Léon Lambert (1928-1987)

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Léon Lambert
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Léon Lambert, né à Etterbeek (Bruxelles) le et mort à Anderlecht (Bruxelles) le , est un banquier et collectionneur d'art belge.

Célibataire et sans enfants, il consacra toute sa vie à sa carrière qui le rendit célèbre dans le monde entier. Ainsi, lorsqu’il mourut à l’hôpital Érasme à Anderlecht le 26 mai 1987, de nombreux articles de presse reviendront sur la vie de celui qui, certains diront alors, avait « allié la haute finance et les arts »[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et jeunesse[modifier | modifier le code]

Léon Lambert, le fils aîné d’Henri Lambert et de Johanna von Reininghaus, était issu d’une grande famille de banquiers belges qui s’étendait sur trois générations[2]. Elle avait été inaugurée par Caïn Samuel Lambert (1806-1875) – l’arrière-grand-père de Léon – qui, à la suite du second mariage de sa belle-mère avec Lazare Richtenberger, le représentant des Rothschild[3] à Bruxelles, avait été introduit dans le monde de la finance ; très rapidement, il fonda la Banque Lambert, qui deviendra le représentant privilégié des Rothschild en Belgique. Son fils Léon (1851-1919), qu’on surnommait le « banquier du roi », prolongea l’œuvre de son père et finança une grande partie des projets coloniaux de Léopold II. Ensuite, Henri (1887-1933), le fils de Léon, succéda à son père, et c’est sous sa direction que la Banque Lambert s’autonomisa des Rothschild pour ne plus être leur simple succursale belge[4].

Dès les premières années qui suivirent la naissance de Léon Lambert, l’aîné de la quatrième génération, les affaires de l’entreprise familiale (la Banque Lambert) semblaient se remettre du choc du Krach boursier de 1929 et de la crise qui s’ensuivit[5]. Très vite pourtant – alors qu’il n’avait pas même atteint ses six ans – Léon Lambert perdit son père. C’est la mère du jeune enfant qui reprit l’affaire de la famille, en attendant la majorité de son fils aîné.

Pendant la guerre, Léon Lambert poursuivit sa scolarité à Berne d’abord, puis en Amérique. Une fois la guerre terminée, il poursuivit ses études supérieures à Yale, à Oxford, et enfin à l'Institut des Hautes Études Internationales de Genève où il obtiendra sa licence en mars 1950[6].

Carrière financière[modifier | modifier le code]

En 1950, un an après avoir atteint sa majorité civile, le jeune baron prit la direction de la Banque H. Lambert (de Lhoneux, De Bruyn et Cie), qu’il s’empressa aussitôt de constituer en commandite simple[7], lui donnant le nom plus sobre de Banque Lambert[8].

Sous sa direction, la Banque Lambert connut un essor spectaculaire, ce qui lui valut, à cause de son jeune âge, d’être appelé le Minou Drouet de la finance, Minou Drouet étant alors une poétesse qui connaissait un grand succès, bien qu’âgée de dix ans à peine[9]. C’est aussi à cette époque que Camille Gutt[10], puis Ernest de Selliers de Moranville[11] rejoindront la Banque Lambert.

Dans un temps assez proche, lors l’été 1953, la Banque Lambert absorba la Banque de Reports et de Dépôts de qui elle reçut donc l’entièreté du fonds de commerce, accroissant ainsi de manière considérable ses capitaux[12]. La même année, Léon Lambert fonda la Compagnie européenne pour l’Industrie et la Finance, puis se tourna vers la colonie congolaise pour laquelle il créa la holding[13] Compagnie d’Afrique. Celle-ci, après avoir été absorbée par la Compagnie européenne pour l’Industrie et la Finance, deviendra la Compagnie d’Outremer pour l’Industrie et la Finance. En 1959, la Banque Lambert devint le principal actionnaire de la Compagnie d’Outremer pour l’Industrie et la Finance[14] qui, au cours des années soixante, prendra finalement le nom de Compagnie Lambert pour l’Industrie et la Finance[15].

En 1960, lors de l’indépendance du Congo, il poursuivra ses affaires dans l’ancienne colonie en créant la Société financière pour les Pays d’Outremer. Cette société avait pour but de mutualiser les risques survenus à la suite de l'indépendance des pays subsahariens, mais aussi d’éviter des potentielles nationalisations ou confiscations de biens qui appartenaient aux puissances coloniales d’antan[16]. Dans le cadre de ses affaires au Congo, il s’entretiendra avec Mobutu qu’il qualifiera d’« interlocuteur cordial mais ferme »[17].

Au cours des années soixante, la carrière de Léon Lambert est en pleine expansion. La Banque Lambert absorbe de nombreuses banques, et le baron siège dans les conseils d’administrations de plusieurs dizaines de sociétés, directement ou indirectement contrôlées par la Banque Lambert[14]. En 1964, dans le contexte de cette expansion considérable et inspiré par les pratiques financières du monde anglo-saxon, Léon Lambert tenta ce qu’on considère aujourd’hui comme la première offre publique d'achat (O.P.A.) belge. Le baron engagea la Compagnie Lambert pour l’Industrie et la Finance, dont sa banque était le principal actionnaire, à réaliser une offre publique d’achat contre la Sofina[18]. Pourtant, contre ses attentes, la Société générale de Belgique déclara une contre-OPA et réussit à prendre possession de la Sofina[19].

Près de dix ans plus tard, en 1972, la Compagnie Lambert pour l’Industrie et la Finance fusionna avec deux sociétés, la Brufina et la Cofinidus, pour former le Groupe Bruxelles Lambert[20]. Peu de temps après, en 1975, la Banque Lambert s’unit à la Banque de Bruxelles pour former la Banque Bruxelles Lambert (BBL) qui devint dès lors la deuxième plus grande banque belge. Notons qu’Alexandre Lamfalussy, négociateur pour la Banque de Bruxelles, avait « longuement hésité avant d’embrasser le nom des Lambert » dans le nom de la nouvelle banque, et cela principalement par peur de perdre sa clientèle arabe[21]. En effet, Léon Lambert aurait soutenu financièrement de nombreuses associations israéliennes, ce qui pouvait nuire aux affaires avec le monde arabe, en grande partie hostile à l’État d’Israël[22].

Au cours des années septante, le baron jouera un rôle résolument international à une époque où « le multinational banking » s’était « progressivement ancré dans les mœurs financières »[23]. La Banque Lambert investit ses capitaux dans de nombreux pays étrangers. En outre, le baron établit deux filiales aux États-Unis d’Amérique, la Brussels Lambert Company et la Drexel Burnham Lambert, ce qui n’est guère étonnant quand on est au fait de ses affinités avec le monde américain, il était notamment un familier de la scène homosexuelle new-yorkaise[24]. Son intervention dans le marché boursier américain sera couronnée de succès, ce qui lui vaudra de nombreux reproches, une partie de la presse belge l’accusant de se détourner de l’Europe et de la Belgique[25].

Des années moins heureuses[modifier | modifier le code]

Les dernières années de la carrière de Léon Lambert seront moins heureuses. Face à la crise des années quatre-vingt[26] et à un lourd endettement, le Groupe Bruxelles Lambert se voit à court de liquidités, et par conséquent incapable de verser à ses actionnaires leurs dividendes. En quête de refinancement, le Groupe Bruxelles Lambert laissera Albert Frère le rejoindre[27] ; toutefois, alors que les relations entre les deux financiers se détérioreront, Albert Frère évincera le baron du groupe qui se verra « progressivement dépossédé de ses joyaux »[28].

Un collectionneur de grande renommée[modifier | modifier le code]

Si Léon Lambert consacra le plus clair de son temps à sa carrière financière, il fut également un collectionneur de grande renommée. Ainsi, en 1970, il fonda la société Artémis, destinée à faciliter le financement rapide des collectionneurs et des musées pour l’achat d’œuvres d’art[29]. Passionné d’art contemporain, il fut membre protecteur de la Ligue esthétique belge et du conseil international du Museum of Modern Art de New-York. En outre, il fut administrateur de la Cinémathèque royale de Belgique et de la Société philharmonique de Bruxelles.

Un « nationaliste européen »[modifier | modifier le code]

Se décrivant lui-même comme un « nationaliste européen », le baron Lambert avait rejoint dès 1959 la Ligue européenne de Coopération économique[30] et se disait favorable à la création d’une monnaie unique européenne[31].

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Pourtant, il mourra bien avant l’apparition de la monnaie unique des suites du SIDA. Au mois de mai 1987, quelques jours avant sa mort seulement, Léon Lambert avait déjà démissionné de la plupart de ses fonctions. Lorsqu’il s’éteint, il ne laissa derrière lui ni épouse ni descendance. Il fut inhumé dans le cimetière du Dieweg à Uccle, avant que soient organisées deux cérémonies en son honneur à Bruxelles et New-York[32]. Lors de la cérémonie New-Yorkaise Henry Kissinger et David Rockefeller ont prononcé un éloge funébre, par ailleurs l'activist pour le droit des homosexuelles Larry Kramer était également présent [24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. G. Depas, « Le baron Lambert avait allié la haute finance et les arts », dans Le Soir, 1er juin 1987. Concernant les articles, voir l’ensemble de ceux mentionnées dans la partie relative aux sources.
  2. A.-M Dutrieue, « Lambert Famille », dans G. Kurgan-van Hentenrijk, S. Jaumain et V. Montens (dir.), Dictionnaire des patrons en Belgique. Les hommes, les entreprises, les réseaux, Bruxelles, De Boeck Université, 1996, p. 408-412.
  3. Les Rothschild sont une grande famille, célèbre dans le monde des banques et de la finance depuis le xviiie siècle (Herbert R. Lottman, La dynastie Rothschild, Paris, Seuil, 1995).
  4. P.-F Smets, « Léon Lambert », dans Nouvelle Biographie Nationale, t. vii, Bruxelles, Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts, 2012, p. 234.
  5. La crise de 1929 commença à la suite du krach de la bourse de New-York en octobre 1929 ; partie des États-Unis, elle s’étendit à l’ensemble du monde capitaliste, provoquant une forte baisse la production industrielle et une hausse significative du chômage (« La crise de 1929 : le passage d’une économie libérale à une économie administrée », dans Pierre Bezbakh et Sophie Gherardi (dir.), Dictionnaire de l’économie, Paris, Larousse, 2011, p. 218-219).
  6. A.-M Dutrieue, « Le baron Léon Lambert, un banquier et financier belge d’envergure internationale du XXe siècle », p. 3.
  7. Le terme « commandite simple » renvoie à une société réunissant deux types d’associés ; d’une part les commanditaires qui fournissent un apport mais ne participent pas aux décisions de l’entreprise, et d’autre part les commandités qui sont responsables des décisions de l’entreprise (« La société en commandite simple » [1] (page consultée le 27 février 2015).
  8. P.-F Smets, op. cit., p. 234-238.
  9. V. Pouillard, « Lambert, Léon (Baron) », dans G. Kurgan-van Hentenryk et E. Buyst, 100 grands patrons du XXe siècle en Belgique, Bruxelles, Top managment, 1999, p. 136.
  10. J.-F. Crombois, « Camille Gutt » dans Nouvelle Biographie Nationale, t. 6, Bruxelles, Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 2001, p. 228-232).
  11. Ernest de Selliers de Moranville (1911-1964) fut chef de cabinet de Camille Gutt et directeur exécutif du FMI (A.-M Dutrieue, « Le baron Léon Lambert, un banquier et financier belge d’envergure internationale du XXe siècle », op. cit., p. 4).
  12. ibid, p. 5.
  13. Une holding est une société qui a pour but de contrôler d’autres sociétés (ses filiales) dont elle détient une partie du capital (« holding », dans Pierre Bezbakh et Sophie Gherardi (dir.), Dictionnaire de l’économie, Paris, Larousse, 2011, p. 370).
  14. a et b V. Pouillard, op. cit., p. 137.
  15. A.-M Dutrieue, « Le baron Léon Lambert, un banquier et financier belge d’envergure internationale du XXe siècle », op.cit., p. 10.
  16. Ibid.
  17. Cité par Ibid., p. 6.
  18. « L'affaire Sofina (I) », dans Courrier hebdomadaire du CRISP, no 269, 1965, p. 10).
  19. « L'affaire Sofina (I) », op. cit., p. 1-23 ; A.-M Dutrieue, « Le baron Léon Lambert, un banquier et financier belge d’envergure internationale du XXe siècle », op. cit., p. 9-10.
  20. V. Pouillard, op. cit., p. 138.
  21. A.-M Dutrieue, « Le baron Léon Lambert, un banquier et financier belge d’envergure internationale du XXe siècle », op. cit., p. 12-13.
  22. Ibid.
  23. P.-F Smets, « Léon Lambert », op. cit., p. 235.
  24. a et b « Wall Street's Secret Society », sur NYMag.com (consulté le 14 juillet 2015)
  25. A.-M Dutrieue, « Le baron Léon Lambert, un banquier et financier belge d’envergure internationale du XXe siècle », op. cit., p. 13-14.
  26. Les années quatre-vingt furent touchées par une crise économique survenue à la suite des chocs pétroliers de 1974 et 1979. Durant cette période, la croissance fut très faible et le chômage progressa, tranchant ainsi avec les Trente Glorieuses (« La crise des années 1970-1980 et le recul paradoxal de l’État providence », dans Pierre Bezbakh et Sophie Gherardi (dir.), Dictionnaire de l’économie, Paris, Larousse, 2011, p. 219-220).
  27. V. Pouillard, op. cit., p. 139.
  28. A.-M Dutrieue, « Le baron Léon Lambert, un banquier et financier belge d’envergure internationale du XXe siècle », op. cit., p. 15.
  29. P.-F Smets, « Léon Lambert », op. cit., p. 236.
  30. Fondée en 1946, la Ligue européenne de coopération économique est un groupe de pression issu du monde patronal et scientifique qui se tenait pour objectif de renforcer le processus d’intégration européenne (Michel Dumoulin et Anne-Marie Dutrieue, La Ligue européenne de coopération économique (1946-1981): un groupe d'étude et de pression dans la construction européenne, Berne, Lang, 1993).
  31. A.-M Dutrieue, « Le baron Léon Lambert, un banquier et financier belge d’envergure internationale du XXe siècle », op. cit., p. 16.
  32. A.-M Dutrieue, « Le baron Léon Lambert, un banquier et financier belge d’envergure internationale du XXe siècle », op.cit., p. 23.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • CRISP (éd.), Morphologie des Groupes financiers, 2e éd., Bruxelles, 1966.
  • Guy Depas, Le baron Lambert avait allié la haute finance et les arts, dans Le Soir, 1er juin 1987.
  • Jean-Marie Moitroux et alii, Une banque dans l’histoire. De la Banque de Bruxelles et de la Banque Lambert à la BBL (1871-1996), Bruxelles, 1995.
  • Ginette Kurgan-van Hentenryk (éd.), Dictionnaire des Patrons en Belgique. Les hommes, les entreprises, les réseaux, Bruxelles, 1996.

Liens externes[modifier | modifier le code]