Irlande Unie

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L’île d’Irlande, distinction des deux Irlandes.

L’Irlande Unie (United Ireland en anglais et Aontaithe na hÉireann en irlandais) est la dénomination utilisée pour parler de l’idée d’un État souverain qui permettrait l’absence de séparation entre les deux parties de l’ile irlandaise[1]. Ce terme est calqué sur l’appellation Royaume-Uni (United Kingdom). Traditionnellement divisée en trente deux comtés, l’ile irlandaise couvre le territoire de deux États souverains indépendants : la République d'Irlande, qui compte 26 comtés, et l’Irlande du Nord, partie du Royaume-Uni, qui en compte six.

Division politique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'Irlande.
Page de signatures du traité anglo-irlandais de 1921.

L’ile irlandaise est politiquement divisée en deux États depuis la signature du traité anglo-irlandais signé le qui reconnait simultanément l’existence du nouvel État libre d'Irlande mais aussi la capacité de l’Irlande du Nord de décider de s’unir ou de ne pas s’unir à cet État. Le parlement nord-irlandais ne s’engage pas dans cette possibilité, et a souhaité se maintenir dans le Royaume-Uni, devenant ainsi une nation constitutive du Royaume-Uni. En 1937, l’État libre d’Irlande quitte le Commonwealth, et en 1949 il achève de se constituer en l’actuelle République d'Irlande, sans plus être inféodée au Royaume-Uni d’une quelconque manière.

Fractures idéologiques[modifier | modifier le code]

La constitution d’un État indépendant du Royaume-Uni sur l’intégralité du territoire de l’ile est l’aspiration historique des républicains et nationalistes irlandais. À l’opposé, les unionistes et loyalistes s’opposent à cette idée, et appuient l’appartenance de l’Irlande du Nord au Royaume Uni. En 2009, une enquête a reflété que 21 % des citoyens nord-irlandais appuient une Irlande Unie[2]. En République d’Irlande, ce pourcentage monte jusqu’à 80 % des sondés. En Grande-Bretagne, les enquêtes montrent un appui proche de 40 % pour cette idée.

L’idée d’une Irlande unie a été envisagée selon différents modèles de réunification : le fédéralisme ou le conféderalisme, en passant par l’État unitaire. L’article 15.2 de la Constitution de l'Irlande, promulguée en 1937, prévoit la possibilité de dévolution à l’État irlandais. En 1999, les articles 2 et 3 de la Constitution ont été amendés pour abandonner la revendication territoriale sur le Nord, en complément du pacte de l’accord du Vendredi saint[3].

Histoire récente[modifier | modifier le code]

1921-1973, la partition[modifier | modifier le code]

La délimitation des frontières de l’Irlande en 1921 venait de facteurs démographiques, économiques, religieux et politiques. En termes démographiques les six comtés constituant l’Irlande du Nord contiennent une majorité pro-britannique et protestante, ce qui favorise l’union avec la Grande-Bretagne. Les 26 comtés de la République sont majoritairement peuplés de catholiques. En termes politiques, le gouvernement britannique s’est montré réticent dans les années 1920 a retirer sa juridiction a la totalité de l’ile pour des raisons stratégiques ; sa politique depuis 1921 a été — au moins formellement — par rapport à un accord favorable à l’unité irlandaise à chaque fois que le Nord était volontairement consentant. En 1940, le Royaume-Uni réussi à offrir l’union du Nord avec l’État libre d’Irlande en échange de l’abandon irlandais de la neutralité dans la Seconde Guerre mondiale et son entrée subséquente en guerre contre l’Axe, proposition qui fut rapidement refusée.

Si bien que les gouvernements de l’Irlande indépendante, en particulier ceux de Éamon de Valera, ont poursuivi la réunification politique de l’Irlande Unie durant tout le XXe siècle[4].

La perspective d’une Irlande Unie a acquis une particulière importance avec le conflit nord-irlandais, qui se développa depuis les années 1960 jusqu’à la fin du siècle. Les principaux partis politiques en Grande-Bretagne et dans les deux Irlandes acceptent le principe que seule la réunification ne peut être atteinte qu’avec le consentement de la majorité de la population d’Irlande du Nord[5]. Les principaux partis politiques du sud se montrent également favorables comme le SDLP et le Sinn Féin (ainsi que les groupes paramilitaires pro-irlandais) d’Irlande du Nord[6]. À l’opposé, les partis unionistes pro-britanniques et les groupes paramilitaires unionistes pro-britanniques rejettent l’unification de l’Irlande du Nord[7].

La partition du pays a également conduit le gouvernement britannique à dynamiter les routes non officielles et à installer des tours de surveillance[8].

1973-2017, l’Union européenne[modifier | modifier le code]

Le , la procédure d’adhésion de l'Irlande à la Communauté économique européenne est le processus politique qui a permis à l’Irlande de rejoindre la CEE (devenue l’Union européenne en 1993) . La Communauté économique européenne s’est ainsi élargie à 9 États (l’Irlande étant entré en même temps que le Danemark et le Royaume-Uni). L’instauration du marché commun et le rapprochement des politiques économiques des États européens sont perçus avec intérêt dans le contexte de Guerre froide plus à l’est.

En 1992, le traité de Maastricht accorde la qualité de citoyenneté de l'Union européenne subordonnée à la notion de nationalité (comme la nationalité britannique ou irlandaise), qui relève de la seule compétence des États Ainsi, d’après l’article 9 du traité sur l'Union européenne et l’article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne[9]:

« Est citoyen de l’Union toute personne ayant la nationalité d’un État membre. »

Affiche en faveur du « oui » (« votez oui, c’est la voie à suivre ») à l’accord du Vendredi saint lors du référendum qui eut lieu simultanément en Irlande du Nord et en République d’Irlande.

Le est signé l’accord du Vendredi saint par les principales forces politiques d’Irlande du Nord acceptant une solution politique pour mettre fin aux trente années (de 1969 à 1998) de troubles sanglants qui firent 3 480 morts.

Le gouvernement britanniques est engagé en vertu du Northern Ireland Act de 1998, à respecter les désirs de la majorité de la population d’Irlande du Nord dans ce sens ou dans un autre.

2017-2019, le Brexit[modifier | modifier le code]

Selon Matt Carthy, député européen du Sinn Féin — parti affilié au niveau européen au groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique —, le Brexit a tout changé[10].

Dans le cadre de sa politique de Brexit, la Grande-Bretagne a émis un livre blanc sur le Brexit, dans lequel le gouvernement du Royaume-Uni réitère son engagement dans l’accord de Belfast. Sur le statut de l’Irlande du Nord, la position initiale du gouvernement britannique indique sa préférence pour garder la position constitutionnelle de l’Irlande du Nord dans le giron britannique, mais avec des liens forts avec l’Irlande[11].

Toutefois, cette position devra s’accommoder d’autres réalités, l’Irlande étant en tant que membre de l’Union européenne partie prenante dans l’Union douanière.

Par ailleurs, le Brexit a créé des perturbations lors des dernières élections de l’assemblée nord-irlandaise[12].

L’Union européenne ne prend pas position sur la question de l’Irlande Unie, qui appartient à l’Irlande et à l’Irlande du Nord selon l’accord dit du Vendredi Saint[13].

Par contre — à la demande de la République d’Irlande — le texte de négociation du Brexit adopté par les 27 pays membres de l’Union européenne lors d’un sommet d’avril 2017 précise qu’en cas de réunification de l’ile d’Irlande dans le cadre de l’accord de paix pour l’Irlande du Nord du 10 avril 1998 — dit accord du Vendredi Saint — l’Irlande unie (comprenant ’une part la République d’Irlande, et d’autre part l’Irlande du Nord) serait alors membre de l’UE[13]. Cela signifie que si à l’avenir l’Irlande du Nord rejoint une Irlande réunifiée, elle fera immédiatement partie de l’Union européenne, tout comme l’Allemagne de l’Est par le passé[14].

De ce fait, le Sinn Féin souhaite qu’un référendum se tienne dans les cinq années à venir, selon Gerry Adams[10]. Toutefois, en septembre 2017, 63 % des Irlandais du nord sont opposés à une union avec le sud selon un sondage insulaire, mais en même temps, les catholiques (45% de la population locale) sont en train de devenir majoritaire par rapport aux protestants (48% de la population locale)[10].

Un référendum n’est pas prévu immédiatement, une telle décision n’étant attendue que si à la suite de l’accord entre l’UE et le Royaume-Uni sur le Brexit les Irlandais du nord voient leur intérêt économique dans la participation à l’UE[10].

D’après Nigel Dodds l’accord entre les tories et le DUP est basée sur la promesse de l’absence de statut spécial post-Brexit pour l’Irlande du Nord[15], motivé par un risque d’Irlande Unie.

Mark Daly, le Fianna Fáil Senator, considère qu’un référendum sur l’Irlande est inévitable mais selon lui les 17 recommandations montrent clairement qu’un travail doit être effectué avant le référundum, pour que la décision du référendum soit suffisamment éclairée, contrairement au référendum sur le retrait du Royaume-Uni de liUnion européenne. Il a noté ses considérations dans un rapport intitulé Brexit and the Future of Ireland: Uniting Ireland and its People in Peace and Prosperity et publié par le Joint Oireachtas Committee on the Implementation of the Good Friday Agreement[16],[17].

Ce rapport est long de 1200 pages [18].

Ce rapport s’organise en sept sections:

  • 1 : Brexit & its impact on Ireland
  • 2 & 3 : Precedent of German Reunification for Ireland & Economic Modelling of Unification
  • 4 : Brexit and the Future for Ireland
  • 5 : Good Friday Agreement
  • 6 : Referendum as Provided for in the Good Friday Agreement
  • 7 : Constitutional & Legal Changes Before & After a Referendum

Pour lui, la République d’Irlande doit pousser l’Union européenne à obtenir un statut spécial pour l’Irlande du Nord et d’éviter l’existence de nouveaux contrôles aux frontières[19].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Gerry Adams, « A united Ireland is possible », The Guardian, (consulté le 16 avril 2017).
  2. (en) Northern Ireland Life & Times: Do you think the long-term policy for Northern Ireland should be…? Access Reseach Knowledge. Northern Ireland.
  3. Acuerdos de Viernes Santo. Texto completo. En Northern Ireland Office « The participants also note that the two Governments have accordingly undertaken in the context of this comprehensive political agreement, to propose and support changes in, respectively, the Constitution of Ireland and in British legislation relating to the constitutional status of Northern Ireland. »
  4. Inglaterra e Imperio. Los nacionalistas irlandeses. La Vanguardia, 14/11/34, pág. 27. Accedido el 1/4/11. « Hoy se ha celebrado la primera sesión de la convención del partido gubernamental, conocido con el nombre de «Fianna Fail». Al aparecer De valera, el jefe del Gobierno, fue recibido con una entusiasta ovación. Se aprobó una resolución reafirmando la finalidad del partido de luchar por el logro de una Irlanda unida, independiente y en forma de República »
  5. Major y Reynolds abren la puerta a una paz duradera en el Ulster La vanguardia, 16/12/93, pág, 3. Accedido el 1/4/11. « [En el acuerdo conocido como Declaración de Downing Street, firmada por los primeros ministros de Reino Unido e Irlanda] Al mismo tiempo, se quiere proteger los derechos de la probritánica mayoría protestante del Ulster, asegurándoles que no pertenecerán a Irlanda si la mayoría de los habitantes de la provincia no lo desea »
  6. Republicanos y protestantes comparten el primer Gobierno del Ulster en 25 años La Vanguardia, 30/1/99, pág. 3. Accedido el 1/4/11. « Gerry Adams, líder del Sinn Fein, proclamó que "los protestantes no tienen nada que temer por el hecho de compartir el poder con los católicos, porque el futuro está en la unidad, en la camaradería y en la cooperación”. Pero después de palabras tan conciliadoras añadió que el objetivo de su partido "continúa siendo una Irlanda unida, libre e independiente" »
  7. Paisley cree que el acuerdo es una vía sin retorno a la Irlanda unida La Vanguardia, 23/2/95, pág. 4. Accedido el 1/4/11.« Todos los grupos políticos unionistas condenaron ayer el documento marco para el futuro del Ulster como "desequilibrado" a favor de los republicanos y una vía de un solo sentido hacia una Irlanda unida »
  8. https://www.theguardian.com/uk-news/2017/apr/15/brexit-northern-irish-border
  9. Version consolidée du TUE et du TFUE, 30 mars 2010
  10. a, b, c et d http://www.lepoint.fr/economie/avec-le-brexit-le-scenario-d-une-irlande-unie-se-precise-15-05-2017-2127416_28.php
  11. HM Government The United Kingdom’s exit from and new partnership with the European Union; Cm 9417, February 2017
  12. (en) « Our Brexit-driven disregard for Ireland is perilous », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne)
  13. a et b « L’UE va discuter d’une adhésion post Brexit pour une Irlande unie », Boursorama, {{Article}} : paramètre « année » ou « date » manquant (lire en ligne)
  14. « Le sort de l’Irlande du Nord au cœur du Brexit », L’Humanité,‎ (lire en ligne)
  15. https://www.theguardian.com/politics/2017/jun/09/british-election-explained
  16. http://www.bbc.com/news/uk-northern-ireland-40799475
  17. http://www.express.co.uk/news/world/836274/united-ireland-poll-referendum-brexit
  18. http://www.thejournal.ie/united-ireland-2-3364240-Apr2017/
  19. https://www.independent.co.uk/news/uk/politics/united-ireland-referendum-brexit-vote-inevitable-irish-parliament-report-mark-daly-fianna-fail-a7873696.html