L'Atlantide (roman)

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L'Atlantide
Auteur Pierre Benoit
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Éditeur Albin Michel
Date de parution 1919
Nombre de pages 350

L’Atlantide est le deuxième roman de Pierre Benoit, paru en 1919 aux éditions Albin Michel, notamment sur la recommandation de Robert de La Vaissière qui y était lecteur. Il est devenu un véritable livre à succès de l’édition française (1,722 million d’exemplaires vendus dont 991 000 en Livre de poche, au début du XXIe siècle[1]). Son immense succès fut attribué au besoin des Français d’oublier la Première Guerre mondiale, qui venait de s’achever, par des livres pleins de passion et d’exotisme. Le livre est dédié à André Suarès.

Il reçoit le Grand prix du roman de l'Académie française en 1919.

L’Atlantide de Pierre Benoit a donné lieu à plusieurs adaptations cinématographiques.

Historique[modifier | modifier le code]

L'histoire paraît d'abord en feuilleton, dans la Revue de Paris, à partir du 15 novembre 1918 ; puis le roman est diffusé par Albin Michel, en avril 1919.

Présentation succincte[modifier | modifier le code]

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Résumé[modifier | modifier le code]

L'éditeur présente le livre comme s'il s'agissait d'un manuscrit égaré.

Six années avant le récit, qui se tient en 1903, deux officiers français, le lieutenant André de Saint-Avit et le capitaine Jean-Marie François Morhange, en expédition géographique, se retrouvent captifs d’un royaume inconnu, au cœur du Sahara algérien. L'étrange cité du Hoggar est dirigée par la mystérieuse reine Antinéa, qui serait la descendante de Neptune. Le capitaine Morhange meurt durant cette mission ; de lourds soupçons pèsent sur son compagnon, parvenu à s'échapper.

En 1903, le 6 juin, Saint-Avit, devenu capitaine, est nommé commandant du poste de Hassi Inifel[2] fort situé sur la route d'El Goléa à In Salah. Il y retrouve son second, le lieutenant Olivier Ferrières, de la même promotion à Saint-Cyr, saharien moins expérimenté que lui.

Peu à peu, Saint-Avit dévoile sans réserve à son camarade l'exact récit de l'expédition Morhange-Saint-Avit : il a tué son sympathique et cultivé compagnon. Il relate tous les détails de leur aventure. Ferrières écoute, fasciné.

Le récit, de la main du lieutenant Ferrières, s'achève le 8 novembre 1903.

Organisation[modifier | modifier le code]

Outre un bref chapitre liminaire, le livre comporte vingt chapitres principaux.

Le premier chapitre procure le contexte : le livre provient d'un manuscrit égaré, rédigé par le lieutenant Olivier Ferrières. André de Saint-Avit est annoncé, puis prend son commandement.

Son long récit s'ensuit, jusqu'à la décision finale et logique des deux protagonistes.

Personnages principaux et secondaires[modifier | modifier le code]

  • Antinéa :
  • capitaine André de Saint-Avit :
  • lieutenant Olivier Ferrières :
  • Cegheïr-ben-Cheïkh :
  • capitaine Jean-Marie Mohrange :
  • Maréchal des logis chef Châtelain :
  • Hetman de Jitomir :
  • Tanit Zerga :
  • Le Mesge :
  • le comte Bielowski :

Thèmes abordés[modifier | modifier le code]

Le monde perdu[modifier | modifier le code]

Une cité marine disparue que toutes les données inclinent à voir engloutie sous un océan se niche dans le sable du Hoggar. Le contraste est fort.

La femme fatale[modifier | modifier le code]

L'amour pour une femme superbe, érotique et énigmatique, est au centre du récit. L'amour se mêle étroitement à la mort : le désir des hommes pour Antinéa leur est, au premier degré, fatal. La reine s'intéresse surtout aux beaux officiers, voire aux aventuriers ; les hommes plus âgés ou moins audacieux n'entrent pas dans ses recherches.

En dehors de Morhange, elle ne tombe pas amoureuse.

Les dépouilles des amants sont collectionnées et mises en scène dans un mausolée superbe.

L'exotisme colonial[modifier | modifier le code]

Le roman suit le rythme des tâches et des ambitions de jeunes officiers de l'armée d'Afrique. La France est vue comme un territoire terne.

La mystique du désert[modifier | modifier le code]

L'isolement du fort fait écho à la proximité du désert, de ses dangers, mais également de ses mystères. Parmi ces derniers, il recèle une cité oubliée, à laquelle un long jeu de piste permet d'accéder.

Accueil et critiques[modifier | modifier le code]

L'Atlantide est un triomphe dès sa parution, en avril 1919[3].

Chantal Foucrier commente ainsi la réaction du critique Albert Thibaudet, dans la Nouvelle Revue Française de septembre 1919 : « Il y saluait l'ingéniosité et la technique de l'auteur, tout en regrettant que la narration eût pour centre et objet une histoire d'amour »[4].

Le livre reçoit le grand prix de l'Académie française, en 1919[5].

En 1922, Pierre Benoît intente un procès à Georges Grandjean, qui vient de publier Antinéa ou la Nouvelle Atlantide[3].

Genèse et inspirations[modifier | modifier le code]

Le mythe de l'Atlantide[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Atlantide.

Le thème du continent englouti de l'Atlantide provient du Critias et du Timée de Platon.

Pierre Benoît fait preuve d'audace en prolongeant l'ancien récit, inachevé, de Platon.

Affaire Quiquerez-Segonzac[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Quiquerez-Segonzac.

Pierre Benoit puise également pour ce livre dans ses souvenirs de jeunesse. Fils du colonel Gabriel Benoit, il a passé ses premières années en Tunisie, où son père était en poste puis en Algérie où il accomplit son service militaire. Il visite le tombeau de la chrétienne où se trouve le mausolée de Cléopâtre Sénélé[6].

Dans un article de L'Écho de Paris le 2 février 1920, Pierre Benoit explique ainsi :

« De 1892 à 1907, j'ai vécu en Tunisie et en Algérie. Dès mon enfance, j'ai entendu parler des Touaregs, et mon imagination a été excitée par certaines sombres histoires, celle notamment d'une mission exécutée dans le Centre africain par deux Français dont un seul était revenu sans qu'on ait jamais pu savoir comment avait péri son compagnon[7]. Telle est l'idée qui est à la base de l'Atlantide, il n'y en a pas d'autre[8]. »

L'expédition africaine du lieutenant Quiquerez[7] et du capitaine René de Segonzac, en 1890, aurait donc directement inspiré P. Benoît. Segonzac serait le modèle d'André de Saint-Avit, subissant, dans la réalité, un procès pour meurtre à l'issue duquel il fut acquitté en octobre 1893. Pierre Benoît a entre quatre et sept ans, à l'époque de ce fait divers.

Expéditions françaises au Sahara[modifier | modifier le code]

Pierre Benoît a pris connaissance du récit d'Henri Duveyrier, paru en 1864 ; il a lu également la thèse d'Henri Schirmer sur le Sahara, de 1893[6].

Le massacre de la mission Flatters (1880)[9] marque le roman, dès le premier chapitre. Le meurtrier du colonel Flatters et du capitaine Masson, Seghir-Ben-Cheikh, semble tout droit relié au roman de Benoît. L'expédition Flatters est passé par Hassi Inifel.

Prisonniers Touaregs d'Hassi Inifel[modifier | modifier le code]

En 1887, les Chambaas remettent deux prisonniers Touaregs aux Français[10], capturés lors de l'attaque du puits d'Hassi Inifel. Ceux-ci seront l'objet d'études, notamment du capitaine Henri Bissuel et du linguiste Émile Masqueray, auteur d'un dictionnaire français-touareg.

L'explorateur Paul Crampel s'appuiera sur l'un de ces prisonniers Touareg, pour son expédition de 1890 vers le lac Tchad, massacrée le 9 avril 1891.

Culture berbère[modifier | modifier le code]

Pierre Benoit se serait inspiré, pour son personnage d'Antinéa, de la reine berbère Tin Hinan[11].

Œuvres de H.R. Haggard[modifier | modifier le code]

Sir Henry Rider Haggard, a prétendu que son propre roman Elle, aurait pu influencer Pierre Benoit. La trame est semblable : un pays inexploré, deux blancs aventuriers, une reine mystérieuse, un amour aux conséquences mortelles.

Il saisit l'Académie française, lors de la parution de l'Atlantide au Royaume-Uni, en octobre 1919, dans la revue The french Quaterly. Pierre Benoît commande une étude comparative à un jeune normalien agrégé d'anglais[12].

Pierre Benoît diffuse un article "Comment j'ai écrit l'Atlantide", le 2 février 1920, dans l'Echo de Paris[3], soutenu par Léon Daudet ainsi que par Valéry Larbaud.

L'accusation est écartée. She (Elle), paraît en anglais en 1886, année de naissance de Pierre Benoît et en français en 1920, une année après l'Atlantide[13]. Pierre Benoît ne pratique pas l'anglais.

C'est donc un autre roman de Ridder Haggard, plus tardif, qui aurait surtout influencé l'Atlantide, avec même certains éléments relevant du plagiat, comme la grotte où sont conservées les momies des anciens amants des reines successives. Il s'agit du Dieu Jaune, publié en 1908, soit dix années avant le roman de Pierre Benoît.

Cette polémique fait beaucoup pour la promotion du livre.

Illustrations[modifier | modifier le code]

Alméry Lobel-Riche illustre le roman chez Albin Michel, en 1922.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

À la télévision[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'Atlantide, Bruxelles, Éditions du nord, coll. « Electa », , 284 p. 

Liens internes et articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Quid 2005, pages 528-529
  2. Localisation de Hassi Inifel : « Forts de Hassi Inifel »
  3. a, b et c Chantal Foucrier, Le mythe littéraire de l'Atlantide, 1800-1939: l'origine et la fin, ELLUG, , 378 p. (lire en ligne), p. 133
  4. Chantal Foucrier, Le mythe littéraire de l'Atlantide, 1800-1939: l'origine et la fin, ELLUG, , 378 p. (lire en ligne), p. 137
  5. « Pierre Benoît », sur le site de l'Académie française
  6. a et b Chantal Foucrier, Le mythe littéraire de l'Atlantide, 1800-1939: l'origine et la fin, ELLUG, , 378 p. (lire en ligne), p. 151
  7. a et b « L'Affaire Quiquerez - de Seconzac 1891-1893 », sur un site dédié à l'affaire (consulté le 1er février 2018)
  8. cité dans Jacques-Henry Bornecque, Pierre Benoît le magicien, p. 135.
  9. Jacques Valette, « Quelques aspects nouveaux de l'expédition Flatters », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, no 15-16,‎ , p. 375-390 (DOI 10.3406/remmm.1973.1257)
  10. « Hassi Inifel 1887 : un rezzou lourd de conséquences », sur Les Sahariens, (consulté le 1er février 2018)
  11. « Une reine atlante vénérée par les Touaregs : Tin Hinan : Extrait de « Le mystère du Sahara et des hommes bleus » d’Elizabeth Kalta », sur Art' Chives (consulté le 1er février 2018)
  12. « Centenaire du Grand Prix du roman de l'Académie française », Catalogue d'exposition [PDF], sur la bibliothèque de l'Institut de France, (consulté le 1er février 2018)
  13. Jean-Loïc Le Quellec, La Jung et les archétypes : Un mythe contemporain, Sciences Humaines, 456 p. (ISBN 9782361060596, présentation en ligne), p. 282