Marie Uguay

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Marie Uguay
Nom de naissance Marie Lalonde
Naissance
Montréal, Québec Canada
Décès (à 26 ans)
Montréal, Québec Canada
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français

Œuvres principales

  • Signe et rumeur (1976)
  • L'Outre-vie (1979)
  • Autoportaits (1982)
  • Journal (2005)

Marie Uguay est une poète québécoise née à Montréal le 22 avril 1955 et décédée à Montréal le 26 octobre 1981 à l'âge de 26 ans [1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Marie Uguay (née Lalonde) a vécu toute sa vie à Montréal dans le quartier de Côte-Saint-Paul où elle est née le 22 avril 1955. Ses parents, Denise Uguay et Jacques Lalonde, tous deux issus d’un milieu modeste, y étaient établis depuis déjà une génération. L’enfance de Marie Uguay sera centrée cependant autour du noyau familial maternel, où son grand-père, César Uguay, exerce de l’ascendant sur toute la famille par la force de son caractère et sa détermination. Parti de rien, mais passionné de musique, il réussit à changer sa condition de simple ouvrier d’usine à celle de musicien, devenant professeur de musique dans différents collèges de Montréal. Il a une forte influence sur Marie Uguay qui voit en lui la possibilité pour quiconque de changer sa condition à force de travail et de volonté, mais aussi de se réaliser à travers les arts. Toute son enfance sera imprégnée de cet idéal qu’il incarne, elle qui se sent écrasée par l’idée d’un destin déterminée en étant une fille, et c’est pourquoi, plus tard, elle décidera, en signe d’appartenance, de prendre son nom comme écrivain.

Très tôt, Marie Uguay est attirée par la lecture, puis se met à son tour à écrire des histoires qu’elle illustre souvent de dessins ou de collages. Des histoires comme celles qu’elle peut lire dans les livres de son âge et qui mettent en scène de jolies princesses en quête d’amour ou de jeunes aventuriers intrépides avec le monde entier pour terrain de jeu. Elle les lit parfois à ses amies, ou même devant la classe, et découvre avec bonheur le pouvoir de séduction que son jeune talent peut exercer sur les autres.

Marie Uguay délaisse peu à peu les aventures romanesques de son enfance et commence à écrire de la poésie vers l’âge de 15 ans, alors qu’elle étudie à l’école secondaire Esther-Blondin dans le quartier Saint-Henri à Montréal. Son intérêt ne se porte plus sur des histoires inventées, mais sur les mots eux-mêmes qui se mettent à vivre, à transmettre des émotions. « L’aventure n’a plus été celle des personnages, mais l’aventure est devenue celle des mots »[2].

Vie adulte[modifier | modifier le code]

Le premier recueil

En septembre 1972, elle commence des études en lettres au collège Marguerite-Bourgeoys à Westmount et écrit les premiers poèmes de Signe et rumeur durant l’hiver suivant. À la fin de ses études, au début de l’été 1974, elle voit la mer pour la première fois, et c'est l’éblouissement, « la découverte que la beauté existe»[3].

À l’automne 1974, elle entreprend des études en communication à l'Université du Québec à Montréal, qu'elle abandonnera cependant avant la fin de sa deuxième année. C’est cette année-là, en octobre 1975, qu’elle y rencontre Stéphan Kovacs, alors étudiant à la même faculté, qui collaborera au fil des ans à ses publications et demeurera son compagnon jusqu’à la fin. Entre-temps, en juillet 1975, elle reçoit une réponse favorable des Éditions du Noroît, à qui elle a envoyé le manuscrit de Signe et rumeur, l’informant qu’il serait publié l’année suivante. Marie Uguay travaille pendant presque une année à peaufiner ses textes, mais surtout à créer l’espace idéal pour les accueillir. Elle choisit de calligraphier tous ses poèmes et de les illustrer de dessins à elle, voulant donner à l’ensemble l’aspect d’un cahier intime, à l’image de la poésie qu’il renferme et dont le cycle des saisons forme la trame.


L'Outre-vie

Au printemps 1976, son premier recueil est complètement achevé, et c’est l’esprit ouvert que Marie Uguay part pour trois mois aux Îles de la Madeleine. Elle est heureuse et épanouie, elle écrit, elle dessine, et c’est là-bas qu’elle ébauche les premiers poèmes de son deuxième recueil L’Outre-vie; des poèmes fortement influencés par le paysage maritime et les gens qui l’habitent. Puis, de retour à Montréal, son attention se portera avec un regard neuf sur la ville et sur la condition des femmes. En novembre de la même année, paraît Signe et rumeur.

Sa vie est cependant brutalement bouleversée au début de septembre 1977, alors qu’elle apprend qu’elle a un cancer virulent des os, et un combat acharné de deux mois à l’hôpital n’empêchera pas l’inconcevable : l’amputation d’une jambe. Le cancer semble à tout le moins circonscrit et elle sort de l’hôpital à la fin du mois de novembre, mais y retournera de façon intermittente afin de recevoir différents traitements préventifs. Lors de cette terrible épreuve, Marie Uguay trouve néanmoins la force d’écrire, et les poèmes qui résulteront seront les plus percutants de son recueil L’Outre-vie, auquel elle donne une toute nouvelle tonalité[4].

Après ce combat pour sa survie et son intégrité physique, Marie Uguay est en convalescence à la maison, puis, au début de 1978, en réadaptation afin de réapprendre à marcher avec une jambe artificielle. C’est une période difficile où se mêlent rage et frustration, mais qu’elle réussit à traverser grâce à un rêve qu’elle chérit depuis toujours et qui pourra enfin se réaliser : un premier voyage en France et à Paris, ce territoire imaginaire de tant de lectures et d’aspirations, qui est prévu pour la fin de l’été 1978. Avant son départ, elle finalise la rédaction de L’Outre-vie, qu’elle remet à son éditeur, et, pendant l’été, elle participe à une première lecture de poésie au Théâtre de l’Île d’Orléans, où sa prestation sur scène et la force de ses textes ont un écho immédiat[5].

Mais le voyage en France ne réussit pas à apaiser la meurtrissure profonde qu’elle porte en elle et qui est désormais un obstacle permanent à ses désirs. Paris est une ville qui se découvre à pied et elle a du mal à suivre le rythme. Elle revient déçue, d’elle-même, de ses espoirs de conquête d’un pays qu’elle avait sans doute trop idéalisé, n’écrivant d’ailleurs presque rien là-bas. À son retour, en décembre 1978, elle reçoit des traitements préventifs contre le cancer qui se poursuivront durant toute l’année 1979. Durant l’été de cette même année, germent de nouveaux textes en prose qu’elle transformera en poèmes, ceux de son prochain recueil, Autoportraits. L’automne 1979 marque la sortie de son deuxième recueil, L’Outre-vie, et sa participation à plusieurs lectures de poésie.

Les derniers poèmes

Au début de 1980, la récidive du cancer occasionne des traitements plus intensifs et difficiles, mais Marie Uguay reste néanmoins très active, allant parfois au-delà de ses limites physiques, et elle participe à de nombreuses lectures de poésie où sa voix est toujours une présence exceptionnelle. Elle se distingue notamment à la Nuit de la poésie, en mars, et sa prestation fera partie du film réalisé lors de l’événement par Jean-Claude Labrecque et Jean-Pierre Masse pour l'ONF, La Nuit de la poésie 28 mars 1980[6]. À la fin de la même année, le cinéaste Jean-Claude Labrecque, impressionné par sa détermination et sa poésie, lui propose de faire un film sur elle. Une collaboration en ce sens se poursuivra tout au long de l’année 1981, pendant laquelle elle subit de fréquents assauts de sa maladie tout en poursuivant néanmoins l’écriture de son recueil Autoportraits. De nouvelles complications de son état de santé menaceront cependant le projet de film, mais une série d’entretiens avec l’écrivain Jean Royer sont tout de même tournés en septembre. Un mois plus tard, le 26 octobre 1981, Marie Uguay meurt à l’hôpital.

Au printemps de l’année suivante paraît son dernier recueil, Autoportraits, qui confirme sa place dans la littérature québécoise, tout comme le film qui lui est consacré, Marie Uguay[7], réalisé par Jean-Claude Labrecque, qui contribuera grandement à faire connaître sa vie et son œuvre[8]. Lors de cette même année, la maison de la culture du Sud-ouest de Montréal, quartier où Marie Uguay a toujours vécu, est baptisée en son honneur[9], et elle recevra pour son œuvre, à titre posthume, la médaille de la Fondation Émile-Nelligan[10].

Marie Uguay est souvent perçue comme une « étoile filante » par sa brève mais fulgurante ascension dans le paysage littéraire québécois. Avec seulement deux recueils publiés de son vivant, ainsi qu’un dernier recueil posthume, il est rare qu’une œuvre ait autant de résonance et qu’elle persiste. Et pourtant, en ces quelques années de création, Marie Uguay a réussi à délimiter un espace spécifique dans l’histoire de la poésie du Québec. Son destin tragique y a peut-être été pour quelque chose, mais l’essentiel ne se situe pas là. L’authenticité de sa démarche artistique, son travail rigoureux sur la langue, la recherche de l’essentiel, ont su transgresser sa réalité biographique et trouver écho auprès de nombreux lecteurs. Car la poésie de Marie Uguay ne joue pas d’artifice, évitant le piège du lyrisme ou de la métaphore, elle parle avec simplicité et précision du moment vécu, et sa pensée maintient toujours une extraordinaire capacité d’émerveillement, une disponibilité au quotidien et à l’autre, malgré le drame qui l’afflige. Michel Beaulieu écrivait peu de temps après sa mort : « Marie Uguay appartient désormais à l’histoire. Avec le temps, sa voix ne fera que s’amplifier. Les circonstances tragiques de sa brève existence auront sans doute contribué à sa rapide maturation, mais il n’en reste pas moins qu’elle nous aura légué une œuvre capitale[11] ».

Depuis son décès en 1981, l’œuvre de Marie Uguay n’a cessé de susciter l’intérêt et de rester vivante. En font foi les nombreux hommages qui lui ont été rendus au fil des années et la réédition constante de ses poèmes. En 2005, la publication de son Journal[12], témoignant des dernières années de sa vie, ainsi que de ses Poèmes, regroupant tous ses recueils auxquels ont été ajoutés Poèmes en marge et Poèmes en prose ont été possibles grâce au travail éditorial de Stéphan Kovacs, venant compléter son œuvre,.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Signe et rumeur[modifier | modifier le code]

Signe et rumeur est le premier recueil de Marie Uguay, publié aux Éditions Noroit en 1976, presque un an avant son diagnostic de cancer[13]. Le recueil est composé de soixante poèmes[14].

Thèmes[modifier | modifier le code]

Il y a trois thèmes, ou acteurs[14], centraux, dans Signe et rumeur: : « l'omniprésence de Ia nature, l'attention accordée au passage du temps, à travers le cycle des saisons, et la relation amoureuse avec le « « tu », souvent vue au travers du « nous » »[14]. Outre la description de l'environnement et du paysage, la nature comme thème révèle également une analogie entre l'extérieur et l'intérieur[14]. Cela s'exprime par une introspection, qui mène finalement à une identification : « l'hiver se tient immobile sur la ligne droite du silence / sa détresse mystérieuse aspire ma détresse rien ne peut me dissocier du paysage familier / en lui je reconnais mon attente et mon amour »[14]. Il y alors une « tension entre la reconnaissance de I'altérité perçue au travers de la nature et le désir de communier aux mêmes forces de vie»[14]. Or, cette tension « se résout de façon harmonieuse dans l'écriture, grâce au climat d'intimité qui règne entre le Je et la nature »[14].

L'autre thème, la relation amoureuse avec le « tu », montre l'importance de l'emploi des pronoms dans Signe et rumeur. Dans les soixante poèmes, 13 interpellent un « tu » alors que 19 interpellent un « nous ». Il n'y a qu'un poème qui utilise « vous »[14]. Ainsi, le « tu » a « deux modes de présence dans le texte »[14]. Ces deux modes ont pourtant des fonctions très différentes : « tantôt compagnon du Je à travers le Nous, tantôt franchement distinct de celui-ci, seulement « tu » »[14].

Le temps est aussi un thème dans ce recueil[14]. Il y a plusieurs poèmes qui « évoquent le passage du temps »[14]. Il y a un aspect de temps qui s'exprime par le cycle des saisons[14], mais il y a également une alternance entre deux mouvements, l'arrêt et la marche: Il est « nécessaire d'être « en marche » et « disponible pour connaître l'arrêt, celui-ci devenant parfois moment de grâce, libéré de l'emprise du temps »[14].

L'Outre-vie[modifier | modifier le code]

L’Outre-vie est le deuxième recueil de poème de Marie Uguay, publié en 1979 aux Éditions du Noroît. Le recueil composé d’une quarantaine de poèmes, s’ouvre sur un court texte en prose qui renvoie au titre dans sa première phrase : « L’outre-vie, c’est quand on n’est pas encore dans la vie, qu’on la regarde, que l’on cherche à y entrer »[15].  Le recueil s’inscrit ainsi d’entrée de jeu dans une poétique de l’entre-deux ; il constitue aussi une rupture sur plusieurs niveaux par rapport à son premier recueil, Signe et rumeur. Plusieurs thèmes du premier recueil sont en effet repris dans L’Outre-vie, mais sont investis différemment : par exemple, la nature « demeur[e] plus que jamais un reflet des émotions que vit le sujet »[14], mais a « perdu son rôle apaisant »[14]. Le rapport du sujet au monde qui l’entoure a changé, « au point que le monde tel que le présentait Signe et rumeur renvoie presque à un paradis perdu »[14]. Cette rupture dans son œuvre peut être mise en parallèle avec la vie réelle de Marie Uguay, telle qu’on la découvre notamment dans son Journal : c’est en 1977 qu’elle reçoit son diagnostic de cancer des os et qu’elle subit, quelques moins plus tard, l’amputation d’une jambe. L’époque de la rédaction de son second recueil est donc aussi celle de l’adaptation à cette nouvelle réalité.

Thèmes[modifier | modifier le code]

Comme dans le premier recueil (et dans le troisième qui paraîtra quelques années plus tard), le thème de la nature traverse l’œuvre du début à la fin, en s'incarnant notamment dans les motifs du cycle des saisons, du règne végétal, des plans d’eau et de la lumière. Toutefois, le sujet n’est plus dans une posture uniquement contemplative devant la nature : dans un mouvement d’affirmation de son identité (visible aussi dans d’autres thèmes), le sujet ramène vers lui les descriptions de la nature qui l’entoure ce qui accorde une plus grande place à son intériorité, « contrairement au précédent recueil où il s'effaçait davantage afin de laisser place à l'enseignement de la nature »[14]. On remarque aussi que beaucoup des lieux naturels sont des lieux limitrophes qui font écho à l’idée d’entre-deux amenée par le titre ainsi que le texte en prose qui ouvre l’œuvre ; on pense ainsi à des îles, des quais, des plages, des falaises, des lignes d’horizon etc. Plusieurs de ces lieux se succèdent parfois dans un même poème, comme dans l’extrait suivant : « Ferrailles couleur des falaises et sable couleur de joue / Et le ciel renversé sur la mer / descendu dans un battement d’ailes / dans un soupir d’orage / Ceux qui étaient partis reviennent retrouver l’accablement / de l’été / et les plages figées de leur abandon / Îles bâillonnées à la porte des villes »[15].

Un autre thème important est celui de la société, surtout telle qu’elle se manifeste par la présence de la ville, « qui devient presque un personnage »[14] tant elle prend de l’importance à travers le recueil, à la différence de Signe et rumeur où la nature domine. L’espace urbain revient en effet dans de nombreux poèmes de L’Outre-vie et fait coexister la culture et la nature qui « loin d’être en opposition, s'unissent continuellement et créent une tension poétique »[16], tension qu’on peut voir par exemple dans des vers tels que « artificielle et vibrante forêt de la ville »[15] ou « toutes les briques ont des ruisseaux dans leurs failles »[15].

Le thème du temps est aussi fort présent à travers le texte et les poèmes nomment même explicitement des mois ou des saisons plus d’une dizaine de fois, comme dans le poème suivant : « Je voudrais écailler mes jambes de tous les vents / ceux écaillés de l’été  / […] ceux de l’automne pleins de transparence et de veines vives / […] ceux de l’hiver pareils à des pointes de métal / […] et ceux du printemps qui ont si peu d’espace »[15]. Or, le temps subit un traitement similaire à celui de la nature : alors que la posture adoptée face au passage du temps dans Signe et rumeur était plutôt contemplative, elle devient plus individuelle et tournée vers soi dans L’Outre-vie, où le sujet « divise le temps pour essayer d'avoir prise sur lui »[16].

Le voyage est aussi un thème exploité par l’œuvre, mais il s’agit toutefois d’un voyage immobile, porté par l’imagination et par le leitmotiv de la fenêtre, souvent nommée ou suggérée par des dérivés tels que « les rideaux »[15] ou « les persiennes »[15]. « Tout se passe comme si l'œuvre était le compte rendu d'un voyage assis que les pouvoirs filtreurs et déformants de la vitre autorisaient »[16] et le recueil ne manque pas de vers qui renvoient à cette idée, par exemple : « La fenêtre comme l’écran / où des existences passent »[15] ou « sur les vitres le front soyeux des mers »[15].

Sujet lyrique[modifier | modifier le code]

L’œuvre présente un sujet lyrique qui s’exprime au « je », comme dans le premier recueil, mais accorde aussi une importance à l’Autre qui prend le visage de l’être aimé ; on retrouve dans de nombreux poèmes une adresse à un « tu ». Cette altérité est toutefois importante dans la construction de l’identité du Je qui prend de plus en plus de place dans les poèmes et qui se construit à travers sa relation à l’être aimé qui renvoie le sujet à lui-même dans un mouvement où « l'amour est cette clef permettant enfin d'accéder a soi-même »[14]. Cette relation entre le Je poétique et l’être aimé conduit parfois à une sorte de fusion exprimée à travers l’emploi du « Nous », qui « s'effectue relativement souvent soit une trentaine de fois »[16]. Cette réunion se rattache également à l’idée d’entre-deux par le côté androgyne qu’elle prend et que la poète exprime en ces mots : « Du même amour / je me sens tantôt l’homme / et tantôt la femme »[15].

Autoportraits[modifier | modifier le code]

Autoportraits est le troisième et dernier recueil de Marie Uguay publié de manière posthume en 1982. La rédaction du recueil se fait durant l’année 1981[17], année de sa mort, alors qu’elle reçoit des traitements pour son cancer des os.

La critique littéraire se met d’accord pour dire qu’il s’agit de son recueil le plus abouti. À cet effet, André Brochu écrit dans la revue Voix et images que les « poèmes d’Autoportraits comportent un pas de plus vers la maturité, qui se traduit par une aisance et une netteté de propos plus grandes que dans L’Outre-vie, et une poignante sérénité qui provient d’un regard en partie dégagé du train des choses »[18].

Thèmes[modifier | modifier le code]

Les thèmes récurrents dans les recueils précédents se retrouvent également dans Autoportraits, bien que ce dernier peint « un univers complètement dépourvu de couleur »[19] dans lequel l’hiver et le silence prédominent[19]. Cela s’exprime notamment par des vers tels que : « chaque chose glacée à la surface »[20] ; « le vent est gris » ; « une branche de conifère froisse lourdement la neige » ; « village déserté par la chaleur » ; « sous la palme froide d’un ciel de pierre ». Également, la couleur grise parsème le recueil, puisque à chaque occurrence de la lumière, le « je » oppose systématiquement cette luminescence éphémère, « lumière si parfaitement bleu » ; « grand éclair de chaleur » ; « le soleil monte un peu de rougeur aux vitres », à une grisaille et une ombre englobantes.

On retrouve également le motif de l’immobilité, « tu bouges à peine » ; « le regard fixe » ; « le vent […] sans effusion » ; « aucun souffle ne secoue ta chevelure » qui semble revenir sur la décrépitude, voire l’échec, d’un amour dans lequel l’immobilité a triomphé sur le désir de le sauver.

L’absence de l’être aimé parsème l’entièreté du recueil et l’instance poétique s’adresse constamment au « tu », alors que dans Signe et rumeur et L’Outre-vie cette adresse se faisait par intermittences. L’absence de cette présence est analogue à une temporalité qui ressemble à « une pulsation de l’amour incertain, de l’arrivée et du départ »[19].

De plus, la nature semble être une grande inspiration pour Marie Uguay : « Des images admirables de simplicité et d’inattendu témoignent de cette maîtrise : “et surgissent du miroir de vigoureuses étoiles/calmes et filantes” (104) ; “la nuit est une encre avec le tracé des feuillages/et les vents pareils à des linges mouillés” (106).  Ici encore la vive sensibilité, ensemble sentiment et sensation, amour et désir, se mire dans une nature amie qui lui prête ses mots, ses images, ses élans, conférant au poème fraîcheur et intégrité »[21].

L’univers de Marie Uguay accorde également une place particulière aux lieux habités. Or, dans Autoportraits, ces lieux « ne sont pas des lieux habitables à plein temps »[19] : « chambres d’écoute, chambres d’attente, terrasses de cafés, autoroutes »[19]. Toutefois, il est possible de dénoter une opposition entre l’intérieur et l’extérieur qui l’appelle sans cesse, « nous ne parlons plus / attirés par la fraîcheur de l’herbe et des nuages / dehors nous savons que tout se prépare / lentement à paraître » (105). Pareillement, le lieu de ses poèmes en est un rassurant « un lieu d’intimité où elle essaie de s’ancrer »[19].

Forme[modifier | modifier le code]

Les éléments formels, dans Autoportraits, sont en globalité plus uniformes que dans les recueils précédents. En effet, la forme est plus dépouillée et plus régulière, en ce sens qu’elle est moins expérimentale. Cette uniformisation est notamment caractérisée par une « présentation typographique très homogène des poèmes, sans majuscules, sans ponctuation, sans pagination »[19] et des poèmes sensiblement de la même longueur. Toutefois, dans certains poèmes, Marie Uguay fait l’utilisation des parenthèses dans une visée qui serait « en lien avec le registre de la confidence »[22]. Également, il y a considérablement moins de blancs typographiques, ce qui était flagrant, ou expérimental, au sein des autres recueils.

Poèmes inédits[modifier | modifier le code]

Ceux-ci ne forment pas un tout structuré comme les recueils précédents, mais il y a quand même une cohérence unifiante. Stéphan Kovàcs a contribué à leur publication posthume. Aucun poème n’est titré. Les inédits n’ont que très peu été touchés par la critique jusqu’à maintenant. L’expression de la poète est plus directe dans ces poèmes, plus explicative, ce qui pourrait expliquer, du moins en partie, pourquoi la critique ne s’y est pas intéressé. Le désir est ce qui motive principalement cette écriture, comme la poète le dit « [...] de l'autre côté du désir il n'y a pas la sérénité, il n'y a rien. »[23] Le désir est, en l'occurrence, le moteur de cette production poétique.

Poèmes en marge[modifier | modifier le code]

Ils sont tous écrits en vers libre et ne dépassent jamais une page, toute ponctuation est absente. Seule la première lettre de chaque poème est en majuscule, ce qui donne à la lecture un continuum sans fin. L'usage de la parataxe est très fréquent, il donne à la lecture une densité, un rythme saccadé, où quelque chose reste à dire, voire est indicible.

Poèmes en prose[modifier | modifier le code]

Les Poèmes en prose sont écrits à la même époque que le journal[24]. Comme leur titre l'indique, ils sont tous écrits en prose.

Postures d'auteur[modifier | modifier le code]

Le journal et l’interview contribuent ensemble à dresser un portrait de Marie Uguay en tant qu’auteure et à comprendre son évolution, et se complètent l’un et l’autre. Bien que le journal n’était pas destiné à être publié, selon les souhaits de l'auteure, il accompagne l’œuvre et met au jour des éléments importants de la poétique qui ne sont pas présents dans les poèmes, tels que l'autoperception corporelle et la souffrance du corps. Ces éléments permettent de renouveler les lectures qu'on peut faire du projet de Marie Uguay, car ils ont une incidence sur la manière de la percevoir.

Interview[7][modifier | modifier le code]

Une influence manifeste du grand-père est révélée, avec un désir de filiation, du fait qu'il a réussi à forger son propre destin malgré les circonstances difficiles. C'est de lui, César Uguay, qu'elle tient son nom d'auteure. Celui-ci lui a fait découvrir son intérêt pour la littérature dès le jeune âge.[25]

Elle adopte lors de l’entrevue une posture d’humilité, en opposition à l'identité d'elle-même plus jeune qu’elle se figure. Elle qualifie le style de cette identité plus jeune comme étant plutôt juvénile, adolescent, exalté, un univers personnel intense à transmettre, qu'elle identifie au temps des recueils Signe et rumeur et Outre-vie. Cette vision de soi l’a quittée pour faire place à des intentions de plus en plus sévères, exigeantes et rigoureuses mais sans prétention. Elle dit écrire de moins en moins au fur et à mesure de sa maturation poétique.[26]

La maladie a imposé une urgence de vivre, mais ce n’est pas ce qui la fait écrire, il s'agit plutôt d'un handicap à l’écriture. La mort est perçue en tant qu’échec poétique, car elle empiette sur son aspiration à la maturité poétique. Depuis son diagnostic, Marie Uguay a senti le temps s’accélérer, elle essaie davantage de vivre le temps présent, ce qui, contre-intuitivement, lui fait rendre compte que le temps lui échappe. Cela la tourmente beaucoup et la pousse à rechercher une certaine immobilité dans le poème pour saisir l’instant présent et surmonter l’angoisse qui l'accable. Sa condition médicale affecte sa capacité de déplacement, ce qui touche les thèmes abordés dans sa poésie. C’est à partir de la lecture de Rousseau, Proust et Colette qu’elle dit être véritablement tombée en amour avec la langue française. Plus spécifiquement, sa lecture de Rousseau lui a permise d'exacerber l’attention qu’elle porte au monde qui l’entoure et sa façon de le ressentir, ce qui se manifeste très distinctement dans son écriture. Ce qui l’intéresse avant tout dans son projet poétique, c’est la capacité de transmettre les sensations par les mots. L’écriture est pour l'auteure un lieu d’émancipation, où tout peut être dit avec la même intensité que le ressentis, ce que l’entourage immédiat ne peut pas offrir. L’écriture a le pouvoir de transformer le monde, et constitue un besoin essentiel. Elle décrit son parcours poétique comme un passage de la naïveté à la désillusion. L’exploration du réel par l’entremise du rêve occupe une dimension importante.[27] Le poème doit avoir comme but de voir la vie autrement, presque comme un rêve. Le désir amoureux est central, car il aide à se distancier des convenances et des conventions. Marie Uguay se montre excessivement idéaliste. Elle refuse la conformité, elle veut devenir qui elle a envie d'être, non pas ce que les autres veulent qu'elle soit, et prononce un rejet de la certitude, car pour elle l’incertitude est plus douloureux, mais ouvre des possibilités.[28]

Journal[4][modifier | modifier le code]

Il est empreint d’une réflexion autour de l’écriture. L’amputation de la jambe droite se produit en septembre 1977, c'est ici que débute le journal, bien qu’Uguay écrivait son journal avant cette date. Stéphan Kovàcs a modifié l’ordre du contenu pour sa publication. Le Journal constitue un tout cohérent, marqué par une logique reliée au reste de l’œuvre poétique[29]. Uguay est forcée dans une position d’attente liée à sa perte d’autonomie[30]. Comme elle est incapable de se déplacer sans l’aide d’autrui, elle est contrainte à se résigner à la claustration dans son appartement à Montréal. Uguay confesse son amour secret pour Paul, son médecin. Amour impossible, puisque Paul est marié et plus âgé. Il incarne la possibilité de guérison. Le désir de Paul suscite une forte inspiration pour l’écriture du journal intime[24]. La représentation de la ville de Montréal y occupe également une place importante.

Bien que son œuvre se trouve en marge de la littérature engagée, elle n’est pas pour autant exempte de prises de positions politiques. On les retrouve surtout en sous-jacence, comme par exemple sa dimension éminemment féministe que l’on peut observer par l’alternance entre le tu et le vous de l’énonciation qui désigne l’être aimé, qui passe même parfois au nous, ce qui suggère l’union ou la consumation du désir. Cette dimension est davantage révélée par la publication du Journal, où Uguay prononce son amour pour Paul, son médecin, alors qu’elle a déjà un compagnon à l’époque, Stéphan Kovàcs. Marie Uguay s'oppose ainsi subrepticement aux normes établies par la société de son époque concernant les relations amoureuses qui prescrivent la monogamie, ce qui est manifeste dans sa poésie également[31].

L'écriture du journal est marquée par le refus de laisser la maladie déterminer comment la diariste doit mener son existence[29]. La voix lyrique suggère un souci d’authenticité[32]. La thématique du désir amoureux est centrale au Journal[33]. Le style comporte moins de métaphores que dans les poèmes[34]. Le réel est associé à la mort, et l’imagination à la vie[35]. Elle tente de trouver des moyens de faire en sorte que son immobilisme ne l’empêche pas à créer[36]. Le for intérieur est le sanctuaire de la poète, où le possible se multiplie et fait jaillir l'espoir, en opposition au désespoir que lui impose sa condition médicale[37]. Le journal est le lieu textuel qui permet à Uguay d'explorer les profondeurs de sa subjectivité, et de recomposer son identité éclatée par les bouleversements causés par la maladie[38].

Uguay écrira dans son journal jusqu'au jour de sa mort.

Contexte socio-culturel[modifier | modifier le code]

De 1970 à 1980, il y avait quatre tendances qui généralement dominaient la poésie québécoise : Le formalisme et la contre-culture, le féminisme et le « retour à la lisibilité»[39].  

Dans le formalisme, les tenants du courant étaient souvent des professeurs de littérature. Ils publiaient principalement dans deux revues, la Bj (devenue la Nbj en 1977) et les Herbes rouges[39]. Cette dernière revue deviendra plus tard une maison d’édition[39]. Dans ces deux revues, les débats et les écrits s’organisent « autour des paradigmes intellectuel/écrivain, texte/travail scriptural, théorie-ficiton/matéralité du texte comme lieu de questionnement et de jeu »[39]. Jean Yves Collette, Michel Gay et Roger des Roches sont quelques-uns des écrivains liés à ce courant[39] .

Parallèlement, le contre-culture s'exprime dans des autres revues, tel que Cul Q (1973-1977) et Hobo-Québec (1972-1981). Ces deux revues proposent une autre vision de la littérature qui valorise « l’am�éricanité à la production des écrivains »[39] et catalyse « les effets engendrés par la « Beat Generation »[39]. Originalement un mouvement américain, le Beat Generation a émergé au Québec dans les années 1950[40].

« La femme et l’écriture »[39], le thème pour Le Rencontre québécoise internationale des écrivains de 1975, coïncide avec « des signes manifestent de reconnaissance du discours féministe/au féminin à l’intérieur du champ littéraire[39]. Le paysage poétique québécois change à la suite de l’inclusion des femmes [39]. Le langage sexué et le rapport homme/femme à travers le corps et le vécu deviennent des sujets proéminente[39]. France Théorêt, Madeleine Gagnon et Nicole Brossard sont quelques figures marquantes au sein de cette tendance du féminisme[39].

La dernier tendance, le retour à la lisibilité, se caractérise par « le discours du « je » de l’intime »[39].  La parole poétique est « à l'écoute du quotidien ». Les thèmes tels que l’errance, l’hédonisme et le contact entre êtres deviennent plus présentes [39]. C’est aussi dans cette tendance Marie Uguay peut être située. Selon Mario Cloutier de La Presse, Marie Uguay est une « inclassable héritière d’Anne Hébert » et elle surgit comme une poète « de l’intime et du quotidien »[41]

Réception critique[modifier | modifier le code]

La réception critique de l’œuvre de Marie Uguay n’a pas été instantanée. Bien au contraire, son œuvre s’est positionnée en marge de la production littéraire engagée de l’époque. Le silence de la critique littéraire a grandement contribué à l’effacement de la poésie d’Uguay. Également, la réticence de s’y attaquer après coup s’est généralisée, étant donné que son œuvre n’avait été commentée par aucune étude littéraire scientifique (mémoires et thèses). À cet égard, les anthologies littéraires constituent souvent des moyens efficaces pour déterminer la réception, à l’époque, des écrivains et poètes. En 1981 paraît l’anthologie de Laurent Mailhot et Pierre Nepveu intitulée La Poésie québécoise des origines à nos jours. Il y est dit que l’écriture de Marie Uguay est « peu encline aux innovations formelles »[42]. Or, en 1981, uniquement deux recueils de Marie Uguay ont été publiés, soit Signe et rumeur et L’Outre-vie. En 1986, Mailhot et Nepveu rééditent l’anthologie de 1981 et par le fait même les pages consacrées à Marie Uguay. Les exemples de sa poésie sont cette fois uniquement tirés du recueil Autoportraits dans lequel les vers atteignent « une rare limpidité d’évocation »[19]. Ainsi, la publication d’Autoportraits aurait peut-être permis la relecture des deux recueils précédents, moins bien reçus. En 1998, Claire-Hélène Lengellé effectue le premier mémoire de maîtrise se consacrant à l’œuvre d’Uguay et a précisément pour axe d’étude sa réception critique (Réception critique de l’œuvre de Marie Uguay). Lengellé souhaite montrer que « l’oeuvre de Marie Uguay est passée d’une relative occultation à une célébration certaine »[39]. Elle postule donc que la relecture de son œuvre est due à l’émergence d’une nouvelle tendance poétique « tributaire d’un “repli nettement individualiste”, celle de la quotidienneté, de l’intime, de l’exploration d’un lyrisme marginalisé par les écrivains herberougistes et dont Marie Uguay est la figure de proue »[17]. Cela étant dit, en 2003, l’Anthologie de la poésie des femmes au Québec des origines à nos jours de Nicole Brossard et Lisette Girouard consacre trois pages à Marie Uguay, sur lesquelles sont répertoriés des poèmes tirés des trois recueils principaux. Brossard et Girouard qualifient Signe et rumeur et L’Outre-vie de « recueils intimistes qui ne sont pas sans annoncer les "retouches de l’intime" auxquelles donnera lieu la poésie des années 80 »[43]. Car en effet, la poésie de Marie Uguay sera annonciatrice du courant qui s’imposera dans les années 1980-1990, soit la poésie intimiste[18], dont feront partie Hélène Dorion, Hélène Monette, Martine Audet, Élise Turcotte, Louise Warren et Denise Brassard, entre autres. De plus, 2005 constitue une année charnière dans la redécouverte de l’œuvre de la poétesse, car la critique se met réellement à en tenir compte. La publication de son journal, par Stéphan Kovacs en 2005, a peut-être été le catalyseur de ce changement de paradigme. Finalement, la réception de l’œuvre de Marie Uguay ne s’est pas faite, car elle a été trouvée trop nostalgique, trop penchée vers le passé, le regard en arrière et donc en décalage avec la poésie engagée et revendicatrice des années 1970. Pourtant, sa réception aurait dû s’effectuer en fonction de l’avant-gardisme de sa poésie au niveau du contenu.

Mythification[modifier | modifier le code]

L’une des raisons avancées pour expliquer le silence de la critique face à l’oeuvre de Marie Uguay dans les années suivant la parution de ses trois recueils est ce qu’on a appelé « le mythe Marie Uguay »[39]. En 1977, à vingt-deux ans, elle reçoit le diagnostic de cancer des os : c’est le début d’un séjour à l’hôpital qui se terminera par l’amputation d’une jambe. Tout en écrivant ses deux derniers recueils, elle continuera de recevoir des traitements au cours des années suivantes, jusqu’à sa mort en 1981, à vingt-six ans, quelques mois avant la publication d’Autoportraits. Tous s’entendent donc pour dire qu’il s’agit là d’une fin « tragique et précipitée »[17], mais comme pour beaucoup d’autres figures au destin tragique, les discours tenus sur cette mort précoce ont eu pour effet de construire un véritable mythe : la maladie de Marie Uguay est en effet devenue indissociable de son œuvre dans la mémoire collective comme en témoigne un article de Pierre Nepveu publié en 2005 :

« quelques images d'elle, particulièrement bouleversantes, la conservent dans notre mémoire comme une des grandes figures tragiques de notre poésie. Comment oublier la jeune femme qui s'avance en boitant sur la scène de l'UQAM, surmontant courageusement son handicap pour lire ses poèmes avec une fermeté et une force étonnantes devant le public de la Nuit de la poésie de mars 1980 […] ? »[44]

Dans la préface à l’anthologie de l’œuvre d’Uguay, Jacques Brault renchérit en posant la question qui est venue à plusieurs après le décès de la poète : « Marie Uguay est-elle morte trop jeune pour donner sa mesure? »[23] ; il soutient que non, mais indique que « le destin tragique de Marie Uguay a parfois incliné les commentateurs à rabattre le poétique sur le biographique »[23]. En effet, la mythification n’est pas sans avoir influencé la lecture des son œuvre : celle qui a souvent été qualifiée d’« étoile filante »[17] aurait « bénéficié d’une consécration rapide »[39] qui a malheureusement eu un côté pernicieux, puisque, comme c’est souvent le cas pour les auteurs qui connaissent un fin précoce, le mythe « éclipse les caractéristiques que donnent à voir les moyens traditionnels d’appréhension des oeuvres littéraires »[39]. En d’autres mots, la fin tragique donne à la figure du poète tant d’importance que la critique délaisse l’œuvre pour ne parler que de l’auteur ou alors se met à faire une lecture autobiographique du texte ; à ce propos, Claire-Hélène Lengellé dit : « rien de plus vérifiable en ce qui a trait à Marie Uguay »[39]. La poète est en effet souvent rapprochées d’autres figures qui partagent ces mêmes caractéristiques, comme l’explique Judy Quinn dans un article paru en 2006 :

«  Il est vrai que Marie Uguay incarne en quelque sorte un archétype de la poésie québécoise, auquel appartient le chant des Sylvain Garneau, Émile Nelligan, Hector de Saint-Denys Garneau, celui d’une jeunesse dévorée par une souffrance menant au silence. Ici, comme ailleurs peut-être, on aime bien les écrivains qui ont su se taire avant de ‘‘vieillir’’ »[13]

Marie Uguay est en effet souvent comparée à Hector de Saint-Denys Garneau, poète québécois qui n’a publié qu’un seul recueil, Regards et jeux dans l’espace, mort subitement à trente-et-un ans après plusieurs années de problèmes cardiaques ainsi qu’à Claude Gauvreau, autre « écrivain maudit »[39] de la littérature québécoise, mort lui aussi dans des circonstances tragiques à quarante-cinq ans, alors que, comme chez Marie Uguay, son « ascension »[39] ne faisait que commencer.

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

Recueils en édition originale
  • Signe et rumeur, calligraphie et dessins de l’auteur, Saint-Lambert, Éditions du Noroît, 1976
  • L’Outre-vie, avec six photographies de Stéphan Kovacs, Saint-Lambert, Éditions du Noroît, 1979
  • Autoportraits, avec des photographies de Stéphan Kovacs, Saint-Lambert, Éditions du Noroît, 1982 (posthume)
Recueils regroupés
  • Poèmes (comprenant Signe et rumeur, L’Outre-vie, Autoportraits et Poèmes inédits), Saint-Lambert, Éditions du Noroît, 1986
  • Poèmes (comprenant Signe et rumeur, L’Outre-vie, Autoportraits et Derniers poèmes), Saint-Hippolyte, Éditions du Noroît, 1994
  • Poèmes (comprenant Signe et rumeur, L’Outre-vie, Autoportraits ainsi que Poèmes en marge et Poèmes en prose), Montréal, Éditions du Boréal, 2005
Journal
Entretiens
  • Marie Uguay, la vie la poésie, entretiens avec Jean Royer, Montréal, Éditions du Silence, 1982
  • Écrivains contemporains. Entretiens 2 : 1977-1980, par Jean Royer, Montréal, Éditions de l'Hexagone, 1983
  • Écrivains contemporains. Entretiens 4 : 1981-1986, par Jean Royer, Montréal, Éditions de l'Hexagone, 1987
Traduction anglaise
  • Marie Uguay, Selected Poems, choix de poèmes traduits par Daniel Sloate, Montréal, Éditions Guernica, 1990
Filmographie

Sources biographiques[modifier | modifier le code]

  • Stéphan Kovacs, extraits des textes accompagnant l'exposition « Marie Uguay - À la vie à la poésie », conçue par Stéphan Kovacs et présentée à la Maison de la culture Marie-Uguay lors de son 25e anniversaire, octobre 2007

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Marie Uguay », sur L'île (consulté le 8 septembre 2018)
  2. Marie Uguay, dans Marie Uguay, film de Jean-Claude Labrecque, ONF, Montréal, 1982 (http://www.onf.ca/film/marie_uguay/)
  3. idem
  4. a et b Stéphan Kovacs, Journal de Marie Uguay, présentation de Stéphan Kovacs, Éditions du Boréal, Montréal, 2005 (http://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/livres/journal-1343.html)
  5. Ginette Stanton, « Les sorcières aux lundis de la lune à l’île d’Orléans », Le Devoir, Montréal, 12 juillet 1978
  6. Luc Perreault, « La nuit de la poésie 1980 », La Presse, Montréal, 29 novembre 1980
  7. a et b Marie Uguay, film de Jean-Claude Labrecque,Office national du film du Canada, Montréal 1982 (http://www.nfb.ca/film/marie_uguay)
  8. Richard Guay, « Le poète meurt, la poésie reste » et Jean Royer, « Marie Uguay par elle-même », Le Devoir, Montréal, 3 avril 1982
  9. Maison de la culture Marie-Uguay, Montréal, Québec (http://www.ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=7757,84693629&_dad=portal&_schema=PORTAL)
  10. Fondation Émile-Nelligan, Montréal, Québec (http://www.fondation-nelligan.org)
  11. Michel Beaulieu, « Marie Uguay : les derniers mots du poète » Livre d’ici, Montréal, 25 août 1982
  12. Judy Quinn, « "Marie Uguay : La mort aura tes yeux" », sur erudit.org, (consulté le 14 mars 2018)
  13. a et b Judy Quinn, « Marie Uguay (1955-1981) La mort aura tes yeux », sur www.nuitblanche.com, (consulté le 3 décembre 2019)
  14. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s et t Isabelle Duval (dir. Roger Chamberland), Ce qui nous prolonge, suivi de "Un lyrisme altéré : caractéristiques du Je lyrique en position d'altérité dans l'oeuvre de Marie Uguay", Québec, Université Laval (mémoire de maîtrise au département des littératures), 2001, 123 p. URL: http://www.collectionscanada.gc.ca/obj/s4/f2/dsk3/ftp04/MQ60629.pdf
  15. a b c d e f g h i et j Marie Uguay, « L’Outre-vie », Poèmes, Montréal, Boréal compact, 2005 (ISBN 9782764604212).
  16. a b c et d Lucie Michaud (dir. Paul Chanel Malenfant) L’ailleurs lu par l’ici, Lecture de l’Outre Vie, Rimouski, Université du Québec à Rimouski (mémoire de maîtrise en études littéraires), 1989, 143 p. URL: http://depot-e.uqtr.ca/5554/1/000574364.pdf
  17. a b c et d Audrey Harvey, « Marie Uguay », L'Encyclopédie canadienne, 2016, <https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/marie-uguay>, page consultée le 19 novembre 2019.
  18. a et b André Brochu, « Poèmes d’ombre et de lumière », Voix et Images, vol. 31, no 1,‎ , p.149 (ISSN 1705-933X).
  19. a b c d e f g et h (en) Eulalia G. Lombeida, « Autoportraits by Marie Uguay », The French Review, no 1,‎ , p.145 (lire en ligne, consulté le 23 octobre 2019).
  20. Marie Uguay, « Autoportraits », Poèmes, Montréal, Boréal compact, 2005 (ISBN 9782764604212), p. 101-135.  
  21. André Brochu, « Poèmes d’ombre et de lumière », Voix et Images, vol. 31, no 1,‎ , p.150 (ISSN 1705-933X).
  22. Alice Bergeron et Louis Hébert (dir.), La sensorialité dans Autoportraits de Marie Uguay (mémoire de maîtrise au département de lettres et humanités), Université du Québec à Rimouski, , 140 p. (lire en ligne).
  23. a b et c Marie Uguay, « Poèmes », Montréal, Boréal compact, 2005, p. 173.
  24. a et b Ariane Bessette, « L’interaction du corps et de l’espace dans le Journal de Marie Uguay », Université Concordia, 2010, p. 35-36.
  25. Marie Uguay, film de Jean-Claude Labrecque,Office national du film du Canada, Montréal 1982 (http://www.nfb.ca/film/marie_uguay), 0:55-5:00.
  26. Marie Uguay, film de Jean-Claude Labrecque,Office national du film du Canada, Montréal 1982 (http://www.nfb.ca/film/marie_uguay), 26:45.
  27. Marie Uguay, film de Jean-Claude Labrecque,Office national du film du Canada, Montréal 1982 (http://www.nfb.ca/film/marie_uguay), 27:55-29:15.
  28. Marie Uguay, film de Jean-Claude Labrecque,Office national du film du Canada, Montréal 1982 (http://www.nfb.ca/film/marie_uguay), 37:00.
  29. a et b Chloé Savoie-Bernard, « Traverser l’immobile : le déplacement dans le Journal de Marie Uguay », Université de Montréal, 2014, p. 106.
  30. Chloé Savoie-Bernard, « Traverser l’immobile : le déplacement dans le Journal de Marie Uguay », Université de Montréal, 2014, p. 10.
  31. Si (Nom de l'usager auteur de l'article), « Le désir cannibale de Marie Uguay », sur https://jesuisfeministe.com/, (consulté le 3 décembre 2019)
  32. Chloé Savoie-Bernard, « Traverser l’immobile : le déplacement dans le Journal de Marie Uguay », Université de Montréal, 2014, p. 14.
  33. Chloé Savoie-Bernard, « Traverser l’immobile : le déplacement dans le Journal de Marie Uguay », Université de Montréal, 2014, p. 28.
  34. Ariane Bessette, « L’interaction du corps et de l’espace dans le Journal de Marie Uguay », Université Concordia, Montréal, 2010, p. 26.
  35. Ariane Bessette, « L’interaction du corps et de l’espace dans le Journal de Marie Uguay », Université Concordia, Montréal, 2010, p. 30.
  36. Chloé Savoie-Bernard, « Traverser l’immobile : le déplacement dans le Journal de Marie Uguay », Université de Montréal, 2014, p. 12.
  37. Chloé Savoie-Bernard, « Traverser l’immobile : le déplacement dans le Journal de Marie Uguay », Université de Montréal, 2014, p. 15.
  38. Ariane Bessette, « L’interaction du corps et de l’espace dans le Journal de Marie Uguay », Université Concordia, 2010, p. 33.
  39. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t et u Claire-Hélène Lengellé (dir. Robert Yergeau), Réception critique de l’oeuvre de Marie Uguay, Ottawa, Université d’Ottawa (mémoire de maîtrise au département des lettres françaises), 1998, p. 1. URL: https://ruor.uottawa.ca/bitstream/10393/4057/1/MQ36713.PDF
  40. Jean-Sébastian Menard (dir. Annick Chapdelaine), Une certaine amérique à lire : La Beat Generation et la littérature québécoise, Montréal, Université McGill (thèse de doctorat au département de langue et littérature françaises), 2008, 404 p, URL : http://digitool.library.mcgill.ca/webclient/StreamGate?folder_id=0&dvs=1575495460182~626&usePid1=true&usePid2=true
  41. Mario Cloutier, « Marie Uguay, toujours vivante », La presse,‎ (lire en ligne)
  42. Pierre Nepveu, Laurent Mailhot, « La poésie québécoise des origines à nos jours », Montréal, Les Presses de l’Université de Québec et L’Hexagone, coll. « Michel-Beaulieu », 1981, (ISBN 2760502848), p. 611.
  43. Nicole Brossard, Lisette Girouard, « Anthologie de la poésie des femmes au Québec: des origines à nos jours », Montréal, Éditions du remue-ménage, 2003, (ISBN 2890912094), p. 38.
  44. Pierre Nepveu, Écrire et aimer dans le désastre, Spirale, n. 205, 2005, p. 12.

Liens externes[modifier | modifier le code]