Hippolyte Müller

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Hippolyte Müller
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Hippolyte Müller, conservateur et fondateur du Musée dauphinois, devant l'entrée de la mine d'or de La Gardette, en Oisans. Avec lui, le lieutenant des Chasseurs.

Naissance
Gap
Décès (à 67 ans)
Grenoble
Nationalité Drapeau de la France France
Profession

Hippolyte Müller est né à Gap le et mort le à Grenoble. Cet ethnographe français a été le premier conservateur du Musée dauphinois de Grenoble, en 1906.

Bijoutier de formation, sa passion pour la préhistoire le pousse à devenir un archéologue autodidacte de renom et un préhistorien reconnu par ses pairs, qui donne des cours sur la préhistoire à la Faculté des lettres de Grenoble.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Son père, Jean-Étienne-Gustave Müller, d'origine alsacienne, est professeur de musique et sous-chef de musique militaire à la retraite. Sa mère, Françoise Riban, est domestique et originaire de Grenoble ; elle meurt alors qu'Hippolyte Müller est encore très jeune[1].

Formation et premiers travaux[modifier | modifier le code]

La famille Müller s'installe à Grenoble au cours de l'année 1869. La santé plutôt fragile d'Hippolyte Müller, entre autres, ne lui permet pas de poursuivre des études, bien qu'il aie des facilités à apprendre dans les domaines qui l'intéressent[1]. Il devient en 1879 apprenti bijoutier à Grenoble ; deux ans plus tard, il est ouvrier bijoutier[1]. Ses loisirs sont principalement consacrés à la lecture d'ouvrages sur les sujets qui le passionnent — notamment par la préhistoire, la numismatique et la géologie — et à collecter des monnaies, des minéraux, des timbres ; il prend également des cours du soir. Il fait de nombreuses sorties en montagne, à l'occasion desquelles il exécute des fouilles ; à dix-sept ans, il découvre et identifie méthodiquement le site néolithique des Balmes de Fontaine, dans le massif du Vercors[1]. Il devient en mars 1884 ouvrier bijoutier à Chambéry. Le musée Savoisien lui permet d'observer les restes préhistoriques des palafittes du lac du Bourget.

En mars 1885, pour assouvir sa passion de la préhistoire, il obtient un poste temporaire au Muséum d'histoire naturelle de Grenoble. À la même époque, le congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences (AFAS) qui se tient à Grenoble, le met en contact avec les savants les plus réputés, dont Ernest Chantre, le père de l'anthropologie physique, avec lequel il restera ensuite en contact et fera des fouilles ; il assiste en particulier aux séances du congrès concernant la préhistoire, données par d'éminents spécialistes de ce sujet — dont Gabriel de Mortillet, de Nadaillac, Cartailhac de Toulouse et Philippe Salmon[1]. C'est à cette époque qu'il se dit que la seule activité pouvant lui convenir est de travailler dans un musée[1]. Les années suivantes, il passe plusieurs mois à Avignon, Marseille puis Alger mais, en 1888, il décide de regagner Grenoble.

À partir de 1891, Müller se met au service des ateliers d'un opticien grenoblois. Là il découvre la photographie, qui se transforme en une autre de ses passions. Ce nouvel outil permettra à Hippolyte Müller de réaliser des milliers de clichés notamment sur ses activités de fouilles et ses découvertes. Un grand nombre de ses prises de vues sont conservées au Musée dauphinois.

Un homme de musée, préhistorien et ethnographe précurseur[modifier | modifier le code]

En février 1894, à l'instigation d'Arthur Bordier (1841-1910) — un médecin, anthropologue et directeur de l’École de médecine qui l'a remarqué[1] —, il devient membre de la Société Dauphinoise d'Ethnologie et d'Anthropologie et, à travers son bulletin, il publie des articles concernant ses investigations sur la préhistoire et l'archéologie. Il occupe ensuite un poste de bibliothécaire puis de conservateur du matériel de la bibliothèque de l'École de Médecine. Hippolyte Müller devient alors un préhistorien, archéologue, conférencier et animateur, dont l'érudition le talent et la générosité sont appréciés ; il devient l'un des grands spécialistes de son temps en archéologie préhistorique. Cependant, ses recherches sont interdisciplinaires[1]. Dès 1904, il parle de l'importance de faire de l'ethnographie — soulignant cette dénomination plutôt que celle de folklore —, et notamment de l'ethnographie alpine, dans cette région. Il cherche également à ce que ces recherches bénéficient d'une exactitude, loin de théories vagues ou fantaisistes ; il souligne l'intérêt de se référer à « la pensée qui a créé l'objet », ainsi que la chronologie[1].

La création du Musée dauphinois (musée d'ethnographie)[modifier | modifier le code]

Salle de l'ancien musée dauphinois dans la chapelle Sainte-Marie d'en bas, rue Très-Cloître à Grenoble. Archéologie, histoire, folklore, arts et traditions populaires du Dauphiné. Carte postale.

En août 1904, un nouveau congrès de l'AFAS se réunit à Grenoble ; Hippolyte Müller présente alors une exposition à l’École de médecine, rassemblant les découvertes archéologiques d'une cinquantaine de collectionneurs et ajoutant à celles-ci ce qu'il nomme un « commencement de musée ethnographique alpin (...) renfermant des objets en fer, en bois, en cuivre, ramassés dans nos montagnes et dont les séries, quoique bien incomplètes, permettront l'organisation future d'un musée local, lequel sera un grand enseignement sur l'art, les mœurs et les coutumes de nos ancêtres montagnards. »[1]. Dans le même temps, il collecte de nombreux objets et éléments de la culture montagnarde que l'industrialisation fait disparaître progressivement. Dès cette année, il commence à installer dans la chapelle du couvent Sainte-Marie d'en-bas, avec l'accord de la municipalité de Grenoble, la somme de ses collectes et de dons en vue de réaliser un musée d'ethnographie. Il étudie soigneusement ces objets, leur datation et les typologies qu'il constate ; dans le même temps, il communique autour de ses travaux, lors de réunions, colloques, conférences, et dans des articles[1].

Le 14 décembre 1906, une commission consultative composée de douze membres et chargée d'étudier la création d'un musée d'ethnographie à Grenoble désigne l'un de ses membres, l'ethnographe Hippolyte Müller, comme premier conservateur du musée dauphinois. En décembre 1918, il est admis à l'Académie Delphinale. Il collabore à plusieurs reprises avec l'archéologue ardéchois Jos Jullien de Joyeuse.

Le musée de l'économie domestique alpine du Lautaret[modifier | modifier le code]

En 1919, il crée le « Musée de l’économie domestique alpine du Lautaret » dans l'un des bâtiments liés au jardin botanique alpin du Lautaret, situé à 2 100 m au col du même nom, dans les Hautes-Alpes[2] ; ce col est à l'époque un lieu réputé du tourisme alpin, situé sur la Route des Grandes Alpes et le musée bénéficie d'un financement du Touring Club de France. Ce musée, présentant des reconstitutions d'intérieurs alpins, avec de nombreux objets, connaît un grand succès touristique mais il disparaît avec la mort de son créateur.

L'exposition internationale de la houille blanche et du tourisme de 1925[modifier | modifier le code]

Le village alpin, avec son église et ses maisons, reconstitué pour l'exposition internationale de la houille blanche à Grenoble en 1925.

L'Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme se déroule en 1925 à Grenoble. Hippolyte Müller y expose au sein d'un « village alpin » la reconstitution d'une église et de deux maisons du village de Saint-Véran, dans le Queyras (département des Hautes-Alpes), comprenant tout le mobilier habituellement présent dans ces habitats[1].

Enseignant[modifier | modifier le code]

Grâce à Salomon Chabert, doyen de la Faculté des Lettres de Grenoble, et à ses compétences acquises dans le domaine de l'archéologie alpine, Müller dispense des cours sur la préhistoire et cela jusqu'en 1932. Ce statut d'enseignant constitue une consécration pour tout le travail accompli sur les premiers occupants des Alpes.

Mort et postérité[modifier | modifier le code]

Il décède le 23 septembre 1933 et est enterré, près de Grenoble, au cimetière ancien de La Tronche[3]. Le Musée dauphinois compté alors 20 000 objets au sein de ses collections[1].

Il laisse parmi ses archives un roman inachevé dans lequel un naufragé de type Robinson Crusoé met en pratique, pour survivre, ses méthodes d'expérimentations préhistoriques. Hippolyte Müller a en effet participé au développement de l'archéologie expérimentale. Il a, comme plusieurs archéologues de l'époque, redécouvert les gestes utilisés par les peuplades préhistoriques. C'est avec une rigueur scientifique qu'il a décrit et utilisé les techniques employées pour la taille du silex, la réalisation de haches en pierre, le travail du bois et de l'os, la trépanation et la mutilation dentaire, la métallurgie du bronze et du fer, etc.[4].

Ses recherches, bien que très liées au Dauphiné, n'ont pas connu de frontières et ne se sont donc pas limitées à celui-ci[1].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n « Musée dauphinois - Le musée, cent ans d'histoire - 1906-1932 : Hippolyte Müller », sur www.musee-dauphinois.fr (consulté le 31 mars 2017)
  2. « Hippolyte Müller (1865-1933), créateur du Musée dauphinois (Grenoble, 1906) », sur www.garae.fr (consulté le 24 février 2017)
  3. Une mention à Hippolyte Müller (photographie et texte) est faite sur la page consacrée aux tombes de personnalités remarquables de l'ancien cimetière de La Tronche.
  4. Aux origines de la préhistoire alpine: Hippolyte Müller( 1865-1933), Musée Dauphinois, pages 57 à 68

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aux origines de la préhistoire alpine : Hippolyte Müller (1865-1933), Musée Dauphinois.
  • Hippolyte Müller sur le site de l'Institut de l’Information Scientifique et Technique [1].

Liens externes[modifier | modifier le code]