Makalu

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Makalu
Vue de la face sud-ouest du Makalu.
Vue de la face sud-ouest du Makalu.
Géographie
Altitude 8 485 m[1],[2]
Massif Mahalangur Himal (Himalaya)
Coordonnées 27° 53′ 22″ nord, 87° 05′ 19″ est[1]
Administration
Pays Drapeau du Népal Népal
Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Région de développement
Région autonome
Est

Tibet
Zone
Ville-préfecture
Koshi
Shigatsé
Ascension
Première par Lionel Terray, Jean Couzy
Voie la plus facile versant nord (« arête nord-ouest »)
Géologie
Type Pic pyramidal

Géolocalisation sur la carte : Région autonome du Tibet

(Voir situation sur carte : Région autonome du Tibet)
Makalu

Géolocalisation sur la carte : Chine

(Voir situation sur carte : Chine)
Makalu

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Makalu

Le Makalu (au Népal officiellement मकालु, en Chine officiellement Makaru ; en chinois : 马卡鲁山, en pinyin : Mǎkǎlǔ Shān ; en limbu : Makalungma) est un sommet culminant à 8 485 mètres d'altitude, à la frontière entre le Tibet, en Chine, et le Népal, dans l'Himalaya. Il constitue le cinquième plus haut sommet au monde. Sa première ascension a été réussie le , deux ans après celle de l'Everest situé à moins de vingt kilomètres, par les Français Lionel Terray et Jean Couzy. Ses versants nord et sud font respectivement partie de la réserve naturelle du Qomolangma et du parc national de Makalu Barun.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le nom de la montagne pourrait venir du sanskrit Mahā-Kāla, qui signifie « grand noir », une déité du bouddhisme vajrayāna associée dans l'hindouisme à Shiva. Ce dernier peut s'avérer à la fois destructeur et préservateur[3].

Localement, il est parfois appelé Kumba karna, qui signifie « le géant »[3].

Géographie[modifier | modifier le code]

Animation représentant le Makalu en trois dimensions.

Le Makalu est situé à la frontière entre le Sud-Ouest de la Chine et le Nord-Est du Népal, entre la ville-préfecture de Shigatsé dans la région autonome du Tibet, au nord, et la zone de Koshi dans la région de développement Est, au sud. Il se trouve à environ 170 kilomètres à l'est de Katmandou, 230 kilomètres au sud-ouest de la ville de Shigatsé et 430 kilomètres à l'ouest-sud-ouest de Lhassa. Il s'élève à 8 485 mètres d'altitude dans le Mahalangur Himal, un massif de l'Himalaya[1],[2], ce qui en fait le cinquième plus haut sommet au monde[1],[3]. Sa hauteur de culminance par rapport au Lhotse, plus proche sommet de plus de 8 000 mètres à 17 kilomètres à l'ouest-nord-ouest, est de 2 378 mètres[1],[2]. L'Everest est à 19 kilomètres dans une direction semblable. Il constitue un pic pyramidal à quatre faces. Il possède deux cimes secondaires : le Kangchungtse, ou Makalu II (7 678 m), sur son arête nord-nord-ouest[4], et la cime sud-est (7 860 m)[5]. Le Chomo Lonzo (7 790 m) se trouve à 5 kilomètres au nord-nord-est[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Makalu est exploré pour la première fois en 1921, depuis le Tibet, par la Royal Geographical Society à l'occasion de la mission de repérage financée par le Mount Everest Committee vers l'Everest[7]. En 1952, après leur reconnaissance sur le Cho Oyu, les Britanniques Charles Evans et Eric Shipton et les Néo-Zélandais Edmund Hillary et George Lowe quittent la région du Khumbu en direction de l'est de la vallée et du glacier Barun et atteignent le site de l'actuel camp de base du Makalu, au sud de la montagne. Ils en rapportent les premières observations depuis le versant népalais[7].

Les premières tentatives d'ascension ont lieu en 1954, un an après la première de l'Everest. Une expédition américaine menée par William E. Siri gravit l'arête sud-est jusqu'à près de 7 100 mètres d'altitude[3],[7]. Des alpinistes britanniques menés par Edmund Hillary parviennent à 6 500 mètres d'altitude en direction du col Nord[3],[7]. L'expédition française menée par Jean Franco, et comprenant notamment Jean Bouvier, Jean Couzy, Pierre Leroux, Guido Magnone et Lionel Terray, parvient au col Nord (7 410 m) le 15 octobre[8] ; de là, Franco, Terray et les sirdars Gyalzen et Pa Norbu réalisent la première ascension du Kangchungtse, le 22 octobre[3],[8], puis Terray et Couzy celle du Chomo Lonzo, le 30 octobre[8].

Au printemps 1955, l'expédition française, quasiment à l'identique, est de retour au Makalu. Après avoir rejoint le camp de base le 4 avril, ils empruntent le même itinéraire que l'année précédente, par le glacier Chago jusqu'au col Nord que Bouvier et Leroux atteignent le 9 mai, puis poursuivent dans le versant nord. Terray et Couzy réussissent à atteindre le sommet le 15, suivis par Franco, Magnone et Gyaltsen le 16 et enfin Bouvier, Coupé, Leroux et Vialatte le 17[7],[9]. Aucune autre expédition n'est lancée avant 1961, avec Hillary, laquelle doit renoncer à 8 350 mètres d'altitude dans la voie normale[3],[7],[9], puis 1969, avec une équipe japonaise chargée d'explorer l'arête sud-est[7],[9].

Cette dernière expédition permet, dès 1970, l'ouverture de cette voie par Yuchi Ozaki et Haijme Tanaka, menés par Yohei Ito[3],[7],[10].

Le , Bernard Mellet et Yannick Seigneur, dirigés par Robert Paragot, réalisent la première ascension du pilier ouest[3],[7],[10].

La première ascension sans oxygène artificiel est l'œuvre de Marjan Manfreda qui parvient au sommet le en compagnie de Stanislav Belak-Srauf par une nouvelle voie dans la face sud, dite « des Yougoslaves ». Cinq autres membres de l'expédition, menée par Aleš Kunaver, atteignent le sommet entre le 8 et le 11[3],[7],[9],[10].

Le , le pilier sud est vaincu par les Tchèques, Karel Schubert et Milan Kriššák, menés par Ivan Galfi qui avait déjà effectué une première tentative endeuillée dans la face sud trois ans auparavant. Schubert meurt à son tour après avoir bivouaqué près du sommet. Cette voie n'a jamais été répétée en date de 2009[3],[7],[10].

Le , Jerzy Kukuczka réussit la première ascension en solitaire, en style alpin et sans oxygène, par l'arête nord-ouest intégrale, quelques jours après un nouvel échec avec ses compagnons d'expédition dans la face ouest[3],[7],[10].

Le , Marc Batard établit un record d'ascension en moins d'une journée, par le pilier ouest[11]. Le , Pierre Béghin ouvre une voie directe en face sud, en solo à partir de 7 100 mètres d'altitude et sans oxygène ; après un bivouac à 8 050 mètres, il redescend par la face nord où il essuie deux avalanches[12].

Le , l'Américaine Kitty Calhoun-Grissom est la première femme à atteindre le sommet, en compagnie de John Schutt, par le pilier ouest[3],[7].

Le , après sept tentatives infructueuses, la face ouest directe est finalement vaincue par une expédition russe menée par Sergei Efimov. Alexei Bolotov, Youri Ermachek, Dimitri Pavlenko, Igor Bugachevski et Nikolai Jiline parviennent au sommet, sans oxygène[3],[7],[10]. Ils reçoivent le Piolet d'or 1998 pour cet exploit[3].

Le , Jean-Christophe Lafaille perd la vie en voulant réaliser la première ascension hivernale, en solitaire[3]. C'est finalement l'Italien Simone Moro et le Kazakh Denis Ouroubko qui y parviennent le , en style alpin[3],[7].

Activités[modifier | modifier le code]

Ascension[modifier | modifier le code]

Vue depuis le sud-ouest (à gauche).

Le Makalu est considéré par les alpinistes comme l'un des sommets les plus techniques de l'Himalaya. Plusieurs itinéraires et variantes ont été ouverts, parmi les principaux : le versant nord, dit de « l'arête nord-ouest » (ou nord-nord-ouest) après son franchissement au col Nord (ou Makalu La), qui constitue la voie normale, l'arête sud-est, la face sud, le pilier sud, l'arête ouest (ou ouest-sud-ouest, dite aussi pilier ouest) et la face ouest, considérée comme la plus difficile[3],[10].

Fin 2009, 323 alpinistes, incluant les guides, étaient parvenus au sommet[10],[13], dont 15 femmes[13] ; 194 l'étaient sans oxygène[10],[13] ; 29 étaient décédés au cours de l'ascension[13],[14]. À cette date, 263 alpinistes étaient parvenus au sommet par la voie normale[10]. Hormis le Népal avec 63 alpinistes au sommet, c'est l'Espagne qui était alors en tête avec 32 alpinistes[13].

Protection environnementale[modifier | modifier le code]

Le Makalu est protégé depuis 1992 au sein du parc national de Makalu Barun qui couvre sur le versant népalais 1 500 km2 auxquels s'ajoutent 830 km2 de zone tampon[3],[15]. En outre, le versant tibétain fait partie depuis 1989 de la réserve naturelle du Qomolangma qui couvre 33 800 km2[3],[16] et a été déclarée réserve de biosphère de l'UNESCO en 2004[17].

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e (en) Makalu, China/Nepal, peakbagger.com.
  2. a, b et c (en) Himalaya of Nepal, Bhutan, Sikkim and adjoining region of Tibet - 48 Mountain Summits with Prominence of 1,500 meters or greater.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t (en) Makalu, summitpost.org.
  4. (en) Kangchungste, China/Nepal, peakbagger.com.
  5. (en) Makalu-Southeast Peak, Nepal, peakbagger.com.
  6. (en) Chomo Lonzo, China, peakbagger.com.
  7. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o (de) Guenter Seyfferth, Makalu: Geschichte + Literatur, Die Berge des Himalaya.
  8. a, b et c (de) [PDF] Günter Seyfferth, Makalu 1954, 8475 m - Erkundung, Erstbesteigung, Erstbegehungen, Ereignisse, Die Berge des Himalaya, 9 décembre 2011.
  9. a, b, c et d (de) [PDF] Günter Seyfferth, Makalu 1955, 8475 m - Erkundung, Erstbesteigung, Erstbegehungen, Ereignisse, Die Berge des Himalaya, 9 décembre 2011.
  10. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) [PDF] Eberhard Jurgalski, Routes - Makalu, 8000ers.com, 31 décembre 2009.
  11. (en) Marc Batard, « Makalu West Buttress, One-Day Solo Ascent », American Alpine Journal, American Alpine Club, New York, vol. 31, no 63, 1989 (ISBN 0-930410-39-4), page 188.
  12. (en) Pierre Béghin, « Cold Sweat on Makalu », American Alpine Journal, American Alpine Club, New York, vol. 32, no 64, 1990 (ISBN 0-930410-43-2), pages 1–6.
  13. a, b, c, d et e (en) [PDF] Eberhard Jurgalski, Nations - Makalu, 8000ers.com, 30 décembre 2009.
  14. (en) [PDF] Eberhard Jurgalski, Fatalities - Makalu, 8000ers.com, 29 décembre 2009.
  15. (en) U. R. Bhuju, P. R. Shakya, T. B. Basnet, S. Shrestha, Nepal Biodiversity Resource Book. Protected Areas, Ramsar Sites, and World Heritage Sites, International Centre for Integrated Mountain Development, Ministry of Environment, Science and Technology, United Nations Environment Programme, Regional Office for Asia and the Pacific, Katmandou, 2007 (ISBN 978-92-9115-033-5).
  16. Cai Dan An, Guide touristique du Tibet, China Intercontinental Press, 2003 (ISBN 978-7508503912) (ASIN B0011C35V2), page 46.
  17. 19 nouvelles réserves de biosphère rejoignent le réseau l’homme et la biosphère (MAB) de l’UNESCO, UNESCO.