Jerzy Kukuczka

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Jerzy Kukuczka
image illustrative de l’article Jerzy Kukuczka
Jerzy Kukuczka et Andrzej Czok (à droite) pendant l'expedition au mont Everest. Le 19 mai 1980, ils gagnèrent le haut de la nouvelle route.
Contexte général
Sport escalade
Biographie
Nationalité sportive Drapeau de la Pologne Polonaise
Naissance
Lieu de naissance Katowice
Décès (à 41 ans)
Lieu de décès Lhotse (Himalaya)

Józef Jerzy Kukuczka, surnommé « Jurek », né le à Katowice en Pologne et mort le en tentant l'ascension de la face sud du Lhotse, est un alpiniste et himalayiste polonais. Il est considéré parmi les plus grands himalayistes de tous les temps[1]. Il a été le deuxième homme, après Reinhold Messner, à gravir les quatorze sommets de plus de 8 000 mètres. Alpiniste emblématique d'une extraordinaire génération d'alpinistes polonais (parmi lesquels Wanda Rutkiewicz, Krzysztof Wielicki, Wojciech Kurtyka, Andrzej Czok, Artur Hajzer, Ryszard Pawłowski etc.) ces exploits himalayens sont de premier ordre : dix voies nouvelles sur les quatorze 8 000 escaladés, quatre ascensions hivernales (dont trois premières), une traversée, un solo, plusieurs ascensions en style alpin[2]. Son palmarès est encore plus impressionnant si on tient compte du fait que Jerzy Kukuczka vivait dans la Pologne communiste et ne pouvait pas bénéficier des techniques d'entrainement et équipements avancés dont disposaient les alpinistes occidentaux. L'alpiniste italien Walter Bonatti célèbre dans son livre[3] les conquêtes de Kukuczka comme étant des actions épiques et souligne le fait que, à la différence de Reinhold Messner, Kukuczka a réussi à escalader les quatorze 8 000 en choisissant toujours des voies difficiles ou nouvelles et avec conditions (aussi économiques) extrêmes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jerzy Kukuczka est né le 24 mars 1948 à Bogucice, un quartier de la ville polonaise de Katowice. Sa famille était originaire d'Istebna, un village qui se trouve dans les Beskides silésiennes, dans la voïvodie de Silésie.

D'après son autobiographie[4], il découvre le plaisir de l'escalade le 4 septembre 1965 à l'age de 17 ans quand un ami l'amène à Podlesice (pl) pour escalader une falaise calcaire[5] de 20 mètres de hauteur : la découverte de ce monde vertical est le tournant de sa vie. L'année suivante, en 1966, après un cours d'escalade de 11 jours, il s'attaque, avec son compagnon de cordée Piotrek Skorupa, au pilier gauche de Kazalnica (considéré comme une des voies les plus difficiles des Tatras) mais il est contraint à l'abandon à cause de la rupture de son piolet (construit par lui-même). Avec l'obstination qui constitue un trait distinctif de son caractère[6] (selon Wojciech Kurtyka, un de ses compagnons de cordée), il revient quelque temps après son premier échec et il réussit à escalader avec succès le pilier de Kazalnica, entrant dans le cercle fermé des meilleurs grimpeurs polonais[4]. Après deux années de service militaire, sa passion pour l'escalade ne s'est pas éteinte : juste après avoir repris ses habits civils, il décide de tenter avec P. Skorupa l'ascension hivernale de la voie directissime de Kazalnica, réputée comme l'ascension la plus difficile des Tatras. Mais la chute mortelle de son compagnon de cordée P. Skorupa met pour la première fois Jerzy Kukuczka face à la mort, qui frappera encore plusieurs compagnons pendant sa carrière d'alpiniste. La passion qui l'anime est trop forte pour l’arrêter : seulement trois semaines après cette tragédie il est de retour dans les Tatras où il réalise une série de premières ascensions hivernales qui effacent ses peurs et ses doutes.

C'est à partir de 1972 que Jerzy Kukuczka commence à s'aventurer au-delà des Tatras et du Rila, en participant à des camps d'escalade dans les Dolomites (Torre Trieste, Cima del Bancon) et les Alpes occidentales (mont Blanc, Petit Dru, Grandes Jorasses).

En 1974 il participe à l’expédition polonaise sur le mont McKinley pendant laquelle, à une altitude d'environ 4 500 mètres, il souffre du mal aigu des montagnes, tout en réussissant à atteindre le somment. À son retour il est hospitalisé pour soigner les multiples gelures dont il a été victime pendant l'ascension.

Ascensions[modifier | modifier le code]

Le 8 septembre 1987, Jerzy Kukuczka devient le deuxième homme à gravir les 14 sommets de plus de huit mille mètres, après Reinhold Messner qui avait réussi cet exploit seulement un an auparavant. Il a cependant fallu huit ans à Kukuczka pour le réaliser contre 16 à Messner. Chemin faisant, Kukuczka a ouvert 10 nouvelles voies et gravi quatre sommets pendant l'hiver (dont trois premières absolues).

Jurek Kukuczka est entrée dans l'histoire de l'alpinisme himalayen par sa capacité à survivre pendant des jours en conditions extrêmes à haute altitude, sans boire ni manger[7]. Son temps d'acclimatation était long, mais une fois acclimaté, il devenait un alpiniste capable de gérer des situations extrêmement dangereuses.

Dès ses débuts, Jerzy Kukuczka a eu l'ambition d'escalader les plus hauts sommets de la Terre en ouvrant des nouvelles voies en été comme en hiver. Il a escaladé tous les 8 000 sans oxygène sauf un : sur l'Everest il a brièvement utilisé de l’oxygène dans la montée vers le sommet sud.

Parmi les nouvelles voies ouvertes par Kukuczka sont remarquables celle de l'Everest par le pilier sud (1980), celle du Makalu en solitaire et sans oxygène (deuxième homme à avoir réalisé un tel exploit après l'ascension de l'Everest par Messner en 1980), celles du Gasherbrum I et du Gasherbrum II avec Wojciech Kurtyka (1982), la traversée de trois sommets du Broad Peak (1983), toujours avec Kurtyka comme compagnon de cordée, les premières ascensions hivernales du Dhaulagiri et du Cho Oyu (1985), ces deux dernières en l’espace de trois semaines seulement. Parmi les succès de Kukuczka figure la première ascension hivernale du Kangchenjunga (1985) et la nouvelle voie[8] ouverte, avec Tadeusz Piotrowki (qui trouve la mort pendant la descente), sur la face sud du K2 (« the Polish line ») et qu'aucun alpiniste n'a osé répéter depuis à cause de sa difficulté et dangerosité extrêmes. En 1987, avec Artur Hajzer, il a établi une nouvelle voie sur la face sud de l'Annapurna, en hiver (première ascension hivernale).

Tatras[modifier | modifier le code]

Rila[modifier | modifier le code]

  • 2 août 1971 : Malyovitsa, première ascension polonaise par la voie directissime de la face nord
  • 4 août 1971 : Dyavolskite Igły, première ascension polonaise par la voie Sliwien
  • 5 août 1971 : Sredni Kupen, première ascension polonaise (deuxième absolue) par la voie WIF
  • 11 août 1971 : Zlijat Zyb, première ascension polonaise (deuxième absolue) par la voie super-directissime, face Sud-Est
  • 15 août 1971 : Diabelskite Igły: nouvelle voie Katowice, solo.

Dolomites[modifier | modifier le code]

  • 23-26 juillet 1972 : Torre Trieste, nouvelle voie directissime des Polonais
  • 4-5 août 1972 : Cima del Bancon, nouvelle voie
  • 7 août 1972 : Punta Civetta, deuxième ascension par la voie Aste Susati
  • 6-23 mars 1973 : Marmolada d'Ombretta, première ascension hivernale par la Via dell'ideale

Alpes[modifier | modifier le code]

  • 19 juillet 1973 : aiguille du Moine, première ascension polonaise par la voie Aureille-Feutren, face est
  • 22 juillet 1973 : La Pelle (massif du Vercors), première ascension polonaise par la voie des Parisiens
  • 30 juillet 1973 : Tête Sud du Replat (massif des Écrins)
  • 3-4 août 1973 : Grandes Jorasses, nouvelle voie de la face Nord de la Pointe Hélène
  • 6 août 1973 : mont Blanc, première ascension polonaise par la voie Major, face est
  • 12-14 août 1973 : Petit Dru, nouvelle voie

Alaska[modifier | modifier le code]

  • 20-26 juillet 1974 : mont McKinley (Denali), ascension par l’arête ouest de la face sud

Hindou Kouch[modifier | modifier le code]

  • 1er août 1976 : Kohe Awal, nouvelle voie, solo
  • 10-11 août 1976 : Kohe Tez, ascension par la face sud-est
  • 9 août 1978 : Tirich Mir oriental, nouvelle voie
  • 11 août 1978 : Bindu Ghul Zom, première ascension par l'éperon ouest

Alpes néozélandaises[modifier | modifier le code]

  • 19 février 1981 : Malte Brun, nouvelle voie
  • 20 février 1981 : Malte Brun, nouvelle voie
  • 27 février 1981 : mont Hicks et Mount Dampier, traversée (avec Krzysztof Wielicki et Ryszard Pawłowski)

Himalaya et Karakoram[modifier | modifier le code]

  • automne 1977 - Nanga Parbat (8 125 m) - tentative d'ascension de la face sud-est (point plus haut atteint : ~7 950 m) avec M. Piekutowski and M. Pronobis (expédition organisée par le Club de Haute Montagne de Katowice et dirigée par A. Zyzak)
  • 4 octobre 1979 - Lhotse (8 511 m) - voie normale de la face ouest avec A. Czok, J. Skorek et A. Heinrich (expédition organisée par le Club de montagne de Gliwice dirigée par A. Bilczewski)
  • 19 mai 1980 - Everest (8 848 m) - nouvelle voie par le pilier sud - avec A. Czok (expédition nationale polonaise dirigée par A. Zawada) - utilisation de l'oxygène dans la montée au sommet sud
  • automne 1981 - Makalu (8 463 m) - tentative d'établir une nouvelle voie (point le plus atteint : ~8 000 m) avec A. Mclntyre and W. Kurtyka
  • 15 octobre 1981 - Makalu (8 463 m) - nouvelle voie, solo, style alpin (expédition internationale dirigée par W. Kurtyka)
  • 30 juillet 1982 - Broad Peak (8 047 m) - voie normale, style alpin avec W. Kurtyka
  • été 1982 - K2 (8 611 m) - tentative d'ascension par une nouvelle voie (point le plus haut atteint : ~7 400 m) avec W. Kurtyka
  • 23-24 juin 1983 - Gasherbrum II oriental (7 772 m) - première ascension par l'arête est, style alpin avec W. Kurtyka
  • 29 juin - 1er juillet 1983 - Gasherbrum II (8 035 m) - nouvelle voie, style alpin avec W. Kurtyka (expédition dirigée par W. Kurtyka)
  • 19-23 juillet 1983 - Gasherbrum I (8 068 m) - nouvelle voie, style alpin avec W. Kurtyka (expédition dirigée par W. Kurtyka)
  • 15-17 juillet 1984 - Broad Peak (8 047 m) - nouvelle voie, traversée du somment nord (7 700 m) au sommet central (8 016 m), style alpin avec W. Kurtyka
  • juillet 1984 - Biarchedi (6 781 m) - première ascension, style alpin, solo (ascension réalisée dans le cadre de l’expédition au Broad Peak lors du passage par le col du Masherbrum La)
  • 21 janvier 1985 - Dhaulagiri (8 167 m) - première ascension hivernale par la voie normale avec A. Czok (expédition du Club de Haute Montagne de Gliwice dirigée par A. Bilczewski)
  • 13 février 1985 - Cho Oyu (8 153 m) - première ascension hivernale, nouvelle voie par le pilier sud-est avec A. Heinrich (expédition canadienne et polonaise dirigée par A. Zawada)
  • 13 juillet 1985 - Nanga Parbat (8 125 m) - nouvelle voie avec C. Carsolio, A. Heinrich et S. Łobodziński (expédition du Club de montagne de Katowice dirigée par A. Machnik)
  • 9 octobre 1985 - Lhotse (8 511 m) - tentative d'ascension par une nouvelle voie (point le plus haut atteint : ~8 150 m, expédition du Club de montagne de Katowice dirigée par J. Majer)
  • 11 janvier 1986 - Kanchenjunga (8 598 m) - première ascension hivernale avec K. Wielicki (expédition du Club de montagne de Gliwice dirigée par A. Machnik)
  • 18 juillet 1986 - K2 (8 611 m) - nouvelle voie, style alpin avec T. Piotrowski (expédition internationale dirigée par K.M. Herrligkoffer)
  • 9 novembre 1986 - Manaslu oriental (7 922 m) - première ascension avec C. Carsolio et A. Hajzer
  • 11 novembre 1986 - Manaslu (8 156 m) - nouvelle voie, style alpin avec C. Carsolio et A. Hajzer (expédition dirigée par J. Kukuczka)
  • 3 février 1987 - Annapurna I (8 091 m) - première ascension hivernale par la voie ouverte lors de la première ascension de la face nord avec A. Hajzer (expédition du Club de montagne de Katowice dirigée par J. Kukucka)
  • 31 août 1987 - Yebokangal Ri (7 365 m) - première ascension, style alpin avec A. Hajzer
  • 18 septembre 1987 - Shishapangma occidental (~7 950 m) - première ascension, style alpin avec A. Hajzer
  • 18 septembre 1987 - Shishapangma (8 013 m) - nouvelle voie par l'arête ouest, style alpin avec A. Hajzer (expédition internationale dirigée par J. Kukuczka)
  • 13 octobre 1988 - Annapurna I oriental (8 080 m) - nouvelle voie sur la face sud, style alpin avec A. Hajzer (expédition internationale dirigée par J. Kukuczka)
  • 24 septembre 1989 - Lhotse (8 511 m) - tentative d’ascension par une nouvelle voie sur la face sud (point le plus haut atteint : ~8 380 m, expédition internationale dirigée par J. Kukuczka).

Nanga Parbat en 1977[modifier | modifier le code]

Jerzy Kukuczka participe en 1977 à sa première expédition himalayenne[9] : elle est dirigée par Adam Zyzak (membre du Club de haute montagne de Katowice) et son but est de gravir la face du Rupal, la gigantesque paroi sud de 4 500 mètres du Nanga Parbat. Font partie de l’expédition les alpinistes polonais Jerzy Kukuczka, Zygmund Krzechki, le Dr Jan Koisar, Wojciech Dzik, Jósef Kubik, Jan Loson, Janusz Majer, Marian Piekutowski, Marek Pronobis, Danuta Wach et Zbigniew Wach et les alpinistes autrichiens Albert Precht et Werner Sucher. Le camp de base est installé le 1er septembre dans la vallée du Rupal à 3 570 mètres. Les semaines suivantes quatre camps intermédiaires sont placés à 5 000 mètres, 5 900 mètres, 6 900 mètres et 7 500 mètres. La section la plus difficile, une pente rocheuse escarpée entre les camps 1 et 2, a demandé l'installation d'environ 1 000 mètres de cordes. Jerzy Kukuczka, Marian Piekutowski et Marek Pronobis, qui font partie de l'équipe de tête, établissent le camp 5 à 7 700 mètres, d'où ils lancent l'assaut final. Après avoir parcouru le couloir de Willi Merkl, ils arrivent le 14 octobre, à midi, au col situé au-dessus de la face du Rupal à 7 900 mètres mais ils ne réussissent pas à gravir la raide pente finale qui amène au sommet du Nanga Parbat à 8 125 mètres. Ils bivouaquent la nuit au camp 5 mais la température descend à −40 °C ; les deux compagnons de Jerzy Kukuczka souffrent de graves gelures qui les obligent à redescendre au camp de base. Les mauvaises conditions météo empêchent toute autre tentative d'ascension.

Lhotse en 1979[modifier | modifier le code]

Jerzy Kukuczka est sélectionné en 1979 pour faire partie d'une expédition polonaise[10] sur le Lhotse organisée par le Club de montagne de Gliwice. La voie empruntée est celle normale et l’expédition est couronnée de succès : trois équipes parviennent au sommet du Lhotse. La première est celle constituée par Jerzy Kukuczka et Andrzej Czok qui, sans l'utilisation d'oxygène, arrivent au sommet le 4 octobre, suivis de près par la deuxième équipe constituée par Zygmunt Andrzej Heinrich (pl) et Janusz Skorek. Le 9 octobre une troisième équipe accomplit l'ascension : elle est constituée par Janusz Baranek, Adam Bilczewski (qui dirige l’expédition), Stanislaw Cho-lewa et Robert Niklas (un alpiniste allemand qui vit dans les Tatras). Le Lhotse est le premier 8 000 gravi par Jerzy Kukuczka et, dix ans après il y trouve la mort en tentant d’escalader sa face sud.

Gasherbrum I et Gasherbrum II en 1983[modifier | modifier le code]

L’expédition, organisée par Wojciech Kurtyka[11] et dont le déroulement est planifié pour 1983, compte trois membres : Jerzy Kukuczka, Wojciech Kurtyka et l'alpiniste anglais Alex Macintyre (en). La mort tragique de ce dernier sur la face sud de l'Annapurna à l'automne 1982, ne laisse que les deux alpinistes polonais. Le 7 juin 1983, avec l'aide de 20 porteurs, ils installent le camp de base sur le glacier des Abruzzes, une branche du glacier du Baltoro, à 5 100 mètres d'altitude. Pour s'acclimater à la haute altitude ils font une première sortie à travers la cascade de glace des Gasherbrum et le cirque glaciaire du Gasherbrum La (à 6 500 mètres) pour remonter la crête sud-est qui mène au sommet de la montagne à 7 200 mètres où ils bivouaquent. Pour la deuxième excursion d'acclimatation ils gravissent à nouveau le Gasherbrum La et, en suivant toujours la crête sud-est, ils parviennent au sommet P7772 (7 200 mètres), qui n'a encore jamais été gravi et où ils passent la nuit, en terminant ainsi la phase d’acclimatation avant l'assaut final au Gasherbrum II.

Bien qu'ils aient déjà fait la reconnaissance d'une partie de la nouvelle voie, l'assaut au Gasherbrum II est réalisé en style alpin. Le 29 juin, en partant du camp de base, ils atteignent le Gasherbrum La et le 30 juin ils progressent jusqu'à une altitude de 7 400 mètres. Le 1er juillet ils traversent le sommet P7772 et la crête qui mène au pied du cône sommital du Gasherbrum II à 7 700 mètres, en rejoignant la voie normale (où laissent leurs sacs de montagne). En milieu d'après-midi, ils atteignent la crête sommitale, qu'ils traversent du côté occidental pour arriver enfin au sommet, balayé par de violentes rafales de vent. Le matin suivant, en parcourant la voie normale, qui leur est totalement inconnue, ils redescendent au camp de base.

Après avoir conquis le Gasherbrum II, le nouveau défi devient la face sud-ouest du Gasherbrum I (Hidden Peak) qui attend encore d'être escaladée avec ses 2 400 mètres de hauteur. Malgré les conditions météorologiques très difficiles, ils réussissent à amener les équipements et le matériel nécessaires à la base de l'imposante paroi, où ils sont témoins de deux énormes avalanches qui, heureusement, n’atteignent pas leur camp. Après presque trois semaines de mauvais temps, le 18 juillet il y a une première accalmie. Le 19 juillet, malgré la neige du matin, la météo s'améliore considérablement et, le matin du 20 juillet (à h), ils lancent l'assaut à la paroi. Mais ils doivent d'abord en traverser la base, balayée sans cesse par d'énormes avalanches. Après avoir escaladé les premiers 1 500 mètres de la paroi, à 13 h ils se retrouvent face à leur premier défi : la traversée vers la droite de l'arête rocheuse située au milieu de la face sud. La traversée s'avère difficile, avec un dénivelé d'une quarantaine de mètres et des passages difficiles (cotation V) sur des parois rocheuses couvertes par la neige. Au coucher du soleil il ne reste que 3 mètres à escalader mais la fatigue est telle qu'ils décident de bivouaquer, après avoir creusé un abri sommaire dans la neige. Le lendemain matin, la météo est excellente, avec le soleil qui inonde de lumière la paroi mixte de roche et de glace au-dessus d'eux. Après avoir gravi environ 300 mètres d'un terrain mixte (cotation III) et sans assurage, ils se retrouvent face à des vastes champs de neige, parsemés de séracs. Ils avancent lentement, en ouvrant leur tortueux chemin à travers l'épaisse couche de neige et le labyrinthe de séracs. Le soir venu, ils bivouaquent à 7 400 mètres, avec l’espoir de pouvoir atteindre le sommet le jour suivant. Le lendemain ils traversent vers la droite les derniers champs de neige, au-dessus des séracs, et ils arrivent à la base de la crête sommitale (côté sud). Vue la difficulté de l'ascension et l'impossibilité d'atteindre le sommet avant la fin de la journée, ils décident de rebrousser chemin mais, lors du premier rappel de corde, un des crampons de Wojciech Kurtyka se détache et, après avoir rebondi sur des rochers, disparaît. La descente jusqu'à leur bivouac demande à Kurtyka une prudence extrême. La perspective de devoir redescendre des centaines de mètres de parois rocheuses très glissantes sans un crampon est tellement terrifiante qu'ils décident, le jour suivant, d'essayer d'atteindre, coûte que coûte, le sommet du Gasherbrum I. Partis très tôt le matin du 23 juillet, après une heure et demie de marche, ils sont désormais proches de la base de la crête sommitale quand Wojciech Kurtyka entend Jerzy Kukuczka crier très fort : Jerzy a retrouvé, dans la neige fraîche, le crampon que Kurtyka avait perdu le jour précédent, 450 mètres plus haut. Après ce coup de chance, ils atteignent rapidement la crête sud (qui s'avère relativement facile à escalader, avec des nombreux passages parcourus sans assurage) et, à 14 h 30, ils parviennent au sommet du Gasherbrum I. Juste après leur descente au poste du bivouac, il commence à neiger. Le lendemain, ils entament la longue descente jusqu'au camp de base.

Dhaulagiri en 1985[modifier | modifier le code]

À l'automne 1984, Jerzy Kukuczka commence à concocter l'idée de participer aux deux expéditions hivernales polonaises en Himalaya prévues au début de 1985[12] : l'une (financée par le Club de haute montagne de Gliwice et dirigée par A. Bilczewski) vise la première ascension hivernale du Dhaulagiri et l'autre (une expédition internationale dirigée par A. Zawada) a pour objectif la première ascension hivernale du Cho Oyu. La détermination de Jerzy Kukuczka de participer aux deux expéditions pose un sérieux problème d'ordre organisationnel aux membres de l'expédition au Cho Oyu : les préparatifs pour l’expédition au Dhaulagiri sont bien plus avancés de ceux de la deuxième, ce qui oblige Jerzy Kukuczka à participer d’abord à la première et à rejoindre par la suite la deuxième après l'installation du camp de base et de la plus part des camps intermédiaires, laissant cette lourde et difficile tâche entièrement à ses compagnons d'expédition. L'intervention de Zawada permet de surmonter l'opposition de certains membres de l'expédition au Cho Oyu et donne le feu vert à la participation de Jerzy Kukuczka. Zawada cependant tient à souligner la grande difficulté de pouvoir réaliser les deux ascensions hivernales, l'une après l'autre, en un si court laps de temps[13].

Le camp de base du Dhaulagiri est installé au début du mois de décembre 1984 à 4 200 mètres et toutes les équipements et matériels y sont transportés pendant trois jours. Le camp de base avancé, installé à 4 600 mètres le 5 décembre, ne résiste que quatre jours aux terribles vents qui balayent la base du Dhaulagiri[14]. Les conditions météorologiques sont tellement adverses que l’expédition japonaise, qui veut tenter une voie sur l’arête nord-est y renonce. Cela pousse A. Bilczewski à la prudence et il décide d'attaquer le Dhaulagiri par la voie normale. Le camp 1 est installé le 15 décembre à 5 200 mètres, suivi quelques jours après par le camp 2 à 5 800 mètres. Les fortes chutes de neige, les vents tempétueux et la température de −40 °C empêchent toute activité jusqu'à la fin de l'année. Le 31 décembre, Jerzy Kukuczka arrive au camp de base et le 7 janvier 1985 avec Andrzej Czok monte jusqu'à 6 800 mètres, en transportant du matériel pour les autres camps. Le 12 janvier, Janusz Baranek et Mirek Kurás installent le camp 3 et, deux jours après, Jerzy Kukuczka et Andrzej Czok fixent la tente du camp 4, sur une pente glacée à 7 400 mètres. Le 16 janvier, Janusz Skorek et Andrzej Machnik montent vers le camp 4 avec le but de le déplacer plus haut mais la météo implacable les repousse au camp 2. Le 19 janvier, Jerzy Kukuczka, Andrzej Czok et Mirek Kurás partent du camp 2 vers le camp 3 mais ce dernier a été complètement enseveli par la neige et il est inutilisable. Ils sont donc obligés de continuer à monter jusqu'au camp 4 où ils passent une nuit glaciale. Le lendemain matin, la tente dans laquelle ils dorment est effleurée par une avalanche mais ils s'en sortent indemnes. Ils passent cependant deux heures à récupérer la tente ensevelie par la neige et les gelures aux mains de Mirek Kurás sont si graves qu'il doit renoncer à l'assaut final et rentrer au camp de base. Jerzy Kukuczka et Andrzej Czok se lancent seuls à l'assaut du Dhaulagiri et à la fin de journée ils bivouaquent à 7 700 mètres d'altitude. L'après-midi du 21 janvier, à 15 h, ils parviennent au sommet du Dhaulagiri, sans avoir utilisé d'oxygène[15],[16]. Le manque de lumière et les conditions météo rendent la descente difficile et dangereuse ; ils sont obligés, à la nuit tombée et dans l'impossibilité de creuser un abri dans la neige poudreuse, de s'accrocher l'un à l'autre, appuyés contre leurs sacs à dos, et d'attendre le nouveau jour à 7 800 mètres. À l'aube, ils se remettent en marche mais Andrzej Czok commence à perdre la sensibilité des ses jambes et à montrer des signes préoccupants des gelures aux pieds. Pendant la descente, souvent sans cordes d'assurage mais qui prend beaucoup plus de temps que prévu, Jerzy Kukuczka perd le contact visuel avec Andrzej Czok à 6 800 mètres et, dans le manque total de visibilité, il décide de passer la nuit tombante dans un abri de fortune qu'il a creusé dans la neige pour se protéger des fortes rafales de vent. Aux premières lumières du jour, Jerzy Kukuczka reprend la descente et, après avoir passé une autre nuit sans abris, il arrive enfin au camp 2 où Janusz Skorek et Mirek Kurás l'accueillent chaleureusement. Ils lui annoncent, à son grand soulagement, qu'Andrzej Czok est arrivé sain et sauf le soir précédant. Tous les membres de l’expédition enfin rentrés au camp de base, ils repartent le 26 janvier vers Katmandu mais Jerzy Kukuczka, au lieu de redescendre la vallée avec ses compagnons, se dirige seul vers le col des Français (situé entre le camp de base du Dhaulagiri et la Hidden Valley (en)) pour rejoindre au plus vite la ville népalaise de Pokhara, d'où il peut repartir vers le camp de base du Cho Oyu.

Cho Oyu en 1985[modifier | modifier le code]

Jerzy Kukuczka, qui a réalisé le 21 janvier 1985 la première ascension hivernale du Dhaulagiri avec Andrzej Czok, a la possibilité de rejoindre l’expédition internationale (polonaise et canadienne) dirigée par Andrzej Zawada qui tente de réaliser, en février 1985, la première ascension hivernale du Cho Oyu[17]. Le 8 février Jerzy Kukuczka arrive au camp de base de l’expédition. Les camps intermédiaires, du camp 1 au camp 4 (à 7 200 mètres), ont déjà été installés et équipés. Le 9 février Jerzy Kukuczka, accompagné par Zygmunt A. Heinrich, commence la montée vers le camp 1 et le jour suivant ils bivouaquent au camp 2, à 5 700 mètres. Le 11 février, Maciej Berbeca et Maciej Pawlikowski établissent le camp 5 à 7 500 mètres tandis que Jerzy Kukuczka et Zygmunt Heinrich atteignent le camp 3 à 6 700 mètres. Le 12 février, avec un très beau temps, Berbeca et Pawlikowski lancent l'assaut final depuis le camp 5 et ils atteignent tôt dans l'après-midi le sommet du Cho Oyu. Le 13 février Jerzy Kukuczka et Zygmunt Heinrich montent du camp 3 au camp 4, 900 mètres plus haut, et ils croisent à midi la première équipe qui redescend du sommet du Cho Oyu. La montée est longue et épuisante : à un moment donné, Zygmunt Heinrich perd l'équilibre et tombe de la paroi rocheuse mais il est heureusement retenu par la corde. Il remonte avec beaucoup d’effort la corde jusqu'au piton mais la nuit s'approche et ils sont obligés de bivouaquer dans un abri de fortune, à seulement 60 mètres de la tente du camp 5. Le jour suivant ils restent la journée entière au camp 5 pour se ressaisir des efforts des jours précédents et ils passent encore une autre nuit à 7 500 mètres. Le lendemain ils quittent à h 30 le camp 5 avec Zygmunt Heinrich qui commence à montrer une préoccupante fatigue due aux nuits passées à très haute altitude mais ils réussissent à atteindre le sommet du Cho Oyu, vers 17 h 30 : c'est le 15 février 1985, le dernier jour pour lequel ils ont obtenu de la part du gouvernement népalais l'autorisation d'escalade du Cho Oyu. En étant arrivés très tard au sommet, la nuit les surprend sur le chemin de retour vers le camp 5. Ils commencent alors à descendre pendant plusieurs heures dans l'obscurité la plus totale et c'est à ce moment que Jerzy Kukuczka fait une chute de 5 mètres dans un sérac. Heureusement pour lui Zygmunt Heinrich arrête la chute et ils décident alors, par mesure de précaution, d'attendre la lumière du jour à cet endroit, à 7 700 mètres d'altitude. Après être arrivés au camp 5 ils sont tellement épuisés qu'ils décident d'y rester pour un jour. Le lendemain, ils entament à nouveau la descente mais les nombreux rappels de corde demandent beaucoup de temps. Seule l'énorme expérience, la capacité d'auto-contrôle et l'aide réciproque permettent aux deux alpinistes polonais d’échapper aux innombrables dangers de la face du Cho Oyu. Au terme de cette périlleuse descente, quatre jours après avoir atteint le sommet du Cho Oyu, ils rentrent sains et saufs au camp de base de l’expédition.

Kanchenjunga en 1986[modifier | modifier le code]

En janvier 1986, une expédition polonaise de 17 alpinistes dirigée par Andrzej Machnik (pl) réalise la première ascension hivernale de la troisième plus haute montagne du monde. Le camp de base est établi le 10 décembre 1985 à 5 100 mètres. Jerzy Kukuczka et Krzysztof Wielicki y arrivent le 20 décembre. Le 4 janvier 1986, ils font une première tentative d'ascension du camp 4 mais les mauvaises conditions météo les obligent à faire marche en arrière. Le 7 janvier Andrzej Czok (pl), Przemysław Piasecki (pl), Jerzy Kukuczka et Krzysztof Wielicki repartent du camp de base et avancent vite par les camps intermédiaires dont les équipements ont été très endommagés par les nombreuses et violentes tempêtes. Le 10 janvier, ils atteignent à nouveau le camp 4 mais Andrzej Czok commence à montrer les premiers symptômes du mal aigu des montagnes. Le lendemain, Andrzej Czok redescend vers le camp de base, accompagné par Przemysław Piasecki, tandis que Jerzy Kukuczka et Krzysztof Wielicki donnent l'assaut final au Kanchenjunga. À h 30 de l'après-midi, Krzysztof Wielicki arrive au sommet, suivi une heure plus tard par Jerzy Kukuczka. La visibilité est bonne mais les conditions de la montée ont été très difficiles avec une température de −35 °C et des violentes rafales de vent. Entre-temps, les conditions de Andrzej Czok empirent rapidement et il meurt à cause d'un œdème pulmonaire. Jerzy Kukuczka et Krzysztof Wielicki participent à la cérémonie funèbre de leur compagnon près du camp 3[18].

K2 en 1986[modifier | modifier le code]

En 1986, Jerzy Kukuczka est invité à participer, avec Tadeusz Piotrowski (en), à l’expédition internationale dans le Baltoro (Karakoram) organisée par Karl Maria Herrligkoffer (de). Le camp de base du K2 est établi le 7 juin 1986 à 5 070 mètres. Kukuczka décide d'attaquer la partie centrale de la face sud, qu'il a déjà eu l'occasion d'étudier lors d'une précédente tentative en 1982 avec Wojciech Kurtyka. La face sud du K2 est parsemée d'immenses barres de séracs qui déclenchent sans interruption de grandes avalanches et elle est réputée très dangereuse. Trois alpinistes suisses (Beda Fuster, Rolf Zemp et Diego Wellig) et l'Allemand Toni Freudig rejoignent Jerzy Kukuczka et Tadeusz Piotrowski. N'ayant pas obtenu la permission de monter par la voie normale (éperon des Abruzzes), K. Herrligkoffer opte pour la voie proposée par Jerzy Kukuczka. Le 9 juin, l'ascension commence et ils atteignent le camp 1 à environ 6 000 mètres mais après la renonciation des trois alpinistes suisses ils sont obligés de rentrer au camp de base. Le 19 juin, Jerzy Kukuczka, T. Piotrowski et T. Freudig quittent à nouveau le camp de base, avec leur équipement de 25 kg et atteignent le camp 2 situé juste en dessous du premier sérac à 6 400 mètres. Depuis le camp 2, ils identifient un passage possible le long d'un éperon rocheux, à côté du sérac. Le 21 juin, ils fixent 500 mètres des cordes sur l'éperon mais, à ce moment-là, T. Freudig renonce à l’escalade, en laissant Jerzy Kukuczka et T. Piotrowski seuls face au géant du Karakoram. Le 22 juin, avec deux jours de réserves alimentaires et tout l'équipement nécessaire pour bivouaquer, ils commencent à gravir l'éperon rocheux. Après avoir traversé un insidieux et difficile champ de glace couvert par une épaisse couche de neige ils bivouaquent à 6 950 mètres pour atteindre le jour suivant le camp 4 à 7 400 mètres. Le 24 juin, la météo se dégrade assez rapidement en les forçant à redescendre au camp de base dans une tempête de neige. Les conditions météo redevenues favorables, ils repartent le 3 juillet à l'assaut de la face sud. Le 5 juillet, ils atteignent un énorme couloir exposé aux avalanches qu'ils appellent le Hockey Stick. Après avoir bivouaqué à 7 800 mètres, ils remontent le couloir jusqu'à la base d'une paroi rocheuse d'environ 100 mètres de hauteur et qui n'est pas visible depuis le bas. Le 7 juillet, après avoir bivouaqué à 8 200 mètres, ils s'attaquent à la paroi mais l’espoir d'atteindre le somment du K2 le jour même est rapidement effacé par la difficulté technique de la paroi (avec une section de difficulté V+) qui les oblige à passer une autre nuit dans des conditions difficiles (ayant épuisé le gaz, le lendemain ils doivent utiliser une bougie pour faire fondre la glace). Le 8 juillet, ils partent pour l’assaut final en laissant au bivouac la plupart de leur matériel (tente, nourriture, etc.) Ils avancent vite grâce au fait que les premiers 30 mètres de la paroi (qui constituent la partie la plus difficile) ont déjà été équipés et, à midi, ils atteignent l'éperon des Abruzzes à 8 300 mètres. À 18 h 25, ils arrivent enfin au sommet du K2 dans l’euphorie générale mais le temps pour fêter est d'une courte durée car la descente les attend et avec elle la nuit. Plongés dans l'obscurité la plus totale ils creusent un trou dans la neige et ils sont contraints d'y bivouaquer avec leurs sacs de couchage (c'est la troisième nuit d'affilée à plus de 8 000 mètres d'altitude). Le lendemain, la descente en rappel s'avère très difficile et, à la fin de la journée, ils ont descendu seulement 400 mètres. Les conditions deviennent toujours plus difficiles, sans nourriture depuis deux jours, avec des sacs de couchage trouées, exposés à un froid incessant et intense. La journée du 10 juillet, à 7 900 mètres d'altitude, démarre avec des conditions météo plus clémentes et une bonne visibilité qui leur permet d'apercevoir les tentes de l’expédition coréenne à 7 300 mètres et, pour en profiter, ils commencent à descendre rapidement la pente raide et couverte par une épaisse couche de glace. Il est environ 10 h 30 quand Kukuczka, qui vient d’alerter Piotrowski de la dangerosité de la descente, voit un des crampons de son compagnon se détacher. Dans la tentative désespérée de trouver un appui sur la paroi glacée l'autre crampon se détache aussi et Piotrowski plonge dans le vide. En chutant, il tombe sur Kukuczka qui tient le coup grâce au piolet enfoncé dans la glace mais il ne peut malheureusement rien faire pour son compagnon. Après 5 heures et demie Jerzy Kukuczka arrive au camp coréen qui est vide. Épuisé, il s'écroule dans une tente et il se réveille 20 heures plus tard. Dans l'après-midi du 11 juillet, il commence la descente vers l'autre camp coréen en croisant deux alpinistes de l'expédition asiatique qui communiquent à Janusz Majer les tristes nouvelles de la mort de Piotrowski. Le 12 juillet, il arrive enfin au camp de base d'où il repart quatre jours après[19].

Shishapangma en 1987[modifier | modifier le code]

Depuis le début de son aventure himalayenne, Jerzy Kukcuczka est séduit par l'« aura d'inconnu » qui entoure le Shishapangma[20]. En 1983 il planifie avec W. Kurtyka une ascension illégale (à l'époque l'accès au Shishapangma est interdit aux Polonais) par la crête nord-ouest. Les années passent mais le rêve de gravir le Shishapangma reste intact. Après plusieurs échanges diplomatiques entre Pékin et Varsovie, Jerzy Kukuczka et son expédition reçoivent enfin, de la part du gouvernement chinois, l'autorisation tant attendue (pour la première fois accordée aux alpinistes d'un pays du bloc soviétique). Au début du mois d'août 1987 les membres de l'expédition internationale sont tous déjà à Katmandou : les Polonais Wanda Rutkiewicz, Artur Hajzer, le Dr Lech Korniszewski, Janusz Majer, Ryszard Warecki et Jerzy Kukuczka, les Mexicains Elsa Avila et Carlos Carsolio, les Françaises Christine de Colombel et Malgorzata Bilczewska-Fromenty, l'Anglais Alan Hinkes, l'Équatorien Ramiro Navarrete et l'Américain Steve Untch. Le 28 août, Jerzy Kukuczka, qui a choisi Artur Hajzer comme compagnon d'escalade, quitte le camp de base pour atteindre le camp 1 à 6 400 mètres d'altitude. Le but de cette première ascension est de s'acclimater rapidement à la haute altitude en gravissant le Yebokangal (7 365 m), qui fait face au Shishapangma au nord. Un deuxième camp est établi au pied du couloir qui sépare les deux sommets. Le 31 août, Jerzy Kukuczka et Artur Hajzer arrivent au sommet vierge du Yebokangal d'où ils peuvent admirer et étudier l'imposant Shishapangma. De retour au camp de base, les conditions météorologiques empirent rapidement en les contraignant à un long repos forcé jusqu'au 14 septembre. Dans l'après-midi ils quittent le camp de base pour profiter de l'accalmie météo et, après avoir dépassé le camp 1, bivouaquent à 6 800 mètres. Le 15 septembre ils commencent à gravir la crête nord-ouest mais l'avancée s'avère difficile en raison de l'épaisse couche de neige fraîche qui rend la marche épuisante et qui les oblige à bivouaquer pour deux nuits consécutives à haute altitude. Les difficultés techniques de l'escalade sont multiples avec des traversées très exposées aux avalanches, des passages risqués entre corniches de neige et le manque d'appui des crampons à cause de la couche de neige sur les rochers, mais Jerzy Kukuczka et Artur Hajzer réussissent à les surmonter en arrivant au sommet ouest qui n'a encore jamais été gravi. Depuis le sommet ouest, ils atteignent rapidement le sommet central où ils retrouvent Elsa Avila, Carlos Carsolio et Wanda Rutkiewicz qui ont suivi la voie normale.

En gravissant le Shishapangma, Jerzy Kukuczka est devenu le deuxième homme de la planète, après Reinhold Messner, à avoir réussi un tel exploit. Depuis le sommet de son 14e et dernier 8 000, il regarde le coucher de soleil, avec les montagnes plus basses déjà enveloppées par la nuit et à l'occident l'imposante crête ouest du Manaslu. Le jour suivant, il redescend vers le camp de base par la voie normale en utilisant les skis que Ryszard Warecki lui a amenés le jour précédent.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « KUKUCZKA - LE FILM », sur www.filigranowa.com (consulté le 27 avril 2018)
  2. Sylvain Jouty, Hubert Odier, Dictionnaire de la Montagne, Presses de la Cité, 2009 (ISBN 2258079802)
  3. Walter Bonatti, The mountains of my life, Penguin Classics (ISBN 978-0-141-95716-6)
  4. a et b (en) Jerzy Kukuczka, Challenge the Vertical, Poland, (ISBN 9788393789672), p. 9
  5. (en) « Site d'escalade de Podlesice »
  6. Pawel Wysoczanski, Jurek (doumentaire), Pologne, 2014
  7. (en) [PDF] Ingeborga Doubrawa-Cochlin, A Tribute to Jerzy Kukuczka (1948- 1989), Alpine Journal
  8. (en) C. J. Leger, Routes up to K2’s summit, Base Camp Magazine, 9 juin 2017
  9. (en) Adam Zyzak, « Nanga Parbat, Rupal Face Attempt », American Alpine Journal AAJ,‎ , p. 627 (lire en ligne)
  10. (en) Marek Brniak, « Lhotse, Polish Ascent », American Alpine Journal AAJ,‎ , p. 609 (lire en ligne)
  11. (en) Wojciech Kurtyka, « Gasherbrum II and Hidden Peak - New Routes », American Alpine Journal AAJ,‎ , p. 37-42 (lire en ligne)
  12. (en) Jerzy Kukuczka, Challenge the Vertical, Katowice, Poland, The Great Main Foundation, , 260 p. (ISBN 978-83-937896-7-2), p. 101-118
  13. (en) Jerzy Kukcuzka, Challenge the Vertical, Katowice, Poland, The Great Man Foundation, , 260 p. (ISBN 978-83-937896-7-2), p. 104
  14. (en) Adam Bilczewski, « Dhaulagiri 1984-85 », The Himalyan Journal n.43,‎ (lire en ligne)
  15. (en) Elizabeth Hawley, « Dhaulagiri, Winter Ascent, January 1985, Correction », American Alpine Journal AAJ,‎ , p. 246 (lire en ligne)
  16. (en) Elizabeth Hawley, « Dhaulagiri, Winter Ascent », American Alpine Journal AAJ,‎ (lire en ligne)
  17. (en) Andrzej Zawada, « Cho Oyu's Three-Kilometer-High Face », American Alpine Journal AAJ,‎ , p. 7-13 (lire en ligne)
  18. (en) J. Nyka, « Kangchenjunga, First Winter Ascent and Tragedy, 1986 », American Alpine Journal,‎ , p. 215 (lire en ligne)
  19. Jerzy Kukuczka, traduit par Ingeborda Dowbrava-Cochlin, (en) « K2's South Face, American Alpine Journal », sur American Alpine Journal
  20. (en) Jerzy Kukuczka, « Shisha Pangma, my Fourteenth 8000er », American Alpine Journal AAJ,‎ (lire en ligne)