Victor de Persigny

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Victor de Persigny
Photographie du duc de Persigny dans les années 1860 par Pierre-Louis Pierson.
Photographie du duc de Persigny dans les années 1860 par Pierre-Louis Pierson.
Fonctions
Ministre de l'Intérieur

(2 ans 5 mois et 1 jour)
Monarque Napoléon III
Prédécesseur Charles de Morny
Successeur Adolphe Billault

(2 ans 6 mois et 18 jours)
Monarque Napoléon III
Prédécesseur Adolphe Billault
Successeur Paul Boudet
Ministre de Commerce et de l'Agriculture

(1 an 4 mois et 29 jours)
Monarque Napoléon III
Prédécesseur Noël Lefebvre-Duruflé
Successeur Pierre Magne
Sénateur du Second Empire

(17 ans 8 mois et 4 jours)
Député du Nord

(2 ans 6 mois et 19 jours)
Législature Assemblée nationale législative
Groupe politique Bonapartisme
Député de la Loire

(2 mois et 9 jours)
Législature Assemblée nationale législative
Successeur Jacques Delmas de Grammont
Maire de Chamarande

(15 ans)
Prédécesseur M. Robineau
Successeur Georges Frédéric Vatier
Président du Conseil général de la Loire

(13 ans)
Prédécesseur Charles-Wangel Bret
Successeur Pierre-Frédéric Dorian
Conseiller général du canton de Saint-Haon-le-Châtel

(9 ans)
Prédécesseur Camille Bouquet d'Espagny
Successeur Charles Cherpin
Ambassadeur de France en Allemagne
Prédécesseur Napoléon-Hector Soult de Dalmatie
Successeur Emmanuel Arago
Ambassadeur de France en Angleterre

(3 ans)
Prédécesseur Alexandre Colonna Walewski
Successeur Aimable Pélissier

(1 an)
Prédécesseur Aimable Pélissier
Successeur Charles de Flahaut
Biographie
Nom de naissance Jean-Gilbert Victor Fialin
Date de naissance
Lieu de naissance Saint-Germain-Lespinasse (Loire)
Date de décès (à 64 ans)
Lieu de décès Nice (Alpes-Maritimes)
Nationalité Française
Parti politique Bonapartisme
Père Antoine Henri Louis Marie Fialin
Mère Anne Marie Girard de Charbonnières
Conjoint Eglé Napoléone Albine Ney de La Moskowa
Diplômé de Collège royal de Limoges
École royale de cavalerie de Saumur

Signature de Victor de Persigny

Jean-Gilbert Victor Fialin, duc de Persigny, né le à Saint-Germain-Lespinasse (Loire) et décédé le à Nice (Alpes-Maritimes), est un homme d'État du Second Empire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-Gilbert Victor Fialin[1] est né le 11 janvier 1808 à Saint-Germain-Lespinasse. Il est le fils de Antoine Henri Louis Marie Fialin (1777-1810) et de Anne Marie Girard de Charbonnières (1771-1843). Son père, ayant fait de mauvaises affaires, abandonne sa femme et ses deux enfants pour s'engager dans les armées impériales qui envahissent l'Espagne[2]. Devenu maréchal-des-logis-chef, il est admis à l'hôpital royal de Salamanque où il décède le 12 décembre 1810, par suite de fièvres.

Le jeune Fialin, orphelin de père, est élevé par son oncle maternel Claude Marie de Girard de Charbonnières (1772-1849), monarchiste convaincu. Il obtient une bourse et entre au collège royal de Limoges. Il fait le choix d'une carrière militaire, est admis à l'École royale de cavalerie de Saumur, le 25 juillet 1826, et au bout de deux années sort major de promotion. Intégré au 4e régiment de hussards avec le grade de maréchal des logis, dans la compagnie du capitaine Kersausie, républicain, carbonaro et membre de la Conspiration La Fayette.

Il prit part, avec lui, au mouvement insurrectionnel de juillet 1830 à Vannes où ils arborent le drapeau tricolore. Le rôle joué par son régiment en soutenant la révolution de juillet fut regardé comme de l'insubordination. Fialin ne peut rester dans l'armée, il est mis en congé de réforme puis en congé définitif le 4 octobre 1831.

Fialin décide de monter à Paris et de se lancer dans le journalisme. Il collabore à plusieurs journaux dont Le Courrier français et Le Spectateur Militaire. Il décide à cette époque de se présenter sous le nom de vicomte de Persigny, qui avait été porté jadis dans sa famille.

À cette même époque il se convertit au bonapartisme, notamment après la lecture du Mémorial de Sainte-Hélène. À l’époque, le bonapartisme est cependant loin de constituer une force politique crédible. Apanage des rescapés de la Grande Armée, rêve de quelques jeunes romantiques isolés dans la société bourgeoise de la Monarchie de Juillet, l’Empire appartient davantage à l’histoire qu’à l'avenir.

L'aventure bonapartiste[modifier | modifier le code]

En 1834, alors qu'il voyage pour son journal dans le pays de Bade, il rencontre Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, frère de Napoléon Ier, suite à cette rencontre il fonde la revue bonapartisme L’Occident Français, qui n’aura qu’un seul numéro. L’année suivante, en 1835, il fait la rencontre décisive de Louis-Napoléon Bonaparte, alors en exil à Arenenberg en Suisse. Il va dès lors être son compagnon d’exil et son aide de camp. Le futur Napoléon III est une véritable révélation pour lui. Ses sentiments politiques trouvent un cadre, le bonapartisme ; son incroyable énergie, un but : la restauration de l’Empire ; sa soif de fidélité, un homme, Louis-Napoléon.

La tentative de Strasbourg[modifier | modifier le code]

Le 30 octobre 1836, secondé par le colonel Vaudrey, commandant le 4e régiment d'artillerie[3], il tente de gagner la garnison de Strasbourg à la cause bonapartiste. Après avoir soulevé la garnison, le but est de marcher sur Paris. Si les soldats du régiment d’artillerie de Strasbourg se soulèvent, les autres régiments ne se rallient pas et désarment les apprentis comploteurs. Tandis que le roi Louis-Philippe fait preuve de clémence en envoyant Louis-Napoléon en exil aux États-Unis, Fialin, qui a réussi à s'échapper, ne baisse pas les bras : il inonde la presse d’articles et de communiqués, recrute de nouveaux partisans, récolte des fonds, jette les bases d’un embryon de parti.

La tentative de Boulogne[modifier | modifier le code]

En 1840, la conjoncture lui semble favorable à une nouvelle tentative de complot, Adolphe Thiers et son cabinet viennent de décider le retour des cendres de l'île Sainte-Hélène. Louis-Napoléon, qui est à Londres, et Fialin affrètent un navire dont ils confient le commandement à un ancien corsaire, compagnon de Surcouf. Avec une cinquantaine de leurs partisans dont le général de Montholon, ils débarquent à Boulogne-sur-Mer dont ils tentent en vain de rallier la garnison. Mais la confrontation tourne mal. Des coups de feu sont échangés, deux personnes sont tuées et la petite bande bonapartiste est arrêtée. Persigny est condamné à vingt ans de détention à la citadelle de Doullens, peine rapidement atténuée, en 1843, pour raison de santé : atteint d’ophtalmie, il est transféré à l’hôpital militaire de Versailles. Il est libéré par la Révolution française de 1848.

Pendant son emprisonnement, il écrit un ouvrage De la destination et de l'utilité permanente des Pyramides, publié en 1845, dans lequel il propose une hypothèse originale sur la fonction des pyramides d'Égypte en sus de leur usage de tombeaux.

« M. Fialin de Persigny utilisa les loisirs forcés que lui fit sa condamnation pour adresser, en 1844, à l'Académie des sciences un mémoire contenant ses idées particulières sur le but véritable que se proposèrent les Égyptiens en élevant les montagnes de pierre vulgairement appelées pyramides. Selon lui, ce furent là bien moins des monuments de l'orgueil des rois que des monuments d'utilité publique ; et ces gigantesques constructions étaient en réalité destinées à protéger la vallée du Nil contre l'invasion des sables du désert... Nous confesserons humblement notre incompétence sur cette grave question d'archéologie... et de physique[4]. »

L'exercice du pouvoir[modifier | modifier le code]

Photographie du duc de Persigny sous l'Empire par André Adolphe Eugène Disdéri.

En 1848, il dirige la campagne qui amène l’élection à la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte. Infatigable, il reconstitue ses réseaux, finance des journaux et sillonne la France, n’ayant de cesse que la nouvelle de la candidature de celui à qui il a voué sa vie soit connue dans le plus reculé des hameaux. Le 10 décembre 1848, Louis-Napoléon est ainsi élu premier président de la République française avec près de 75 % des voix.

Il est élu représentant le 13 mai 1849 à l'Assemblée législative par deux départements : la Loire, qui le nomma, le 7e sur 9, avec 35 483 voix (75 232 votants, 118 427 inscrits), et le Nord qui l'élut, le 6e sur 24, par 93 392 voix (183 521 votants, 290 196 inscrits). M. de Persigny opta pour le Nord et fut remplacé dans la Loire, le 22 juillet 1849, par le général Delmas de Grammont. La même année, il devient ambassadeur en Allemagne pendant 1 an.

Il commence à organiser, à l’Assemblée législative, un parti bonapartiste, parti du président. Membre du comité de la rue de Poitiers, il est élu dans le Nord et la Loire. Lors du coup d’État du 2 décembre 1851, il est à la tête du 42e régiment de ligne où il est chargé avec le colonel Espinasse de la prise du Palais Bourbon par la troupe, ce qui ouvre les portes du pouvoir à Louis-Napoléon.

Le nouveau régime dans lequel il s’apprête à jouer un rôle éminent se met en place. Le 22 janvier 1852, il est nommé ministre de l’Intérieur, poste qu'il conserve jusqu’en avril 1854. En cette qualité, le lendemain du coup d'État, il est un des plus ardents partisans politiques du rétablissement de l'Empire. Il paraît que Persigny demande aux préfets de faire crier « Vive l'Empereur » au lieu de « Vive le Président » lors des visites officielles de Louis-Napoléon. Il occupe aussi les fonctions de ministre du Commerce et de l'Agriculture de janvier 1852 à juin 1853. Puis il sera ambassadeur à Londres de 1855 à 1858 et de 1859 à 1860. Il est rappelé au ministère de l'intérieur de 1860 à 1863. Il y contrôle la presse et décide de la ligne des journaux officieux du régime comme Le Constitutionnel ou Le Pays. Ses idées, comme celles du prince Napoléon, cousin de l'empereur, sont favorables aux révolutionnaires italiens bien qu'en 1859 il se soit prononcé contre la guerre d'Italie ; il presse l'empereur de leur abandonner Rome. C'est Persigny qui trouvera les moyens pour financer les Grands Travaux à Paris.

Il épouse le 27 mai 1852 Eglé Napoléone Albine Ney de La Moskowa (1832-1890)[5], petite-fille du Maréchal Ney et du banquier Jacques Laffitte, de vingt-quatre ans sa cadette. À cette occasion, il reçoit 500 000 francs et le titre de comte, il est ensuite appelé au Sénat le 31 décembre 1852 puis maire de Chamarande (Seine-et-Marne)[6], où il a acheté en 1858 le château du dernier marquis de Talaru.

Son caractère autoritaire lui dresse en rival Charles de Morny auquel il a succédé en 1852. L'impératrice Eugénie le déteste car il avait désapprouvé son choix comme impératrice ; on prête à Persigny cette déclaration faite à l'empereur en 1850 :

« Ce n’est pas la peine d’avoir risqué le coup d’État avec nous pour épouser une lorette ! »

Il fut président de la Société de géographie de 1862 à 1863.

Il prépare les élections de mai 1863 avec despotisme en s'employant à obtenir une chambre docile. Seuls les candidats qu'il avalise peuvent se déclarer « indépendants ». En même temps, il éloigne les candidats catholiques et ne représente pas plusieurs députés. Il ne prévoit ni ne prévient le succès électoral de l'opposition. Il conseille alors à Napoléon III de gouverner sans chambre mais tenu responsable de la défaite il est écarté. On médit alors de lui ainsi : « il finira sur la paille car il a déjà sa litière (sali Thiers) ».

Persigny devient président du Conseil général de la Loire en 1858 : il assumera cette charge jusqu'en 1870. Il y déploie une extraordinaire énergie. Le percement du canal du Forez, la création de la Société historique et archéologique du Forez (La Diana), la mise en place d’un fonds de secours pour les victimes des débordements de la Loire, la poursuite de l’essor industriel du département, le transfert de la préfecture de Montbrison à Saint-Étienne sont autant d’actes à mettre à son crédit.

Il est élevé duc de Persigny par décret impérial du 9 septembre 1863.

En 1862, il convainc le maire de Roanne Charles Bouiller de faire construire un nouvel hôtel de ville, Édouard Corroyer réalise ce projet, il s'achève en 1874. Il préside en 1864 à Roanne, l’inauguration de l’église Notre-Dame-des-Victoires et fait obtenir à cette ville une chambre de commerce. Il est aussi à l’origine de l’obtention par la ville de la croix de la Légion d’Honneur. Il permet en outre à la ville de Roanne de récupérer, par décret, les archives du duché de Roannais[7].

Le déclin[modifier | modifier le code]

En 1870, la guerre et la reddition de Bazaine provoquent la chute de l’Empire et viennent mettre un terme à sa carrière.

Abandonnant la politique, il se consacre à la rédaction de ses « Mémoires » qui ne seront publiés qu'après sa mort en 1896. Homme courageux, assumant et revendiquant même tout l’héritage de l’Empire, y compris celui du Coup d’État du 2 décembre 1851, après cette vie « politiquement correcte » et malgré sa disgrâce auprès de l’impératrice, il ne renia jamais son prince et il eut l’amertume d'assister à la fin du rêve pour lequel il avait vécu et combattu.

Il décède à Nice, à l'hôtel du Luxembourg sur la promenade des Anglais le 12 janvier 1872. Il est inhumé au cimetière de Saint-Germain-L'Espinasse le 12 août 1872 ; sa veuve ne vint même pas lui rendre un dernier hommage. Le lendemain des funérailles arriva ce télégramme de Napoléon III, exilé en Angleterre :

« Mon Cher Persigny, J'apprends avec peine l'état de votre santé. J'espère que vous pourrez triompher de la maladie; mais en attendant votre guérison, je tiens à vous dire que j'oublie ce qui a pu nous diviser pour ne me souvenir que des preuves de dévouement que vous m'avez données pendant de longues années. Croyez à ma sincère amitié[8]. »

Son tombeau au cimetière de Saint-Germain ayant été gravement endommagé par la tempête de 1999, a été reconstruit à l'identique grâce une subvention exceptionnelle émanant du Conseil général de la Loire[9] et du ministre de l'Intérieur[10].

En conclusion[modifier | modifier le code]

Napoléon III aurait dit de lui : « L’Impératrice est légitimiste, Morny est orléaniste, le Prince Napoléon est républicain et je suis moi-même socialiste. Il n’y a qu’un seul bonapartiste, c’est Persigny, et il est fou. ». L'homme est plus complexe que cette boutade, c'était notamment un spécialiste de cette nouveauté du temps, les campagnes électorales.

Les papiers personnels de Victor de Persigny et de la famille Persigny sont conservés aux Archives nationales sous la cote 44AP[11].

Iconographie[modifier | modifier le code]

Une médaille posthume à l'effigie de Persigny a été réalisée par le graveur Louis Charles Bouvet. Un exemplaire en est conservé au musée Carnavalet (ND 0412).

Décorations[modifier | modifier le code]

Décorations officielles[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Victor Fialin de Persigny », sur roglo.eu (consulté le 10 octobre 2016)
  2. Campagne d’Espagne (1808-1814).
  3. Régiment de Napoléon Bonaparte à Toulon en 1793.
  4. Dictionnaire de la conversation et de la lecture, page 397. Volume 14, Michel Lévy, ed. Michel Lévy frères, Paris, 1857.
  5. Fille de Joseph Napoléon Ney et d'Albine Marguerite Lafitte.
  6. http://www.francegenweb.org/mairesgenweb/resultcommune.php?id=3088
  7. Elles sont actuellement conservées à la médiathèque municipale de Roanne.
  8. Cité d'après Pascal Clément, Persigny, L'homme qui a inventé Napoléon III.
  9. Présidé alors par Pascal Clément.
  10. Présidé à l'époque par Jean-Pierre Chevènement.
  11. Archives nationales.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joseph Delaroa, Le duc de Persigny et les doctrines de l'empire, Victor Fialin duc de Persigny, éditions Plon, 1865.
  • Hadol, La ménagerie impériale composée des ruminants, amphibes, carnivores et autres budgétivores qui ont dévoré la France pendant vingt ans, S.l.n.d. (1870-1871). Dans ce recueil de caricatures, Persigny est représenté sous la forme d'un singe.
  • Catalogue des objets d'art, de curiosité et d'ameublement dépendant de la succession de M. le duc de Persigny, provenant du château de Chamarande..., 1872.
  • Victor Jean Fialin de Persigny, Mémoires, édités par le comte Henri de Laire d'Espagny, éditions Plon-Nourrit, 1896.
  • Georges Goyau, Un roman d'amitié entre deux adversaires politiques, Falloux et Persigny, éditions Flammarion, 1928.
  • Paul Chrétien, Le duc de Persigny (1808-1872), thèse, Toulouse, imprimerie Boisseau, 1943, portrait.
  • Honoré Farat, Persigny, un ministre de Napoléon III, éditions Hachette, 1957, portrait.
  • Caroline Wahl, Fonds Persigny, AP44, Centre historique des Archives nationales, 2002.

Liens externes[modifier | modifier le code]