Mukbang
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Le mukbang (du coréen : 먹방 ; RR : meokbang), est un phénomène qui consiste à fabriquer et manger des plats et souvent à avaler des quantités exagérées de nourriture tout en se filmant et en interagissant avec le public connecté éventuellement en direct[1],[2]. Certains pratiquants sont devenus des célébrités dans ce domaine comme Park Seyeon[3]. Certaines personnes gagnent leur vie ainsi et ce créneau est exploité par l'industrie publicitaire.
Étymologie
[modifier | modifier le code]Le mot mukbang (먹방, meokbang) est un mot-valise composé des mots coréens pour « manger » (먹다, meokda) et « diffusion » (방송, bangsong)[4].
Origines et développement
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Cette pratique vient de Corée du Sud où elle a eu lieu la première fois en 2009 sur le service de streaming en pair-à-pair AfreecaTV[5], avant que cela devienne une tendance sur plusieurs chaînes de télévision du câble puis sur certains réseaux sociaux[3]. Ils se développent en raison de l'isolement social : beaucoup de Coréens mangeant seuls regardent ces lives pour avoir une forme de compagnie virtuelle[6].
Les mukbangs deviennent rapidement populaires hors de la Corée[7], et notamment aux États-Unis, où la pratique des concours d'ingurgitation de nourriture a une histoire ancienne, qui précède l'invention du mukbang. Tandis que les coréens recourent aux lives, les « mukbangers » occidentaux ont plus tendance à enregistrer des vidéos et à les diffuser en différé[5].
Accompagnant le développement du mukbang, Twitch introduit en 2016 la nouvelle catégorie de vidéos « alimentation sociale », devenue ensuite « nourriture & boissons »[5],[8].
Le visionnage de vidéos de mukbang connaît un pique pendant la pandémie de COVID-19[9].
Tendances
[modifier | modifier le code]De nombreux hôtes génèrent des revenus en acceptant des dons ou en s'associant à des réseaux publicitaires[10].
Ce type de programmation met l'accent sur l'attrait de la personne qui prépare la nourriture devant la caméra. Ce sont des programmes rentables pour les sociétés de télédiffusion car leurs coûts de production sont très inférieurs à ceux de la plupart des programmes culturels ou de divertissement[11].
Explications de la popularité du mukbang
[modifier | modifier le code]Selon Kim-Hae Jin (doctorante à l'Université de Chosun), le spectateur satisfait par procuration le désir de nourriture en regardant l'émission dans laquelle les hôtes interagissent avec eux en discutant. Les hôtes jouent parfois le rôle de marionnette télécommandée par public et acceptent de faire exactement ce que les gens leur demandent de faire[12].
Critiques
[modifier | modifier le code]En , au motif que l'obésité augmente en Corée du Sud, le gouvernement annonce des directives sur le mukbang, dans le cadre de « Mesures nationales globales de gestion de l'obésité », car il peut induire des comportements de frénésie alimentaire chez certains spectateurs et ainsi nuire à la santé publique. Les mesures du Ministère de la santé et du bien-être de Corée du Sud suscitent aussitôt des protestations sur les réseaux sociaux : le Siège du gouvernement reçoit une quarantaine de pétitions contre la règlementation du mukbang, argumentant qu'« il n'y a pas de corrélation entre le mukbang et la frénésie alimentaire » et que « le gouvernement porte atteinte à la liberté individuelle »[13].
Selon The Lancet, en , certaines émissions encouragées par des plateformes Internet populaires en Asie (Kuaishou, Douyin…) pourraient avoir favorisé des comportements à risque sanitaire et épidémique. Des mukbangs réunissent parfois des personnes en train de manger des aliments étranges ou dangereux[14]. Ainsi, en 2016, un pratiquant de mukbang avait mangé en direct une soupe de chauves-souris. D'autres fois, ce sont des escargots africains, des grenouilles, des rats chinois du bambou ou des pieuvres qui étaient mangés, parfois crus, voire vivants (le poulpe notamment), malgré le risque biologique (bactéries, parasites ou virus sauvages)[14].
Les créateurs de contenus mukbang se font souvent vomir ou prennent des laxatifs afin de ne pas prendre de poids[5]. Certains deviennent obèses.
Il y a aussi des accusations de trucage mettant en doute la réalité des quantités prétendument ingurgitées. Certaines accusations ont été confirmées[5].
Des recherches suggèrent le caractère addictif du visionnage des vidéos de mukbang pour un partie de l'audience à l'instar d'autres comportements en ligne, avec des conséquences néfastes sur la santé mentale et physique et la vie sociale[15],[16],[17]. Le visionnage de mukbang mènerait aussi à développer des troubles alimentaires[18].
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Mukbang » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Jérémy Collado, « Le "Muckbang", cette insensée solution anti-solitude des Sud-Coréens », Marianne, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Alexandra Gibbs, « Koreans become stars by live-streaming dinner », CNBC, (consulté le ).
- 1 2 (en) Frances Cha, « South Korea's online trend: Paying to watch a pretty girl eat », CNN,
- ↑ (en) By Stephen Evans, « The Koreans who televise themselves eating dinner », sur bbc.com, BBC News, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 Anne Chirol, « Le « mukbanger », ce goinfre prêt à se rendre malade pour devenir célèbre », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « "On est vraiment dans le spectacle de l'excès" : se filmer en mangeant de grandes quantités de nourriture, cette tendance sur les réseaux sociaux qui rapporte | TF1 Info », sur www.tf1info.fr, (consulté le )
- ↑ ARIEL BOGLE, « No vomiting allowed on Twitch's new social eating channel »,
- ↑ (en-US) « Twitch Viewers Can Now Watch People Eat », (consulté le )
- ↑ (en-US) « There's Actually A Psychological Explanation For Your Urge To Watch People Eating On Camera », sur Delish, (consulté le )
- ↑ (en-GB) Stephen Evans, « The Koreans who televise themselves eating dinner », sur BBC News, (consulté le )
- ↑ « [시각] [Culture & Biz] 대한민국은 왜 ‘먹방’에 열광하나 » (consulté le )
- ↑ (ko) Hye Jin (혜진) Kim (김), « 문화학 : 하위문화로서의 푸드 포르노(Food Porn) 연구 - 아프리카TV의 인터넷 먹방을 중심으로 - » [« A Study on Food Porn as a Sub-Culture - Centering on Internet "Meokbang" (eating scene) in Afreeca TV - »], 인문학연구, vol. 50, , p. 433–455 (ISSN 1598-9259, lire en ligne)
- ↑ (ko) « 해외선 ‘mukbang’(먹방)은 고유명사..‘먹방 규제’ 놓고 시끌 », (consulté le )
- 1 2 (en) Jie Li, Jun (Justin) Li, Xiaoru Xie et Xiaomei Cai, « Game consumption and the 2019 novel coronavirus », The Lancet Infectious Diseases, vol. 20, no 3, , p. 275–276 (ISSN 1473-3099 et 1474-4457, PMID 32043979, DOI 10.1016/S1473-3099(20)30063-3, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Kagan Kircaburun, Filipa Calado, Andrew Harris et Mark D. Griffiths, « Addictive symptoms of mukbang watching: A qualitative interview study using directed content analysis », Emerging Trends in Drugs, Addictions, and Health, vol. 4, (lire en ligne
) - ↑ (en) Kagan Kircaburun, Sabah Balta, Emrah Emirtekin, Şule Betül Tosuntas, Zsolt Demetrovics et Mark D. Griffiths, « Compensatory Usage of the Internet: The Case of Mukbang Watching on YouTube », Psychiatry Investigation, vol. 18, no 4, , p. 269-276 (lire en ligne
) - ↑ (en) Kircaburun K., Yurdagül, C., Kuss, D. et al., « Problematic Mukbang Watching and Its Relationship to Disordered Eating and Internet Addiction: A Pilot Study Among Emerging Adult Mukbang Watchers », Int J Ment Health Addiction, vol. 19, , p. 2160–2169 (lire en ligne
) - ↑ (en) Rosnnie Jenging et Fitri Suraya Mohamad, « Mukbang and Me: Implications on Cognition and Physical Well-Being among Undergraduates », Journal of Cognitive Sciences and Human Development, vol. 8, no 2, , p. 77–93 (lire en ligne
)