Ernest Pinard

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Ernest Pinard, photographié par Bertall et Hippolyte Bayard en 1860.

Pierre Ernest Pinard, né à Autun (Saône-et-Loire) le 10 octobre 1822, et mort à Bourg-en-Bresse (Ain) le 12 septembre 1909, est un magistrat et homme politique français. Il a été procureur impérial et ministre de l'Intérieur. Il est passé à la postérité pour ses réquisitoires contre Madame Bovary de Gustave Flaubert et Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire.

Biographie[modifier | modifier le code]

La formation[modifier | modifier le code]

Ernest Pinard est le fils d'Henry Louis Laurent Pinard, avocat à Autun, et de Marie Françoise Guillot.

Ayant très tôt perdu son père, il est élevé par sa mère qui lui donne une solide éducation catholique. Il entre tout d'abord au petit séminaire d'Autun et effectue sa rhétorique puis il monte à Paris (1840) et entre au collège Stanislas pour y faire sa classe de philosophie.

Il suit ensuite les cours de la faculté de droit de Paris tout en allant régulièrement au Collège de France et à la Sorbonne pour y écouter de brillants conférenciers, notamment l'abbé Dupanloup qui lui fait forte impression. Très pieux, il se rend d'ailleurs chaque dimanche à l'église Notre-Dame pour y écouter les prêches d'Henri Lacordaire.

Docteur en droit (1846), il s'inscrit au barreau de Paris comme avocat et commence à s'intéresser à la politique. Il soutient la Révolution de 1848 mais condamne l'agitation qui suit la fermeture des Ateliers nationaux. Conscient que l'autorité est nécessaire, il décide de quitter son métier d'avocat et d'entrer dans la magistrature. Sur les conseils de son oncle, Oscar Pinard, il choisit de devenir procureur.

Le procureur[modifier | modifier le code]

Il est d'abord nommé substitut du procureur de la République à Tonnerre (1849). Il y fait preuve d'une grande rigueur, notamment pendant l'épidémie de choléra qui décime la ville. Rallié à Louis-Napoléon Bonaparte, il devient successivement substitut à Troyes (1851), substitut du procureur impérial à Reims (1852) et enfin substitut au Parquet de la Seine (1853). C'est là que le « procureur impérial » va se faire connaître pour sa participation aux grands procès littéraires du début du Second Empire.

Le premier concerne Gustave Flaubert poursuivi pour un roman jugé licencieux : Madame Bovary. Il impute au romancier, qui utilise le style indirect libre (style novateur sans guillemets qui déroute le procureur), les pensées de son personnage, à savoir l'adultère [1]. Malgré un brillant réquisitoire d'une heure trente, il ne peut faire condamner Flaubert qui est blâmé pour « le réalisme vulgaire et souvent choquant de la peinture des caractères » mais relaxé, notamment grâce à la plaidoirie flamboyante durant quatre heures trente de son avocat Antoine Sénard[2]. Gustave Flaubert lui en gardera pourtant rancune toute sa vie.

À peine le procès de Flaubert est-il terminé qu'il se voit confier la tâche de requérir contre Charles Baudelaire. Celui-ci vient en effet de faire paraître Les Fleurs du mal, recueil de poèmes considérés comme « un défi jeté aux lois qui protègent la religion et la morale ». Il a cette fois-ci plus de chance puisque Baudelaire est condamné à 300 francs d'amende et certains poèmes sont interdits de publication (ils le resteront jusqu'à ce que le jugement soit cassé en 1949) [3].

Il s'attaque ensuite à Eugène Sue qui fait paraître depuis plusieurs années une œuvre monumentale : Les Mystères du peuple, histoire d'une famille de prolétaires à travers les âges. Malgré la mort de Sue, le procès continue et il obtient la condamnation de l'éditeur et de l'imprimeur.

En récompense de ses services, il est décoré de la Légion d'honneur (1858) puis promu procureur général près la cour d'appel de Douai (1861).

Le ministre[modifier | modifier le code]

Remarqué par Napoléon III, il est nommé au Conseil d'État (1866) dont la principale fonction est la rédaction des projets de loi qui sont soumis à l'empereur avant discussion devant le Corps législatif. Il participe notamment à la rédaction de la loi sur la liberté de la presse qui supprime la peine d'emprisonnement et lui substitue la privation des droits électoraux et l'amende. Pinard considère que « la détention sert de piédestal au journaliste » et que « celui qui commet le délit de presse n'a que deux objectifs : se faire une situation politique ou gagner de l'argent à tout prix. La privation temporaire des droits électoraux l'arrête dans le premier cas; l'amende, la forte amende, l'arrête dans le second ».

Se rapprochant du premier cercle de l'empereur, il est nommé, malgré son manque d'expérience politique, ministre de l'Intérieur (14 novembre 1867). Il est, en particulier, chargé de défendre devant les Chambres une nouvelle loi sur la presse à l'élaboration de laquelle il a lui-même participé. Pendant son séjour Place Beauvau, il fait preuve du plus grand des sectarismes. Il s'oppose à l'érection sur une place publique d'une statue de Voltaire, auteur qu'il juge impie. Il fait condamner le journaliste et pamphlétaire Henri Rochefort. Enfin, croyant à un vaste complot et craignant une émeute, il mobilise la troupe contre une manifestation commémorant la mort du député Baudin. À un moment où l'Empire se libéralise, cette rigueur n'est plus de mise et il doit quitter ses fonctions (16 décembre 1868).

La disgrâce[modifier | modifier le code]

Après avoir refusé un poste important à la Cour de cassation, il décide de faire campagne aux élections législatives de 1869 et est élu député du Nord. Avec la guerre franco-prussienne et le désastre de Sedan, la République est proclamée mais il reste fidèle à l'Empire. Indésirable à Paris et dans sa circonscription du Nord, il retourne dans sa ville natale d'Autun. La guerre n'étant pas finie, il participe à la défense de la ville où Garibaldi, venu se mettre service de la République, s'est installé avec son état-major. Accusé de connivences avec l'ennemi, il est arrêté et jeté en prison. Il est libéré au bout de quelques jours, faute de preuves.

De retour à Paris, il revient en politique et participe à un comité impérialiste qui réunit d'anciens ministres et députés sous la présidence de Rouher. Dans le même temps, il se fait élire au conseil général de Saône-et-Loire à Issy-l'Évêque et reprend son ancien métier d'avocat. Dès le printemps 1871, il rend visite à Napoléon III exilé en Angleterre. Après la mort de l'empereur, il continuera ses visites auprès du prince impérial mais l'installation définitive de la République (1875) et la mort du jeune prince (1879) ruinent définitivement les projets des partisans du retour à l'Empire. Le 30 novembre 1875, c'est lui qui prononce l'éloge funèbre de l'industriel Eugène Schneider, fondateur de la dynastie des maîtres de forges du Creusot[4].

Après la mort de sa mère (1882), il abandonne toute vie publique pour se consacrer à sa famille. Ses dernières années sont endeuillées par la mort de ses proches puisque, en moins de dix ans, il perd sa sœur, sa femme, son fils, sa fille et son gendre et que c'est seul qu'il meurt dans son hôtel particulier de Bourg-en-Bresse.

Au lendemain de sa mort, dans son édition du 13 septembre 1909, Le Figaro salue la mémoire de ce personnage dont « le nom éveille, à lui seul, le souvenir lointain, un peu confus, d'une époque de luttes politiques, de procès de presse où l'ancien et fidèle serviteur de l'Empire avait acquis un renom d'énergie redoutable, intransigeante, un peu agressive, et s'était offert aux coups, qu'il ne redoutait pas plus de donner que de recevoir. Sa vie de magistrat, d'homme d'État, fut vouée tout entière à la défense du principe d'autorité. »

Citation[modifier | modifier le code]

PINARD
Ex-ministre
Député cafard souffreteux livide
Éloquence de vinaigrier
Saint Ignace priez pour lui

(légende d'une caricature d'Hippolyte Mailly parue dans Le Pilori)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gisèle Sapiro, La Responsabilité de l'écrivain. Littérature, droit et morale en France, XIXe-XXIe siècle, Seuil,
  2. Le réquisitoire du procès Bovary sur le site de J.B. Guinot
  3. Les pièces du procès sont en ligne sur Wikisource.
  4. « Un Autunois aux idées fermes : Ernest Pinard » par Luc Hopneau, revue Images de Saône-et-Loire n° 99 (septembre 1994), p. 23 et 24.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lucien Taupenot (alias Luc Hopneau), Un Autunois aux idées fermes : Ernest Pinard, revue « Images de Saône-et-Loire » n° 99 (septembre 1994), pp. 23-24.
  • Maurice Garçon, Plaidoyer contre la censure, Éd. Pauvert, 1963.
  • Alexandre Najjar, Le Procureur de l'Empire, Éd. Balland, Paris, 2001 ; réédité aux éditions de la Table ronde sous le titre : "Le Censeur de Baudelaire" (2010) avec une préface de Philippe Séguin.
  • Jean-Denis Bredin, Thierry Levy, Convaincre. Dialogue sur l'éloquence, Éd. Odile Jacob, 2002.
  • « Ernest Pinard », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, [détail de l’édition]