Maximin Giraud

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Maximin Giraud
Grave of Maximin Giraud.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Pierre Maximin Giraud
Nationalité

Maximin Giraud, né à Corps le et mort également à Corps le , fut témoin avec Mélanie Calvat de l'apparition mariale de La Salette en Isère le . Après une enquête canonique, l'apparition est officiellement reconnue par l'évêque de Grenoble. Maximin entame une vie d'errance en France et en Italie. Il meurt dans le plus grand dénuement à Corps, son village d'origine, âgé d'à peine 40 ans. Il est enterré dans le cimetière du village.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pierre Maximin Giraud est né à Corps dans l'Isère. Sa mère, Angélique Templier est de la même région. Son père, Germain Giraud, vient d'un canton voisin. Sa mère meurt quand Maximin n'a que 17 mois, laissant encore une fille, Angélique, âgée de huit ans. Peu après, Germain Giraud, charron de son état, se remarie avec Marie Court. Maximin vit avec son père qui s'occupe peu de lui, étant occupé à son atelier ou se délassant au café. Sa nouvelle femme ne s'intéresse guère à l'enfant. Maximin grandit comme il peut, en passant une grande partie de son temps laissé à lui-même en compagnie de son chien et de sa chèvre avec lesquels il parcourt les rues du village, n'allant jamais en classe et ne recevant pas non plus d'instruction religieuse. Maximin parle le dialecte occitan[1],[2] du Dauphiné, comme tout le monde dans la commune, mais il apprend tout de même quelques mots de français en traînant parmi les conducteurs de diligence et les relais de voitures. Il est âgé de 11 ans en 1846.

Représentation de la Vierge et des 2 jeunes bergers dans le sanctuaire marial de La Salette.

Le il est envoyé garder un troupeau par un paysan sur les hauteurs de La Salette avec une jeune fille Mélanie Calvat. Les deux enfants ne se connaissent que depuis la veille. Vers 15 h, alors qu'ils sont à la recherche de leurs bêtes , ils sont témoin, d'une apparition de la Vierge Marie[3]. La Vierge transmet à Maximin et à Mélanie un message public à diffuser aux habitants, ainsi qu'un « message personnel » (un secret). De retour chez eux ils rapportent leur vision et message reçu, et leur auditeurs associent la « belle dame » à la Vierge Marie[4].

Au cours des trois ans qui suivent l'apparition, Maximin voit mourir son demi-frère, Jean-François, sa belle-mère et son père (1847/1850). Orphelin à l'âge de 14 ans, il est recueilli par le frère de sa mère, dit l'oncle Templier, un homme rude et calculateur. L'apparition est officiellement reconnue par Mgr Philibert de Bruillard, évêque de Grenoble, le . Sur ordre du pape Pie IX, les secrets de Maximin et de Mélanie sont mis par écrit par les voyants et envoyés au pape la même année[5]. Après l'apparition, Maximin est placé comme pensionnaire à l'école des Sœurs de la Providence à Corps, où a lieu une enquête concernant l'apparition. Ses progrès à l'école sont lents, gênés par la pression constante de pèlerins et d'autres curieux.

Contre l'avis du curé de sa paroisse, et bravant les ordres de l'évêque de Grenoble, des royalistes conduisirent le jeune garçon à Ars pour y rencontrer le célèbre curé, Jean-Marie Vianney, en espérant que celui-ci l'interroge sur le « secret » de Maximin. Cette visite au curé d'Ars entraîne « l'incident d'Ars » où le curé déclare que devant lui, Maximin s'est rétracté de l'apparition, ce à quoi Maximin répondra, lors des interrogatoirs à l'évêché de Grenoble, qu'il ne s'est jamais démenti devant le curé d'Ars[6]. L'explication du quiproquo entre le curé et le voyant ne sera jamais clairement expliqué, mais donnera lieu à de multiples hypothèse[7].

Par la suite, il ne cessera de passer d’un endroit à l'autre[8]. Il entre au petit séminaire de Rondeau, et le quitte ensuite pour l'Abbaye de la Grande Chartreuse. De là, il se rend à Seyssins puis à Rome, et ensuite à Dax, Aire-sur-l'Adour et Le Vésinet, une ville nouvelle et très cossue de la région parisienne, après cela à Tonnerre, Petit-Jouy-en-Josas près de Versailles et finalement Paris. Après avoir essayé le séminaire et travaillé dans une maison de personnes âgées, il tente des études de médecine. Ayant raté ses examens[9], il trouve du travail dans une pharmacie. Finalement, Maximin entre dans le corps des Zouaves pontificaux, chargés de défendre les États du Pape et d'assurer leur protection[10]. Après six mois de service, il met fin à son contrat et revient à Paris[5].

Yves Chiron rapporte que « l'apparition dont il avait été bénéficiaire, l'avait ramené à une foi chrétienne solide mais n'avait pas détruit son caractère, ni ôté tous ses défauts. ». L'auteur ajoute que « l'immense publicité donnée très vite à l'apparition, la curiosité dont les voyant furent l'objet, les pressions qu'ils subirent de la part d'auteurs et de personnages point toujours équilibrés, tout cela put les perturber encore plus »[5].

Le journal La Vie Parisienne ayant publié une attaque contre la Salette et les deux enfants, Maximin proteste et le journal imprime une rectification. À la suite de cette affaire, en 1866 il publie un court travail appelé Ma profession de foi sur l'apparition de Notre-Dame de La Salette[11],[5]. Il avait alors 31 ans. En 1868, au cours d'une controverse sur les apparitions avec Monseigneur Darboy, archevêque de Paris, le , il prédit à celui-ci qu'il serait fusillé, ce qui fut le cas lors de la Commune[12].

C'est à cette époque que la famille Jourdain, un couple qui s'intéressait beaucoup à lui, vient apporter dans sa vie un élément de stabilité et, en prenant sur elle le risque financier, efface ses dettes. Maximin s'associe alors à un négociant en alcool. L'affaire tourne mal et il est bientôt ramené à la ruine[13].

Tombe de Maximin Giraud, dans le cimetière de Corps.

En 1870, il est enrôlé dans l'armée Impériale et affecté au Fort Barraux près de Chambéry. Il revient ensuite à Corps où il est rejoint par les Jourdain. Tous les trois vivent pauvrement, aidés par les pères du sanctuaire avec l'approbation de l'évêque de Grenoble. En , Maximin fait un pèlerinage au sanctuaire. Devant une assistance attentive, il répéte l'histoire de La Salette comme il l'avait fait le premier jour.

En , il visite l'église de sa paroisse. Le soir du 1er mars, Maximin se confesse et communie, buvant un petit peu d'eau de La Salette pour avaler l'hostie. Il meurt peut après. Il n'avait pas encore quarante ans. Son corps repose au cimetière de Corps, mais son cœur se trouve dans la basilique de La Salette.

Ayant voulu souligner encore une fois son amour pour La Salette, il avait solennellement proclamé : « Je crois fermement, même s'il fallait verser mon sang, à la célèbre apparition de la Très Sainte Vierge sur la montagne sainte de La Salette, le , apparition que j'ai défendue par mes paroles et par ma souffrance... C'est dans cet esprit que je donne mon cœur à Notre-Dame de La Salette. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Maximin Giraud, Ma profession de foi sur l'apparition de N.-D. de la Salette ou réponse aux attaques dirigées contre la croyance des témoins, Paris, H Charpentier, , 72 p. (lire en ligne).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Michael Bert et James Costa, « Linguistic borders, language revitalisation and the imagining of new regional entities », sur ddl.ish-lyon.cnrs.fr, (consulté le 11 mars 2020), p. 18. (Newcastle upon Tyne, 8-9 janvier 2010), p. 18.
  2. Joachim Bouflet et Philippe Boutry, Un signe dans le ciel : Les apparitions de la Vierge, Paris, Grasset, , 475 p. (ISBN 978-2-246-52051-1), p. 129.
  3. Yves Chiron, Enquete sur les apparitions de la Vierge, Perrin, , 427 p. (ISBN 978-2-262-02832-9), p. 183.
  4. Yves Chiron 2007, p. 184-187.
  5. a b c et d Yves Chiron 200, p. 188-189.
  6. Jean Stern, La Salette : Documents authentiques 3. 1er mai 1849 - 4 novembre 1854, t. 3, Paris, Éditions du Cerf, , 373 p. (ISBN 978-2-204-04445-5), p. 7-23,151-161.
  7. Selon Mgr Joseph Giray (Joseph Giray, Les miracles de la Salette : étude historique et critique, t. 2, Grenoble, , 481 p., p. 279), Maximin aurait dit lui-même avoir voulu mettre à l'épreuve le don de discernement du Curé d'Ars. Mais le P. Jaouen (Jean Jaouen, La grace de la salette au regard de l'église, Association des Pélerins de La Salette, , 319 p. (ASIN B0014L674C), p. 198) note que la source de Mgr Giray est un témoignage tardif (1917) et indirect. Pour d'autres hypothèses, voir Jean Stern 1991, p. 22-23.
  8. Le Dictionnaire des apparitions mariales indique que « la vie d'errance de Maximin » (comme de celle de Mélanie), fut causée par l'évêque de Grenoble, Mgr Genoulhiac, qui fit tout son possible pour éloigner les deux voyants du lieux d'apparition, et de son diocèse. Voir René Laurentin et Patrick Sbalchiero 2007, p. 508-509. Yves Chiron, sans donner de détails, rapporte que l'apparition, fut la cause de « l'exil involontaire » de Maximin. Voir Yves Chiron 2007, p. 189.
  9. Le Dictionnaire des apparitions mariales rapporte que si Maximin a mis fin à ses études au séminaire pour devenir prêtre, ou ses études de médecines, ce n'est pas pour « des insuffisances intellectuelles », mais du fait de son « statut de voyant » (de La Salette), qui était incompatible avec un « statut de prêtre » (et donc l'évêché l'aurait écarté), comme de médecin. Son professeur en médecine lui ayant même déclaré « Comme médecin vous serez toujours en porte à faux, car les gens viendront à vous comme voyant et non comme médecin ». Voir René Laurentin et Patrick Sbalchiero 2007, p. 508-509. Mais Yves Chiron dans son ouvrage, sans préciser la cause des « échecs universitaires » de Maximin, indique en présentation des enfants, que tous deux, « montreront, après les apparitions [...] de médiocres dispositions intellectuelles dans les établissements où on les placera ». Voir Yves Chiron 2007, p. 182.
  10. Laurent Gruaz, « Maximin aux zouaves pontificaux », sur lasalette.cef.fr (consulté le 1er avril 2020).
  11. Maximin Giraud, Ma profession de foi sur l'apparition de N.-D. de la Salette ou réponse aux attaques dirigées contre la croyance des témoins, Paris, H Charpentier, , 72 p. (lire en ligne).
  12. Auriane de Viry, « 24 mai 1871 : Les communards exécutent l’archevêque de Paris », La Revue des deux mondes,‎ (lire en ligne, consulté le 1er avril 2020).
  13. Joachim Bouflet et Philippe Boutry 1997, p. 148.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Abbé Rousselot, La Vérité sur l'événement de la Salette du 19 septembre 1846 : ou rapport ... sur l'apparition de la Sainte Vierge à deux petits bergers, sur la montagne de la Salette, Grenoble, , 240 p. (lire en ligne).
  • Maximin Giraud, Ma profession de foi sur l'apparition de N.-D. de la Salette ou réponse aux attaques dirigées contre la croyance des témoins, Paris, H Charpentier, , 72 p. (lire en ligne).
  • Jean Stern, La Salette : Documents authentiques, dossier chronologique intégral - septembre 1846-début mars 1847, t. 1, Desclée De Brouwer, , 385 p. (ISBN 978-2-220-02281-9).
  • Jean Stern, La Salette : Documents authentiques 2. Fin mars 1847 - avril 1849, t. 2, Paris, Éditions du Cerf, , 385 p. (ASIN B00008CW37).
  • Jean Stern, La Salette : Documents authentiques 3. 1er mai 1849 - 4 novembre 1854, t. 3, Paris, Éditions du Cerf, , 373 p. (ISBN 978-2-204-04445-5).
  • René Laurentin et Patrick Sbalchiero, Dictionnaire des "apparitions" de la Vierge Marie, Fayard, , 1426 p. (ISBN 978-2-213-67132-1), p. 505-511.
  • Yves Chiron, Enquete sur les apparitions de la Vierge, Perrin, , 427 p. (ISBN 978-2-262-02832-9), p. 182-189.
  • Joachim Bouflet et Philippe Boutry, Un signe dans le ciel : Les apparitions de la Vierge, Paris, Grasset, , 475 p. (ISBN 978-2-246-52051-1), p. 127-141, 144-150.
  • René Laurentin et Michel Corteville, Découverte du secret de la Salette, Fayard, coll. « Documents », , 264 p. (ISBN 978-2-213-61283-6).
  • Michel Corteville, La Grande Nouvelle des bergers de La Salette, . Thèse en 4 tomes à l'Université Grégorienne. Édition réduite :
    • Michel Corteville, La Grande Nouvelle des bergers de La Salette : L'apparition et ses secrets, t. 1, Paris, Pierre TEQUI, , 578 p. (ISBN 978-2-7403-0877-6)
    • Michel Corteville, La Grande Nouvelle des bergers de La Salette : Mélanie et l'appel des « Apôtres des derniers temps », t. 2, Paris, Pierre TEQUI, , 722 p. (ISBN 978-2-7403-1453-1)