Minou Drouet

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Minou Drouet
Minou Drouet (1960).jpg
Minou Drouet et sa mère (1960).
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (71 ans)
Hillion
Nom de naissance
Marie-Noëlle Drouet
Nationalité
Activités
Autres informations
Domaine
Instrument

Marie-Noëlle Drouet, dite Minou Drouet, née à Hillion le , est une poétesse française qui, dans les années 1950-1960, a suscité des polémiques au sujet de l'authenticité de ses œuvres, certains affirmant qu'en réalité elles étaient dues à sa mère adoptive.

Vie et carrière[modifier | modifier le code]

Enfant illégitime, Marie-Noëlle Drouet est adoptée, à l'âge d'un an et demi, par Claude Drouet, préceptrice. Elle grandit dans un bourg situé près de Rennes. En raison d'une grave déficience visuelle, elle est presque aveugle pendant ses premières années et vit isolée. Puis elle commence à s'intéresser à la musique et montre beaucoup de dispositions pour le piano. Elle est prise en main par un professeur du conservatoire de Paris à qui elle écrit de nombreuses lettres que leur destinataire, frappé par leurs qualités de style, transmet en 1955 à l'éditeur René Julliard. Ce dernier, qui vient de publier avec beaucoup de succès le roman Bonjour tristesse de Françoise Sagan, une jeune fille de dix-huit ans, est enthousiasmé par le talent littéraire de cette enfant de huit ans et, en 1955, édite, d'abord hors commerce, une collection de lettres et de poèmes de Minou Drouet. Au début de 1956, paraît un recueil de poèmes, Arbre, mon ami, qui connaît, comme le roman de Sagan, un grand succès de librairie.

Une controverse passionnée se déclenche alors quant à l'authenticité de ces textes[1]. Tandis qu'on peut en lire dans Le Figaro un compte rendu très favorable, le magazine féminin Elle publie une série d'articles affirmant que c'est la mère adoptive de Minou Drouet qui a rédigé ces lettres et poèmes et les a présentés comme l'œuvre de sa fille. Un grand nombre d'acteurs de la vie culturelle vont prendre parti dans cette « affaire Minou Drouet » que Julliard ne craint pas de qualifier, en raison de son effet sur le public, de « petite affaire Dreyfus »[2]. Jean Cocteau, très influent à l'époque, prononce ce jugement sévère : « Tous les enfants sont poètes, sauf Minou Drouet. »[3] Drouet se soumet à plusieurs tests au cours desquels elle compose des poèmes sur des sujets choisis à l'avance et sous surveillance, sans possibilité d'une aide extérieure. En février 1956, avec le soutien d'Albert Willemetz, le jeune fille réussit son examen d'admission à la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique[4]. Pourtant le doute sur la réalité de son talent littéraire ne sera jamais complètement levé.

Devenue une célébrité, Minou Drouet joue de la musique en public avec Andrés Segovia, Pablo Casals, Jacques Brel et Charles Aznavour, participe à une soirée de gala à la Scala de Milan, est reçue en audience privée au Vatican par Pie XII, lit ses poèmes et joue du piano dans des boîtes de nuit, des théâtres et des arènes. Elle se réconcilie même avec Cocteau à l'occasion d'une rencontre.

En 1957, on lui confie le rôle principal du film Clara et les méchants de Raoul André, sorti en salle l'année suivante[5].

Malheureusement, durant les années 1960, son succès ne va pas tarder pas à s'amenuiser. Ayant soigné sa grand-mère mourante, elle songe à devenir infirmière puis, après deux ans dans un hôpital, se produit à nouveau pendant un certain temps dans des clubs ou des cafés, et publie quelques livres pour enfants (fables et romans) qui n'attirent guère l'attention. Dans ses mémoires Ma vérité (1993), elle indique qu'à cette époque, elle ne ressentait plus le besoin d'écrire.

Elle vit retirée à La Guerche-de-Bretagne, loin des médias. En mars 1970, elle avait épousé le chansonnier Patrick Font (1940-2018)[6], rencontré en septembre 1968[7] et dont elle a divorcé ensuite. Elle s'était remariée avec Jean-Paul Le Canu (1944-2017)[8].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1955 : Poèmes et extraits de lettres, Paris, Julliard.
  • 1956 : Arbre, mon ami : poèmes et extraits de lettres, Paris, Julliard.
  • 1956 : Poèmes, Genève, Éd. René Kister.
  • 1958 : Ouf de la forêt, Paris, Éd. G.P.-Presses de la Cité.
  • 1959 : Le Pêcheur de lune, Paris, Pierre Horay.
  • 1966 : Du brouillard dans les yeux (roman), Paris, Plon.
  • 1966 : La Patte bleue ; suivie de Symphonie fauve ; Ami Pikpam , Paris, Casterman.
  • 1968 : La Flamme rousse, Paris, Hachette.
  • 1993 : Ma Vérité, Paris, Édition no 1.

Par ailleurs, Minou Drouet est l'auteur des paroles de diverses chansons composées entre 1956 et 1975 par Pierre Duclos, Jack Ledru, Paul Misraki ou encore Pierre Perrin. Elle-même a écrit la musique de plusieurs chansons sur des textes de Patrick Font (L'Algérien, L'Automne, Un brin de route ensemble, etc.).

Divers[modifier | modifier le code]

  • Georges Gimel réalisa un dessin de Minou Drouet à Megève.
  • Minou Drouet dédicace « pour tous ses amis lecteurs de Spirou ce numéro »[9] [en 1961, Pâques eut lieu le 2 avril].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Kitten on the keys », Time, 28 janvier 1957.
  2. André Parinaud, L'Affaire Minou Drouet : petite contribution à une histoire de la presse, Paris, Juillard, 1956.
  3. (en) « A Lost child », The New Yorker, 6 novembre 2006.
  4. « Das ferngelenkte Wunderkind », Der Spiegel, 15 février 1956.
  5. Maurice Bessy, Raymond Chirat et André Bernard, Histoire du cinéma français : encyclopédie des films. 5, 1956-1960, Paris, Pygmalion, , 473 p. (ISBN 2-85704-329-5).
  6. « Minou Drouet : un chansonnier pour mari », L'Écho républicain, 19 mars 1970.
  7. « Le Mal appris », Libération.fr, 15 juillet 2009.
  8. Avis de décès de Jean-Paul Le Canu.
  9. Spirou, no 1198, 30 mars 1961, Spécial Pâques-Printemps.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Parinaud, L'Affaire Minou Drouet, Paris, Julliard, 1956.
  • Giuseppe Congestri, Divagations littéraires : Mme de Sévigné, Verlaine, Rimbaud, Minou Drouet, Rome, Ciranna, 1961.

De son côté, Roland Barthes avait évoqué « La littérature selon Minou Drouet » dans un article des Lettres nouvelles repris dans Mythologies (1957). Cf. Mythologies, réédition de 1970, Paris, Éd. du Seuil, collection « Points », p. 143-150.

Liens externes[modifier | modifier le code]