Ignace Meyerson

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Ignace Meyerson
Portrait de Ignace Meyerson
Biographie
Naissance
à VarsovieVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès (à 95 ans)
à ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité Française
Parenté Émile Meyerson
Thématique
Profession Médecin
Psychologue

Ignace Meyerson (27 février 1888 à Varsovie en Pologne - 17 novembre 1983 à Paris) est un psychologue français d'origine polonaise.

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1905, après sa participation à l'insurrection russo-polonaise, il doit fuir en Allemagne où il suit des études de chimie. En 1906 il vient à Paris retrouver le célèbre philosophe des sciences Émile Meyerson, père de son cousin[1] pour suivre des études de médecine.

Durant la Première Guerre mondiale, il est interne à la Salpêtrière où il rencontre notamment Pierre Janet. Il obtient une licence de philosophie en 1918. En 1919, il devient à la demande de Janet, secrétaire de rédaction du Journal de psychologie normale et pathologique. En 1923, alors qu'il est directeur adjoint de l’École Pratique des Hautes Études, il traduit en français la Traumdeutung (L'interprétation des rêves) de Freud. Il côtoie notamment Piaget, Mauss, Pavlov, Le Corbusier, Aragon...

En juin 1940, révoqué en raison des lois raciales de Vichy, il doit quitter Paris pour Toulouse où il enseigne la psychologie. En 1941, il entre dans la résistance à l'Armée secrète avec Jean-Pierre Vernant. Il reprend son enseignement de psychologie à Toulouse en 1945 et soutient en 1947 sa thèse de lettres à la Sorbonne: Les fonctions psychologiques et les œuvres.

En 1952, Meyerson fonde le Centre de recherches de psychologies comparative. Ce centre organise des colloques où se retrouvent les plus grands noms de l'histoire, des arts plastiques et des sciences humaines.

Contribution[modifier | modifier le code]

Meyerson a joué un rôle clé dans la psychologie de l'entre deux guerres. L'ouvrage Pour une psychologie historique, dirigé par F. Parot (1996) rappelle qu’il fût avant la Première Guerre mondiale, directeur du Journal de psychologie normale et pathologique, un projet pluridisciplinaire qui devait servir d'intermédiaire entre psychologues, sociologues, historiens, philosophes, médecins, ethnologues... Ce journal auquel Piaget lui-même collabora eut au début plus de succès que l'Année psychologique, revue assez technique qui correspondait aux positions théoriques de Henri Piéron, physiologiste et promoteur d'une psychologie appliquée qui souhaitait donner à la psychologie française l'orientation comportementaliste qui faisait son succès aux États-Unis. Meyerson va s'opposer à cette psychologie expérimentale et positiviste fondée sur ce qu'il nommait « le dogmatisme de la permanence: la croyance dans le caractère immuable des fonctions et des catégories de l'esprit ».

Dans la lignée épistémologique d'un Vygotsky dont le premier ouvrage s'intitulait Psychologie de l'art, il soutient en 1947 une thèse intitulée Les fonctions psychologiques et les œuvres. Meyerson y défend une orientation historique de la psychologie. Dans sa perspective humaniste, la psychologie a pour objet le fonctionnement de l'esprit, qui fait la spécificité de l'être humain. Or, l'esprit ne peut être étudié que dans ses objectivations : il n'y a pas de réalité spirituelle en dehors des actes des hommes.

Il s'agit donc d'une théorie de l'action ou de l'activité. Notre pensée s'objective à travers des créations artistiques, philosophiques, religieuses, politiques, techniques, sémiotiques, symboliques, que Meyerson appelle des œuvres. Elles sont au psychologue ce que les objets de la nature sont au physicien. Les œuvres sont déposées dans la culture et deviennent extérieures au créateur, elles transcendent le créateur. Cette objectivation, qui est un phénomène universel produit des œuvres spécifiques d'un temps et d'un lieu donné. Elles portent la marque du contexte géographique et historique, mais aussi du contexte institutionnel ou socio-culturel.

Pour comprendre ces productions, par exemple le phénomène religieux, il faut en étudier avec les ethnologues, les ethno-psychiatres, les historiens des religions, les anthropologues, les théologiens, les linguistes... les différents modes de réalisation selon une approche phénoménologique.

Le psychologue ne peut ignorer ces domaines d'études. Pour entrevoir les structures de bases de la pensée et des conduites humaines, il faut partir de cette recherche de la pluralité. L'étude des variations et des systèmes complexes en milieu naturel doit être au point de départ de la recherche. S'agissant de faits psychiques, par habitude de formalisme, on admet implicitement que ces catégories ont toujours existé, sont consubstantielles à l'homme.

Pour J-P. Vernant, spécialiste de la culture gréco-romaine et proche de Meyerson « l'homme n'a pas une mémoire, une volonté, une perception, comme il a un estomac ou une tête ». En s’opposant au dogme de la fixité, l'entreprise pluridisciplinaire de Meyerson fait peser une exigence forte sur la formation des psychologues. Par exemple, de solides connaissances en histoire de l'art et des religions sont selon lui indispensables. Ses positions sont plus que jamais d'actualité.

Meyerson, père fondateur de la psychologie historique, objective et comparée, représente — avec Henri Wallon, L-S. Vygostky, J. Bruner et Ph. Malrieu — l'un des penseurs de référence de ce que l'on appelle la psychologie historico-culturelle, qui s'oppose aux réductionnismes positivistes en psychologie, en particulier dans le champ des théories cognitivo-comportementales[2].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Les Fonctions psychologiques et les œuvres, Albin Michel, 1995
  • Écrits : 1920-1983, PUF, 1987

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • F. Parot, Pour une psychologie historique, Paris, PUF, 1996
  • Eva Telkes-Klein, Le premier cercle, intervention au Colloque international Émile Meyerson de Jérusalem, Presses du CNRS, 2005
  • Noémie Pizarroso, L'épistémologie d'Émile dans l’œuvre psychologique d'Ignace Meyerson, Stratégies de réconciliation d'un disciple indocile, Archives de Philosophie, Tome 70, p. 385-402, 2007
  • Frédéric Fruteau De Laclos, « Œuvre, fonction et société dans la « psychologie historique » d'Ignace Meyerson », Revue d'Histoire des Sciences Humaines , vol.2, 2007, no 17, p. 119-136[3]
  • Frédéric Fruteau de Laclos, La Psychologie des philosophes. De Bergson à Vernant, Paris, PUF, 2012
  • Larroze-Marracq H., Huet-Gueye M. & Oubrayrie-Roussel N., Personne et histoire. Construction du sens et création de soi. In : A. Baubion-Broye, R. Dupuy & Y. Prêteur (Eds.), Penser la socialisation en psychologie. Actualité de l’œuvre de Philippe Malrieu. Ramonville St-Agne : Erès, 2013

Les papiers personnels d'Ignace Meyerson sont conservés aux Archives nationales sous la cote 521AP[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ignace est connu pour être le neveu d’Émile, mais ce n’est pas tout à fait exact. Dans un brouillon de testament de 1925, Émile Meyerson, homme très méticuleux et précis dans l’usage des termes, le désigne, dans sa première mention, comme son « neveu à la mode de Bretagne », ce qu’il n’indique nullement à propos de ses autres neveux et nièces. Le sens courant de cette expression signifie fils de cousin, et c’est bien de cela qu’il s’agit, ainsi que l’atteste l’extrait de son acte de décès, aimablement communiqué par Madame Ardouin, petite-nièce de Meyerson. Toutefois, ce sont les termes que les deux hommes utilisaient eux-mêmes.
  2. Frédéric Fruteau de Laclos, La Psychologie des philosophes. De Bergson à Vernant, Paris, PUF, 2012, p. 65-76
  3. « Frédéric Fruteau De Laclos Frédéric, « Œuvre, fonction et société dans la « psychologie historique » d'Ignace Meyerson », Revue d'Histoire des Sciences Humaines 2, 2007, no 17, p. 119-136 »
  4. Archives nationales

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]