Jean Héroard

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Jean Héroard[1] est un médecin, vétérinaire et anatomiste français, né le à Hauteville-la-Guichard (département de la Manche) et mort le [2] devant La Rochelle, durant le siège de la ville. Il a écrit un journal donnant au jour le jour tous les évènements pouvant influer sur la santé de Louis XIII et un ouvrage qui le place parmi les pionniers de l'art vétérinaire des chevaux.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et études[modifier | modifier le code]

Jean Héroard naît le 22 juillet 1551 dans une famille de médecins originaire de Dreux[3], mais installée depuis 1490 à Montpellier. Michel, son père, est un chirurgien réputé, passé à la Réforme et qui a rencontré Jean Calvin à Genève.

En 1569, le jeune Jean participe, dans les rangs des Protestants, à la bataille de Moncontour. En 1571, il s'inscrit à la faculté de Médecine de Montpellier. En 1574, on le retrouve à Paris[4] où il a rejoint son oncle Guillaume, financier. Il y retrouve Jacques Guillemeau, un condisciple montpelliérain qui l'introduit auprès d'Ambroise Paré. C'est ce dernier qui le recommande à Charles IX, qui lui a demandé de lui trouver un hippiatre. Présenté au roi, il est nommé, probablement en 1574, « Médecin en l'art vétérinaire », distinction assortie d'une rémunération de 400 livres. C'est à ce titre qu'il rédigera[5] une Hippostéologie, c'est-à-dire un traité d'ostéologie du cheval.

Présent à Blois lors des événements de 1588, il rédige le récit de la mort des duc et cardinal de Guise.

Médecin du roi et du Dauphin[modifier | modifier le code]

Jean Héroard au Musée du Jardin des Plantes à Paris, France.
Jean Héroard au Musée du Jardin des Plantes à ParisFrance.

Un document daté de 1585 confirme que Jean Héroard a assuré le quartier d'été en tant que médecin ordinaire du roi Henri III. Il assiste à l'autopsie de son royal patient lorsque celui-ci est assassiné (2 août 1589)[5].

Il est confirmé dans sa charge auprès de son successeur Henri IV, qui lui confie la santé de son fils, le futur Louis XIII. Il cumule alors les charges de médecin ordinaire du Dauphin, de médecin du roi par quartier et de médecin vétérinaire.

Après l'assassinat d'Henri IV, il assiste à l'autopsie du souverain et se trouve immédiatement promu, par Marie de Médicis, à la charge de premier médecin auprès de Louis XIII. Héroard est toujours au service du roi quand il décède en 1628[6],[7].

Son journal, qu'il tient durant vingt-sept années, l’a rendu célèbre : il y consigne très précisément tous les faits relatifs à la santé du Dauphin.

Sa proximité avec le souverain lui vaudra de nombreuses marques de reconnaissance. Il dirige le personnel de santé, comme officier de la Chambre[8]. En 1625, il reçoit l'intendance des « bains, eaux et fontaines minérales ». L'année suivante, il est nommé surintendant du Jardin royal des plantes médicinales.

Entretemps, par son mariage avec Anne du Val en janvier 1602, Héroard est devenu seigneur de Vaugrigneuse (Essonne)[2], domaine que le roi à érigé pour lui en « terre de haute justice ».

Jean Héroard meurt au camp de la Rochelle le 11 février 1628[9] dans sa soixante-dix-septième année, au service du roi, « à la santé duquel il s'était entièrement dédié, moins curieux de richesse que de gloire et d'une incomparable affection et fidélité ».

Son corps repose dans l’église de Vaugrigneuse, dans la chapelle de la Vierge qu’il a fait édifier.

Contributions[modifier | modifier le code]

Le Journal de Jean Héroard[modifier | modifier le code]

Six volumes autographes nous conservent un exceptionnel témoignage sur la vie intime du premier prince du royaume, car le Journal d'Héroard se veut, fondamentalement, registre d'hygiène, et ne sert de chronique du Grand Siècle que par accident. Les prescriptions à suivre pour garder la santé du Dauphin entraînent la notation quotidienne des heures du lever et du coucher, de celles des repas avec leur composition détaillée, et l'observation méticuleuse des fonctions physiologiques. Ce « procès-verbal d'expérience », selon l'expression de Madeleine Foisil, n'omet toutefois pas de mentionner les événements de la vie publique ainsi que les gestes, mots et attitudes signifiants du prince. On lit donc un recueil d'anecdotes révélant l'éducation, l'entourage et les traits de caractère du futur Louis XIII, appelé au métier de roi dès le 15 mai 1610, au lendemain de l'assassinat d'Henri IV (Héroard n'oublie pas de relever dans son Journal les larmes de l'enfant qui vient de perdre son père[10]).

Le premier « vétérinaire » français[modifier | modifier le code]

Jean Héroard obtint la charge de « médecin en l’art vétérinaire » de Charles IX. Cette nomination, dont on ne connaît pas la date exacte, a dû avoir lieu au début de 1574. C'est, à ce jour, la plus ancienne mention française du terme « vétérinaire[11] ». Cette fonction devait être assez peu valorisante, car la médecine des animaux était normalement réservée à des empiriques peu savants. Il est probable que le titre octroyé à Jean Héroard par Charles IX devait tout à la passion du souverain pour la chasse et l’équitation, comme le dit lui-même Héroard dans l’introduction de son Hippostologie : le roi, dit-il, prenait « un singulier plaisir à ce qui est de l’art Vétérinaire, duquel le subject principal est le corps du Cheval[12] ».

L'Hippostologie[modifier | modifier le code]

Le squelette du cheval, illustration de l'ouvrage d'Héroard.

Jean Héroard fait paraître en 1599, à Paris, un traité illustré d'ostéologie du cheval, en français, intitulé Hippostologie, c’est-à-dire Discours des os du cheval. Cet ouvrage de 47 pages décrit les os du cheval avec une grande rigueur[13]. On y reconnaît parfaitement les reliefs des os, même les sutures du crâne, qui sont abondamment décrites. Les dénominations utilisées se fondent sur l'analogie de forme avec des objets de l'époque. L’œuvre, organisée par régions anatomiques[14] commence par une dédicace au roi Henri III (assassiné en 1589), suivie de l’introduction. Sept planches anatomiques, accompagnées de leur légende, sont intercalées dans le texte. La dernière, sans annotation, représente un squelette entier de cheval au trot. Cette œuvre fut éclipsée par celle (posthume) de Carlo Ruini, l'Anatomia del cavallo, infermita et suoi rimedii[15], publiée un an auparavant[16].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ouvrages de paternité certaine[modifier | modifier le code]

Attribution[modifier | modifier le code]

  • Récit de la mort des duc et cardinal de Guise.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Comte de Beauchamp, « Le Journal d'Héroard », Рипол Классик, p. 41 (ISBN 5872617348 et 9785872617341)
  • Egle Becchi (dir), Segni d’infanzia : crescere come re nel Seicento, Milan, 1991 — L'éducation de Louis XIII analysée à travers le journal d'Héroard
  • Aurélien Jeandel et C. Degueurce, « Jean Héroard, premier « vétérinaire » français et rédacteur du traité d'hippostologie », dans Bulletin de la Société Française d'Histoire de la Médecine et des Sciences Vétérinaires 2009;9:89-101.
  • Aurélien Jeandel, Jean Héroard (1551-1628), médecin en l'art vétérinaire de la Renaissance, témoin des relations entre l'Homme et l'animal à la cour des rois Henri IV et Louis XIII, thèse de doctorat vétérinaire, ENVA, 2010.
  • Marc H. Smith, « La biblioteca di Héroard », dans Segni d’infanzia, op. cit., p. 18-31 — Édition commentée de l'inventaire après décès des livres d'Héroard

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On prononçait « Hérouard » : Soulié 1868, p. i.
  2. a et b Fiche Héroard, Jean (1551-1628), idref.fr.
  3. Armorial historique du Thymerais. Le Thymerais de la Réforme, de Bertrand Thierry des Epesses, éditions du Bombyx, 2018 : Jacques Hérouard, bourgeois de Dreux eut Jean I, médecin, seigneur de Montmissan, à l'origine de la branche médicale d'où sera issu le célèbre Jean premier médecin de Louis XIII"
  4. Rien n'indique qu'il ait terminé ses études de Médecine.
  5. a et b Pierre Larousse, « Héroard (Jean) », dans Le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, t. 9, p. 237.
  6. Le Journal de Jean Héroard, médecin du dauphin, puis roi de France, Louis XIII.
  7. Jean Baptiste Louis Chomel, Essai historique sur la médecine en France, chez Lottin l'ainé, libraire-imprimeur de monseigneur le duc de Berry, rue S. Jacques, près S. Yves, au Coq, (lire en ligne)
  8. Chantal Grell et Benoît Pellistrandi, Les cours d'Espagne et de France au XVIIe siècle, Casa de Velázquez, (ISBN 9788495555786, lire en ligne)
  9. Pierre Larousse, (« Héroard (Jean) »), dans Le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, le dit mort « après 1628 », ou (dans le Larousse universel en 2 volumes, 1922, p. 1107) « vers 1628 ». Larousse voit une contradiction entre la date de la fin de la rédaction du Journal () et celle retenue comme date de sa mort ; il n'y en a que si on dit qu'il est mort en 1627.
  10. Le Journal de Jean Héroard, médecin du dauphin, puis roi de France, Louis XIII, de la BNF.
  11. Le Petit Robert 2014 donne toutefois 1563 comme date de première attestation.
  12. Hippostologie, p. 14.
  13. L'ouvrage imprimé fut précédé d'une version manuscrite, datée de 1579, sans doute un travail préparatoire, aujourd'hui conservé à la bibliothèque du château de Chantilly.
  14. Tête, mâchoires supérieures et inférieures, larynx, colonne vertébrale, sternum et côtes, membres antérieurs, postérieurs, avec un dénombrement des os du squelette.
  15. L’Anatomie du cheval, ses maladies et leurs remèdes.
  16. Aurélien Jeandel et C. Degueurce, « Jean Héroard, premier « vétérinaire » français et rédacteur du traité d'hippostologie », dans Bulletin de la Société Française d'Histoire de la Médecine et des Sciences Vétérinaires 2009;9:89-101.

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