Lucia Moholy

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Lucia Moholy
Image dans Infobox.
Lucia Moholy par László Moholy-Nagy entre 1924 et 1928.
Biographie
Naissance
Décès
(à 95 ans)
Zurich, Suisse
Nom de naissance
Lucia Schulz
Pseudonyme
Ulrich Steffen
Nationalité
Formation
Activité
Conjoint
Autres informations
A travaillé pour
Domaine
Mouvement
Œuvres principales
A Hundred Years of Photography : 1839-1939 (1939)

Lucia Moholy, née Lucia Schulz (, Prague - , Zurich) est une photographe originaire de République Tchèque.

Sa photographie documente l'architecture et les créations artistiques de l'école du Bauhaus et présentait ces travaux à un public post Seconde Guerre mondiale[1].

La photographe est rarement créditée pour son travail, qui est principalement attribué à László Moholy-Nagy ou à Walter Gropius, fondateur du Bauhaus[2].

La fascination visuelle de ses images fait de Lucia Moholy, une icône de la photographie moderne[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1912, Lucia Schulz obtient le titre de professeure d'allemand et d'anglais, avant de poursuivre ses études de philosophie, philologie et d'histoire de l'art à l'Université de Prague.

De 1915 à 1918, elle travaille comme rédactrice et éditrice pour plusieurs maisons d'édition en Allemagne, dont Hyperion et Kurt Wolff à Berlin[4].

À partir de 1919, elle publie de la littérature expressionniste radicale sous le pseudonyme d'Ulrich Steffen. La même année, elle s'installe dans la Barkenhoff d'Heinrich Vogeler à Worpswede près de Brême.

En 1920, elle rencontre l'artiste hongrois László Moholy-Nagy qu'elle épouse le jour de son 27e anniversaire en janvier 1921. Le couple s'installe près de cinq années à l'école du Bauhaus, où Lucia Moholy explore ses affinités avec la photographie[3].

Le Bauhaus et la Nouvelle objectivité[modifier | modifier le code]

En 1923, alors que László Moholy-Nagy devient l'une des figures référentes du Bauhaus, Lucia Moholy est technicienne de chambre noire dans son laboratoire. Elle devient sa principale collaboratrice. Elle est également élève du studio de photographie d'Otto Eckner.

De 1923 à 1925, elle œuvre comme photographe indépendante au Bauhaus de Weimar. Elle occupe le même poste au Bauhaus Dessau de 1925 à 1928[5].

De 1925 à 1926, elle étudie les techniques photographiques et d'impression à l'Académie des arts visuels de Leipzig, d'où elle sort avec un diplôme de photographe qualifiée. L'artiste documente l'intérieur et l'extérieur de l'architecture du bâtiment, ses installations, ainsi que les étudiants et les enseignants[6]. Ses choix esthétiques font partie du Neue Sachlichkeit (Nouvelle objectivité) qui se concentre sur la documentation d'un point de vue simple[4].

Ses photographies du Bauhaus, des maisons de maîtres et de la gamme des objets des ateliers du Bauhaus ont durablement façonné l'image et l'identité de l'école d'art. Elle expérimente différents processus dont le photogramme. Dans de nombreuses publications, l'ensemble des œuvres produites du couple sont attribuées à László Moholy-Nagy[4]. En 1925, l'ouvrage Malerei, Photografie, Film est publié sous le seul nom de son mari[7],[8].

Après avoir quitté le Bauhaus en 1928, elle travaille pour Mauritius, la plus ancienne et la plus grande agence photographique d’Allemagne, et participe à l'exposition du Deutscher Werkbund (Fédération du travail allemand), Film und Foto à Stuttgart en 1929[9]. L’événement présente des artistes travaillant dans l'esthétique de la New Vision.

La même année, elle se sépare de László Moholy-Nagy[3].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Lucia Moholy enseigne la photographie dans une école d'art privée à Berlin dirigée par le peintre suisse Johannes Itten. En 1933, lorsque le Parti national-socialiste des travailleurs allemands arrive au pouvoir, elle est contrainte d'émigrer[10]. Son conjoint de l'époque, un député communiste, est arrêté dans son appartement un jour où elle est sortie. Elle part à Prague, où elle s'installe un temps avec sa famille, puis s'enfuit pour la Suisse, l'Autriche et Paris, avant de finalement s'installer à Londres[11].

Londres[modifier | modifier le code]

En Angleterre, elle se concentre sur la photographie commerciale, le portrait et l'enseignement.

Elle est l'auteure de A Hundred Years of Photography, 1839-1939. Un ouvrage rédigé en anglais et qui relate avec précision l'histoire du médium[12].

L'immeuble Bauhaus de Dessau en 1986.

Elle est également à l'origine d'une opération sur microfilm basée à la London Science Museum Library, pour l'Association des bibliothèques spéciales et des bureaux d'information (Aslib)[13]. Le processus vise à réduire l'échelle des documents photographiques et de les conserver dans les archives de la London Science Museum Library[14].

Proche et Moyen-Orient[modifier | modifier le code]

De 1946 à 1957, immédiatement après la guerre, elle se rend au Proche et au Moyen-Orient dans le cadre de projets mis en place par l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO). Lucia Moholy réalise des processus de reproduction photographique de matériel graphique et des films documentaires[6].

Suisse[modifier | modifier le code]

En 1959, elle déménage à Zollikon, en Suisse, où elle écrit sur la période du Bauhaus et se concentre sur la critique d'art[4].

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Bien que ses images ont été utilisées pour le marketing et les catalogues de vente de l'école du Bauhaus, ainsi que dans des ouvrages qu'elle a elle-même édité sur le mouvement, son travail lui est rarement publiquement attribué[15].

Logo du Bauhaus, créé en 1922 par Oskar Schlemmer.

Lors de sa fuite du régime nazi, Lucia Moholy laisse l'ensemble de ses œuvres à Berlin, y compris les négatifs de ses photographies du Bauhaus[16]. Les films sont finalement conservés par Walter Gropius. Pendant son séjour à Londres, l'intérêt et la notoriété du Bauhaus augmente et de nombreux catalogues du Bauhaus sont édités avec ses images perdues, sans la créditer[3].

En 1938, lors d'une rétrospective sur le Bauhaus au Musée d'Art Moderne (MoMA), Walter Gropius utilise près de cinquante photographies de Lucia Moholy pour la mise en place de l'exposition et du catalogue qui l'accompagne sans la créditer une seule fois[17]. La photographe a à plusieurs reprises démarché Walter Gropius pour réclamer ses images, sans succès. Elle engage alors un avocat à la suite de la dépossession de son travail, qu'elle ne retrouve qu'en partie dans les années 1960[16],[18].

En 1972, elle publie Moholy-Nagy Notes comme une dernière tentative, afin de récupérer le droit des images éditées sans sa permission[15].

Publications[modifier | modifier le code]

  • A Hundred Years of Photography : 1839-1939, Lucia Moholy, Pelican, Penguin Books Limited, 182p, 1939, ASIN B000ZK32N2

Expositions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Jeannine Fiedler, Photography at The Bauhaus, The MIT Press, , 362 p. (ISBN 0-262-06126-0)
  2. (en) Tate, « Lucia Moholy - Bauhaus Building, Dessau - 1925–6 », sur http://www.tate.org.uk,
  3. a b c et d (en) « Lucia Moholy : Bauhaus100 », sur www.bauhaus100.de (consulté le )
  4. a b c et d (en) Naomi Blumberg, « Lucia Moholy | Bohemian-born British photographer, teacher, and writer », Encyclopedia Britannica,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. (en) Harvard, « From the Harvard Art Museums’ collections Bauhaus Masters' Housing, Dessau, 1925-1926: Director's house: view into bedroom », sur www.harvardartmuseums.org (consulté le )
  6. a et b (de) Rolf Sachsse, Lucia Moholy : Bauhaus Fotografin : mit Texten, Briefen und Dokumenten, Bauhaus-Archiv Berlin, , 164 p. (ISBN 3-930929-01-5)
  7. « Malerei, Photographie, Film | Object:Photo | MoMA », sur www.moma.org (consulté le )
  8. (de) Laszlo Moholy-Nagy, Malerei, Fotografie, Film, Mann, 1925, réédition 2000, 149 p. (ISBN 3-7861-1465-X)
  9. « Mauritius Images », AFP.com,‎ (lire en ligne, consulté le )
  10. (de) Deutsche Biographie, « Moholy, Lucia - Deutsche Biographie », sur www.deutsche-biographie.de (consulté le )
  11. (de) Jutta Dick et Marina Sassenberg, Jüdische Frauen im 19. und 20. Jahrhundert : Lexikon zu Leben und Werk, Rowohlt Tb., , 415 p. (ISBN 3-499-16344-6)
  12. (en) Lucia Moholy, A hundred years of photography : 1839-1939, Pelican, Penguin books limited, , 182 p. (ASIN B000ZK32N2)
  13. (en) Fidelia Ibekwe-Sanjuan, Fabrice Papy, La science de l'information : Origines, théories et paradigmes, Cachan, Hermes Science Publications, , 261 p. (ISBN 978-2-7462-3912-8, lire en ligne)
  14. (en) Lucia Moholy, The ASLIB microfilm service : the story of its wartime activities, Londres, Journal of Documentation, Vol. 2 No.3, , p. 73-147
  15. a et b Meghan Forbes, « “What I Could Lose”: The Fate of Lucia Moholy », Michigan Quarterly Review, vol. 55, no 1,‎ (ISSN 1558-7266, lire en ligne, consulté le )
  16. a et b (en-US) Sam Greenspan, « Photo Credit : Negatives of the Bauhaus », 99% Invisible,‎ (lire en ligne, consulté le )
  17. (en) « Collection Lucia Moholy », sur The Metropolitan Museum of Art, i.e. The Met Museum (consulté le )
  18. (de) Bauhaus-Archiv / Museum für Gestaltung, Anja Guttenberger, Bauhaus.photo : bauhaus.foto : 100 Fotos aus der Sammlung des Bauhaus-Archiv Berlin, Bauhaus-Archiv Museum für Gestaltung, , 142 p. (ISBN 978-3-922613-46-6 et 3-922613-46-2)
  19. Museo San Telmo, « Lucia Moholy, cent ans après - Museo San Telmo », sur www.santelmomuseoa.eus (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]