Aller au contenu

Marie-Joséphine de Savoie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Marie-Joséphine de Savoie
Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait de Marie-Joséphine-Louise de Savoie, comtesse de Provence par Joseph Boze et Robert Lefèvre, 1786.

Titre

Épouse du prétendant au trône de France


(15 ans, 5 mois et 5 jours)

Prédécesseur Marie-Antoinette d'Autriche
Successeur Marie-Thérèse de France
Biographie
Titulature Comtesse de Provence
Duchesse de Vendôme
Duchesse d'Alençon
Dynastie Maison de Savoie
Nom de naissance Maria Giuseppina Luigia Benedetta di Savoia
Surnom Madame
Naissance
Palais royal de Turin (Italie)
Décès (à 57 ans)
Hartwell House (Angleterre)
Sépulture Cathédrale Sainte-Marie (Italie)
Père Victor-Amédée III
Mère Marie-Antoinette d'Espagne
Conjoint Louis XVIII
Enfants Aucun
Religion Catholicisme

Signature

Signature de Marie-Joséphine de Savoie

Description de cette image, également commentée ci-après

Marie-Joséphine-Louise-Bénédicte de Savoie, née le à Turin et morte le à Hartwell, est une princesse sabaudienne membre de la maison de Savoie. Fille de Victor-Amédée III, roi de Sardaigne, et de son épouse la reine Marie-Antoinette d'Espagne, elle est comtesse de Provence par mariage avec Louis-Stanislas-Xavier de France, un petit-fils du roi de France Louis XV. Lors de la Révolution, elle est perçue comme légitime reine de France par les royalistes. Mais décédée avant son époux, elle ne sera jamais reine et meurt en exil en Angleterre.

Marie-Joséphine de Savoie est née le au palais royal de Turin, la capitale du Piémont[1]. Elle est le troisième enfant et la deuxième fille qu'ont le roi de Sardaigne et duc de Savoie Victor-Amédée III et sa jeune épouse, Marie-Antoinette d'Espagne, fille du roi d'Espagne Philippe V. Marie-Joséphine naît sous le règne de son grand-père, le roi Charles-Emmanuel III. Les frères de la princesse seront alors les derniers rois de Sardaigne issus de la maison de Savoie. Cette dernière est née dans l'une des cours les plus fermées d'Europe où l'étiquette et la piété prennent le pas sur le naturel. Elle est élevée avec sa sœur cadette Marie-Thérèse de Savoie.

Après la chute du ministère austrophile de Choiseul dont l'action s'était concrétisée en 1770 par le mariage du dauphin de France avec l'archiduchesse Marie-Antoinette, la politique française tend à se rapprocher du royaume de Sardaigne. Pour ce faire, Louis XV marie ses petits-enfants aux enfants du roi Victor-Amédée III de Sardaigne, son cousin germain.

Ainsi Marie-Joséphine devint comtesse de Provence par son mariage le avec Louis-Stanislas-Xavier de France, comte de Provence (1755-1824), futur roi Louis XVIII, tandis que sa sœur Marie-Thérèse de Savoie épouse en 1773 Charles-Philippe de France, comte d'Artois, futur roi Charles X. En 1775, c'est Clotilde de France qui épouse Charles-Emmanuel de Savoie, le frère aîné de Marie-Joséphine et Marie-Thérèse.

Ces mariages ne furent que peu ou pas[2] prolifiques et, en Sardaigne comme en France, trois frères se succèdent[3] sur le trône avant que leur lignée ne s'éteigne[4] en ligne masculine et que la couronne passe à une branche cadette[5].

Comtesse de Provence

[modifier | modifier le code]
Les armes de la comtesse avant 1795.

La jeune Marie-Joséphine, qui avait 17 ans quand elle arriva en France, fut fort mal traitée par la brillante mais superficielle cour de Versailles qui la jugea laide et dépourvue du « bel esprit ».

Les courtisans trouvent en effet la jeune comtesse bien laide avec ses grands et épais sourcils qui touchait presque les racines de ses cheveux. De plus son hygiène de vie est considérée comme douteuse comme l'affirme l’ambassadeur de Sardaigne en France[6] :

Marie-Joséphine de Savoie, vers 1771.

« Non seulement on ne peut obtenir de cette princesse qu’elle se laisse coiffer avec soin, comme ce serait de lui accomplir le front en enlevant les poils follets qui le rétrécissent et font que les sourcils approchent de trop près et se réunissent presque aux cheveux, mais elle ne prend nul soin de sa taille que Son Excellence sait n’être point parfaite. Ce n’est pas tout et ils m’ont dit davantage sur l’article de la propreté. Ils prétendent qu’elle néglige sa bouche, qu’elle ne fait pas assez usage des bains et qu’elle se refuse à […] prévenir par des eaux de senteurs le désagrément des émanations que l’agitation de la danse ou la chaleur ne peuvent manquer de produire. »

Marie-Joséphine de Savoie, comtesse de Provence, par Jean-Baptiste André Gautier-Dagoty, en 1777.

Son union avec le futur Louis XVIII demeure sans postérité, même si, contrairement à ce que colportèrent les rumeurs, elle a bien été consommée. La comtesse de Provence fit en effet deux fausses couches avérées. Louis-Stanislas la délaissa rapidement, préférant la compagnie de « gens d'esprit » à celle de son épouse.

Nonobstant cette réputation peu flatteuse dans le milieu de la cour, la jeune comtesse de Provence parvint par sa souplesse à louvoyer entre les différentes factions qui déchiraient Versailles. Elle entretint avec sa belle-sœur, la pétillante dauphine Marie-Antoinette, des relations courtoises mais sans chaleur.

En 1774, à l'avènement de son beau-frère Louis XVI, elle devint la seconde dame de France après la reine et reçut suivant l'usage l'appellation « Madame »[7].

Madame la Comtesse de Provence, par Jean-Martial Frédou, vers 1778.

Sans enfant, sans influence politique, elle intrigua contre la souveraine, mais sans grand succès, tandis que son époux orchestra une véritable campagne de libelles contre la reine.

En 1780, Madame fit l'acquisition dans le quartier de Montreuil à Versailles d'un pavillon appartenant au prince de Montbarrey. Elle y constitua, par une série d'acquisitions, un domaine d'une douzaine d'hectares, le Pavillon Madame, où elle fixa sa résidence principale, loin du tumulte et des médisances de la cour.

Elle y vit de plus en plus isolée et finit par concevoir une passion brûlante pour sa lectrice, Marguerite de Gourbillon, qui fut le véritable amour de sa vie.

Cependant, la Révolution bouleverse la vie et les amours de Marie-Joséphine. Dès 1789, Monsieur et Madame doivent suivre la famille royale à Paris. Ils sont installés au Petit Luxembourg, à côté du palais que le roi avait attribué à son frère au début du règne. S'y sentant captifs, le comte de Provence ne tarde pas à envisager de quitter le royaume, comme son frère Artois l'avait fait dès juillet 1789.

Ainsi, le 21 juin 1791, le comte et la comtesse de Provence émigrent, fuyant la France au cours de la même nuit que la famille royale. À la différence de Louis XVI et de Marie-Antoinette, ils voyagent séparément. C'est en effet aux côtés de Marguerite de Gourbillon que Madame quitte Paris et qu'elle parcourra l'Europe, notamment dans le Saint-Empire puis en Europe de l'Est.

Épouse du prétendant au trône de France

[modifier | modifier le code]

En 1795, Louis XVII, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, meurt à la tour du Temple. Le comte de Provence, qui dès 1793 s'était intitulé régent de France, se considère dès lors comme roi de France. C'est la raison qui pousse certains auteurs à la présenter comme la « dernière reine de France »[8],[9].

Cependant, Marie-Joséphine mourut en 1810, auprès des siens en Angleterre, quatre ans avant la Restauration et l'accession au trône effective de son mari : habituellement, elle ne figure donc pas dans la liste des reines de France.

Louis XVIII, dans ses mémoires, édités à Bruxelles en 1833 par Louis Hauman et Compagnie, emploie bien le titre de reine lorsqu'il raconte :

« Cette année 1810 devait (...) m'être défavorable. Elle (...) se termina par (...) la mort de la reine ma femme, expirée à Goldfield-Hall[10] le 13 novembre 1810. Cette excellente princesse, à laquelle nos infortunes m'avaient doublement attaché, les avait supportées avec une magnanimité peu ordinaire : tranquille, lorsque les amis vulgaires s'abandonnaient à leur désespoir, jamais elle ne fit un de ces actes de faiblesse qui abaissent la dignité d'un prince. Jamais non plus elle ne me donna aucune peine d'intérieur, et elle se montra reine dans l'exil comme elle l'aurait été sur le trône. Sa gaieté douce me convenait ; son courage que rien ne pouvait abattre, retrempait le mien ; en un mot, je puis dire de la reine ma femme ce que mon aïeul Louis XIV dit de la sienne quand il la perdit : « Sa mort est le premier chagrin qu'elle m'ait donné ». (...)
La reine, âgée de cinquante-sept ans, eut non seulement tous mes regrets, mais encore ceux de mes proches et de nos serviteurs. La famille royale me prodigua dans cette circonstance une foule d'attentions délicates et soutenues. Elle voulut que les restes de Sa Majesté fussent ensevelies à Londres avec tous les honneurs rendus aux reines de France dans la plénitude de leur puissance. C'est à Westminster que reposent ces chères dépouilles ; puisse la terre leur être légère ! Je suis convaincu que l'âme qui y logeait habite aujourd'hui les régions célestes où elle prie avec les bienheureux de notre famille, pour son époux et pour la France. »

Marie-Joséphine, "reine" en exil.

La « reine » en exil fit d'ailleurs réaliser, à la fin de sa vie, un portrait d'apparat par Marie-Éléonore Godefroid (1778-1849), portraitiste et célèbre copiste des portraits du baron François Gérard. Ce portrait, où Marie-Joséphine de Savoie apparaît dans une robe blanche qui laisse entrevoir son obésité, est remarquable par deux symboles qui y figurent : un fauteuil garni de tissu à motif fleurdelisé et un diadème aux armes de France[11]. Réalisé peu de temps avant le retour sur le trône de son mari en 1814, ce tableau, longtemps non localisé, est réapparu en salle des ventes le chez Osenat, à Fontainebleau[12].

De même, les funérailles de Marie-Joséphine sont dignes d'une souveraine. Le 26 novembre 1810, un long cortège traverse Londres, comportant pas moins de 10 carrosses avec à leurs bords les membres de la famille royale mais également les ambassadeurs de Sardaigne, d’Espagne, de Portugal et des Deux-Siciles, ainsi que les ministres du gouvernement britannique. Marie-Joséphine est tout d’abord inhumée au sein de l’abbaye de Westminster, avant que sa dépouille ne soit transférée dans la cathédrale de Cagliari, en Sardaigne, l’année suivante[13].

Madame la Comtesse de Provence en robe de gaulle, par Élisabeth Vigée Le Brun.

En 1776, le peintre et graveur turinois Carlo Antonio Porporati, « garde des desseins de S.M. le Roi de Sardaigne » (soi son père), lui a dédicacé Adam et Ève devant le corps d’Abel, gravure au burin d'après le tableau d'Adriaen Van der Weerf (musée de Turin), qui faisait partie de la collection royale ; l'estampe (coll. pers.) porte ses armes d’alliance. L'artiste aurait réalisé en 1796 le portrait de sa royale belle-sœur et rivale Marie-Antoinette.

En 1790 est ouverte en son nom la rue Madame, dans l’actuel 6e arrondissement de Paris[14], voie qui est fusionnée à la rue du Gindre constituant l’ensemble de la rue actuelle.

En 2019, une exposition lui est consacrée à la chapelle expiatoire de Paris. Sont exposés des estampes, lettres, dessins, médaillons, cartes, un portrait (vers 1830) attribué à Marie-Élénonore Godefroid et un autre d'après Élisabeth Vigée Le Brun la montrant vêtue d'une robe dite de gaulle, comme dans le célèbre portrait de Marie-Antoinette.

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. « Marie Joséphine de Savoie, comtesse de Provence », sur Cour du Roi au château des Tuileries (consulté le )
  2. Louis XVIII n'eut pas d'enfants, et Charles-Emmanuel IV non plus.
  3. Avec en France, vingt et un ans de république et d'empire, qui empêchèrent le second fils de Louis XVI de devenir roi en 1793.
  4. Charles X fut détrôné en 1830 et ses descendants ne purent régner. En revanche, Charles-Félix Ier ne laissa pas de descendance en 1831.
  5. La branche suivante en Sardaigne en 1831 fut la branche cadette immédiate, les Savoie-Carignan. En France en revanche, la monarchie de Juillet hissa sur le trône en 1830 une branche éloignée, les Orléans, au détriment du fils et du petit-fils de Charles X, ainsi que des autres descendants agnatiques de Louis XIV.
  6. Matthieu Mensh, Les femmes de Louis XVIII, Paris, Perrin, , 348 p.
  7. Huguette Krief et Valérie André, Dictionnaire des femmes des Lumières, Paris, Champion, (ISBN 978-2-7453-2487-0 et 2-7453-2487-X, OCLC 905835550, lire en ligne), p. 1057-1058
  8. Dupêchez 1993
  9. Simone Bertière, Les Reines de France au temps des Bourbons, t. 4, éditions de Fallois, , 735 p. (lire en ligne), p. 683.
  10. Gosfield Hall dans le comté d'Essex, country house (château anglais, gentilhommière) de George Nugent-Temple-Geville, 1er marquis de Buckingham (1753-1813) mis à disposition de « Louis XVIII » en 1807. Marie-Josephine de Savoie, y arriva de Mitau en 1808. Elle mourut non pas à Gosfield Hall, mais à Hartwell House dans le Buckinghamshire, où la cour exilée se transporta en 1809.
  11. Article sur Marie-Eléonore Godefroid et ses portraits conservés au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon dans la Revue des Musées de France, revue du Louvre no 5-décembre 2008.
  12. osenat.fr
  13. « Un adversaire de longue haleine : Louis XVIII et la maison de Bourbon en 1810 - Cour de France.fr », sur cour-de-france.fr (consulté le )
  14. Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments de Félix et Louis Lazare, éditions Maisonneuve & Larose, 1855, p. 398

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes

[modifier | modifier le code]

Bibliographie

[modifier | modifier le code]
  • [Recueil. Dossiers biographiques Boutillier du Retail. Documentation sur Marie-Josèphe-Louise de Savoie, comtesse de Provence] (1892), Paris : Le Correspondant : Le Cri du peuple Les dernières années de la comtesse de Provence, 1892.
  • Vicomte de Reiset, Joséphine de Savoie, comtesse de Provence, 1753-1810, 1913, Paris, Émile-Paul Frères, 303 pages, lire en ligne.
  • Le Jardin de Madame la Comtesse de Provence à Montreuil-lez-Versailles, contribution à l'étude de l'ancien village de Montreuil, Roger Zimmermann, Jacqueline Zimmermann, [Versailles], J. et R. Zimmermann, 1988.
  • Charles Dupêchez, La Reine velue : Marie-Joséphine-Louise de Savoie, comtesse de Provence, dernière reine de France en exil (1753-1810), Paris, Grasset, , 125 p. (ISBN 978-2-253-13673-6).
  • Matthieu Mensch, Les Femmes de Louis XVIII, Paris, Perrin, 2024, 352 p. (ISBN 978-2-262-10113-8).
  • Marie-Joséphine de Savoie (2018), Vanves : Hachette collections, DL 2018.

Liens externes

[modifier | modifier le code]