L'Essai

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L'Essai
Image dans Infobox.
Deux maisons de L'Essai en 1907.
Géographie
Pays
Localisation géographique
Démographie
Population
20 hab.
Fonctionnement
Statut
Histoire
Fondation
1903
Fondateur
Colonie Lessai.png
L'Essai.JPG

L'Essai, ou Colonie communiste d'Aiglemont est une communauté libertaire fondée en 1903 par Jean-Charles Fortuné Henry à Aiglemont dans les Ardennes françaises.

Origines[modifier | modifier le code]

Jean-Charles Fortuné Henry, emprisonné au moment de l'exécution de son frère Émile Henry[1], est étroitement surveillé à sa sortie de prison.

Il quitte Paris, et cherche à transformer la société par d'autres moyens.

En , avec le soutien du journal Libertaire dont il est proche[2], il décide de s'installer dans un petit village appelé Aiglemont, et plus précisément dans une clairière, la clairière du Gesly et d'y fonder une communauté libertaire : L'Essai. C'est l'écrivain ouvrier Théophile Malicet qui rapporte l'histoire de cette première colonie[3].

Tout commence par une hutte de Fortuné Henry : « C’est un trou fait dans la terre : deux branches d’arbres constituent la charpente ; un peu de paille et de houe suffisent à la toiture ». Elle est construite avec les matériaux disponibles sur le terrain.

Constructions[modifier | modifier le code]

Aidé par Henri Gualbert[4] et François Malicet[5], deux compagnons de la commune de Nouzon toute proche, qui viennent lui prêter main-forte, la première maison est montée pour passer l’hiver : deux pièces au rez-de-chaussée, un grenier de neuf mètres par-dessus.

En , Fortuné Henry, en quête d'argent, écrit à un industriel philanthrope de Haute-Savoie qu’il veut « édifier une société de Bonheur, de Justice et de Vérité » et « réaliser le rêve qu'Émile Zola a conçu dans le Travail »[6]. En , la maison a été complétée par un atelier de charpente et de menuiserie, deux hangars, une forge, une écurie cimentée, une étable ainsi que des cabanes, poulaillers et autres clapiers pour les animaux. D'autres colons s'installent, 5 permanent début 1904 devenus 11 fin de la même année, dont une femme. Sans compter les personnes qui gravitent autour et y sont hébergés temporairement. Plusieurs personnalités anarchistes passent sur place, dont Louis Matha et Sébastien Faure.

Dans le courant de 1904, André Mounier rejoint l'aventure et est désigné comme agronome. Ses compétences en agriculture vont permettre à la colonie, jusque-là tournée essentiellement vers le maraîchage et le petit élevage (canards et chèvres), d’entreprendre la culture sur une plus grande échelle en louant des terres communales attenantes, pour y faire pousser du seigle, des pommes de terre et des betteraves. André Mounier se charge d’écouler les légumes et volailles produits en surplus sur les marchés de Nouzon et de Charleville[7].

Rayonnement[modifier | modifier le code]

En , le foyer principal de L'Essai est construit. Ce nouvel édifice, fait de fibrociment, et colmaté par de la toile enduite de céruse, mesure 14 mètres de long sur 8,5 mètres de large. Il se compose d'un grenier, d'une cave et de dix pièces, dont une grande salle à manger. Ce bâtiment devient le symbole de la colonie[8]. Le groupe de colons augmente de manière régulière pour atteindre un maximum de vingt.

Des artistes viennent à la rencontre de la communauté, comme le caricaturiste Alexandre Steinlen, l'auteur dramatique Maurice Donnay, le journaliste et romancier Lucien Descaves, le peintre Francis Jourdain, et le romancier, personnalité de gauche et futur prix Nobel Anatole France.

Fin de l'expérience[modifier | modifier le code]

En 1906, les premières tensions à la colonie s’affichent dans la presse. Fortuné Henry, le fondateur, est une personnalité charismatique, mais il se défend lui-même d’être le dirigeant unique de l’entreprise.

En , dans un discours qu’il prononce à Paris, il prétend vouloir faire « cesser une situation intolérable parce qu’elle tend à faire considérer la colonie L’Essai comme non seulement l’œuvre d’un homme, mais comme sa propriété et son fief. Or, mon souci le plus grand, aidé de mes camarades d’Aiglemont, a été d’impersonnaliser la tentative, et nous y sommes arrivés ».

En , Fortuné Henry écrit dans les colonnes du Libertaire : « Il est passé à Aiglemont, comme d’ailleurs il est passé et passera dans toutes les tentatives libertaires, à côté des éléments sédentaires, des philosophes trop philosophes, des camarades ayant préjugé de leurs forces et de leur volonté, des partisans d’absolu, des paresseux, des estampeurs croyant avoir trouvé le refuge rêvé, enfin des malhonnêtes moralement parlant » (Le Libertaire, n°21, 24-).

Publications[modifier | modifier le code]

Jules Lermina, L’A.B.C. du libertaire, Publications périodiques de la Communauté communiste d’Aiglemont, n°1, février 1906.

Dotée d'une imprimerie, la colonie publie une collection de brochures dont la première, en , de Jules Lermina, L’A.B.C. du libertaire[9],[10].

L'intention est définie en introduction de cette publication : « Les idées libertaires sont peu connues ou faussées à dessein par ceux contre lesquels nous luttons et dont l'égoïste intérêt maintient l'erreur et l'ignorance au prix des pires mensonges. La série de publications que nous commençons aujourd'hui avec l'aide de camarades qui trouvent tout naturel d'exprimer ce qui leur semble juste et vrai est un complément à l'œuvre que nous avons commencée à Aiglemont. Nous estimons que la diffusion des principes anarchistes, que le libre examen et la juste critique de ce qui est autour de nous ne peuvent que favoriser le développement intégral de ceux qui nous liront. Montrer combien l'autorité est irrationnelle et immorale, la combattre sous toutes ses formes, lutter contre les préjugés, faire penser. Permettre aux hommes de s'affranchir d'eux-mêmes d'abord, des autres ensuite; faire que ceux qui s'ignorent naissent à nouveau, préparer pour tous ce qui est déjà possible pour les quelques-uns que nous sommes, une société harmonieuse d'hommes conscients, prélude d'un monde de liberté et d'amour. Voilà notre œuvre; elle sera l'œuvre de tous si tous veulent, animés de l'esprit de vérité et de justice, marcher à la conquête d'un meilleur devenir. »

Elle édite un journal dont le titre, Le Cubillot, démontre sa volonté de s'adresser aux ouvriers métallurgistes de la vallée toute proche de la Meuse[8]. Dans le premier numéro, en , Fortuné Henry imagine les phases de transition vers une société communiste et écrit : « il se passera encore quelques générations avant que l'ère des violences ne soit définitivement close et il est probable que les producteurs ne pourront bien souvent reconquérir les instruments de production autrement que par la force. Que va-t-il se passer ? Les producteurs commenceront par s'associer en petits groupements communistes qui réaliseront en petit leur idéal, avec cette différence qu'ils resteront sous la dépendance des gouvernants et qu'ils souffriront de l'organisation sociale actuelle dans les rapports commerciaux ou autres qu'ils devront continuer à avoir avec l'extérieur[6] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Diana Cooper-Richet, L'exercice du bonheur : Ou comment Victor Coissac cultiva l'utopie entre les deux guerres dans sa communauté de l'intégrale, Éditions Champ Vallon, 1993, page 40.
  2. Michel Ragon, Milieu libre in Dictionnaire de l'Anarchie, Albin Michel, 2008, lire en ligne.
  3. MALICET Théophile, « La colonie libertaire d'Aiglemont », La revue d'économie sociale,‎ (ISSN 0755-8902)
  4. Dictionnaire des anarchistes : Henri Gualbert.
  5. Dictionnaire des anarchistes : François Malicet.
  6. a et b Beaudet 2010
  7. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : André Mounier.
  8. a et b Site de la commune d'Aiglemont
  9. Centre International de Recherches sur l'Anarchisme (Lausanne) : notice bibliographique.
  10. Jules Lermina, L'ABC du libertaire, Publications périodiques de la Communauté communiste d’Aiglemont, n°1, février 1906, lire en ligne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles
  • Didier Bigorgne, La colonie libertaire d'Aiglemont : un milieu libre et de propagande, in Villages ouvriers, Utopie ou réalités ?, Actes du colloque international au Familistère de Guise, 16-, L’archéologie industrielle en France, n° 24-25, 1994, lire en ligne
  • Théophile Malicet, « La colonie libertaire d'Aiglemont », La revue d'économie sociale,‎ (ISSN 0755-8902)
  • Céline Beaudet, « Zola et Mirbeau face à l'anarchie : utopie et propagande par le fait », Cahiers Octave Mirbeau, no 17,‎
Ouvrages
  • Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France : des origines à 1914, t. I, Éditions Gallimard, coll. « Tel »,
  • Céline Beaudet, Les milieux libres : vivre en anarchiste à la Belle époque en France, Éditions Libertaires,
Bande dessinée

Liens externes[modifier | modifier le code]