi tout au début des années 1800. La ville fut rebaptisée N'gaoundéré, ce qui veut dire « Montagne au Nombril » en Mboum, langue locale. En effet, une anecdote veut que quand les soldats foulbés arrivèrent avec leurs chevaux et leurs turbans, les Mboum prirent peur et se réfugièrent auprès du mont qui surplombe la ville. Les Foulbés encerclèrent la montagne et en firent le siège, sachant que la faim ferait descendre les Mboum et qu'ils pourraient s'imposer sans heurts. C'est alors que, vers 15 heures, à la prière de Asr, lorsque les Foulbés enlevèrent leurs turbans, firent l'ablution et se prosternèrent pour prier, les Mboum furent pris de panique, croyant que les Foulbés s'apprêtaient à soulever la Montagne. Les Mboum se rendirent alors. Et c'est ainsi que la ville fut nommée Montagne au Nombril.

Lamidat de N'gaoundéré[modifier | modifier le code]

Lamidat de N'gaoundéré
Lamido Issa Maïgari (vers 1917)
Lamibé de N'gaoundéré

La ville est traditionnellement organisée autour d'une chefferie peule appelée Lamidat. À sa tête se trouve un Lamido[8], chef spirituel et temporel. Toutes les chefferies ont généralement une grande mosquée à l'entrée de leur cour, signe d'un islam triomphateur. La plupart des Lamibé à N'gaoundéré sont des métis, Mboum et Peul, en hommage aux autochtones qui sont les Mboum et pour une meilleure cohésion avec les nouveaux venus, les Foulbé.

Lamibé du Lamidat de N'gaoundéré [9]
  1. Ardo Djobdi (1836 - 1839), fils de Oumara, premier chef de Ngaoundéré, régna deux ans.
  2. Lawan Haman (1839 - 1854), fils de Ndjobdi, régna quinze ans.
  3. Ardo Issa (1854 - 1878), fils de Ndjobdi, régna vingt-quatre ans.
  4. Ardo Haman, plus connu sous le nom de Mohaman Gabdo (1878 - 1887), fils de Lawan Haman, régna neuf ans.
  5. Lamido Mohamadou Abbo (1887 - 1901), fils de Issa, régna quatorze ans.
  6. Lamido Mohaman yadji dit "May" par les kanouri (1901- 1902 ), fils de Lawan Haman, régna un an et demi.
  7. Lamido Dalil (1902 - 1904), fils de May, régna un an et demi, destitué et expatrié.
  8. Lamido Issa Maïgari (1904 - 1922), fils de Abbo, régna dix-huit ans.
  9. Lamido Mohaman Iyagarou (1922-1924), fils de Maïgari, régna un an et deux mois. Il fut destitué
  10. Lamido Yaya Dandi (1924 - 1929), fils de Abbo, régna 5 ans.
  11. Lamido Mohamadou Abbo (1929 - 1939), fils de Yaya Dandi, régna dix ans et six mois, destitué et exilé à Tignère.
  12. Lamido Aliou (1939 - 1948), fils de Abbo, grand-père de Aliou Shetima régna neuf ans, destitué et exilé à Galim-Tignère.
  13. Lamido Mohamadou Abbo (1948 - 1957), fils de Yaya Dandi, reprit le pouvoir le et mourut le .
  14. Lamido Baba Djeilani (1957 - 1961), fils de Yaya Dandi, régna quatre ans destitué et placé en résidence à Tignère.
  15. Lamido Iyagarou reprit le pouvoir le , décéda le jour même à la suite d'une crise cardiaque en entrant dans la chambre des magies du Lamidat, bravant ainsi le tracé de sang devant la porte.
  16. Lamido Tafida (1961 - 1973), fils de Mohamadou Abbo, régna onze ans et quatre mois, mourut le .
  17. Lamido Issa Maïgari Yaya (1973 - 1997), fils de yaya dandi, investi le , mourut le .
  18. Lamido Mohamadou Hayatou (1997 - ), fils de Issa Maïgari Yaya, investi en 1997 et toujours au pouvoir.

Université[modifier | modifier le code]

L'université de Ngaoundéré [10] a été fondée en 1993 dans le cadre d'une réforme universitaire. En 2007, on comptait environ 12 000 étudiants, et en 2008 ils étaient 15 500. Les effectifs ont rapidement augmenté ces dernières années et comptent aussi des étudiants tchadiens. On compte un peu plus de 25 000 étudiants pour l'année académique 2012-2013. Il est à noter qu'il existe aussi depuis 2009 une université à Maroua, ce qui porte à deux le nombre d'institutions universitaires publiques dans le grand nord Cameroun. Elle compte huit établissements, dont quatre grandes écoles et quatre facultés.

L'université de Ngaoundéré est l'une des plus éloignées de Yaoundé. Elle souffre de cette situation, notamment au niveau des infrastructures et du matériel, puisque sa bibliothèque est très peu fournie. Pour y remédier, les facultés s'organisent elles-mêmes, à l'instar de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques (FSJP) et la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FSEG) qui ont créé leur propre centre de documentation destiné aux étudiants des second et troisième cycles.

L'université dispose d'une connexion Internet auprès d'un fournisseur d'accès local ; mais le réseau informatique n'est pas encore répandu dans tous les départements de l'institution. Afin de pallier ce déficit, l'institution achève de mettre sur pied () son centre de développement des technologies de l'information et de la communication (CDTIC) qui héberge entre autres :

  • une radio
  • un cyber-café
  • une salle serveurs
  • des salles de réunion
  • des salles de formation
  • un restaurant
  • un service de reprographie
  • un service de maintenance
  • un service de développement
  • le campus numérique francophone de Ngaoundéré

Transports[modifier | modifier le code]

Routier[modifier | modifier le code]

Ngaoundéré est assez isolée géographiquement. Les usagers peuvent rejoindre la capitale Yaoundé par la route, en passant par Meiganga, Garoua-Boulaï et Bertoua. La piste sud est en mauvais état et peu empruntée. Depuis 2007, une nouvelle route bitumée de 393 kilomètres relie Ngaoundéré au Tchad (Ngaoundéré-Touboro-Moundou).

Aérien[modifier | modifier le code]

L'aéroport, à vocation régionale, a accueilli des avions moyen courrier comme les Boeing 737. En 2012, il y a eu peu de trafic aérien commercial desservant Ngaoundéré.

Gare centrale de Ngaoundéré, Terminal de Yaoundé

Ferroviaire[modifier | modifier le code]

Gare ferroviaire de Ngaoundéré

À Ngaoundéré se trouve une importante gare, qui est aujourd'hui le terminus de la ligne Camrail Douala - Yaoundé - Ngaoundéré. Cette ligne, à voie métrique, est très utilisée pour le transport des marchandises, pour la desserte du Tchad via le port de Douala. Un train de voyageurs y circule, avec un départ chaque soir dans chaque sens, pour une durée de trajet de 13 à 15 heures. De nombreuses améliorations sont faites sur le réseau ferroviaire. Les trains sont plus réguliers et moins en retard.

Élevage et agro-industries[modifier | modifier le code]

La région est caractérisée par un paysage de savane, peu peuplée. Le bétail y transite pour alimenter les commerçants et les éleveurs qui pratiquent la transhumance. En saison sèche, le bétail quitte les hauteurs de l'Adamaoua pour rejoindre les basses terres. L'industrie laitière se développe, grâce à un projet établi avec le Canada en 1993. Jusque dans les années 1980-1990, le zébu Gudali était l'espèce bovine qui prédominait dans le secteur. Cela a eu pour effet de caractériser cette race de zébu par rapport à d'autres. La frontière naturelle de la falaise au nord de l'Adamaoua limitait la venue du nord par transhumance des zébus White Fulani et Red Fulani.

L'industrie Maïscam (huile de maïs) y est prospère.

Archéologie[modifier | modifier le code]

Les environs de Ngaoundéré sont riches en sites archéologiques, témoins d'une occupation précédant la conquête de l'Islam, ou plus récemment d'avant la conquête coloniale. Plusieurs sites n'ont pas fait l'objet de fouilles archéologiques, mais dévoilent aux passants, souvent des touristes, des fragments de poteries à la surface du sol, ou des monticules vestiges de fossés de protection contre les hippopotames.

Le site de Mabimi (mot qui signifie « lac des hippopotames » en langue locale) n'a jamais fait l'objet de fouilles, mais on aperçoit à la surface du sol des traces de fourneaux, laissant envisager une période d'occupation où la fonte du métal était une activité importante du secteur. S'il semble aujourd'hui sans grande importance, il n'en est pas moins l'endroit le plus riche en matière d'archéométallurgie que l'on puisse trouver sur le plateau de l'Adamaoua[11]. Un autre site, à la limite nord de la ferme-modèle du projet laitier pilote, est témoin d'une occupation antique par les fragments qui affleurent. Mais l'érosion et le surpâturage risquent de détruire ces sites avant leur exploration.

Religions[modifier | modifier le code]

Les habitants de la ville se répartissent entre musulmans, catholiques, protestants luthériens et rarement de religion traditionnelle. La physionomie de la ville est marquée par de nombreuses mosquées.

Eglise évangélique du Cameroun

Monseigneur Yves Plumey, assassiné le [12], fut le "grand-papa" de tous les enfants de la ville, musulmans comme chrétiens. Sa tombe se trouve devant la cathédrale de la mission catholique de Ngaoundéré. La cathédrale Notre Dame des Apôtres est le siège du diocèse catholique de N’Gaoundéré.

Tourisme[modifier | modifier le code]

Le bois de Mardock, le mont Ngaoundéré sont quelques attractions touristiques de la ville. Le lac Tizon, la chute de Tello, le village d'Idool.

Personnalités liées à Ngaoundéré[modifier | modifier le code]

Philatélie[modifier | modifier le code]

En 1975, la République unie du Cameroun a émis un timbre de 45 F dédié à l'église catholique de Ngaoundéré[13]. En 1985, l'hôtel de ville de Ngaoundéré a été reproduit sur un timbre de 60 F[14].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Décret no 2008/025 du 17 janvier 2008 portant création de la communauté urbaine de Ngaoundéré, in Cameroon Tribune, no 9018 du vendredi 18 janvier 2008, p. 5
  2. MINATD - Région de l'Adamaoua
  3. Mapanet [1]
  4. Mapanet [2]
  5. Mapanet [3]
  6. Recensements de la population du Cameroun en 1976, 1987, 2005
  7. Amadou Hampâté Bâ, L'empire peul du Macina
  8. Le pluriel de Lamido est Lamibé.
  9. Ahmed Luqman, Les Lamidats du Grand Nord, août 2009
  10. Site officiel Université de Ngaoundéré
  11. Dominique Jean, Projet Laitier Pilote de Ngaoundéré, 1993
  12. Mathurin Petsoko, « Le 3 septembre 1991, Mgr Yves Plumey, pionnier du catholicisme dans le Nord Cameroun fut assassiné à Ngaoundéré »
  13. Catalogue Yvert&Tellier, no 593.
  14. Catalogue Yvert&Tellier, no 767
Hôpital de Ngaoundéré

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Abel Moumé Etia, Le Foulbé du Nord-Cameroun, Bergerac, Imprimerie Générale, 1948, 22p
  • Victoire Fimigue, La communauté libanaise de la ville de Ngaoudere de 1941 à 1998, Université de Ngaoundere, 1999, 121 p. (mémoire de maîtrise d'Histoire)
  • André Gondolo, N'Gaoundere : évolution d'une ville Peul, Université de Rouen, 1978, 301 p. (thèse de 3e cycle)
  • Hamadou, L'architecture des palais des Laamibe peul du nord-Cameroun : exemples de Mindif, Rey-Bouba et Ngaoundere, Université de Ngaoundere, 1998, 84 p. + pl. (mémoire de master)
  • (de) Wolfgang Hetzel, N'Gaoundéré : Tradition und Wandel im Raum einer « Fulbe-Stadt » in Kamerun, Geographisches Institut der Universität zu Köln, Köln, 1983, 108 p.
  • Anne Lebel (et Emmanuelle Pontié), « Ngaoundéré », in Le Cameroun aujourd'hui, Éditions du Jaguar, Paris, 2011, p. 179-183 (ISBN 978-2-86950-464-6)
  • Djingui Mahmoudou, Le pouvoir, le savoir et la richesse : Les Fulbe de Ngaoundéré face au processus de modernisation, Comparative Studies of Humanities and Social Sciences, Graduate School of Letters, Nagoya University, 2008, 317 p.
  • Robert Tendjim, Le volcanisme de la région de Ngaoundéré (Adamaoua-Cameroun) : étude volcanologique et pétrologique, Université Clermont Ferrand 2, 1986, 242 p. (thèse de 3e cycle : Terre, océan, espace).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Ngaoundéré Ier[modifier | modifier le code]

Ngaoundéré II[modifier | modifier le code]

Ngaoundéré III[modifier | modifier le code]