Industrie nucléaire

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L’industrie nucléaire comprend l'ensemble des procédés de transformation et des acteurs industriels qui utilisent les propriétés du noyau atomique. Elle a pour principaux débouchés la production d'armes atomiques et d'électricité d'origine nucléaire, mais elle comprend aussi le secteur industriel de la médecine nucléaire et de la propulsion des sous-marins et porte-avions nucléaires.

Historique[modifier | modifier le code]

Les applications militaires de l'énergie nucléaire sont antérieures aux applications civiles. L'initiative (en) Atoms for Peace (des atomes pour la paix) ainsi que la mise en œuvre du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires par les signataires implique une séparation des activités militaires et des activités civiles. Certains pays ne sont pas signataires de ce traité et mènent donc au sein des mêmes installations des activités civiles et militaires.

Industrie nucléaire civile[modifier | modifier le code]

Dans le domaine civil, l'industrie nucléaire regroupe toutes les activités liées à :

Approvisionnement[modifier | modifier le code]

La sécurité de l’approvisionnement en combustible est élevée : « chaque centrale nucléaire peut faire de manière simple de grandes réserves, correspondant à plusieurs années de production »[1]. Ainsi, en Suisse, selon Swissnuclear, « les centrales nucléaires stockent dans des bassins le combustible nécessaire à l'exploitation d'une centrale nucléaire pendant environ deux ans. »[2].

D'un autre point de vue, il est évident que l'uranium n'est pas une ressource inépuisable, non renouvelable. Donc l'approvisionnement à long terme, aux échelles pertinentes du siècle ou du demi-siècle n'est pas sûr. De plus, l'uranium utilisé en France provient à 100 % d'importations[3], notamment de pays d'Afrique (Niger, Congo, Namibie, etc.) souvent instables politiquement, ce qui ne constitue vraiment pas une garantie de sûreté des approvisionnements[4].

Production d'électricité[modifier | modifier le code]

La production d'électricité nucléaire se fait dans des centrales nucléaires dans le cœur des réacteurs utilisant le principe de fission nucléaire contrôlée. Cette production représentait en 2011 un peu plus de 12 % de l’électricité mondiale, et 5,3 % de l’énergie totale consommée dans le monde[5].

Les travailleurs du nucléaire[modifier | modifier le code]

Les métiers du nucléaire sont nombreux : soudeurs, chaudronniers-tuyauteurs, mécaniciens-robinetiers, électriciens, informaticiens et automaticiens, etc., mais aussi ingénieurs, physiciens, managers, chimistes, environnementalistes, psychologues, ergonomes, chargés de communication...

Un certain nombre de travaux de maintenance des centrales nucléaires sont confiées à des entreprises sous-traitantes, employant par exemple 20 000 personnes en France[6]. Au Japon, plusieurs dizaines de sans-abris seraient employés[7].

Industrie nucléaire militaire[modifier | modifier le code]

Dans le domaine militaire, l'industrie nucléaire concerne :

Enjeux sociétaux[modifier | modifier le code]

Dans un contexte de sensibilité accrue de l'opinion publique aux questions d'environnement et de développement durable, l'industrie nucléaire fait régulièrement l'objet de débats sur ses enjeux sociétaux. Nous faisons ici le point sur quelques-uns de ces enjeux.

Faible impact sur le réchauffement climatique[modifier | modifier le code]

Pour les partisans de l'industrie nucléaire, son faible impact en termes d'émission de gaz à effet de serre constitue l'un de ses principaux avantages.

Les émissions en grammes équivalent carbone par kWh électrique sont de 1,6 g pour le nucléaire, contre 250 g pour le charbon, 16 à 41 g pour le photovoltaïque, et 1 à 6 g pour l'énergie éolienne[8].

Consommation de ressources non renouvelables[modifier | modifier le code]

L'industrie nucléaire consomme principalement l'uranium des combustibles nucléaires, le zirconium constituant les gaines des combustibles nucléaires des réacteurs à eau pressurisée, et le hafnium utilisé dans les barres de contrôle, les barres de réglage ou les barres de modération des neutrons dans les réacteurs. L'industrie nucléaire utilise également les métaux suivants[9] :

  • le cobalt pour réaliser les alliages durs employés dans la robinetterie nucléaire ;
  • le titane utilisé pour les condenseurs des centrales nucléaires côtières ;
  • le tungstène pour les conteneurs de combustible nucléaire ;
  • le tantale, en alliage avec le zirconium ;
  • le plomb, ou l'alliage plomb-bismuth, qui peut servir de fluide caloporteur (réacteur LFR), ou pour absorber les radiations ;
  • le cadmium, l'indium, l'argent, le sélénium et le bore, matériaux absorbeurs de neutrons utilisés dans les dispositifs de contrôle ;
  • le lithium, comme réfrigérant pour les réacteurs ou dissolvant de combustible nucléaire (LiF).

Pour ces derniers métaux, la consommation de l'industrie nucléaire est marginale par rapport aux autres usages, et la sensibilité aux prix est plus faible que dans d'autres industries.

Déchets nucléaires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Déchet radioactif.

Les déchets nucléaires sont principalement les déchets de la production électronucléaire, qui se répartissent en plusieurs catégories :

Impacts environnementaux et humains du nucléaire[modifier | modifier le code]

L’utilisation du nucléaire, civil ou militaire, est parfois remise en question. Les catastrophes nucléaires survenues au cours des dernières décennies alimentent le débat public. Les trois plus marquantes restent celle de Three Mile Island aux États-Unis (28 mars 1979), celle de Tchernobyl en Ukraine (26 avril 1986) et celle de Fukushima au Japon (11 mars 2011). Ces accidents nucléaires ont occasionné des conséquences dramatiques sur l'environnement mais aussi sur l’ensemble de la société. Pour autant, même les pays qui n’ont pas été confrontés à une catastrophe nucléaire remettent en question leur utilisation du nucléaire. En France, l’industrie nucléaire est la principale source de production d'électricité. Néanmoins, ce recours au nucléaire divise l'opinion publique. L'Iran ne détient pas l’arme nucléaire mais des sites nucléaires sont en construction. Ces constructions ont des effets néfastes sur l'environnement mais aussi sur les populations.

Ce schéma détaille les conséquences de l’emploi du nucléaire en France, en Iran, au Japon et en Ukraine. Pour chaque pays, les différents impacts sont exposés ci-dessous.

Schéma conceptuel liant les impacts environnementaux et humains du nucléaire dans 4 pays

France[modifier | modifier le code]

La question du nucléaire est au cœur des débats en France et ce surtout ces dernières années. Le vieillissement des centrales nucléaires françaises provoque de nombreuses préoccupations. En effet, l'âge limite de fonctionnement des centrales avait été fixé à 25 ans et 44 des 58 réacteurs français ont déjà dépassé ce seuil [10]. On constate une usure des matériaux et une augmentation du nombre d'incidents et de défaillances sur de nombreux sites.

Malgré peu d'accidents importants, il faut noter que les rejets des centrales nucléaires libérés quotidiennement représentent une source de pollution atmosphérique malgré les réglementations [11].

Iran[modifier | modifier le code]

La centrale nucléaire de Bushehr ainsi que celle de Darkhovin, actuellement en construction, sont situées le long de la côte du Golfe Persique entraînant une dégradation de l'écosystème du golfe [12]. Le mécanisme de refroidissement des centrales nucléaires provoque une augmentation de la température de l'eau ce qui a pour effet de perturber l'écosystème aquatique en diminuant par exemple la productivité de certaines algues ou en entraînant la migration de certaines espèces de poissons. La majorité des centrales en Iran sont situées en zones arides ou semi-arides. Or, une grande quantité d'eau est nécessaire pour les approvisionner. Cela pourrait causer davantage de désertification et de dégradation des terres dans ces régions aggravant l'insécurité alimentaire [12].

Suite aux sanctions économiques émises par les Nations unies depuis 2006 quant aux violations par rapport aux activités nucléaires iraniennes, il a été constaté une diminution du niveau de vie, une augmentation de l'inflation ainsi qu'une augmentation du chômage et des inégalités sociales [13],[14],[15].

Enfin, l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran pourrait déclencher une déstabilisation politique dans la région et dans le monde.

Japon[modifier | modifier le code]

La catastrophe nucléaire de Fukushima a eu de graves répercussions sur l'environnement. D'une part, l’environnement marin est très largement contaminé. Les relâchements atmosphériques radioactifs et les fuites directes d’eaux contaminées de la centrale de Fukushima participent à la pollution de ce milieu. Les espèces marines sont touchées et ne peuvent plus être consommées par la population. D'autre part, les sols et plantes sont tout aussi affectés par les déchets radioactifs. La production alimentaire dans la zone irradiée est contrôlée. Certains produits sont interdits de vente et détruits par les autorités japonaises [16].

Cet accident nucléaire a aussi des conséquences sociales. Le fait que certaines infrastructures hospitalières aient été détruites par le séisme entraîne des risques sanitaires. Un rayon de la zone irradiée a été instauré afin de procéder à l’évacuation des habitants. Au total, plus de 110 000 réfugiés [16] sont recensés sur un rayon de 20 à 30 km autour de la centrale de Fukushima. Par ailleurs, les risques nucléaires et sismiques restent permanents.

Ukraine[modifier | modifier le code]

Les premières centrales nucléaires en Ukraine ont été construites aux alentours de 1977 [17].

L'accident nucléaire de Tchernobyl a entraîné une contamination de l'air, de l'eau et du sol via la pluie et la neige (dans l'hémisphère Nord). Les poissons et les plantes ont absorbé des radionucléides qui se sont disséminés dans l'entièreté de la chaîne alimentaire. Il y a aussi eu une augmentation de la fréquence des mutations et de la radiosensibilité de certaines espèces végétales ce qui a causé des changements morphologiques tels que des modifications de forme, des embranchements supplémentaires [18], etc. Chez les êtres vivants, on retrouve également des troubles morphologiques, physiologiques et génétiques ainsi qu'une augmentation significative de la morbidité et de la mortalité. Les bacilles de la tuberculose, l'hépatite et des bactéries du sol ont été activés de diverses manières. L'irradiation de Tchernobyl a conduit à la création de nouvelles formes de virus, de bactéries et de champignons. Ces changements sont probablement néfastes pour la survie des autres espèces. Plus de vingt ans plus tard, le gibier et le bétail près de Tchernobyl possédaient toujours des niveaux dangereux de radionucléides.

Il est difficile de faire une évaluation complète des impacts humains de la catastrophe de Tchernobyl à cause de secrets professionnels et de falsifications de dossiers médicaux par l'URSS pendant les quatre années suivant la catastrophe. Vingt ans après, le Forum de Tchernobyl dressait un bilan officiel de 9000 décès [19] et plus de 200000 personnes souffrant de maladies. Certaines études estiment que 400 millions d'humains exposés aux radiations pourraient avoir une descendance affectée [20]. Les radiations naturelles ionisantes sont présentes de manière permanente sur Terre et représentent une source importante de mutation génétique dans laquelle toute vie a évolué et s'est adaptée. L'accident de Tchernobyl a ajouté 2 % à cette radiation déjà présente. Dans 400 ans (environ 20 générations humaines), les populations locales seront probablement moins sensibles à la radioactivité que maintenant[21].

Terminologie officielle[modifier | modifier le code]

Une liste des termes officiels est établie par Commission spécialisée de terminologie et de néologie de l’ingénierie nucléaire (CSTNIN)[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Documentation forum de l'énergie suisse, page 69
  2. L'électricité d'origine nucléaire, pilier de l'économie et de la sécurité de l'emploi
  3. http://www.lejdd.fr/International/Afrique/Actualite/Tandja-veut-s-offrir-le-Niger-123966/
  4. « Sarko en Afrique » Antoine Glaser et Stephen Smith, plusieurs prises de positions des Verts et de nombreuses associations confirment.
  5. Michel de Pracontal, « L'industrie nucléaire est entrée dans une longue période de stagnation » , Mediapart, 11 mars 2013.
  6. Libération :- 21/03/2011 - Dans les centrales françaises, le malaise de la «viande à radiations»
  7. El Mundo - 8/06/2003 - Fukushima : Mendiants, esclaves nucléaires recrutes au Japon
  8. Jean-Marc Jancovici, L'avenir climatique, quel temps ferons-nous ?, Seuil, p. 161
  9. Philippe Bouhouix et Benoît de Guillebon, Quel avenir pour les métaux ? Raréfaction des métaux : un nouveau défi pour la société, EDP Sciences, p. 202-205
  10. LEVEQUE, F. (2013). Nucléaire on/off. Dunod, 272 p.
  11. REUSS, P. (2012). L’énergie nucléaire. PUF, Paris, 128 p.
  12. a et b BEHESHTI, H. (2011). "The prospective environmental impacts of Iran nuclear energy expansion". Energy Policy, n° 39, pp. 6351-6359.
  13. DELPECH, T. (2006). L'Iran, la bombe et la démission des nations. Autrement, Paris, pp. 7-32
  14. POLLACK, Kenneth M. (2013). Unthinkable, Iran, the Bomb and American Strategy. Simon and Schuster, New- York, 536 p.
  15. GÉRÉ, F. (2006). L'Iran et le nucléaire, les tourments perses. Lignes de repères, Paris, 175 p.
  16. a et b CARPENTIER, A., BAULIEU, E.-E., BRÉZIN, E. Et FRIEDEL, J. (2012). L’accident majeur de Fukushima. Considérations sismiques, nucléaires et médicales. Groupe de travail solidarité Japon, EDP Sciences, Les Ulis, France.
  17. International Atomic Energy Agency (2014). Power Reactor Information System: Ukraine. http://www.iaea.org/PRIS/CountryStatistics/CountryDetails.aspx?current=UA, dernière visite le 24 avril 2014.
  18. YABLOKOV, A. V., NESTRENKO, V. B. et NESTERENKO, A. B. (2009). "Chapter III. Consequences of the Chernobyl Catastrophe for the Environment". Annals of the New York Academy of Sciences, 1181:221-286.
  19. Evolution du taux brut de mortalité : ce taux varie entre 11 et 15‰ à partir de 1980, selon la Banque mondiale (http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SP.DYN.CDRT.IN). Il passe à 14-15‰ en 1993 et reste constant jusque 2000.
  20. NESTERENKO, A. B., NESTERENKO, V. B. et YABLOKOV, A. V. (2009). "Chapter II. Consequences of the Chernobyl Catastrophe for Public Health". Annals of the New York Academy of Sciences, 1181:31-41.
  21. Pour donner une idée de la diminution du niveau de vie, selon le PNUD (http://hdr.undp.org/en/countries/profiles/UKR), l'indice de développement humain est passé de 0,714% en 1990 à 0,673% en 2000
  22. « Arrêté du 23 mars 2010 portant nomination à la commission de terminologie et de néologie de l'ingénierie nucléaire » , JORF n°0078 du 2 avril 2010 page 6453 texte n° 81

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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