Louis Alibert

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Adrien Louis Marie Alibert[1],[2],[3],[4], dit Louis Alibert (Loís Alibèrt en occitan selon la norme classique), né le à Bram dans l'Aude et mort le à Montpellier, est un linguiste français d’expression française et languedocienne auteur entr'autre du livre Grammatica occitana segon los parlars lengadocians.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans le Lauragais, il est le fils de Jacques Alibert et de Françoise Lanes (Francesca Lanas), ses parrains et marraines sont Stanislas Lanes (Estanislau Lanas) et Maria Dazilha[5]. Il grandit dans une famille de paysan où l'on parle occitan. Après l'obtention de son baccalauréat à Carcassonne, Alibert choisi la faculté de pharmacie de Toulouse pour poursuivre ses études. Son intérêt pour l'histoire et la philologie occitanienne[6],[7] lui font fréquenter en parallèle les bancs de la faculté de lettres où il bénéficie des enseignements de Joseph Anglade. Alibert s'établit comme pharmacien à Montréal, où il demeure de 1912 à 1942. En décembre 1912, il épouse Marie-Louise Latour, qui donne naissance l'année suivante à leur fils unique, Henri, mort en 1943 en Allemagne. Après la Grande Guerre, il se lance dans la vie politique locale et se présente sans succès aux élections municipales contre la liste du parti radical-socialiste. Lecteur de Maurice Barrès, il rejoint l’Action française.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Ajourné en 1905 et en 1906, Alibert est incorporé dans le 81e régiment d'infanterie en 1907. Il fait ses classes dans la disponibilité le puis est placé en réserve le jusqu'à son rappel sous les drapeaux au début du mois d'. Il effectue sa première période d'exercices du au dans le 113e régiment d'infanterie et la deuxième dans le 148e régiment d'infanterie. Alibert participe à la Première guerre mondiale, au cours de laquelle il est nommé caporal le , pharmacien auxiliaire le , pharmacien aide-major de 2ème classe à titre temporaire le dans l'armée territoriale. Il est mis à la disposition du service de santé du 16e corps d'armée le qui l'affecte à l'hôpital complémentaire n°12 à Castelnaudary. Alibert est démobilisé le mais reste dans la réserve de l'armée territoriale jusqu'en 1925[1]. Il est nommé pharmacien aide-major de 1ère classe en 1924[2],[3] et libéré de ses obligations de service militaire en 1932.

L'œuvre pour la langue occitane[modifier | modifier le code]

Louis Alibert adhère au Félibrige, à l'Escòla mondina puis à l'Escòla occitana. En 1928 il devient secrétaire de la revue Terro d'Oc. Il publie Le lengadoucian literari (Toulouse 1928), Sèt elegios de Tibul et un article intitué « Poulitico d'abord » dans Terro d'Oc, auquel Pierre Azéma répond par un article « Poulitica Felibrenca ».

En 1929 il commence à collaborer à la revue Òc, par une rubrique, en avril, intitulée « Conversas filologicas ». C'est le début de son œuvre de réforme linguistique : il tente de concilier le système de Frédéric Mistral, basé sur la phonétique du provençal rhodanien du XIXe siècle et en partie sur les codes graphiques du français, celui d'Estieu et Perbosc, archaïsant, et celui de Pompeu Fabra, adapté au catalan[8].

En 1930 il fait partie des fondateurs de la Société d'études occitanes (SEO) dont il devient secrétaire et dont il est la cheville ouvrière. Dans les années suivantes, il transforme Òc en publication de la SEO.

Il publie en deux volumes (1935 et 1937), son œuvre majeure, la Grammaire occitane selon les parlers languedociens.

Gramatica occitana, grammaire occitane d'Alibert (réédition de 1976)

Alibert, persuadé que les occitans doivent suivre l'exemple catalan pour réussir leur entreprise nationaliste, apprend le catalan et entretien une correspondance en cette langue avec Josep Carbonell i Gener. Il fait partie de la délégation occitane venue participer à la commémoration du centenaire de la naissance de Frédéric Mistral organisé par la mairie de Barcelone et il prononce même le discours lors du banquet de clôture.

La période de Vichy[modifier | modifier le code]

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Louis Alibert a 56 ans et accueille avec enthousiasme la Révolution nationale du Maréchal Pétain.

Il participe au numéro spécial des Cahiers du sud intitulé « Le génie d'oc et l'homme méditerranéen » paru en avec deux contributions remarquables de Simone Weil[9],[10], dans lequel il fait part de ses espoirs d'une politique favorable aux langues régionales du gouvernement de Vichy[11].

Alibert participe à la fondation de la section de Montréal de la Légion française des combattants, mais en est exclu car il veut en faire une « association de combat et de défense de la Révolution nationale (ce qu'est aujourd'hui la milice) »[12]. Il est également adhérent au Groupe Collaboration d'Alphonse de Châteaubriant[12] dès sa création en 1941.

En , il écrit au préfet de Région pour tenter d'obtenir la reconnaissance de la Société d'études occitanes et l'attribution d'une charge de cours d'occitan nouvellement créée à sa demande à la faculté de Montpellier[12].

Après la Libération[modifier | modifier le code]

À la Libération, René Bach, un interprète français de la Gestapo, déclare pendant un interrogatoire que c'est la femme d'Alibert, Marie-Louise Latour, qui a dénoncé un résistant gaulliste et grand blessé de la guerre de 14-18, M. Balby, ingénieur des Ponts et Chaussées, mort en déportation. Si sa femme a nié les charges relevés contre elle, elle a cependant admis être l'auteur d'une lettre dénonçant plusieurs gaullistes[13] . Marie-Louise, « apparaissant comme un véritable génie du mal et comme douée par surcroit d'une redoutable perversité », est condamnée pour sa collaboration active à « dix années de travaux forcés pour atteinte à la sûreté de l'État » et Alibert à cinq année de prison[14] ; ils sont en outre condamnés à l’indignité nationale à vie.

Cette condamnation l'empêche de participer à l'émergence de l'occitanisme de l'après-guerre et de jouer un rôle dans la fondation de l'Institut d'études occitanes (IEO) en 1945, bien que la création de cet institut marque la consécration de son œuvre linguistique, puisque l'IEO adopte la norme classique, en se basant sur la Grammaire d'Alibert de 1935[15]. Il participe toutefois à l'adaptation de cette norme au dialecte gascon en compagnie de Jean Bouzet et Pierre Bec.

Louis Alibert meurt à Montpellier le . Il est inhumé à Bram[16].

L'héritage d'Alibert[modifier | modifier le code]

Un dictionnaire posthume et inachevé, le Dictionnaire occitan-français d'après les parlers languedociens, a été publié en 1966 grâce au travail de Robert Lafont, Raymond Chabbert et Pierre Bec sur ses manuscrits inédits.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Sept élégies de Tibulle traduites en languedocien, 1928
  • Le lengadoucian literari, Toulouse, 1928
  • Casemir Clotos, A la Clarou del calelh, pouesios lengodoucianos, amb un gloussèri de las paraulos las pus esguerrièras, per L. Alibert, Carcassonne, les impr. de Gabelle, 1932 (notice BNF)
  • Gramatica occitana segon los parlars lengadocians, 2 volumes, Societat d'estudis occitans, Toulouse, 1935, 1937 (notice BNF), 2nde édition en un volume, Centre d'estudis occitans, Montpellier, 1976 (notice BNF)
  • Les Troubadours de l'Aude, 1941 (Revue Pyrénées n°2)
  • Origine et destin de la langue d'Oc, 1942 (les Cahiers du Sud, numéro spécial "Le génie d'Oc et l'homme méditerranéen")
  • Sur quelques toponymes catalano-occitans dans l'Aude, 1956 (Revue internationale d'onomastique n° 2)
  • Toponymes de l'Aude, 1957 (Revue internationale d'onomastique n° 4)
  • Dictionnaire occitan-français selon les parlers languedociens, Institut d'études occitanes, 1966 (posthume) (notice BNF), 2e édition 1977 (notice BNF), 5e édition 1993 (notice BNF)
  • Proverbes de l'Aude (classés et mis en orthographe occitane par Raymond Chabbert), Vent Terral, Andouque, 1998, (ISBN 2-85927-072-8) (notice BNF)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Registre de recrutement du bureau de Carcassonne englobant l'arrondissement de Castres : états signalétiques des services n° 1 à 438.(1904) [1]
  2. a et b Journal officiel de la République française. : Lois et décrets, Paris, (lire en ligne)
  3. a et b Bulletin des sciences pharmacologiques : organe scientifique et professionnel [Bulletin des intérêts professionnels], Paris, (lire en ligne)
  4. Officiers supérieurs et subalternes : armée de Terre, Gendarmerie et services communs. Sous-série GR 8 YE. Lettres A à E. Classement numérique 1940-1960 [2]
  5. Louis Alibert leur dédicace le second volume de la Grammatica occitana segon los parlars lengadocians : « Laus / a mon aujols, a mon pairin, Estanislau Lanas / a ma mairina, Maria Dazilha / a ma maire, Francesca Lanas / totis de Bram en Lauragués / Que m'an tramés l'eiretage sagrat de nostra lenga. »
  6. À l'époque le terme « occitan » n'existe pas.
  7. Joseph Anglade, son professeur, est notamment connu pour avoir fait adopter le terme « occitanien » en lieu et place de « provençal » pour désigner la langue d'oc : « L’orthographe des parlers occitaniens modernes doit, à cause de la vérité de ces dialectes, présenter quelques souplesses. Une unité linguistique obtenue au moyen d’une orthographe trop archaïsante n’est qu’une unité factice et trompeuse. Seul un compromis entre la graphie ancienne et l’orthographe nous paraît viable. Joseph Anglade, Grammaire de l’ancien provençal ou ancienne langue d’oc : phonétique et morphologie, Paris, Ed. Librairie C. Klincksieck., , 484 p. (ISBN 978-2-2520-1953-5) »
  8. Alibert dans l'introduction de la Gramatica occitana : « Estimam qu'al punt de vista de la grafia, cal conciliar nòstras tradicions classicas, los resultats de l'estudi scientific de la lenga, la grafia mistralenca e la grafia catalana. » Ce qui donne en français : « Nous estimons que du point de vue de la graphie, il nous faut concilier les traditions classiques, les résultats de l'étude scientifique de la langue, la graphie mistralienne et la graphie catalane »
  9. « L'agonie d'une civilisation vue à travers un poème épique » et « En quoi consiste l'inspiration occitanienne », ont été réédités dans Écrits historiques et politiques, Paris, 1960, Gallimard, pp. 67-89.
  10. Domenico Canciani, "Des textes dont le feu brûle encore... Simone Weil, les Cahiers du Sud et la civilisation occitanienne", Cahiers Simone Weil, 2002, vol. 25, no 2, pp. 89-131.
  11. Il conclut ainsi son article sur la langue occitane : « Aujourd'hui, une nouvelle aurore se lève, qui promet de beaux jours à la langue d'Oc renaissante. Le gouvernement du maréchal Pétain vient de lui ouvrir la porte des écoles primaires et il nous promet la reconstitution de nos vieilles provinces. C'est le moment de répéter, à l'adresse de certains méridionaux et en guise de conclusion, ces vers d'un admirateur toulousain du poète Goudelin : Barbareus est istam nescit quicumque loquelam ».
  12. a b et c Lo Lugarn, n°71, printemps 2000.
  13. La Démocratie, 11 mars 1946, À la cour de justice de Montpellier : Les époux Alibert de Montréal sont condamnés aux travaux forcés et à la réclusion
  14. Lo Lugarn, n°67, p11 [3]
  15. Il est l'auteur d'un ouvrage sans nom d'auteur, La réforme linguistique occitane et l'enseignement de la langue d'oc, qui décrit l'orthographe classique de l'occitan, édité par l'IEO en 1950.
  16. René Nelli, Éloge de Louis Alibert, Carcassonne, 1959.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Français[modifier | modifier le code]

Catalan[modifier | modifier le code]

  • Manuel Alquézar i Montañés, La correspondència entre Loïs Alibert i Josep Carbonell i Gener : materials per a l'estudi de la codificació de la llengua occitana, Barcelone, Institut d'estudis catalans, Document utilisé pour la rédaction de l’article

Liens externes[modifier | modifier le code]