Léonel de Moustier (1817-1869)

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Léonel de Moustier
Illustration.
Lionel Marquis de Moustier
Fonctions
Député du Doubs (1849-1851), ambassadeur à Berlin(1853-1859), Vienne (1859-1861), Constantinople (1861-1866), ministre des Affaires étrangères (1866-1868)
Gouvernement Second Empire
Prédécesseur Edouard Drouyn de Lhuys
Successeur Charles de La Valette
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Paris
Date de décès
Lieu de décès Paris
Père Édouard de Moustier
Mère Caroline de Laforest
Conjoint Françoise de Mérode
Enfants René de Moustier

Le marquis Léonel de Moustier (prénom complet : Léonel Desle Marie François René), né le à Paris et mort le à Paris, est un diplomate, ministre et homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et vie politique[modifier | modifier le code]

Monument qui lui est dédié à Cubry.

Issu d'une vieille famille franc-comtoise, localisée dans le canton de Rougemont (Doubs), il est le fils de Clément-Édouard de Moustier, qui fut ambassadeur à Berne et à Madrid, député de Baume-les-Dames, pair de France et commandeur de la Légion d'honneur.

Il fait ses études à Paris, d'abord au collège Stanislas puis à l'université en Lettres et en Droit.

Il épouse à Bruxelles, en 1843, Françoise de Mérode, qui est issue d'une grande famille de la noblesse belge implantée dans le Doubs.

Il se fait élire, en 1848, au sein du conseil général du Doubs. Léonel de Moustier est très hostile aux républicains révolutionnaires qui, dans le contexte mouvementé de mai-juin 1848, suscitent de grands troubles à Paris mais aussi en Franche-Comté. Il se distingue au sein de son conseil général par sa proposition de convoquer de plein droit les conseils généraux si l'Assemblée législative se trouvait dispersée ou dissoute. Tous pouvoirs leur seraient alors confiés pour prendre, dans chaque département, les mesures nécessaires au maintien de l'ordre[1].

En avril 1849, il est élu député du Doubs au sein de la liste catholique emmenée par Montalembert. Il siège au Palais-Bourbon dans les rangs du parti de l'Ordre, qui réunit les droites par la crainte d'une nouvelle révolution.

Comme Montalembert, dont il est proche, il se rallie au coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte. L'Assemblée législative ayant été dissoute, Moustier est nommé parmi les soixante-dix-huit membres qui forment la commission consultative. Il en démissionne cependant quelques semaines plus tard pour protester contre le décret qui spolie la famille des Orléans.

À la différence de Montalembert, qui évolue vers l'opposition au régime, Moustier reste favorable à celui qui est désormais l'empereur Napoléon III.

Carrière d'ambassadeur[modifier | modifier le code]

En mars 1853, le ministre des Affaires étrangères, Édouard Drouyn de Lhuys, soucieux de regarnir le haut personnel diplomatique[2], le nomme ministre plénipotentiaire de France à Berlin. Dans le contexte de la guerre de Crimée, Moustier œuvre au sein de la cour des Hohenzollern à maintenir à distance les partisans de l'alliance russe. Il apporte également, par l'entremise d'un espion, d'utiles renseignements quant aux points faibles du fort de Sébastopol, alors assiégé par les Français et les Anglais.

En 1859, il est envoyé à Vienne, en qualité d'ambassadeur, alors que la paix de Villafranca vient d'être signée entre la France et l'Autriche. Moustier s'emploie à pacifier les relations entre les deux pays envenimées par la situation en Italie qui reste très mouvementée. Bien qu'il soit réservé quant à la politique des nationalités de Napoléon III, il doit tenir l'Autriche à l'écart d'une intervention armée en Italie qui aurait pour but de mettre un terme aux révolutions qui renversent les principautés et royaumes de la péninsule et favorisent l'unification.

En 1861, Moustier est nommé ambassadeur à Constantinople. L'empire ottoman est alors agité par des crises en Serbie, au Monténégro et en Roumanie et la période de faiblesse de la Russie, après la guerre de Crimée, semble révolue. Moustier réussit à infléchir l'intransigeance des vizirs et à éviter la naissance de nouvelles crises locales. Il encourage également de manière très active les réformes de l'empire ottoman (Tanzimat) en faveur d'une plus grande liberté des chrétiens, des étrangers et d'une modernisation de l'appareil d'État. Enfin il soutient efficacement Ferdinand de Lesseps dans ses travaux de creusement du canal de Suez.

Ministère des Affaires étrangères[modifier | modifier le code]

Après la démission d'Édouard Drouyn de Lhuys, Moustier est choisi comme ministre des affaires étrangères dans le 3e gouvernement Louis-Napoléon Bonaparte, le . Ses trois affaires majeures son l'affaire du Luxembourg, le retrait des troupes françaises du Mexique et la question romaine.

Rouher et Napoléon III avaient opté, en 1866, pour une politique de neutralité lors du conflit austro-prussien, en espérant des compensations territoriales sur le Rhin. Mais une fois le conflit terminé à la faveur de la Prusse, Bismarck rejette publiquement l'idée qu'une terre germanique passe dans les mains des Français. Lorsque Moustier prend possession du Quai d'Orsay, les négociations se sont déplacées sur le Luxembourg que Napoléon III entend acheter au roi des Pays-Bas, en mal de finances. Mais la Prusse étant entre-temps devenue une puissance majeure par ses acquisitions en Allemagne du nord, Bismarck affirme considérer désormais le Luxembourg comme une terre germanique. Guillaume III des Pays-Bas, qui craint la puissance prussienne, se rétracte alors et l'affaire est réglée par le traité de Londres de 1867. La France n'acquiert pas le Luxembourg mais celui-ci est déclaré neutre, la forteresse de Luxembourg démantelée et la garnison prussienne évacuée.

Au Mexique, l'empereur Maximilien Ier, bien que soutenu par des troupes françaises, est dans une situation de plus en plus inconfortable. La rébellion conduite par Juarez s'intensifie et contrôle à partir de 1866 la majeure partie du pays. De plus, les États-Unis, délivrés de la guerre de Sécession depuis 1865, exigent le départ de toute présence étrangère de leur frontière et soutiennent activement les milices de Juarez qu'ils fournissent en armes, matériel et munitions. En présence de pressantes sommations de Washington, Moustier doit donc négocier le départ des troupes françaises en ménageant Maximilien Ier et sans que l'évacuation précipitée ne déclenche une catastrophe militaire. En février 1867, les dernières troupes françaises quittent le pays et Maximilien, qui a choisi de rester, est emprisonné puis fusillé quelques mois plus tard.

En Italie, la France est désormais la seule garante de l'intégrité territoriale des États pontificaux. Le royaume d'Italie, qui s'étend à présent sur toute l'étendue de la péninsule à l'exception du Latium, n'accepte toujours pas que Rome ne soit pas sa capitale. Pour éviter une guerre en Italie, la France avait négocié et signé la convention dite du "15 septembre" avec le gouvernement de Florence. Selon ses termes, le royaume d'Italie s'engageait à ne pas envahir les États du pape ni à le déstabiliser en favorisant les actions des milices garibaldiennes. L’objectif était de pérenniser la situation en liquidant les différends entre le pape et l'Italie. En échange, la France évacuait son corps expéditionnaire, présent à Civita-Vechia depuis 1849. Mais à l'arrivée de Moustier, les choses sont restées au point mort, du fait du blocage des négociations entre les chancelleries italienne et pontificale à propos de questions financières. Moustier décide d'accélérer les choses pour régler définitivement cette situation sommaire en passant outre la diplomatie pontificale et les atermoiements de Florence. Il obtient ainsi le règlement des questions financières et, en décembre 1866, les troupes françaises rembarquent. Pourtant, dès l'année suivante, le gouvernement italien de Rattazzi ne respecte plus l'accord et n'empêche pas l'invasion des États pontificaux par une armée de garibaldiens qui s'est massée à la frontière du Latium, avec l'accord tacite de l'armée italienne. La France ayant déjà été humiliée par la Prusse à l'occasion de l'affaire du Luxembourg, et refusant qu'une situation analogue ne se reproduise, Moustier obtient de Napoléon III l'envoi d'un nouveau corps expéditionnaire à Rome. Celui-ci arrive juste à temps pour infliger aux milices garibaldiennes, le , une cuisante défaite devant Mentana.

En mauvaise santé, Moustier quitte le ministère le , et est nommé par l'empereur sénateur. Obligé de rester alité, il ne siégera jamais et meurt à Paris deux mois après sa démission, le .

Son fils, René, son petit-fils, Léonel, et son arrière-petit-fils, Roland seront eux aussi députés du Doubs.

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Doubs Conseil général Auteur du texte, Rapports et délibérations / Conseil général du Doubs, Impr. Millot frères et Cie, (lire en ligne)
  2. Yves Bruley, Le Quai d'Orsay impérial, Paris, Éditions A. Pedone,

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]