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Leoš Janáček

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Leoš Janáček
Description de cette image, également commentée ci-après
Leoš Janáček en 1914.
Naissance
Hukvaldy (Moravie, Empire d'Autriche)
Décès (à 74 ans)
Ostrava (Tchécoslovaquie)
Activité principale Compositeur, organiste
Conjoint Zdenka Schulzova (1865-1938)
Signature de Leoš Janáček

Œuvres principales

Leoš Janáček (prononcé en tchèque : /ˈlɛoʃ janˈaːt͡ʃɛk/ Écouter) , né le à Hukvaldy et mort le à Ostrava, est un compositeur tchèque.

Théoricien de la musique, folkloriste et professeur, il s'inspire des musiques folkloriques moraves et slaves pour créer un style musical original et moderne. Considéré durant la plus grande partie de sa vie comme un compositeur provincial anticonformiste, il se révèle internationalement au cours des dix dernières années de sa vie. Dans son pays natal, il inspire une nouvelle génération de compositeurs tchèques, dont plusieurs de ses élèves. Il est désormais considéré comme l'un des compositeurs les plus importants du début du XXe siècle et, aux côtés d'Antonín Dvořák et Bedřich Smetana, comme l'un des plus importants compositeurs tchèques.

Il manifeste très tôt des dons musicaux et fait ses études à Brno, Prague, Leipzig et Vienne. Il retourne ensuite vivre à Brno, où il épouse son élève Zdenka Schulzová et se consacre principalement à la recherche sur la musique folklorique morave et à la direction de l'école d'orgue. Ses premières œuvres sont influencées par des contemporains tels qu'Antonín Dvořák, mais au tournant du siècle, il commence à intégrer ses travaux sur le foklore et la perception des sons, ainsi que ses transcriptions de mélodies parlées, pour créer une synthèse personnelle qui définit son style. La mort de sa fille Olga en 1903 a un impact profond sur sa production musicale, qui se manifeste dans l'opéra Jenůfa, créé en 1904 à Brno.

Dans les années qui suivent, Janáček, frustré par le manque de reconnaissance à Prague, connaît enfin un regain de confiance grâce au succès d'une version révisée de Jenůfa au Théâtre national en 1916, qui lui ouvre sur le tard les portes des plus grandes scènes lyriques du monde. Ses œuvres ultérieures, dont un grand nombre sont influencées par la littérature tchèque et russe, ses sentiments panslavistes et son amour pour Kamila Stösslová, sont les plus célèbres. Parmi elles figurent des opéras tels que Katja Kabanova (1921), La Petite Renarde rusée (1924) et L'Affaire Makropoulos (1926) ; la Sinfonietta (1926) ; la Messe glagolitique (1927) ; la rhapsodie Taras Bulba (1921) ; ses deux quatuors à cordes et d'autres œuvres de musique de chambre.

Jeunesse et famille

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L'école de Hukvaldy, maison natale de Janáček.

Leoš Janáček, fils du maître d'école Jiří Janáček (1815-1866) et d'Amalie Grulichová (1819-1884), naît à Hukvaldy, en Moravie, qui fait alors partie de l'Empire d'Autriche, le . Neuvième enfant de la famille, il a treize frères et sœurs, dont huit atteignent l'âge adulte[1]. Jiří Janáček est aussi organiste de village, alors qu'Amalie chante et joue de l'orgue et de la guitare[1]. Enfant doué issu d'une famille modeste, il manifeste très tôt des dons pour le chant choral et se montre fasciné par les timbales depuis un incident survenu quand, à l'âge de six ans, il vole celles d'un village voisin car il n'y a en a pas à Hukvaldy[2].

En 1865, pour soulager sa famille nombreuse, son père le place comme pupille de la fondation de l'abbaye Saint-Thomas de Brno, où il fait partie de la chorale sous la direction de Pavel Křížkovský et joue occasionnellement de l'orgue[3]. Les enfants y reçoivent un enseignement général et jouent des œuvres de Joseph Haydn, Wolfgang Amadeus Mozart, Luigi Cherubini et Gioachino Rossini[4]. Janáček étudie la basse continue avec Gottfried Rieger et le contrepoint avec Antonín Novotný[4]. Un de ses camarades, František Neumann (en), décrit plus tard Janáček comme un « excellent pianiste, qui interprétait à la perfection les symphonies de Beethoven en duo avec un camarade, sous la supervision de Křížkovský »[5]. Le père de Janáček meurt en . Son oncle Jan, prêtre à Vnorovy, veille alors à lui envoyer régulièrement de l'argent et des vêtements[6].

Křížkovský considère Janáček comme un élève brillant mais difficile et indiscipliné[7]. Janáček se souvient pour sa part de Křížkovský comme d'un grand chef d'orchestre et d'un excellent professeur[8]. Après ses études à l'abbaye, qui se terminent en 1869, Janáček étudie l'enseignement à l'école normale de Brno. En , Janáček réussit ses examens de fin d'études, avec d'excellentes notes en musique, en histoire et en géographie[9].

Études et premières œuvres

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Janáček en 1874.

Janáček devient alors maître d'école assistant, et écrit ses premières compositions vocales quand il devient chef de chœur de l'Association des artisans de Svatopluk en [10],[11]. Pendant cette période, il écrit ainsi huit chœurs pour voix masculines[12]. Son Chant de guerre, créé en , attire l'attention[13].

En , il obtient son diplôme d'instituteur qui l'autorise à enseigner dans les écoles primaires[2]. Il ne souhaite cependant pas suivre une carrière d'enseignant, sa véritable vocation étant la musique[14]. Avec une recommandation de Křížkovský, il s'inscrit donc à l'école d'orgue de Prague, dirigée par František Skuherský, où il est autorisé à accomplir en une année le cycle de trois ans d'études[15]. Dans sa lettre de recommandation, Křížkovský écrit : « Ses dons musicaux, notamment pour l'orgue, sont exceptionnels et, s'il a la possibilité d'étudier la musique en profondeur, il deviendra un jour un musicien de grand talent. Son don hors du commun justifie ces espoirs »[16]. Son année d'études à Prague est marquée par la pauvreté ; sans piano dans sa chambre, il doit se contenter d'un clavier dessiné sur sa table[17].

Sa critique très dure de l'interprétation de la messe grégorienne par Skuherský est publiée dans le numéro de de la revue Cecilie, affiliée au mouvement cécilien, et entraîne son expulsion de l'école. Skuherský revient cependant sur sa décision, grâce à l'intervention du père Ferdinand Lehner, éditeur de la revue[18]. Le , Janáček obtient son diplôme avec les meilleurs résultats de sa promotion[19]. C'est pendant cette année à Prague qu'il rencontre Antonín Dvořák, de treize ans son aîné, qui est alors organiste à l'église Saint-Adalbert. Malgré leurs caractères très différents, les deux musiciens sont unis par une même obstination et l'amour du folklore slave[20].

À son retour à Brno, il gagne sa vie comme professeur de musique, dirige des chœurs amateurs et devient membre des Sokols[21]. À partir de 1876, il enseigne la musique à l'école normale de Brno. Parmi ses élèves figure Zdenka Schulzová, la fille d'Emilian Schulz, directeur de l'école[22]. En , il est élu chef de chœur de la Société philharmonique de Brno (Beseda brněnská). En 1881, Janáček quitte son poste, en réponse aux critiques, mais un déclin rapide de la qualité des performances conduit à son rappel en 1882[23]. Il en reste le chef de chœur et le chef d'orchestre jusqu'en 1888[24]. À partir de 1876, il co-organise régulièrement, avec la pianiste Amálie Wickenhauserová-Nerudová, des concerts de musique de chambre à la société Beseda. Il y donne parfois des œuvres de Dvořák en présence de ce dernier et compose en 1877 sa première œuvre orchestrale, une suite pour cordes[25].

De 1876 à 1879, il étudie les travaux d'Hermann von Helmholtz sur la perception des sons. Il privilégie dès lors les variations du langage et des bruits naturels, urbains ou mécaniques aux variations musicales artificielles[26]. Par la suite, il étudie aussi les travaux de Wilhelm Wundt sur la perception sensorielle[27].

En 1878, Janáček projette d'étudier avec Anton Rubinstein à Saint-Pétersbourg mais la lettre qu'il lui écrit dans ce sens n'arrive jamais à son destinataire[28]. D' à , il étudie le piano, l'orgue et la composition au Conservatoire de Leipzig. Il y compose des variations pour piano en si bémol majeur, sous-titré Variations pour Zdenka[29]. Insatisfait de la qualité de l'enseignement, et s'étant vu refuser une place auprès de Camille Saint-Saëns à Paris, Janáček entre au Conservatoire de Vienne où, d'avril à , il étudie la composition avec Franz Krenn[30]. Il dissimule son opposition au néo-romantisme de Krenn, mais il quitte les cours de piano de Josef Dachs après avoir été critiqué pour son style et sa technique pianistiques[31]. Il soumet une sonate pour violon, désormais perdue, à un concours du Conservatoire de Vienne, mais le jury la juge trop académique[32]. Janáček quitte le conservatoire en , déçu malgré le rapport personnel très élogieux de Franz Krenn[33].

Travaux musicaux à Brno et recherches folkloriques

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Janáček avec sa femme Zdenka, en 1881.

Janáček retourne à Brno où, le , il épouse sa jeune élève, Zdenka Schulzová, de onze ans sa cadette, tous deux s'étant promis l'un à l'autre dès 1879[34]. Les parents de Zdenka souhaitent que la cérémonie se déroule en allemand mais Janáček, qui prend cela comme une insulte, insiste pour qu'elle ait lieu en tchèque[35]. De manière générale, l'aversion de Janáček pour les institutions allemandes s'accentue durant les années 1880 et 1890[36]. Le premier enfant du couple, Olga, naît le . Cependant, ce mariage s'avère vite être une union malheureuse, l'anticonformisme de Janáček s'accommodant mal avec l'éducation stricte reçue par Zdenka. Zdenka quitte peu après le domicile conjugal avec sa fille lorsque Janáček lui apprend qu'il compte héberger sa mère vieillissante. Cette séparation dure deux ans[37]. Le deuxième, et dernier, enfant du couple, Vladimir, naît le mais meurt de la scarlatine le [38].

En , Janáček fonde l'école d'orgue de Brno et en est nommé directeur, poste qu'il occupe jusqu'en 1919, date à laquelle l'école devient le Conservatoire de Brno[39]. Outre l'orgue, l'école dispense aussi des cours de chant, et Janáček y enseigne également la théorie musicale. L'école d'orgue devient le projet de toute une vie pour Janáček et le terrain d'expérimentation de sa pensée théorique musicale[40]. En 1884, il fonde par ailleurs la revue musicale Hudební listy (Lettres musicales) à l'occasion de l'inauguration du Théâtre national de Brno[41].

Au milieu des années 1880, Janáček commence à composer de manière plus soutenue. Parmi ses œuvres notables, on compte les Quatre chœurs d'hommes (1885), dédiés à Antonín Dvořák, et son premier opéra, Šárka, composé en version piano-chant en 1887 et révisé l'année suivante[42]. Il écrit le livret de Šárka d'après une pièce de Julius Zeyer sans l'autorisation de celui-ci. Lorsque Zeyer refuse de la donner, Janáček abandonne ce projet pendant trente ans[43]. Au début de l'année 1887, il critique vivement l'opéra-comique Ženichové (Les Fiancés), du compositeur tchèque Karel Kovařovic, dans un article paru dans Hudební listy[44]. Cette critique de Janáček engendre apparemment une animosité réciproque et, par la suite, des difficultés professionnelles lorsque Kovařović, alors directeur du Théâtre national de Prague, refusera en 1904 de mettre en scène l'opéra Jenůfa de Janáček[45].

Toujours au milieu des années 1880, il se rapproche de l'ethnologue et linguiste František Bartoš qui partage avec lui une passion pour les chants folkloriques[46]. En 1888, Janáček et Bartoš entreprennent leur première expédition de collecte de chants folkloriques, dans la région de Hukvaldy. Le compositeur observe aussi les danses qui accompagnent les mélodies dans leur contexte authentique et spontané, et transcrit les accompagnements de cornemuse et de cymbales[40]. Leur coopération donne naissance à trois recueils de chants folkloriques en 1889, 1890 et 1901[47]. Avec ce travail d'ethnomusicologie, Janáček découvre la « profonde corrélation » qui existe entre le langage et la musique populaire[48]. Ses six Danses de Lachie pour orchestre (1889) sont l'accomplissement musical de ce travail de recherche[49]. Il utilise la plupart de ces danses, ainsi que d'autres, pour la musique du ballet Rákós Rákóczy, créé avec succès à Prague le [50]. Dès le début des années 1890, Janáček est le principal acteur de l'activité folklorique en Moravie et en Silésie, utilisant un répertoire de chants et de danses folkloriques arrangés pour orchestre et piano. Il enregistre lui-même la plupart de ces airs, mais il s'appuie également sur Xavera Běhálková, qui lui envoie entre 70 et 100 airs recueillis dans la région de Haná, en Moravie centrale[51].

Son œuvre de composition reste influencée par le style de Dvořák et de Bedřich Smetana. Il exprime des opinions très négatives sur le néo-classicisme allemand et, en particulier, sur Richard Wagner dans la revue Hudební listy[23]. Entre mai et , il compose l'opéra Le Début d'une romance, en reprenant des chants populaires moraves. Créé à Brno le , l'opéra est accueilli favorablement mais il n'y a que quatre représentations, et Janáček lui-même juge son œuvre « insipide »[52]. En , il effectue son premier voyage en Russie, pays qu'il admire et dont il parle la langue. Il revient de ce voyage avec des convictions panslavistes renforcées et fonde le Cercle russe de Brno[53]. Il compose ensuite plusieurs œuvres de musique religieuse, dont la cantate Amarus, sur un poème de Jaroslav Vrchlický, en 1897[54].

Début de siècle difficile

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Olga Janáčková, fille du compositeur, vers 1900.

Au cours de la première décennie du XXe siècle, Janáček compose toujours de la musique chorale sacrée, notamment la cantate Otčenáš (Notre Père, 1901)[55]. En 1901, la première partie de son cycle pour piano Sur un sentier recouvert est publiée et devient progressivement l'une de ses œuvres les plus jouées. En 1902, Janáček se rend deux fois en Russie. Lors de son premier voyage, il emmène sa fille Olga à Saint-Pétersbourg, où elle doit séjourner pour étudier le russe. Trois mois plus tard seulement, il doit retourner à Saint-Pétersbourg avec son épouse, car Olga a contracté la fièvre typhoïde. Ils la ramènent à Brno, mais son état s'aggrave. Janáček écrit plus tard : « J'étais abattu. Mes propres élèves me donnaient des conseils : comment composer, comment m'exprimer à travers l'orchestre »[56].

La seule page conservée du manuscrit autographe de Jenůfa.

Janáček exprime sa profonde tristesse dans une nouvelle œuvre, son opéra Jenůfa, d'après une pièce de Gabriela Preissová, à laquelle il travaille quasiment tous les soirs depuis 1894 et où la souffrance de sa fille se transfigure en celle du personnage-titre. À la mort d'Olga le , Janáček termine Jenůfa peu après et la dédie à sa mémoire[57],[58]. Janáček aspire à la reconnaissance de l'Opéra de Prague, plus influent, mais Jenůfa y est refusé par son directeur, Karel Kovařovic[45]. L'opéra est donc créé à Brno le , et, malgré l'amateurisme de l'orchestre qui joue notamment sans flûtes, est un grand succès public[59]. Cependant, la critique pragoise le boude[60]. Janáček invite Gustav Mahler, qui dirige alors l'Opéra de Vienne, à venir assister à une représentation de Jenůfa mais Mahler refuse poliment[45].

Abattu et épuisé émotionnellement après la mort d'Olga, Janáček se rend à la station thermale de Luhačovice pour se ressourcer. Il y rencontre Kamila Urválková, son amour pour elle inspirant son opéra suivant, Osud (Destin)[61]. Rejeté par les théâtres en raison de son livret jugé invraisemblable, il n'est jamais représenté du vivant de Janáček. Il est donné à la radio en 1934 et sur la scène en 1958 à Brno[62]. En 1904, Janáček envisage de prendre la direction du Conservatoire de Varsovie mais les négociations échouent en raison du déclenchement de la guerre russo-japonaise et de ses prétentions salariales[63].

En 1905, Janáček participe à une manifestation de soutien à une université tchèque à Brno. La mort violente de František Pavlík, un jeune menuisier, sous les coups de la police, lui inspire sa Sonate « 1er octobre 1905 »[64]. Mécontent du troisième mouvement de sa sonate, il le brûle[65]. Cet incident le pousse à promouvoir davantage l'idéologie anti-allemande et anti-autrichienne du Cercle russe, qui est officiellement interdit par la police autrichienne en 1915[66]. En 1906, il entre en contact avec le poète tchèque Petr Bezruč, avec lequel il collabore par la suite, composant plusieurs œuvres chorales sur des poèmes de ce dernier. Parmi celles-ci figurent notamment Kantor Halfar (1906), Maryčka Magdónova (1908) et Les 70000 (1909)[67].

La vie de Janáček est compliquée par des difficultés personnelles avec Zdenka et des rhumatismes chroniques. Pour tenter de réparer leur relation chancelante, le couple entreprend un long voyage à travers les Alpes jusqu'à la mer Adriatique pendant l'été 1912[68]. Janáček continue à composer et crée plusieurs œuvres chorales, de chambre, orchestrales et lyriques, parmi lesquelles son Pohádka (Conte) pour violoncelle et piano (1910), le cycle pour piano, Dans les brumes (V mlhách, 1912), son poème symphonique Šumařovo dítě (L'Enfant du violoneux, 1912), sa sonate pour violon (1914), et la cantate Věčné evangelium (L'Évangile éternel, 1914). Le livret de son cinquième opéra, Les Voyages de monsieur Brouček, est écrit à partir de 1908 d'après le roman de Svatopluk Čech[69].

Percée et chefs-d'œuvre

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En , la soprano Marie Calma-Veselá finit par persuader Karel Kovařovic de faire donner Jenůfa au Théâtre national de Prague[70]. Janáček accepte à contrecœur le réarrangement instrumental de son opéra par Kovařovic, surtout dans le finale, où Kovařovic ajoute une sonorité plus festive aux trompettes et aux cors, et double certains instruments pour soutenir l'instrumentation jugée « pauvre » de Janáček[71]. Kovařovic réécrit également le duo final et insiste pour qu'une autre soprano, Gabriela Horvátová, tienne le rôle de Kostelnička, ce à quoi Janáček consent aussi, trahison que Marie Calma-Veselá ne lui pardonnera jamais[72]. La représentation de l'opéra le est un grand succès et vaut à Janáček la célébrité. Jenůfa est repris à Vienne avec le même succès en [60].

Ce succès l'introduit sur la scène musicale pragoise. Janáček, sous le charme de Gabriela Horvátová, entame une liaison avec elle. À son retour à Brno, il ne semble pas avoir caché cette relation à Zdenka, qui, en réaction, tente de se suicider[73]. Zdenka cherche à obtenir le divorce, mais le couple accepte de se contenter d'un divorce « informel ». À partir de ce moment-là, jusqu'à la mort de Janáček, ils vivent séparément dans le même foyer[74].

À la fin de l'année 1916, il entame une longue relation professionnelle et personnelle avec le critique de théâtre, dramaturge et traducteur Max Brod après un article élogieux de ce dernier sur Jenůfa. Brod traduit par la suite le livret de Jenůfa en allemand pour sa reprise à Vienne, et de tous ses autres opéras ultérieurs, excepté Les Voyages de monsieur Brouček, ainsi que les textes de plusieurs de ses œuvres vocales[75].

Kamila Stösslová avec son fils Otto en 1917.

Un an plus tard, aux thermes de Luhačovice, il rencontre Kamila Stösslová, une jeune femme mariée de 38 ans sa cadette, qui va l'inspirer jusqu'à la fin de sa vie. Kamila Stösslová ne recherche, ni ne repousse, ses déclarations d'amour, leur relation restant platonique[76]. Il entretient avec elle une correspondance obsessionnelle et, du moins de son côté, passionnée, de près de 730 lettres[77]. Ces lettres demeurent une source importante pour comprendre les intentions artistiques et l'inspiration de Janáček[78]. En l'espace de deux ans, la vie de Janáček est ainsi totalement bouleversée par le succès de Jenůfa, sa rencontre avec Kamila Stösslová, et l'indépendance de la Tchécoslovaquie proclamée en , un peu avant la fin de la Première Guerre mondiale[79].

En 1917, Janáček et František Serafínský terminent l'écriture du livret des Voyages de monsieur Brouček, sur lequel neuf librettistes se sont succédé[69]. En , il retrouve la partition de Šárka et entreprend de la réviser avec l'aide de son élève Osvald Chlubna[43]. De 1917 à 1919, profondément inspiré par Stösslová, il compose le cycle de chants Journal d'un disparu d'après un cycle de poèmes anonymes[80]. Le , Les Voyages de monsieur Brouček est créé à Prague. Désorganisé par l'indisponibilité de plusieurs interprètes, il n'obtient qu'un succès d'estime[69].

La rhapsodie orchestrale Taras Bulba, composée entre 1915 et 1918, est créée avec succès à Brno le [81]. Le cycle de chants Journal d'un disparu est créé à Brno neuf jours plus tard. Considérée par Janáček comme une œuvre mineure, c'est pourtant la première de ses compositions à être jouée à Londres et à Paris, toujours en 1921[79]. En , Janáček commence le travail sur l'opéra Katja Kabanova, d'après la pièce L'Orage d'Alexandre Ostrovski dont il a acquis les droits d'adaptation. La partition est terminée le et la première représentation, à Brno le , est un triomphe. Cependant, les critiques pragoises sont beaucoup plus mitigées[82].

Monument érigé à Hukvaldy pour célébrer La Petite Renarde rusée.

En 1920, Janáček prend sa retraite de son poste de directeur du Conservatoire de Brno, mais continue d'enseigner jusqu'en 1925[83]. Pendant l'été 1921, il assiste à une conférence du philosophe et poète indien Rabindranath Tagore et s'inspire d'un poème de ce dernier pour la composition chorale du Fou errant, terminée en [84]. Le même mois, Janáček termine d'écrire le livret de son opéra La Petite Renarde rusée, inspiré d'un roman-feuilleton illustré de Rudolf Těsnohlídek paru dans le journal Lidové noviny. Il compose ensuite la plus grande partie de sa musique en 1923. L'opéra est un succès lors de sa création à Brno le , ainsi que pour sa reprise à Prague en [85]. Entretemps, Janáček est honoré lors du festival de la Société internationale pour la musique contemporaine (SIMC) de Salzbourg en [86]. Profondément inspiré par sa rencontre avec d'autres musiciens novateurs, il compose en fin d'année son premier quatuor à cordes, surnommé La Sonate à Kreutzer[87]. Il est créé par le Quatuor tchèque le [88].

En 1924, année de ses soixante-dix ans célébrée par plusieurs concerts à Brno et à Prague, la biographie de Janáček est publiée par Max Brod et il est interviewé par Olin Downes pour The New York Times[77]. Jenůfa, dans sa version en allemand, est donné avec succès à New York en décembre[89]. En 1925, il prend sa retraite de l'enseignement mais continue de composer et reçoit le premier doctorat honoris causa décerné par l'université Masaryk de Brno[90]. Il se rend aussi à Venise pour le festival annuel du SIMC[91].

Le , l'opéra Šárka est finalement créé à Brno afin de célébrer, avec un peu de retard, le 70e anniversaire du compositeur[43]. En , Janáček termine la composition de L'Affaire Makropoulos, inspiré du roman de Karel Čapek dont il a acquis les droits en . Max Brod apporte tellement de modifications à la version en allemand de l'opéra que Janáček se brouille avec lui pendant quelque temps[92]. Malgré son scénario déroutant, très original et moderne, l'opéra obtient un triomphe lors de sa création à Brno le ainsi que pour sa reprise à Prague en [92].

Janáček en 1926.

La première mondiale de son Concertino pour piano, deux violons, alto, clarinette, cor et basson a lieu à Brno le [93]. En avril et mai, Janáček se rend en Angleterre à l'invitation de la journaliste et organisatrice de concerts Rosa Newmarch (en). Plusieurs de ses œuvres sont jouées lors d'un concert à Londres : son premier quatuor à cordes, Pohádka, le sextuor à vent Jeunesse, et sa sonate pour violon. Le Concertino doit être retiré du programme au dernier moment, la pianiste Fanny Davies ayant sous-estimé sa complexité. Par manque de promotion, le concert ne remporte qu'un succès modeste[94]. Katja Kabanova, après un échec à Cologne en 1925, est présenté avec succès à Berlin le en présence du compositeur[95].

La Sinfonietta, une œuvre orchestrale exaltante d'optimisme qui remporte rapidement un vif succès, est créée à Prague le pour la fête des Sokols et sous la direction de Václav Talich[96]. En fin d'année, il compose une mise en musique d'un texte religieux en vieux-slave. Il en résulte la Messe glagolitique, une œuvre chorale et orchestrale de grande envergure[97]. Elle est créée triomphalement à Brno le sous la direction de son élève, Jaroslav Kvapil[98].

En , année des premières représentations de la Sinfonietta à Berlin et à New York[98], Janáček est fait Commandeur de l'Ordre de Léopold après le succès de la première représentation de Jenůfa en Belgique[99]. Le mois suivant, il devient membre de l'Académie des arts de Berlin, aux côtés d'Arnold Schönberg et de Paul Hindemith[100]. Toujours en , il commence la composition de son dernier opéra, De la maison des morts, inspiré par le roman Souvenirs de la maison des morts de Fiodor Dostoïevski[101].

De janvier à , il compose son deuxième quatuor à cordes, Lettres intimes, son manifeste, jamais joué de son vivant, sur l'amour fou qu'il porte à Kamila Stösslová[102]. En 1928, Janáček confie à Max Brod son intention de révéler publiquement ses sentiments pour Kamila Stösslová mais Brod l'en dissuade[78]. Le Capriccio pour piano et sept instruments à vent pour piano main gauche, trois trombones, un tuba, un piccolo, et deux trompettes, ensemble d'instruments inhabituel, est écrit pour le pianiste Otakar Hollmann, qui a perdu l'usage de sa main droite pendant la Première Guerre mondiale. Il est créé à Prague le [103]. En , la musique de l'opéra De la maison des morts est quasiment terminée sauf celle du troisième acte. Terminé par ses élèves, l'opéra est créé à Brno le [101].

La tombe de Janáček, à Brno.

Le , Janáček fait une excursion à Štramberk avec Kamila Stösslová et son fils Otto, qui se perd au cours de celle-ci. L'enfant est retrouvé mais, lors des recherches, Janáček prend froid après avoir transpiré sous l'effort. Son état ne s'améliorant pas, il se rend au sanatorium d'Ostrava le et on lui diagnostique une pneumonie. Il meurt au sanatorium le vers dix heures du matin, à l'âge de 74 ans[104]. Des funérailles publiques grandioses sont organisées en son honneur le , avec notamment la musique de la dernière scène de La Petite Renarde rusée. Il est inhumé au carré d'honneur du cimetière central de Brno[105].

Janáček travailla sans relâche toute sa vie. Il dirigea l'école d'orgue, enseigna à l'institut de formation des enseignants et au lycée de Brno, et collecta des transcriptions de chants folkloriques, de conversations et de vocalises animales, tout en composant[106]. Il résume ainsi sa philosophie musicale : « Chaque créateur doit être à la recherche de sa vérité et se soustraire aux dogmes et aux règles prédéterminées »[107]. Convaincu que « la musique s'achemine inexorablement vers la fin d'une époque historique », Janáček se situe librement entre tradition et modernité. Il rejette la passivité de certains traditionalistes car il pense que la tradition est évolutive, « englobant le passé, le présent et une certaine intuition du futur ». Pour lui, la tradition se conjugue avec le progrès et, à l'inverse, la modernité ne peut pas rejeter systématiquement la tradition[108]. Il refuse tous les courants et toutes les écoles dictées par la mode du moment et, dans le même temps, les intègre à son œuvre en tant que « reflet du réel » dans sa quête de vérité artistique[109].

Ancienne école d'orgue de Brno. Janáček vivait dans une petite maison située dans le jardin de la villa. Cette maison est aujourd'hui le Mémorial Leoš Janáček.

Son assimilation musicale du rythme, de la hauteur et des inflexions de la parole tchèque courante, en particulier des dialectes moraves, a contribué à la création des mélodies vocales si particulières de son opéra Jenůfa (1904), dont le succès à Prague en 1916 a marqué un tournant dans sa carrière[110]. Janáček a poussé ces principes stylistiques beaucoup plus loin dans son écriture vocale que Modeste Moussorgski, anticipant ainsi l’œuvre ultérieure de Béla Bartók[111].

Une grande partie de l'œuvre de Janáček témoigne d'une originalité et d'une individualité remarquables. Elle se caractérise par une conception très étendue du système tonal, des espacements et des structures d'accords non conventionnels, et souvent par le recours à la modalité. Le compositeur déclarait : « Il n'y a pas de musique sans tonalité. L'atonalité abolit la tonalité définie, et donc la modulation tonale […] La chanson folklorique ignore l'atonalité »[112]. Selon sa théorie sur la liberté des accords, « tout accord peut s'enchaîner à n'importe quel autre accord »[113].

Janáček met en scène des figures et des motifs d'accompagnement, avec « le mouvement continu de sa musique […] également obtenu par des moyens non conventionnels ; souvent un discours de courtes phrases qui semblent comme inachevées comprenant des répétitions constantes de courts motifs qui prennent de l'ampleur de manière cumulative »[111]. Janáček nomme ces motifs sčasovky dans ses travaux théoriques. John Tyrrell, éminent spécialiste de la musique de Janáček, décrit cela comme « un bref instant, presque une capsule musicale, que Janáček utilisait souvent dans la musique lente sous forme de petits motifs rapides aux rythmes remarquablement caractéristiques, censés parsemer le flux musical »[114].

Inspiration

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Janáček collectant des chansons folkloriques en 1906 à Strání.

Janáček était originaire d'une région caractérisée par une culture populaire profondément enracinée, qu'il explora dans sa jeunesse auprès de Pavel Křížkovský[115]. Dans l'esprit des tendances panslaves de son époque, Janáček militait pour une musique classique slave, puisant son inspiration dans les chants folkloriques de toutes les nations slaves[116]. Sa rencontre avec l'ethnomusicologue František Bartoš fut déterminante pour son développement en tant que folkloriste et compositeur, et aboutit à leur collecte collaborative et systématique de chants folkloriques[115]. Janáček devint lui-même un important collecteur, notamment de chants en dialectes lachs, moraves slovaques, moraves valaques et slovaques. Ses collections incluent des transcriptions d'intonations parlées[117]. Il fut l'un des organisateurs de l'Exposition de folklore slave de Prague en 1895 et, à partir de 1905, il présida le Comité de travail nouvellement créé pour la chanson populaire tchèque en Moravie[118]. Janáček fut un pionnier et un promoteur de la photographie ethnographique en Moravie et en Silésie[119]. En , il acquit un phonographe et fut parmi les premiers à utiliser l'enregistrement phonographique comme outil de recherche folklorique[120].

Janáček adopta une approche réaliste, descriptive et analytique de la musique folklorique morave[121]. Les chants folkloriques moraves, comparés à leurs homologues bohémiens, sont beaucoup plus libres et irréguliers dans leur structure métrique et rythmique, et plus variés dans leurs intervalles mélodiques[122].

Janáček a composé en partie les accompagnements pour piano originaux de plus de 150 chansons folkloriques, dans le respect de leur fonction et de leur contexte d'origine, et s'est également inspiré du folklore dans ses propres œuvres, notamment dans ses compositions de maturité. Son travail dans ce domaine n'était pas une simple imitation stylistique ; au contraire, il a développé une esthétique musicale nouvelle et originale, fondée sur une étude approfondie des éléments fondamentaux de la musique folklorique[123].

L'affection profonde et constante que Janáček portait à la Russie et à sa culture constitue un autre élément important de son inspiration musicale[124]. En 1888, il assista à un concert de Piotr Ilitch Tchaïkovski à Prague et rencontra le compositeur. Janáček admirait profondément Tchaïkovski et appréciait particulièrement la grande finesse de sa pensée musicale, notamment son utilisation des motifs folkloriques russes[125]. L'influence russe de Janáček est particulièrement manifeste dans ses œuvres de musique de chambre, orchestrales et lyriques ultérieures. Dès son plus jeune âge, il suivit de près l'évolution de la musique russe et, en 1896, après son premier voyage en Russie, il fonda un Cercle russe à Brno[126].

Janáček lisait les auteurs russes dans leur langue originale. Cette littérature lui offrait une source d'inspiration inépuisable[126]. Il avait vingt-deux ans lorsqu'il composa sa première œuvre inspirée d'un thème russe : un mélodrame, La Mort, sur un poème de Mikhaïl Lermontov[127]. Dans ses œuvres ultérieures, il utilisa souvent des modèles littéraires aux intrigues complexes. En 1910, la Légende du tsar Berendei de Vassili Joukovski l'inspira pour écrire Pohádka pour violoncelle et piano. Il composa la rhapsodie Taras Bulba d'après le roman éponyme de Nicolas Gogol et, cinq ans plus tard, en 1923, termina son premier quatuor à cordes, inspiré de La Sonate à Kreutzer de Léon Tolstoï[127]. Deux de ses derniers opéras étaient basés sur des thèmes russes : Katja Kabanova, composé en 1921 d'après la pièce L'Orage d'Alexandre Ostrovski, et sa dernière œuvre, De la maison des morts, d'après le roman Souvenirs de la maison des morts de Fiodor Dostoïevski[127].

Autres compositeurs

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L'une des premières influences de Janáček fut Antonín Dvořák, qu'il admira profondément et auquel il dédia certaines de ses œuvres[121]. Il réarrangea une partie des Duos moraves de Dvořák pour chœur mixte avec accompagnement de piano original. Au début du XXe siècle, Janáček s'intéressa de plus en plus à la musique d'autres compositeurs européens. Il a ainsi admiré l'opéra Louise (1900), du compositeur français Gustave Charpentier[128], ainsi que l'œuvre de Giacomo Puccini, dont il disait que ses opéras « étaient les plus tristes et les plus beaux qui soient »[129]. Janáček s'est aussi avoué très impressionné par certaines scènes de Salome (1905), de Richard Strauss[130]. Cependant, bien qu'il ait suivi attentivement l'évolution de la musique européenne, ses opéras restèrent fermement ancrés dans les thèmes tchèques et slaves[131]. Bien que n'ayant pas été directement influencé par Modeste Moussorgski, Janáček partage avec lui un souci constant de recherche de la vérité musicale au travers de la restitution du langage parlé[132].

L'œuvre de Janáček est souvent associée à celle de Béla Bartók, car ses compositions puisent principalement leurs racines dans des éléments nationaux et folkloriques. Les deux compositeurs vécurent à un moment charnière de l'histoire de la musique, au tournant du XXe siècle. Le romantisme était plus proche de Janáček, peut-être plus émotionnel et passionné, que de Bartók[133].

Janáček et Bartók entretenaient une relation privilégiée avec la musique de Claude Debussy, dont Janáček a étudié et analysé La Mer. Malgré les passages impressionnistes présents dans la musique de Janáček, il a développé sa propre technique musicale grâce à sa théorie des mélodies parlées et à l'étude de la musique folklorique[134]. L'expressionnisme musical d'Arnold Schönberg et d'Alban Berg a davantage influencé Bartók que Janáček, bien que ce dernier ait apprécié Wozzeck de Berg. Janáček a adopté une position critique à l'égard des tendances constructivistes dans la musique atonale, notamment le dodécaphonisme. La musique de Janáček est dépourvue des attributs essentiels de l'expressionnisme musical[134].

« La réalité derrière le phénomène. C'est la justification de l'opéra […] Je montre les choses à travers la vérité. La vérité à l'extrême […] La vérité n'exclut pas la beauté ; au contraire, la beauté et la vérité, l'une issue de l'autre. Le plus important est la vie.[135] »

Šárka, premier essai de Janáček dans le domaine lyrique, inclut un thème romantique et mythologique qui convient mal au style du compositeur. L'opéra contient néanmoins quelques pages remarquables comme « la valse lente, postlude à l'acte I, ou l'émouvante élégie de Přemysl à la mort de son frère d'armes »[136].

La comédie villageoise Le Début d'une romance, proche du singspiel, reste dans l'histoire comme le premier opéra dont l'action se déroule en Moravie mais c'est une œuvre décousue et dépourvue d'originalité. Janáček la désavouera par la suite et c'est « le plus faible de ses neuf opéras »[137].

Dans Jenůfa, drame naturaliste en prose sur le thème de la jalousie, Janáček développe et applique le concept de « mélodies parlées » (nápěvky mluvy en tchèque) pour construire un style musical et dramatique unique. Il étudie les circonstances dans lesquelles les « mélodies parlées » évoluent, la psychologie et le tempérament des locuteurs, ainsi que la cohérence du discours, autant d'éléments qui contribuent à rendre les rôles de ses opéras de maturité dramatiquement authentiques et qui sont devenus l'une des marques les plus significatives de son style[110]. Ce concept peut se résumer « à transposer en musique toute l'agitation qui traverse l'individu au moment où il s'exprime »[138]. Jenůfa demeure l'opéra le plus populaire du compositeur, qui y brille notamment par le soin qu'il apporte aux personnages, notamment celui de Kostelnička, la belle-mère de Jenůfa, considéré par Piotr Kamiński comme un « chef-d'œuvre de psychologie musicale »[60].

Osud (Destin) souffre d'un livret en vers médiocre malgré l'inventivité de sa partition[62]. Œuvre en partie autobiographique, ses deux personnages principaux sont l'incarnation de Kamila Urválková et de Janáček, Osud étant peut-être une réponse à l'opéra Kamila (1897) de Ludvík Čelanský, lui-même écrit après la rencontre de Čelanský avec Kamila Urválková[61]. Pour Guy Erismann, le livret n'est pas tant médiocre que trop en avance sur son temps mais la versification de celui-ci est une erreur au regard de la volonté de réalisme du compositeur[139].

Les Voyages de monsieur Brouček est considéré comme le plus faible des opéras de maturité du compositeur. Malgré « une orchestration chatoyante et des passages très réussis », cette comédie dans laquelle le spectateur ne sait pas de qui il faut se moquer le plus souffre d'une longueur excessive. Milan Kundera affirme à son sujet : « Janáček n'était pas un esprit ironique. La satire forcée et maladroite a étouffé les sources les plus naturelles de son invention »[140].

Dans Katja Kabanova, Janáček dénonce l'asservissement de la femme, notamment par le mariage. L'œuvre fait partie d'une trilogie féministe inspirée par ses sentiments pour Kamila Stösslová, commencée avec Journal d'un disparu et qu'il conclut avec son premier quatuor à cordes[141]. L'opéra dénonce la morale religieuse et bourgeoise et va droit à l'essentiel, ce qui est caractérisé par une grande économie de moyens aussi bien pour l'orchestre que dans les lignes vocales. L'histoire dramatique, au thème proche de celui de Jenůfa, de cette femme russe prisonnière d'un mariage malheureux est son opéra le « plus conventionnel, mais aussi [le] plus architecturé »[142].

La Petite Renarde rusée, fable nostalgique sur le cycle éternel de la vie et de la mort, oppose la brieveté de la vie des animaux, qui vivent pleinement l'instant présent et ne perdent pas de temps à se lamenter, à l'intemporalité de la forêt, véritable personnage principal de l'œuvre symbolisé par les pages uniquement instrumentales de l'orchestre à « l'écriture très raffinée avec des passages virtuoses » pour les cuivres et les bois. Dans cette histoire, les humains sont des intrus tour à tour mélancoliques et menaçants[143]. De façon extrêmement rare dans l'histoire de l'opéra, Janáček ne s'est pas appuyé sur un texte déjà existant en l'adaptant mais s'est seulement inspiré des histoires illustrées de Rudolf Těsnohlídek pour que le scénario corresponde à la musique et non l'inverse[144].

Dans L'Affaire Makropoulos, Janáček pousse à l'extrême son concept de la « mélodie parlée ». Cet opéra, qualifié d'« anti-lyrique » ne comporte ni airs autonomes ou duos, ni interludes orchestraux et un seul chœur. Les récitatifs s'y enchaînent avec de multiples changements de rythme et une multitude de petits thèmes musicaux liés entre eux, l'orchestre jouant le rôle de contrepoint aux dialogues[145]. En antithèse à l'opéra de la nature qu'est La Petite Renarde rusée, Janáček veut ici démontrer les méfaits de « la transgression des lois naturelles »[146] et, contrairement à l'œuvre de Karel Čapek dont l'opéra est tiré, se concentre sur le personnage d'Elina Makropoulos, à la fois pêcheresse et victime[147].

De la maison des morts est adapté du roman autobiographique Souvenirs de la maison des morts de Fiodor Dostoïevski mais s'en différencie par le fait que contrairement à l'écrivain, Janáček ne désespère pas de la nature humaine. Malgré leur tourment et l'absence d'amour omniprésents, les bagnards conservent leur humanité, soignant un aigle blessé et se réjouissant de la libération de l'un d'eux. L'orchestre joue dans cet opéra un rôle de premier plan[148]. Opéra sans femme, celles-ci sont pourtant au cœur du destin de chaque protagoniste[149].

L'œuvre lyrique de Janáček est essentiellement morale : La Petite Renarde rusée a ainsi pour thème le cycle de la vie ; L'Affaire Makropoulos traite du temps comme destructeur du désir ; et De la maison des morts a pour thème le désespoir et la misère morale[149]. Le compositeur affiche aussi une prédilection pour les scènes de confession publique : Kostelnička dans Jenůfa, Katja Kabanova dans l'opéra homonyme, Elina Makropoulos dans L'Affaire Makropoulos, ainsi que plusieurs bagnards racontant leur histoire dans De la maison des morts[150].

Musique orchestrale et concertante

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Les six Danses de Lachie (1889) sont une composition pour orchestre qui vient couronner les recherches folkloriques menées par Janáček dans les années 1880. Elles se caractérisent par une grande inventivité mélodique et rythmique. La dernière, Danse des scies, est la plus célèbre avec son « thème humoristique franc, [son] orchestration imagée et [ses] variations harmoniques »[49].

Taras Bulba est inspiré par les épisodes principaux du roman éponyme de Nicolas Gogol : la mort de ses deux fils et celle du chef cosaque, chacune de ces morts formant un mouvement de l'œuvre. La rhapsodie se termine sur une apothéose triomphale symbolisant la prophétie édictée par Taras Bulba sur son bûcher[151].

Partition du troisième mouvement de la Sinfonietta.

La Sinfonietta est probablement l'œuvre la plus célèbre de Janáček. Ces cinq mouvements aux titres rendant hommage à la ville de Brno sont reliés entre eux par un allegretto de cuivres[152]. La musique y est éclatante de vitalité et d'optimisme et une impression de ferveur collective, entrecoupée de thèmes plus intimistes ou bucoliques, prédomine[153].

Musique vocale et chorale

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Les Quatre chœurs pour voix d'hommes (1885) sont la première œuvre chorale de Janáček à témoigner de sa maturité musicale. Les mélodies varient constamment selon les péripéties narratives et le style est très innovant[154].

Kantor Halfar (1906), Maryčka Magdónova (1908) et Les 70000 (1909) sont trois œuvres pour chœurs masculins d'une grande exigence technique inspirées par des poèmes de Petr Bezruč. Elles dénoncent l'oppression subie par le peuple tchèque à travers les histoires tragiques d'un instituteur, d'une jeune orpheline et d'une révolte de mineurs en Silésie[67].

En 1916, Janáček crée cinq chœurs féminins : La Piste du loup, sur le thème de l'adultère et avec un accompagnement de piano ; les trois Chansons de Hradčany qui célèbrent avec mélancolie les beautés de Prague et culminent dans Le Belvédère ; et Kašpar Rucký, sur le châtiment infernal d'un alchimiste charlatan[155].

Le cycle de chants Journal d'un disparu raconte la passion naïve mais ardente d'un jeune paysan morave amoureux d'une tzigane. Il fonctionne à la façon d'un « opéra miniature » avec deux interprètes accompagné par un piano et un chœur de trois voix féminines[156].

Le Fou errant (1922) est un chœur masculin accompagné par une soliste soprano inspiré par un poème philosophique de Rabindranath Tagore sur la quête effrénée et aveugle du bonheur qui fait paradoxalement passer à côté de celui-ci[84].

Seigneur, ayez pitié (1896), est une version tchèque du Kyrie à l'atmosphère sombre et dépouillée[157]. La cantate Amarus (1897), d'inspiration autobiographique d'après ses années passées à l'abbaye Saint-Thomas de Brno, se caractérise par l'emploi de la modalité et de « thèmes concis, obstinément répétés »[158]. La cantate Notre Père (1901) contraste avec Amarus par son exubérance et sa tension dramatique culminant avec un solo d'orgue[55]. Élégie sur la mort de ma fille Olga (1903), est une « berceuse sans consolation »« le chœur et le piano déploient des modulations harmoniques saturées de douleur »[159].

La cantate L'Évangile éternel (1914) contraste avec les œuvres sacrées antérieures par son style très moderne qui préfigure la Messe glagolitique, avec des flux musicaux qui se juxtaposent plutôt que de s'enchaîner[160].

La Messe glagolitique est une œuvre de grande ampleur avec orchestre complet, chœur mixte et un quatuor de solistes. Malgré son respect de la liturgie slave, elle est « plus proche d'un panthéisme poétique ». Cette œuvre sacrée, dont la Sinfonietta peut être considérée comme le « pendant laïque », est son testament musical dans lequel il apparaît dans son entier et avec toutes ses contradictions[161]. Commençant et se terminant dans une ambiance festive, elle célèbre la vie et la foi de tout un peuple dans une nation nouvelle[162].

Musique de chambre

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Le Pohádka (Conte) pour violoncelle et piano (1910) tire son inspiration de la Légende du tsar Berendei de Vassili Joukovski et se caractérise par l'atmosphère tendre et féérique d'un conte romantique dans une forme classique de sonate en trois mouvements[163].

La Sonate pour violon et piano (1914) est, comme le Conte, une œuvre russophile mais, composée alors que la Première Guerre mondiale vient d'éclater, son ambiance d'abord passionnée et lyrique devient progressivement plus pessimiste, marquée par la tension et l'inquiétude. Son deuxième mouvement est repris d'une sonate inachevée à Vienne en 1880, tandis que d'autres thèmes musicaux sont dérivés de Katja Kabanova[164].

Le Quatuor à cordes « Sonate à Kreutzer » (1923), prend pour thème le roman éponyme de Léon Tolstoï sur une femme assassinée par son mari jaloux. Malgré sa forme classique, il se caractérise par sa grande inventivité musicale et une tension dramatique continue où les contrastes musicaux se succèdent brutalement, symbolisant des sentiments extrêmes. Il est considéré comme l'un des sommets de ce genre musical du XXe siècle[165].

Le sextuor d'instruments à vent Jeunesse (1924) évoque la période passée par le compositeur à l'abbaye Saint-Thomas de Brno en mêlant avec une grande vitalité les souvenirs les plus gais à d'autres plus amers, le choix des instruments s'accordant parfaitement au style de l'œuvre. Le troisième mouvement reprend le thème musical de la Marche des Gorges bleues[166].

Le Concertino (1925), sous-titré Printemps, est une célébration de la nature, dans la lignée de La Petite Renarde rusée, où les instruments représentent des animaux et se concluant par une joyeuse célébration. Son modernisme inspire fortement la génération suivante de compositeurs slaves[167].

Le Capriccio pour piano main gauche et sept instruments à vent, sous-titré Défi, est marqué par une atmosphère sombre et obsessionnelle. Le piccolo et les deux trompettes apportent des touches plus claires, alors que le piano crée un climat onirique au troisième mouvement et que le finale est impressionniste[168].

Lettres intimes, son deuxième quatuor à cordes, est d'un grand romantisme et se libère de la convention d'un mouvement lent entouré par deux mouvements au tempo plus rapide, puisqu'ici le tempo va crescendo. Il se caractérise par de multiples variations aussi bien mélodiques que métriques ou instrumentales[169]. Harry Halbreich le cite comme « le plus grand quatuor tchèque du XXe siècle » avec le cinquième de Martinů[170].

Piano de Janáček dans le musée consacré au compositeur.

La Sonate « 1er octobre 1905 » est en deux mouvements, Le Pressentiment et La Mort, le troisième ayant été détruit par le compositeur. Composée de manière quaisment instinctive, Janáček y libère ses émotions violentes en les retranscrivant en langage musical[64].

Sur un sentier recouvert est un cycle de quinze pièces divisées en deux cahiers et écrites de 1901 à 1911. Ces pièces, en partie inspirées par le travail de deuil du compositeur après la mort de sa fille Olga, sont empreintes d'une grande tristesse[171]. Le titre évoque les souvenirs qui s'effacent avec le temps mais que l'on devine toujours sous la surface, Janáček se livrant dans le cycle à des confidences qu'il ne peut faire qu'en dialoguant, et parfois en luttant, avec le piano[172].

Dans les brumes (1912) est un cycle de quatre pièces qui évoque par son dépouillement les dernières pièces pour piano de Johannes Brahms. Le sentiment d'une grande douleur intérieure y prédomine[173].

Relief de Janáček, par Julius Pelikán, à Olomouc.

Janáček appartient à un courant de compositeurs du XXe siècle qui recherchaient un plus grand réalisme et un lien plus étroit avec la vie quotidienne, associés à une utilisation plus exhaustive des ressources musicales. Ses opéras, en particulier, témoignent de l'emploi de lignes mélodiques inspirées de la parole, de matériaux folkloriques et traditionnels, et d'une argumentation musicale modale complexe[121]. Il a également inspiré des théoriciens de la musique à accorder au développement modal la même importance qu'à l'harmonie en musique[174]. Avec Dvořák et Smetana, il est généralement considéré comme l'un des plus importants compositeurs tchèques[121].

Les opéras de sa période de maturité, Jenůfa (1904), Katja Kabanova (1921), La Petite Renarde rusée (1924), L'Affaire Makropoulos (1926) et De la maison des morts, créé à titre posthume en 1930, sont considérés comme ses chefs-d'œuvre. Le chef d'orchestre australien Charles Mackerras s'est étroitement associé aux opéras de Janáček[175]. Mackerras a commencé à étudier la musique de Janáček dans les années 1960 et a progressivement restauré l'orchestration si particulière du compositeur dans La Petite Renarde rusée, qui avait été remaniée par Václav Talich, ainsi que la partition de Jenůfa[114].

Au début du XXe siècle, la musicologie tchèque était fortement influencée par le romantisme, notamment par les styles de Richard Wagner et de Bedřich Smetana. Les pratiques d'interprétation étaient conservatrices et réfractaires à toute innovation stylistique. Zdeněk Nejedlý, musicologue tchèque de renom et futur ministre communiste de la Culture, condamna Janáček, le jugeant capable d'accumuler une grande quantité de matériel sans pouvoir l'exploiter. Il qualifia le style de Janáček d'inanimé et ses duos d'opéra de « simples mélodies parlées », dépourvues de toute force polyphonique[71]. Dvořák et Janáček ont tous deux souffert de critiques exagérées de la part de Nejedlý, dont le parti pris en faveur de Smetana et son attitude destructive envers les autres compositeurs ont affecté des générations successives en Tchécoslovaquie[176].

La musique de chambre de Janáček, bien que peu abondante, comprend des œuvres largement considérées comme des classiques du XXe siècle, notamment ses deux quatuors à cordes : La Sonate à Kreutzer, inspiré de la nouvelle de Tolstoï, et Lettres intimes. Milan Kundera a qualifié ces compositions de sommet de l’œuvre de Janáček[177].

Janáček fonda une école de composition à Brno. Parmi ses élèves les plus remarquables figuraient Jan Kunc, Václav Kaprál, Vilém Petrželka, Jaroslav Kvapil, Osvald Chlubna, Břetislav Bakala et Pavel Haas. La plupart de ses élèves n'imitèrent ni ne développèrent le style de Janáček, en accord avec son enseignement qui pronait que chaque artiste devait rechercher sa propre vérité, ce qui explique l'absence de descendants stylistiques directs. Selon Milan Kundera, Janáček développa un style personnel et moderne, relativement à l'écart des mouvements modernistes contemporains, tout en restant en contact étroit avec les évolutions de la musique moderne européenne. Son chemin vers le modernisme novateur de ses dernières années fut long et solitaire, et il atteignit une véritable individualité en tant que compositeur vers l'âge de cinquante ans[177].

Étoile sur le Musik Meile de Vienne.

Charles Mackerras décrit son style comme « totalement nouveau et original, différent de tout ce qui existe […] et impossible à classer dans un genre précis »[114]. Selon Mackerras, l'utilisation par Janáček de l'échelle musicale diffère de celle de Claude Debussy, son inspiration puisée dans la musique folklorique est radicalement différente de celle de Dvořák et de Smetana, et ses rythmes complexes caractéristiques diffèrent des techniques d'Igor Stravinsky[114].

Le chef d'orchestre et compositeur français Pierre Boulez, qui a interprété les opéras et les œuvres orchestrales de Janáček, a qualifié sa musique comme d'une surprenante modernité et fraîcheur. Il a décrit son opéra De la maison des morts comme « primitif, dans le meilleur sens du terme, mais aussi extrêmement puissant, à l'instar des peintures de Fernand Léger, où le caractère rudimentaire permet une expression très vigoureuse »[178].

Le chef d'orchestre, compositeur et écrivain tchèque Jaroslav Vogel a écrit en 1958 ce qui fut longtemps considéré comme la biographie de référence de Janáček. Elle parut d'abord en traduction allemande, puis en traduction anglaise en 1962 et en version originale tchèque en 1963. Charles Mackerras la considérait comme sa « bible de Janáček »[179].

Statue de Janáček à Moravská Ostrava.

Une statue en bronze de Leoš Janáček assis sur un banc de pierre a été inaugurée en 2017 sur la place Jirásek à Ostrava. La statue, œuvre de David Moješčík, représente Janáček grandeur nature tenant dans ses bras La Petite Renarde rusée. L'œuvre contient plusieurs symboles principalement associés au thème de la mort[180].

La vie de Janáček a été présentée dans plusieurs films. En 1974, Eva Marie Kaňková réalise le documentaire Fotograf a muzika sur le photographe tchèque Josef Sudek et sa relation avec le travail de Janáček[181]. En 1983, les frères Quay ont produit un film d'animation en volume, Leoš Janáček: Intimate Excursions, sur la vie et l'œuvre de Janáček, et en 1986, le réalisateur tchèque Jaromil Jireš a réalisé Lev s bílou hřívou (Lion à la crinière blanche), centré sur l'inspiration amoureuse derrière les œuvres de Janáček[182]. Hledání Janáčka (À la recherche de Janáček) est un documentaire tchèque réalisé en 2004 par Petr Kaňka pour célébrer le 150e anniversaire de la naissance de Janáček. Une adaptation animée de La Petite Renarde rusée a été réalisée en 2003 par la BBC, avec une musique interprétée par le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin et dirigée par Kent Nagano[183].

Un réarrangement de l'ouverture de la Sinfonietta a été utilisé par le groupe de rock progressif Emerson, Lake and Palmer pour la chanson Knife-Edge sur leur premier album de 1970[184]. Le roman 1Q84 (2009-2010) de Haruki Murakami utilise la Sinfonietta comme point d'intrigue récurrent[185].

L'Orchestre philharmonique Janáček à Ostrava.

L'Orchestre philharmonique Janáček a été fondé en 1954[186]. Cet ensemble de 116 musiciens est principalement associé à la musique contemporaine, mais interprète également régulièrement des œuvres du répertoire classique. L'orchestre est en résidence à la Maison de la Culture Vítkovice (Dům kultury Vítkovice) à Ostrava. Il effectue de nombreuses tournées dans le monde entier[187].

L'Académie Janáček de musique et des arts de la scène est une école supérieure de musique et d'arts vivants fondée à Brno en 1947. Le Quatuor Janáček a été formé en 1947 par des élèves du Conservatoire de Brno[188]. Le Théâtre Janáček de Brno a ouvert ses portes en . Toujours à Brno, le musée de Moravie abrite une exposition permanente consacrée au compositeur dans le pavillon de jardin de l'ancienne école d'orgue. Elle comprend le bureau de Janáček avec son piano[189].

L'aéroport international d'Ostrava a été renommé en l'honneur de Janáček en [190].

L'astéroïde (2073) Janáček, découvert en 1974 par Luboš Kohoutek, est nommé en son honneur[191], tout comme le cratère Janáček sur la surface de Mercure[192].

Leoš Janáček laisse environ 150 œuvres musicales.

Il a composé neuf opéras en langue tchèque[193] :

  • Suite pour orchestre à cordes, (Brno, )
  • Danses de Lachie (1889)
  • Suita (Serenáda), (« Suite (Sérénade) »), op. 3 (1891, Brno, )
  • Moravské tance, (« 5 Danses moraves ») pour orchestre (1888-1891)
  • Adagio, pour orchestre (1891)
  • Žárlivost Jalousie »), ouverture (1894, Prague, )
  • Smuteční pochod Marche funèbre »), épilogue de la cantate Amarus (1898)
  • Šumařovo dítĕ L'Enfant du violoneux »), ballade (1912, Prague, )
  • Taras Bulba, poème symphonique basé sur une œuvre de Nicolas Gogol (1915-1918, Brno, )
  • Balada blanická Ballade de Blaník »), poème symphonique (1920, Brno, )
  • Lašské tance (Danses de Lachie) (1924)
  • Putování dušicky Pèlerinage d'une jeune âme »), concerto pour violon (1926, reconstitué par Miloš Štědroň et Leoš Faltus en 1988)
  • Sinfonietta (1926, Prague, )
  • Dunaj Le Danube »), poème symphonique (1923-28; achevé par Osvald Chlubna, 1948)
  • Schluck und Jau, deux mouvements pour la musique de scène de l'œuvre de Gerhart Hauptmann

Musique vocale et chorale

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Postludium pour orgue
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  • Quatre chœurs pour voix d'hommes (1885)
  • Amarus, cantate (1897)
  • Otče náš (Notre père), créé le au théâtre de Brno, puis cinq ans plus tard accompagné d'une harpe et d'un orgue.
  • Élégie sur la mort de ma fille Olga (1903)
  • Kantor Halfar, chœur masculin (1906)
  • Maryčka Magdónova, chœur masculin (1908)
  • Les 70000, chœur masculin (1909)
  • L'Évangile éternel, cantate (1914)
  • La Piste du loup, chœur féminin (1916)
  • Chansons de Hradčany, chœur féminin (1916)
  • Kašpar Rucký, chœur féminin (1916)
  • Zápisník zmizelého Journal d'un disparu »), cycle de chants pour ténor, alto, chœurs féminins et piano (1917)
  • Le Fou errant, chœur masculin (1922)
  • Glagolská mše Messe glagolitique ») (1926), écrite en vieux-slavon et non en latin. Elle contient notamment un Postludium, pour orgue solo.

Musique de chambre

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  • Tema con variazioni (Variations pour Zdenka), 1880
  • Na památku (En souvenir), (1887)
  • Hudba ke kroužení kužely Musique pour les exercices d'un club de natation »), composé pour une association sportive de natation (1893)
  • Sur un sentier recouvert, série de dix courtes pièces écrites entre 1901 et 1908 et complétées de cinq autres pièces en 1911
  • Trois danses moraves (composées de Ej, danaj! et de 2 danses moraves)
  • Sonate «  », écrite en hommage à la mort d'un jeune ouvrier lors d'une manifestation. Le compositeur en a détruit la partition mais son premier interprète en a conservé les deux premiers mouvements qui ont été republiés en 1924 avec l'accord du musicien.
  • Dans les brumes, série de quatre courtes pièces écrites en 1912

Bibliographie

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Notes et références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Leoš Janáček » (voir la liste des auteurs).

Références

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Liens externes

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