Ibrahim an-Nazzam

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Abū Isḥāq Ibrāhīm Ibn Sayyār Ibn Hāni‘ an-Naẓẓam (arabe : أبو إسحاق بن سيار بن هانع النظام) (846 – 775 - ) fut un poète et théologien musulman appartenant au courant mu'tazilite. Neveu de Wassil Ibn Ata, il fut le premier théologien mu'tazilite systématique et compta Al-Jahiz parmi ses disciples. Parfaitement connaisseur de la doctrine d’Aristote. La théologie d'An-Nazzam a été très discutée parmi ses contemporains, son œuvre est perdue à l'exception de quelques fragments[1].

Sa doctrine[modifier | modifier le code]

Alors que la plupart des mu'tazilites appartenaient à l'école hanafite, avec une minorité relevant l'école chafiite (deux des quatre grandes écoles de jurisprudences de l'islam), Nazzam lui, était complètement à part. Il se rendit célèbre pour son rejet de la raison analogique, qui était alors, acceptée par les hanafites comme par les chafi'ites; de l’istihsan (doctrine de la préférence du souhaitable en droit), et de l’Ijma' (consensus de la communauté). Pour An-Nazzam, le Coran et la raison servaient de points d’appui à une doctrine monothéiste stricte. Et c’est pour contrer la montée de traditions suspectes qu’il est allé même jusqu'à rejeter la sunna.

Rejet du Consensus[modifier | modifier le code]

Le rejet du Consensus communautaire d’an-Nazzam en tant que source valide du droit, était dû à sa critique de la première génération de musulmans, qu'il voyait dotée de personnalités et d'intelligences défectueuses. Par ailleurs, les théologiens chiites Al-Shaykh Al-Mufid et Sharif al-Murtaza tenaient en haute estime le Kitab al-Nakth, l'ouvrage de Nazzam dans lequel il remet en cause la validité du consensus pour les raisons citées[2]. L’historien Baghdadi rapporte néanmoins, qu’An-Nazzam mettait Ali au même niveau que les autres compagnons, tandis qu’un autre historien, Shahrastani, déplore la préférence que celui-ci semblait accorder aux philosophes matérialistes face aux philosophes déistes[3].

Perspective[modifier | modifier le code]

Des chercheurs modernes suggèrent que cet intérêt de la part des théologiens chiites était motivé par le désir de contester la personnalité des trois premiers Califes Bien guidés (Rashidûn) : Abu Bakr, Omar et Othman. Ce qui, en définitive, diffère de l'objectif visé par An-Nazzam qui n'était pas de remettre en cause qui que ce soit mais plutôt de mettre l'accent sur la primauté de la raison pure sur la révélation.

Références[modifier | modifier le code]

  1. J. D. Latham, al-Naẓẓam, Abū Isḥāq Ibrāhīm Ibn Sayyār Ibn Hāniʾ, Leyde, E. J. Brill, , 1057a–58b p. (ISBN 90-04-09419-9)
  2. Josef van Ess, Das Kitab al-nakt des Nazzam und seine Rezeption im Kitab al-Futya des Gahiz. Gottingen: Vandenhoeck & Reprecht, 1971.
  3. Les Schismes dans l'islam, Henri Laoust, éditions Payot, Paris, 1983