Malpertuis

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Malpertuis : Histoire d'une maison fantastique
Image illustrative de l'article Malpertuis
Couverture de l'édition originale.

Auteur Jean Ray
Pays Belgique
Genre Roman
Fantastique
Éditeur Les Auteurs Associés
Lieu de parution Bruxelles
Date de parution 1943
Nombre de pages 186
Chronologie
Précédent Le Grand Nocturne La Cité de l'indicible peur Suivant

Malpertuis est le premier roman fantastique de l'écrivain belge Jean Ray, publié en 1943.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le vieux Cassave, un homme pouvant léguer un immense héritage, se sent proche de la mort. Il convoque les membres de sa famille chez lui, dans la demeure qu'il a nommée Malpertuis. Il annonce que chaque personne voulant toucher l'héritage devra vivre à Malpertuis. Ses ordres sont que seul le dernier vivant pourra avoir la fortune. S'il reste un homme et une femme, ils devront se marier et toucheront l'héritage à deux.

Les protagonistes sont : Charles Dideloo, sa femme, tante Sylvie, et leur fille Euryale ; Mathias Krook, le commis du magasin de couleurs ; Nancy et Jean-Jacques Grandsire ; les trois sœurs Cormélon ; le cousin Philarète, taxidermiste de talent ; le Dr Sambucque ; le ménage Griboin, serviteurs du vieux Cassave, aidé de Tchiek ; le vieux Lampernisse, ancien propriétaire du magasin de couleurs ; et Eisengott.

Jean-Jacques Grandsire, le jeune héros « candide », vit parmi ces êtres étranges et se trouve, à la fin de la première partie, seul face à Euryale dont le regard pétrifie. Dans la suite, Jean-Jacques essaie de dénouer l'énigme de Malpertuis mais les scènes terribles auxquelles il assiste, l'ombre des maléfices et le souffle du sacré vont perturber gravement sa santé. Il mourra, pétrifié, en regardant le ciel, où Euryale combattait avec les Euménides pour avoir l'amour de ce dernier.

Dans la troisième partie, on apprend que les habitants de Malpertuis sont des dieux grecs très faibles que l'oncle Cassave, rosicrucien de plus de deux cent ans, à emprisonné dans des corps humains. Ainsi Lampernisse est en réalité Prométhée, Euryale est la dernière Gorgone, Mathias Krook serait Apollon, les trois sœurs Cormélon les Euménides, M. Griboin Héphaistos, Mme Griboin une petite déité, Tchiek un titan et Eisengott Zeus, le dieu des dieux.

Perception critique[modifier | modifier le code]

Le fantastique du roman repose sur l'opposition entre la description d'un quotidien trivial, « petit bourgeois » familier aux récits de Jean Ray, et les grands mythes grecs, ainsi que l'abolition de l'espace et du temps. Des personnages comme l'oncle Dideloo ou la cuisinière sont des récurrences dans l'œuvre de Jean Ray, et incarnent souvent le malaise qui nait de l'irruption du fantastique et de la peur dans un univers ordinaire, étriqué, banal et rassurant. Ainsi, au fur et à mesure des différentes parties du texte, on comprend peu à peu que Cassave n'était pas normal, de même que son étrange demeure. D'étranges petits êtres habitent le grenier, une ombre maléfique éteint les lampes et les différentes personnes habitant la maison depuis la mort du vieux Cassave sont en fait des divinités déchues, capturées par Cassave il y a de cela bien des lustres : Zeus (Eisengott), Héra (la Mère Groulle), Aphrodite (la femme Griboin), Héphaïstos (M.. Griboin), Apollon (Mathias Krook), un Titan (Tchiek), Prométhée (Lampernisse), une des trois Gorgones (Euryale), les Érinyes (les sœurs Cormélon).

Structure[modifier | modifier le code]

Construit sur un enchâssement de manuscrits, le roman multiplie les voix narratives : le récit est composé de cinq parties écrites par cinq narrateurs internes, celui qui couvre la plus grande partie du roman étant Jean-Jacques Grandsire, ce qui en fait le personnage principal. Certaines parties sont des analepses, ce qui fait la difficulté majeure de la lecture et qui contribue (peut-être volontairement) à dérouter le lecteur.

Une étude approfondie de l'œuvre de Jean Ray, et en particulier de textes inédits comme Aux lisières des ténèbres permet de comprendre une partie du mystère narratif de Malpertuis, et en particulier les interactions que le roman entretient avec le texte précité et Le Grand Nocturne, dont il constitue une préfiguration ou un « premier jet » dans lequel Jean Ray puisera pour construire Malpertuis[1].

Source d'inspiration des personnages[modifier | modifier le code]

Jean Ray a confié que certains personnages du roman lui avaient été inspirés par des membres de sa famille et des voisins du Ham, la rue de Gand où habitait l'auteur lorsqu'il était enfant : ainsi, Élodie, la cuisinière de Malpertuis, correspond à la servante et nounou homonyme de Jean Ray[2].

Adaptation[modifier | modifier le code]

Ce roman a été adapté au cinéma par Harry Kümel, avec notamment Orson Welles et Michel Bouquet, dans le film Malpertuis. Mark Z. Danielewski se réfère à Malpertuis dans son roman La Maison des feuilles (p. 21 édition Denoël) Jan Bucquoy fait une référence au film dans son album Jaunes — Aux limites du réel[Note 1]. Le texte Le Mauvais Lieu dans Compendium Sortilégionis (Christian Chelman) fait directement référence à Malpertuis.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. 1980, éditions Jacques Glénat, avec dessins de Tito : en sortant du cinéma à Dinant, Amalia et Daniël Jaunes ont vu le film Malpertuis dont on voit le dessin de l'affiche (page 26). Il s'ensuit un dialogue : Cette histoire m'a donné la chair de poule. Amalia lui répond : Deux mondes qui se rencontrent, c'est quand-même très plausible. Daniël : Tu vas quand-même pas me dire que... Amalia : Le temps est un nœud qui peut se défaire.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joseph Duhamel, « Lecture », dans Jean Ray, Malpertuis, Bruxelles, Éditions Labor, (ISBN 2-8040-0902-5), p. 241-261
  • Joseph Duhamel, « Jean Ray, un narrateur dans le monde parallèle », Textyles, no 10,‎ , p. 73-84 (lire en ligne)
  • Denis Mellier, « Du lieu au livre : ou le savoir fantastique de Malpertuis », Textyles, no 10,‎ , p. 85-96 (lire en ligne)
  • Jacques Van Herp, « Aux sources de Malpertuis », Textyles, no 1-4,‎ , p. 217-223 (lire en ligne)