Divinité

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Dieux protecteurs sculptés de part et d'autre du pas de la porte (Gyeongju, Nord de la province de Gyeongsang, Corée-du-Sud).
Cet article traite du concept de « dieu (nom commun) ». Pour « Dieu » (nom propre, avec une majuscule), dans les monothéismes et dans la réflexion philosophique, consulter l'article Dieu. Des articles spécifiques traitent aussi du Dieu unique du judaïsme (YHWH et Elohim), du christianisme (Trinité chrétienne), de l'islam (Allah) et du zoroastrisme (Ahura Mazdâ), entre autres.

Une divinité, une déité ou un dieu est un être supra naturel, objet de déférence dans différentes religions. Le mot divinité est également utilisé pour désigner l'essence de ces mêmes entités, ou la qualité de quelque chose de suprême ou de divin. Selon les Définitions du pseudo-Platon, un dieu est un "vivant immortel, qui se suffit à lui-même pour atteindre au bonheur ; réalité éternelle, cause du bien"[1].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot français « dieu » vient du latin deus, lié aux mots dies (jour), et diluvium (ciel ouvert) ; il est apparenté au sanskrit div et diu (ciel, jour et luminosité).

Religions monothéistes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dieu.

Dans les religions monothéistes, il n'existe qu'un seul dieu. Le mot Dieu devient alors un nom propre, qui prend une majuscule et désigne l'entité suprême, unique, immatérielle, transcendante, universelle et créatrice unique de toute chose.

« Credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, factorem cæli et terræ, visibilium omnium, et invisibilium […][2]. »

— Symbole de Nicée

« اشهد ان لآ اِلَـهَ اِلا الله و أشهد ان محمدا رسول الله [3] »

— Chahada

Dans ces religions, le nom commun "dieu" n'est utilisé que pour désigner ce qui est considéré par elles comme de faux dieux :

« Vous avez porté la tente de Moloch et l'étoile du dieu Remphan. Ces images que vous avez faites pour les adorer ! Aussi vous transporterai-je au-delà de Babylone. »

— Actes 7:43

Religions polythéistes[modifier | modifier le code]

Les religions polythéistes envisagent l’existence de divinités (dieux ou déités) qui entretiennent entre elles des relations plus ou moins structurées et dont les influences sur le monde des mortels sont variées.

Dieux de l'Égypte antique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Divinités égyptiennes.

Dieux de la Grèce et de la Rome antiques[modifier | modifier le code]

Chez les Amérindiens[modifier | modifier le code]

En Chine[modifier | modifier le code]

Divinités orientales[modifier | modifier le code]

Dans l'hindouisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Divinités du Sanatana Dharma.

Dans l'hindouisme, certaines divinités sont considérées comme des émanations (ou avatars) d’autres dieux, ou d’une divinité primordiale unique.

Dans le bouddhisme[modifier | modifier le code]

Dans le bouddhisme, les divinités, ou devas[4] sont des êtres dotés de conditions de vie extrêmement favorables (longévité, puissance, jouissances, etc.) acquises par leurs mérites antérieurs. Cependant même s'ils n'épuisent pas tout leur karma personnel, ils se retrouvent dans la même situation que tous les êtres des "six domaines d'existence" et doivent encore renaître selon leurs mérites. Leur statut est donc équivalent à celui des êtres humains.

Leur condition est à double tranchant puisque : 1) leurs facultés peuvent renforcer le sens de leur valeur personnelle et 2) la facilité de leur vie leur fait négliger des enjeux supérieurs. Orgueil et inconscience, ce sont là deux obstacles à la recherche de l'Éveil bouddhiste et à la génération de l'esprit d'Éveil (Bodhicitta). Cependant des Bouddhas surviennent aussi dans le domaine divin, et certains dévas, tels que Shiva, sont dits s'être « convertis ». Ils peuvent être devenus Bodhisattvas, et c'est à cette condition seulement qu'on pourra leur accorder une quelconque dévotion.

Dans ce sens la condition humaine est la plus favorable à l'Éveil, puisqu'elle se tient au juste milieu des conditions extrêmes d'aisance divine et d'accablement infernal. C'est pourquoi on dit que même les dieux doivent passer par notre condition pour accéder à la Bouddhéité.

D'autre part le Bouddha historique, appelé Shakyamuni, n'est pas confondu avec Dieu au sens occidental, ni les divers Bouddhas confondus avec des dieux éternels, au sens gréco-romain.

Paganisme[modifier | modifier le code]

Dans le paganisme, les dieux sont des éléments, des forces et des puissances immanentes. Les hommes doivent se les concilier par des rituels de toute nature.

Chez les penseurs orphiques, la théogonie fait intervenir, du moins dans le Papyrus de Derveni (IVe siècle av. J.-C.) successivement : Nuit, Protogonos (= Mêtis), Ouranos (~ Gaîa), Kronos et Zeus.

Chez les philosophes néoplatoniciens, la théologie devient complexe, surtout avec Syrianos (vers 435) et Proclos. Selon Proclos (Commentaire du Parménide, VI, 1061-1063), Syrianos a été le seul à découvrir le principe de l'interprétation de Parménide de Platon, selon lequel tout ce qui est nié dans la première hypothèse est affirmé dans la deuxième et détermine les ordres divins qui procèdent de l'Un. Dans la première hypothèse, l'Un est affirmé, dans la seconde les dieux subordonnés à l'Un. Il aurait décomposé la seconde hypothèse du Parménide de Platon en quatorze parties correspondant à la procession de tous les degrés de l'être : les trois triades des dieux intelligibles (= l'être), les trois triades des dieux intelligibles-intellectifs (= la vie), les deux triades des dieux intellectifs (= l'intellect), la septième divinité (= la séparation des dieux supérieurs avec les dieux du monde) ; les dieux hypercosmiques (= les chefs), les dieux hypercosmiques-encosmiques (= les dieux détachés du monde), les dieux encosmiques (= les dieux célestes et sublunaires), les âmes universelles, enfin les êtres supérieurs (anges, démons et héros) (R. L. Cardullo)[5]. Dans son Commentaire sur le Timée, Proclos admet neuf niveaux de réalité : Un, être, vie, esprit, raison, animaux, plantes, êtres animés, matière première. Il pose une hiérarchie des dieux en neuf degrés : 1) l'Un, premier dieu ; 2) les hénades ; 3) les dieux intelligibles ; 4) les dieux intelligibles-intellectifs ; 5) les dieux intellectifs ; 6) les dieux hypercosmiques ; 7) les dieux encosmiques ; 8) les âmes universelles ; 9) les anges, démons, héros (Pierre Hadot). "Je prie les dieux intelligibles de m'accorder un intellect parfait ; les dieux intellectifs, une puissance élévatrice ; les dieux chefs de l'univers, qui sont au-delà du ciel, une activité détachée et séparée des connaissances matérielles ; les dieux qui ont reçu en lot le monde, une vie ailée ; les chœurs angéliques, une révélation véridique des choses divines ; les bons démons, la plénitude de l'inspiration venant des dieux ; et enfin les héros, un état d'âme magnanime, grave et sublime"[6]

Néopaganisme[modifier | modifier le code]

Wicca[modifier | modifier le code]

Le mouvement néopaganiste Wicca (première moitié du XXe siècle) est dualiste, mais la Déesse, figure principale, est parfois adorée seule comme dans la Wicca dianique. Toutefois, la plupart des wiccans croient en une double déité représentée par une Grande déesse et un Dieu cornu considérés comme des polarités complémentaires et l'incarnation des forces de la nature[7]. La Grande déesse est la mère et l'épouse du Dieu cornu. Elle l'engendre et l'épouse annuellement avant qu'il ne meure à Samhain, en référence aux croyances celtes. Elle est la Terre, source de toute vie, il est le Ciel fécondant. Cette déesse peut être appelée de tous les noms connus de déesses, de même le Dieu Cornu porte de multiples épithètes empruntées aux diverses mythologies. Selon Stéphane François, la Wicca « renvoie à un discours écolo-panthéiste de nature universaliste et à un paganisme créé de toutes pièces[8]. »

La Wicca dianique appelée aussi « sorcellerie dianique[9] » est fondée par Zsuzsanna Budapest, en lien avec les mouvements féministes des années 1970. Selon Falcon River, elle est pratiquée dans des groupes exclusivement féminins[9].

Diverses doctrines[modifier | modifier le code]

Diverses doctrines religieuses et philosophiques s'affrontent[10].

  • L'agnosticisme refuse de se prononcer sur l'existence de Dieu. scepticisme à l'égard de l'existence de Dieu. Ex. : Thomas Huxley[11].
  • L'athéisme nie l'existence de Dieu. Ex. : Diagoras, le baron d'Holbach, Marx.
  • Le déisme, par opposition au théisme, admet Dieu, créateur du monde, organisateur, mais pas qu'il soit personnel, juge. Ou bien, c'est la "religion naturelle" : on croit en Dieu, mais sans dogmes, rites et croyances des religions. Ou bien, selon Kant : le déiste voit en Dieu "un être qui a toute réalité mais qu'on ne peut pas déterminer plus étroitement" alors que le théiste pense qu'on peut "concevoir un être qui contient en soi, par son entendement et sa liberté, le principe premier de toutes choses" (Critique de la raison pure)[12]. Ex. : John Toland, Voltaire[13], Lessing.
  • L'hénothéisme désigne un système polythéiste dans lequel une divinité occupe une place plus importante que les autres. On rend un culte à un seul Dieu, sans exclure l'existence des autres. Ex. : selon Thomas Römer, la religion israélite ancienne est un hénothéisme, "le culte préférentiel d'une divinité ethnique parmi d'autres", car le monothéisme n'apparaît qu'au moment de l'Exil, dans les oracles du deuxième Ésaïe et dans la dernière rédaction du Deutéronome (4:39) : "C'est Yahvé qui est Dieu, en haut dans le ciel et en bas sur la terre, et il n'y en a pas d'autre"[14].
  • Le monothéisme, par opposition au polythéisme, n'admet qu'un seul Dieu, distinct du monde, transcendant. Ex. : le christianisme, l'islam.
  • Le panthéisme identifie Dieu au monde. Ex. : le stoïcisme, Spinoza.
  • Le polythéisme admet l'existence de plusieurs dieux. Ex. : l'hindouisme, le paganisme grec et romain.
  • Le théisme admet l'existence d'un Dieu créateur du monde, personnel, juge, rémunérateur. "Pour Diderot[15], le théisme et l'athéisme ont en commun le refus de toute révélation, mais alors que le théisme reconnaît l'immortalité de l'âme et l'idée de punition ou de récompense future, le second les récuse."[16] Ex. : le christianisme, Jean-Jacques Rousseau[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pseudo-Platon, Définition, in Platon, Œuvres complètes, Flammarion, 2008, p. 288.
  2. « Je crois en un seul Dieu, Père tout-puissant, Créateur de toutes choses visibles et invisibles […]. »
  3. « J'atteste qu'il n'y a pas d'autre divinité que Dieu et que Mohammed est son envoyé. »
  4. Les dévas dans le bouddhisme des "Anciens" : Maha-samaya Sutta et aussi: Les 31 plans d'existence
  5. R. L. Cardullo, Siriano. Esegeta di Aristotele, t. I, Florence, 1995.
  6. Proclos, Commentaire du 'Parménide' (vers 470 ?), I, Les Belles Lettres, t. I, 2007, p. 1.
  7. (en) Joanne Pearson et Roberts, Richard H ; Samuel, Geoffrey, Nature Religion Today : Paganism in the Modern World, Edinburgh, Edinburgh University Press, (ISBN 978-0-7486-1057-0, lire en ligne), p. 6
  8. Le néo-paganisme et la politique : une tentative de compréhension article de Stéphane François dans Raisons politiques n°25 2007/1, p. 130.
  9. a et b Falcon River (2004) The Dianic Wiccan Tradition, The Witches Voice, consulté le 16/09/2012.
  10. André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, 1923, 1968. Paul Poupard (dir.), Dictionnaire des religions, PUF, 1984.
  11. Thomas Huxley, Collected Essays, vol. V, 2010, 2015 : Science and Christian Tradition. Essays, 7 : "Agnosticism" (1889), "Agnosticism: A rejoiner" (1889), 9 : "Agnosticism and Christianity" (1889) [1]
  12. Kant, Critique de la raison pure (1781), trad., in Œuvres philosophiques, Gallimard, coll. "Pléiade", t. I, 1980, p. 1238-1240.
  13. Voltaire, Traité sur la tolérance (1763).
  14. Thomas Römer, La Bible, quelles histoires !, Bayard, 2014, p. 216-217.
  15. Diderot, Suite à l'Apologie de M. l'abbé de Prades (1753), in Œuvres complètes, Brière, 1821, t. I, p. 450.
  16. Christian Godin, Dictionnaire de philosophie, Fayard, 2004, p. 306.
  17. Jean-Jacques Rousseau, "Profession de foi du vicaire savoyard", in Émile, ou De l'éducation (1762), livre IV, Gallimard, coll. "Folio", p. 401-442.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gerardus Van der Leeuw, La religion dans son essence et ses manifestations (1925, 1948), trad., Payot, 1970, 693 p.
  • Paul Diel, La divinité: étude psychanalytique, PUF, 1950.
  • Paul Poupard (dir.), Dictionnaire des religions, PUF, 1984, p. 413-440.
  • Paul Diel, La divinité: le symbole et sa signification, Payot, 1991.
  • Georges Dumézil, Les dieux des Indo-Européens, PUF, 1952.
  • Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, préface de Georges Dumézil, traduction du roumain, édition revue et corrigée par Georges Dumézil, Paris, Payot, « Bibliothèque scientifique », 1949 ; nouvelle édition, 1964 ; 1974. (ISBN 2-228-50091-7) ; « Petite bibliothèque Payot », 1977 (ISBN 2-228-33120-1) ; 1983 (ISBN 2-228-13310-8) ; 1989 (ISBN 2-228-88129-5).
  • Karel Van der Toorn ; Bob Becking ; Pieter Willem Van der Horst, Dictionary of deities and demons in the Bible (DDD), Brill, 1995, XXXVI-1774 p.
  • Liliane Voyé, Jean Remy, Figures des Dieux: rites et mouvements religieux : hommage à Jean Remy, De Boeck Université, 1996, 350 p.
  • Patrick Jeans-Baptiste, Dictionnaire universel des dieux, déesses et démons, Paris, Seuil, 2016, 944 p.